lundi 7 novembre 2011

L'Europe au pied du mur pour sécuriser la zone euro - Jean-Jacques Mével

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro Économie, lundi 7 novembre 2011, p. 25

L'urgence, pour les dix-sept membres de l'Eurogroupe, qui se retrouvent aujourd'hui, est de trouver les mécanismes de financement du FESF.

Retour à la planche à dessin. Dans l'incapacité de trouver rapidement des ressources financières auprès des puissances du G20 pour les aider à surmonter la crise de la dette, les dix-sept pays de l'euro se réunissent à nouveau ce soir, confrontés à un choix cornélien. Soit ils accroissent encore les moyens du fonds de secours aux pays en difficulté, le FESF, sachant qu'ils risquent de ne pas suffire si l'Italie vient à basculer. Soit ils remettent sur le tapis l'idée d'un recours massif à la BCE. L'Allemagne et la banque de Francfort continuent de refuser bec et ongles une telle option, mais la montée en puissance du problème de l'Italie a modifié la donne en quelques jours. Et la controverse franco-allemande sur la BCE, enterrée à l'approche du G20, risque à tout moment de rebondir. À nouveau sur la défensive, les tenants de l'orthodoxie, comme Yves Mersch, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale, rappellent que leur mission « n'est pas de remédier aux erreurs de la politique ».

« Démultiplication » des fonds

Le sommet de Cannes n'a permis d'avancée concrète sur aucun des scénarios de financement adossés au FMI. L'augmentation des ressources globales du fonds de secours par des investisseurs extérieurs, acceptée sur le principe, est au mieux pour l'année prochaine et reste l'otage d'une lutte d'influence entre Washington et Pékin. Le compte européen spécial, ouvert à des investisseurs souverains, comme la Chine, le Brésil ou la Russie, n'a pas trouvé preneur au G20, de l'aveu même d'Angela Merkel. Pour finir, la mise en commun des droits de tirages spéciaux (DTS) des pays de l'euro au profit du FESF, solution discrètement poussée par l'Élysée, se heurte au refus de la Chancellerie. Le quotidien allemand des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonçait hier « un complot contre l'indépendance de la Bundesbank ».

Reste la « démultiplication » des fonds européens dont dispose encore le FESF, entre 250 et 275 milliards d'euros. Par l'octroi de garanties et grâce à des mécanismes d'assurance, la puissance de feu pourrait être rehaussée à 1 000 milliards. Ce soir, ce sera « la priorité absolue » des dix-sept ministres des Finances de l'Eurogroupe, dit-on de source européenne. L'espoir est d'en accélérer la mise en place pour la fin de l'année. Cette démultiplication avait été décidée au sommet l'euro du 27 octobre, quand la principale menace était une faillite de la Grèce, sur sa dette de 350 milliards. L'hypothèque italienne change les ordres de grandeur. Elle remet implicitement la BCE et ses ressources théoriquement illimitées au goût du jour. La question a été poussée à Cannes par Barack Obama et David Cameron. Mais sans convaincre ni Angela Merkel ni Mario Draghi, le nouveau président de la BCE. Faute d'avancée sur les moyens, l'Eurogroupe cherchera encore à tordre le bras des fautifs.

Pour la Grèce, il devrait exiger la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, qui garantirait la mise en oeuvre du plan d'austérité, quelle que soit la couleur du futur chef de gouvernement. Dans le cas contraire, Athènes ne recevrait pas un centime.

Côté italien, le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, viendra détailler à ses pairs les mesures et l'échéancier promis à Cannes.

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