Mercredi 28 septembre 2011, Aymeric Chauprade, spécialiste de la géopolitique internationale, est l'invité des Enjeux internationaux sur France Culture.
Merci à Thomas F. de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :
Mercredi 31 août 2011, Jacques Gravereau, directeur d'HEC Eurasia, est l'invité des Enjeux internationaux sur France Culture.
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Jean-Luc Domenach, sinologue, était interviewé dans le Journal des Matins de France Culture, répondant aux préoccupations suscitées par le développement de l'armée chinoise.
Merci à Jean-Pierre de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :
La Chine est devenue le plus gros pollueur mondial. Aujourd'hui, nous assistons à la montée d'une classe moyenne, la meilleure chance de la démocratie. Par conséquent, casser la croissance chinoise, c'est prendre de considérables responsabilités. Néanmoins, l'équipe de Hu Jintao met en avant la revendication écologique. On sent bien que la Chine est prête à remplir tous ces engagements, du moins, à assumer un tournant.
Valérie Niquet est spécialiste des relations internationales et des questions stratégiques en Asie, directeur de recherche à l’IRIS où elle a créé en 2001 l’Observatoire des stratégies chinoise et asiatiques (OSCA). Elle est docteur en science politique, titulaire d’un DEA de chinois et d’une licence de japonais. Elle est l’auteur de nombreux articles et études consacrés entre autres à l’évolution des équilibres régionaux et aux questions stratégiques en Asie depuis la fin de la guerre froide, aux politiques de défense des grandes puissances régionales et aux questions de prolifération.
Les Américains et les Chinois sont en train de mettre en place un processus de coopération : aller ensemble à Copenhague et présenter une motion commune. Ensemble, ils représentent de larges consommations de CO2. Les deux pays veulent aussi sortir de la crise sans affecter leur croissance donc étaler les mesures contre la pollution.
Obama est conciliant avec une Chine dont il a besoin. La Chine ne peut pas se permettre une glissade du dollar puisque ses avoirs sont en dollars. Elle doit aussi maintenir un marché américain suffisamment ouvert pour ses exportation. La solidarité sino-américaine est confirmée.
En visite à Pékin il y a huit jours après une escale à Tokyo, Barack Obama reçoit, aujourd’hui, le Premier ministre indien à la Maison-Blanche. En à peine plus d’une semaine, le président américain se sera ainsi entretenu avec les dirigeants des trois plus grandes puissances asiatiques, décidément bien plus présentes à son esprit, et pour des raisons claires, que l’Union européenne ou aucun de ses pays membres.
Il n’y a pas de guerre en Europe. L’Union s’affirme bien trop lentement pour poser le moindre défi politique aux Etats-Unis qui n’ont pas même besoin d’elle face à une Russie dont ils se rapprochent à grands pas. Pour l’Amérique, l’Europe est un allié tranquille qui ne lui demande pas beaucoup d’attention alors que l’Asie est un concentré de difficultés pour la diplomatie américaine.
Désormais gouverné par le centre gauche, le Japon ne veut plus être un simple vassal des Etats-Unis qui l’avaient reconstruit après sa défaite. Bastion avancé des Occidentaux en Asie durant tout l’après-guerre, alors uni à l’Amérique par une même crainte de la Chine communiste et de l’Inde tiers-mondiste, à l’époque alliée de l’URSS, le Japon veut désormais s’émanciper, renégocier ses accords avec Washington et jouer sa propre carte en Asie en trouvant un modus vivendi politique avec la Chine dont il est d’ores et déjà l’un des tout premiers partenaires commerciaux. Ce n’est pas que le Japon rompe avec les Etats-Unis mais son évolution leur fait craindre de ne plus beaucoup peser, un jour, dans la région face à une connivence sino-japonaise qui, paradoxalement, s’affirme. Quant à l’Inde et à la Chine, c’est l’inverse. Ce sont leurs rivalités et leurs tensions qui posent problème à Barack Obama.
Dans l’absolu, les Etats-Unis ne devraient avoir qu’à se réjouir des divisions entre ces deux pays les plus peuplés du monde – un milliard quatre cent millions d’habitants pour la Chine, un milliard deux cents millions pour l’Inde. C’est si vrai qu’ils s’étaient résolus, sous Georges Bush, à lever toutes les sanctions qu’ils avaient prises contre l’Inde après qu’elle eut entamé sa marche vers l’arme atomique. Les Etats-Unis avaient alors voulu se réconcilier avec New Delhi afin de ne pas s’enfermer dans un tête-à-tête avec Pékin mais la crise de Wall Street les a rendus si économiquement dépendants de la Chine qu’ils ont désormais du mal à tenir la balance égale entre ces deux géants.
Les Indiens ne veulent pas d’un axe privilégie entre l’Amérique et la Chine qui demeure leur grande rivale continentale. C’est ce que leur Premier ministre, avec toute la subtilité requise, dira à Barack Obama qui n’est pas en situation d’ignorer ce message non seulement parce que les Etats-Unis ont plus que jamais besoin d’un contrepoids face à la Chine mais aussi parce qu’il y a l’Afghanistan. Dans cette guerre tellement incertaine, l’Inde est indispensable aux Etats-Unis dans la mesure où elle ne voudrait à aucun prix que le Pakistan, allié de la Chine avec lequel elle est en conflit depuis 1947, reprenne pied à Kabul à la faveur d’une victoire des taliban. L’Amérique ne peut pas se passer de l’Inde. L’équation asiatique est, pour elle, plus que complexe.
Les relations bilatérales sino-américaines ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont simplement obligées. On sait que la dépendance réciproque continue même avec la réorientation de la Chine vers son marché intérieur à marquer de son seing la totalité des relations sino-américaines. Sans l'ouverture des marchés nord-américains, l'exportation chinoise ne se porterait pas aussi bien et même si son importance a diminué relativement, elle demeure stratégique pour le développement du pays. Quant aux États-Unis, ils vont en Chine voir leur premier créditeur. C'est en fait le pays qui a prêté sous une forme ou sous une autre essentiellement des bons du trésor les sommes les plus importantes aux États-Unis à des moments très difficiles comme la guerre d'Irak ou la crise financière de 2008. Donc, les relations sino-américaines sont quasiment obligatoires comme deux délinquants qui s'évadent avec un seul boulet au pied. Il ne peuvent guère imaginer un développement indépendant avant d'avoir scié le boulet : désendettement pour l'Amérique, développement du marché intérieur pour la Chine.
Mais les relations politiques entre les États-Unis et la Chine ne sont pas du tout au niveau de ces relations économiques. Ceci contraste avec la période antérieure, celle ouverte par Henry Kissinger en 1972. Chinois et Américains n'avaient cessé de se concerter face à la menace soviétique qu'ils percevaient de la même manière. Bien sûr, aujourd'hui, cet adversaire n'existe pas. Mais que peut faire la Chine ?
La Chine peut quelque chose de très important et qui ne se situe pas dans son aire d'influence initiale. La Chine peut aider l'Amérique à stabiliser le Pakistan. On sait que le Pakistan a pour principal partenaire, notamment en matière d'armement, la Chine, qu'il compte en permanence pour constituer un contre-poids face à l'Inde. La Chine a été très peu critique à l'égard du Pakistan jusqu'à présent, mais les Chinois ressentent d'une part, une menace islamiste sur leurs frontières, au Xinjiang, et d'autre part, ils ressentent aussi combien ils ont besoin d'une armée pakistanaise en état de tenir debout et qu'il ne soit pas érodé par le terrorisme taliban. En plus, les Chinois ont quelques mauvaises expériences avec les Talibans Afghans et une petite alliance avec la Russie.
Donc, en fait, ce qu'Obama doit demander en priorité, et Kissinger l'avait déjà souligné, c'est qu'une Chine qui ne peut absolument pas être indifférente au drame afghan, trouve avec les États-Unis les moyens de contribuer d'avantage à la stabilité du monde. Quand à l'Iran, les Chinois n'ont pas des rapports extrêmement intenses contrairement à ce qu'on imagine. Les Chinois ont surtout des rapports avec l'Arabie Saoudite. Et bien, les États-Unis doivent dire clairement, c'est la contre-partie, qu'il n'y a aucun obstacle à ce que la Chine entretienne des relations privilégiées avec le Royaume des lieux saints et que dans la recherche permanente de sources d'approvisionnement pétrolier, l'Arabie Saoudite vaut incontestablement mieux que l'Iran.
Après l'interview de Xavier Bertrand sur RTL, le journaliste Jean-Michel Aphatie a mis à jour son blog avec son nouvel article qui s'intitule : "Le Yin et le Yan (sic) de l'actualité". Voici le passage sur la Chine. Désolé pour les sic. Je n'ai pas pu m'empêcher de les noter :
Yin et Yan (sic), voilà qui nous emmène à la Chine. Figurez-vous que la semaine dernière à Pékin, l’UMP, en la personne de son secrétaire général, et le parti communiste chinois, représentée par son boss dont je ne connais pas le nom, ont signé un « mémorandum d’entente » sur des généralités qui n’engagent personne. Cette histoire n’est qu’une histoire de symboles mais la politique, activité de représentation des individus et de leurs intérêts, fait une large place au symbole.
Voilà donc un parti démocratique de la république française signant un « mémorandum » avec un parti unique allégrement assis sur les libertés publiques de ses concitoyens. Au surplus, et pour rire, l’UMP de droite copine avec les communistes chinois qui, c’est (sic) chinois, sont libéraux pour le business et restrictifs sur les libertés.
On pourrait gloser sur le n’importe quoi de la signature de ce « mémorandum », quel mot affreux. Parler avec les communistes chinois n’implique pas de faire ami-ami du stylo avec eux. Les respecter ne veut pas dire les flatter. Signer des contrats ne veut pas dire abdiquer de tout, et notamment pas de ce que nous sommes. Brèfle (sic), faites-vous une idée en écoutant l’interview de Xavier Bertrtand. Et rions un bon coup en imaginant la tête de l’élu UMP de base tout à coup embrassé sur la bouche par des communistes chinois qui doivent se marrer comme des baleines en relisant le fameux « mémorandum ».
Aujourd'hui, nous allons parlé d'une actualité qui ne se situe pas dans les jours ou dans les semaines, mais peut-être dans les mois voire les années. C'est l'entrée de la Chine dans la grande saga du TVG.
En effet, on sait que les Chinois après avoir longtemps soufferts d'un réseau ferroviaire un peu archaïque, d'avoir acheté leur premier wagon nouveau si l'on ose dire en Allemagne de l'Ouest, les Chinois ont commencé à s'émanciper de cette technologie soviétique. Et on sait déjà que l'année dernière ou plus exactement à la fin de 2007, ils avaient réussi à inaugurer la ligne de chemin de fer la plus en altitude de la planète, un train qui monte jusqu'à Lhassa dans des conditions climatiques absolument inouïes et qui désenclave définitivement le Tibet.
Mais dans les trois années qui viennent, on a compté que pas moins de dix-huit lignes de trains à grande vitesse allaient naître et bouleverser totalement la géographie chinoise. Il faut imaginer en effet que le TVG va permettre aux habitants de Pékin de faire leurs courses à Tianjin, à 120 km de là en moins d'une demi-heure, que des destinations de l'intérieur de la Chine qui mettaient la journée, 8 heures, 6 heures, vont maintenant être atteintes en moins de 4 heures. Donc, que tout d'un coup, la carte de la Chine, cet empire immense, dont on entendait parler de la capitale que de temps à autre lors d'une visite d'un inspecteur d'un mandarin, tout d'un coup, ce pays va rétrécir d'une manière extraordinaire comme nous l'avons connu avec le TGV Méditerranée qui met Marseille et Lyon à porter d'un grand coup de métro de Paris. Le phénomène est en train de se réaliser.
Canton-Hong Kong, 3/4 d'heure. Shanghai-Wuhan, au centre de la Chine, moins de 3 1/2 heures. Shanghai-Chengdu, la capitale du Sichuan, la province la plus enclavée, 6 heures. Ce sont des bonds en avant dont aucun en Chine n'avait eu l'idée. Le problème sera plutôt l'affluence des passagers rendra souvent ces trains engorgés. Il va falloir donc les multiplier, peut-être créer des compagnies rivales. Peu importe, il s'agit d'un bouleversement qui n'est pas seulement un bouleversement technologique, mais un bouleversement géopolitique. Lequel ?
Sans être d'un optimisme béat, on remarquera que l'un des arguments les plus utilisés par les partisans du maintien d'une dictature autoritaire en Chine, d'un pouvoir centralisé fort, c'est l'étendue du pays. On vous va a dit, on vous dira encore, depuis Pékin qu'on a du mal à gouverner avec des procédures démocratiques et parlementaires, un monde aussi vaste et dans lequel très vite, la démocratisation se traduirait par une régionalisation exacerbée, voire par des tentatives de sécession. Et bien, la technologie vient d'enlever beaucoup de validité à cet argument. Dans un monde chinois où désormais l'avion et le train sont en concurrence pour transporter des passagers sur des distances considérables, est-il si vrai que cela que l'on ne peut pas gouverner la Chine sans État autoritaire ? La question est de plus en plus ouverte et elle le sera de plus en plus.
Sur le plan économique, il y a une forte interdépendance. Les États-Unis dépendent du financement de leur déficit public par les achats de bons du trésor. La Chine dépend des États-Unis pour ses débouchés à l'exportation. Et la crise 2008, cette double interdépendance a bien été mise en évidence. Le plan de relance se substitue à la demande extérieure défaillante. C'est un énorme plan de relance de l'investissement (600 milliards $ soit 8% du PIB chinois 2009/2010), mais très fragile parce que les +8% de croissance ne pourra pas durer éternellement. Par ailleurs, une économie de la taille de la Chine ne peut pas se reposer sur la demande extérieure. En 2010, la Chine dépassera le Japon pour devenir la deuxième puissance économique mondiale (7% du PIB mondial contre 20-25% pour les États-Unis). La Chine doit donc développer son marché intérieur face au marché américain.
Françoise Lemoine. Economiste au Cepii. A paraître fin novembre chez Pearson Education : "La Chine : 1re & 2e année", une analyse qui puise dans l'économie, la géopolitique et l'histoire pour montrer comment la Chine devrait devenir la première puissance commerciale au milieu de ce siècle. Le livre dégage les grandes tendances à venir, expose comment son fulgurant essor modifie les équilibres géopolitiques tant asiatiques que planétaires, et la compare avec les autres grands émergents, notamment avec l'Inde.
Quels sont les priorités pour la politique étrangère de la France ? C'est la question que se pose le chroniqueur historien Alexandre Adler à l'occasion de la promotion du livre de Hubert Védrine "Le temps des chimères : Articles, préfaces et conférences (2003-2009)". L'ancien ministre des affaires étrangères était l'invité des "Matins de France culture" le 26 octobre 2009.
Depuis la rentrée de septembre 2009, Jonathan Lambert tient une chronique quotidienne sur Europe 1. L'histoire d'un personnage, Guy Desroutards, qui parcourt le monde. Aujourd'hui, il découvre la Chine en compagnie de son guide Ping. Et découvre avec étonnement que les chefs d'orchestre utilisent ... des fourchettes. EUROPE 1 - édition du 26 Octobre 2009
L'historien, essayiste, économiste et éditorialiste, Jacques Attali revient sur les faits qui l'ont marqué dans la semaine. Aujourd'hui, sur Europe 1, l'affaire Grégory, la réduction du déficit budgétaire et surtout, la croissance chinoise qui dépasserait 8%. Selon l'éditorialiste, "il y a une bulle en Chine. Si elle explose, le monde ira très mal. Si elle n'explose pas, la Chine ira très bien". La semaine dernière, Jacques Attali revenait sur la visite du premier ministre russe, Vladimir Poutine en Chine.
Depuis la rentrée de septembre 2009, Jonathan Lambert tient une chronique quotidienne sur Europe 1. L'histoire d'un personnage, Guy Desroutards, qui parcourt le monde. Aujourd'hui, il au Tibet pour rencontrer le Dalai Lama. Humour décalé et jeux de mots en perspective...
D'abord, mon ami François Godement l'a souligné dans le Figaro il y a deux jours, les anniversaires en "9" en Chine ne sont pas toujours très bons. On a tous à l'esprit évidemment 1989 et la répression de Tiananmen. 1979, c'était plutôt passé bien, mais 1969,
L'invité d'Éric Laurent : François Thual, spécialiste des relations internationales
Visite du Premier ministre russe en République Populaire de Chine. Comment réévaluer les actuelles relations entre la Russie et la Chine ?
Les rapports entre Moscou et Pékin se sont considérablement améliorés depuis quelques années, surtout en raison de l'accroissement de l'interdépendance entre les économies de deux anciens empires communistes. En effet, pour la Chine, la Russie et ses réserves énergétiques constituent un allié indispensable au développement rapide du pays. Cependant, cette entente se double d'une rivalité en Asie centrale où les deux pays courtisent les états de la région, tous riches en hydrocarbures. Le véritable point de convergence semble être une hostilité plus ou moins marquée à la politique américaine et, au fond, le gouvernement de Pékin en revient à la politique du triangle, qui visait au XXème siècle à un rapprochement avec l'Union Soviétique, pour s'opposer, déjà à l'époque, à l'hégémonie américaine.
C’est exactement le terme qui est employé par Radio Pyongyang. Il n’y a donc aucune raison de le changer : la Corée du Nord s’est déclarée en état de guerre. C’est-à-dire qu’elle met fin à l’armistice qui a été signé en 1953 avec la Corée du Sud et considère que l’adhésion de la Corée du Sud (mais cela avait été déjà dit officiellement par la Corée du Nord depuis plusieurs mois) à l’initiative américaine anti-prolifération – c’est-à-dire le resserrement des liens, entre le gouvernement sud-coréen actuel, les États-Unis et le Japon, est un acte de guerre auquel la Corée du Nord vient de répondre.
Alors, évidemment, à partir de là, on peut se poser la question de savoir ce qui va se passer. Des actes de guerre, la Corée du Nord connaît ça très bien. Par exemple, en 1966-1967, au début de la guerre du Vietnam, et en solidarité avec ses alliés vietnamiens, la Corée du Nord a multiplié ses actes de guerre et de sabotage sur le territoire de la Corée du Sud, attaquant des patrouilles américaines, engageant des actions de commando, et puis capturant un navire espion américain… Ce sont des choses qui se sont déjà produites.
Vis-à-vis de la Corée du Sud, des actes de guerre n’ont pas manqué non plus. Le plus spectaculaire ayant été la pose d’une bombe à Rangoon, la capitale de la Birmanie, qui aurait dû liquider la totalité des visiteurs sud-coréens, le Président, le Premier ministre et la moitié au moins du gouvernement birman. L’opération fut arrêtée de justesse, mais fit pas mal de victimes. Bombes dans les avions, attaques non motivées dans la ligne de démarcation. On a eu droit à tout. Les Nord-coréens, ça ne peut pas être pire.
À moins bien sûr, qu’ils aient l’intention d’envahir la Corée du Sud, mais tout indique que s’ils avaient eu cette intention, précisément, ils n’auraient pas déclaré la guerre. La dernière déclaration de guerre remonte à 1941 dans l’histoire. C’est celle du Japon aux États-Unis. L’ambassadeur Nomura, de la famille de banque qui était d’ailleurs à Washington, ayant été prévenu par une erreur de transmission technique un peu trop tard, est arrivée au département d’État pour déclarer la guerre au moment où déjà Pearl Harbour avait été touché. Enfin, ce genre de choses arrive. Ce qui est certain, c’est que la déclaration de guerre n’est pas un acte immédiat, mais elle constitue un climat.
Alors, que veulent les Nord-coréens ? Probablement, une reprise en main interne de leur société par l’armée. S’il y a acte de guerre, c’est plutôt une sorte de putsch militaire auquel on assiste en direct aujourd’hui qui consiste finalement à proclamer la totale soumission de la société nord-coréenne aux exigences de l’armée.
Est-ce contre Kim Jong-Il ou avec lui ? Ce serait plutôt prudent de dire qu’en tout cas Kim Jong-Il semble associé à ce développement, mais qui arrive à un moment où il est affaibli personnellement. Deuxièmement, c’est un acte suicidaire que cette montée aux extrêmes. Déjà, il y a deux mois, les Nord-coréens avaient fermé les entreprises mixtes sud-coréennes qui existaient. Donc, ils s’étaient préparés à cette montée aux extrêmes. Il semble bien au fond la crainte révérencielle des Nord-coréens, c’est une entente entre la Chine et le Japon. Et il est vrai que depuis la crise, celle-ci s’est rapprochée.
Dans la logique paranoïaque de Kim Jong-Il, il est la première victime d’un rapprochement sino-japonais. La Corée du Nord a toujours misé sur une Chine hostile à l’Occident et sur un Japon aligné sur les États-Unis, les Coréens du Sud comme du Nord n’aimant guerre le Japon dont ils gardent de mauvais souvenirs.
Est-ce que dans cette logique paranoïaque, les Nord-coréens vont précipiter une crise qui effectivement pourrait avoir cette conséquence ? C’est la grande question que je me pose ce matin. Est-ce que Kim Jong-Il dans sa folie, dans sa maladie, les généraux nord-coréens dans leur débilité, ne sont pas en train de mettre sur pied la plus grande alliance du 21e siècle : l’alliance de Pékin et de Tokyo ?
On sait bien que c’est une idée que Jacques Lacan avait développée : la meilleure analyse vient dans «l’après-coup». Effectivement, hier la Corée du Nord a fait exploser une première bombe atomique et puis, dans la nuit, elle en a refait une seconde. Alors, c’est un «après-coup» à tous égards, et on commence à mieux comprendre que le Président Barack Obama est devant sa première crise mondiale. Et il ne l’attendait évidemment pas là. Henry Kissinger me disait il y a longtemps : « Il y a une moyenne de deux crises et demi pour chaque mandat de quatre ans ». Et il pensait que Clinton jusqu’ici avait échappé à tout et que c’était statistiquement impossible que ça continue. D’ailleurs, il y a eu le Kosovo.
Ici, c’est une grande crise parce que la Corée du Nord avait réussi en marchant à reculons, a donné le sentiment qu’elle allait vers un démantèlement de son programme nucléaire et elle vient de décider, au fond depuis un an et demi, qu’il n’en serait rien. Et peut-être, et c’est là où le Président Obama est obligé de réagir avec plus d’énergie qu’il ne l’avait initialement imaginé, parce que les Nord-coréens se sentent à peu près garantis que Washington n’aura pas de réactions trop fortes, et pour ce qui est du Japon, de la Chine et pour ne pas parler de la Corée du Sud, ils pensent pouvoir s’en charger.
Alors, il faut leur démontrer que c’est une erreur. Et la démonstration ne passe pas par le Japon, elle ne passe pas par la Corée du Sud, elle passe par la Chine. Et cela nous oblige d’ailleurs à revoir l’importance et la complexité des rapports entre la Chine et la Corée du Nord. Après tout, pour les dirigeants chinois aussi, cette affaire est un test. Ils ont d’ailleurs voté dans l’unanimité des sanctions contre la Corée du Nord. Ils ne cherchent absolument pas pour l’instant à défendre à minima comme un avocat commis d’office qu’ils ont été à de nombreuses reprises. Mais, ce n’est pas tout.
En fait, il faut comprendre que les dirigeants chinois, du moins ceux de la vieille génération révolutionnaire – Deng Xiaoping en particulier – détestait intensément la Corée du Nord. Il la détestait d’abord parce qu’elle était une espère de butte-témoin du maoïsme, une période qu’ils avaient détestée à leur tour, et quand par exemple, Deng Xiaoping s’était à Pyongyang et publiquement devant ses hôtes inquiétés du prix que pouvait coûter les statues géantes du dictateur, il avait manifesté tout le mépris que lui inspiré le régime. Il faut dire aussi que Kim Il-Sung avait d’abord était pro-soviétique, c’était même un officier semble-t-il des gardes frontières soviétiques et qu’il avait soigneusement éliminé dès le début de la guerre de Corée le grand ami de Mao Zedong, qui s’appelait Mu Jong et qui aurait dû être le véritable leader des communistes coréens et qui était d’ailleurs un homme plus ouvert.
Donc, les Chinois vont à reculons dans la défense de la Corée du Nord, mais longtemps le dogme était qu’on ne pouvait pas avoir comme ça une régression du socialisme aux frontières de la Chine sans conséquence gravissime. Une Corée du Sud, allié aux États-Unis, frontalière de cette région stratégique de la Mandchourie était impensable. Soit. De toute façon, personne ne demande la disparition de la Corée du Nord, mais des sanctions. Et c’est là où effectivement la Chine a joué en souplesse et en force.
Bien sûr, le vote des sanctions ne mettra pas la Corée du Nord à genoux. Mais en revanche, elle peut créer un parti de la paix en Corée du Nord, un parti de la paix qui évidemment ne être composé que de militaires et de policiers. Et les seuls qui ont accès à ces gens-là, ce sont les Chinois. Par conséquent, on va voir ce que la Chine va vouloir faire. Elle peut jouer, et c’est le bon sens cynique qui le lui commande, finalement les arrêts de jeu en laissant le Japon s’enfermer, en laissant la crise pourrir, en prenant à minima des gestes symboliques au Nations Unies, mais évidemment, à ce moment-là, la Chine perdra beaucoup. Et elle perdra surtout, ce n’est pas tellement les États-Unis qui n’ont pas les moyens de s’opposer à elle, mais c’est le Japon.
Le Japon s’est rapproché spectaculairement de la Chine avec la Corée du Sud à la faveur de la crise. Il s’agit d’un développement prometteur. Celui-ci pourrait s’arrêter net si la Chine, une fois de plus choisissait la carte nord-coréenne.