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jeudi 17 février 2011

Même en plein boom, la prudence est de mise dans l'industrie minière - John Foley

Le Monde - Economie, vendredi, 18 février 2011, p. 16

Les grands groupes miniers n'ont jamais été aussi florissants. Pour parachever des bénéfices record réalisés grâce à l'envolée des prix des matières premières, BHP Billiton et Rio Tinto ont décidé de rendre aux investisseurs 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) au total par le biais de rachats d'actions. De plus, les deux groupes anglo-australiens ont fortement augmenté leurs dépenses d'investissement - 80 milliards de dollars sur cinq ans pour BHP. Les grandes fusions et acquisitions ne sont pas à l'ordre du jour. Conclusion : les miniers se préparent à un tournant.

Le boom des matières premières, notamment du fer, a fait exploser leurs profits. Rio et BHP ont triplé leurs bénéfices opérationnels pour le minerai de fer depuis 2007. L'urbanisation accélérée de la Chine en est la cause. Mais les minières ont aussi bénéficié de meilleurs termes et conditions, notamment de la disparition des contrats annuels sur les prix. En outre, les coûts de production des mines en Chine ont doublé depuis trois ans en raison de la hausse des rémunérations, ce qui rend leur exploitation peu économique, estime un dirigeant.

Les milieux financiers ont aussi joué un rôle. Le prix du cuivre avoisine un record de 10 000 dollars la tonne, dopé par une demande réelle, mais aussi par la volonté des investisseurs de se couvrir contre l'inflation. Le pétrole, qui représente un cinquième du résultat d'exploitation de BHP, dépasse les 100 dollars le baril pour les mêmes raisons. Conséquences : les miniers remuent de l'argent à la pelle sans se fatiguer. Les seules hausses de prix expliquent l'accroissement des profits de BHP pour le second semestre et de Rio pour toute l'année.

Il ne faut pas espérer mieux

Mais la croissance ne se maintiendra pas à ce rythme. Même si les miniers ne sont pas endettés, les grandes opérations de fusion et acquisition ne semblent pas d'actualité. Il y a trois ans, quand les prix étaient de nouveau élevés, Rio n'avait déboursé que 38 milliards de dollars pour acheter le producteur d'aluminium Alcan, et BHP souhaitait une fusion avec Rio. Actuellement, les grands groupes n'ont pas de grandes envies. Mais quand le patron de BHP, Marius Kloppers, un homme d'affaires averti, n'achète pas, on peut penser que les actifs sont surévalués.

Cela expliquerait l'accent mis sur la croissance interne et d'importantes dépenses d'investissement pour la production future. Mais plus les miniers augmentent leur production, mieux ils s'assurent que l'offre des matières premières très recherchées progresse assez pour satisfaire la demande.

Un retour à la normale ne se fera pas dans le calme. Les investisseurs, qui n'ont valorisé BHP qu'à douze fois les bénéfices estimés cette année, avaient peut-être raison : la situation est aussi bonne que possible pour les miniers et il ne faut pas espérer mieux.

Sur breakingviews.com

John Foley

(Traduction de Ngoc-Dung Phan)

Plus de commentaires sur l'actualité économique et financière.

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lundi 6 décembre 2010

Accord entre Rio Tinto et Chinalco pour prospecter en Chine

Les Echos, no. 20819 - Industrie, lundi, 6 décembre 2010, p. 21

Le géant minier anglo-australien Rio Tinto et le chinois Chinalco, son premier actionnaire avec 9 % du capital, ont signé vendredi un protocole d'accord pour constituer une coentreprise qui prospectera en Chine. Chinalco, géant de l'aluminium, cherche à se diversifier dans le charbon, le minerai de fer, les terres rares et le cuivre, pour devenir un géant minier mondial. Cet accord montre aussi un rétablissement des relations de Rio Tinto avec la Chine. Chinalco avait été éconduit par l'Etat australien en 2009 quand il avait proposé d'injecter des fonds propres en augmentant sa part du capital de Rio, alors pénalisé par une dette colossale. Puis, en mars dernier, 4 employés de l'anglo-australien avaient été condamnés à des peines de prison pour corruption et espionnage industriel.

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jeudi 25 novembre 2010

Pékin multiplie les contrats pour se fournir en uranium - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 20812 - Industrie, jeudi, 25 novembre 2010, p. 22

Après Areva, son grand rival canadien Cameco a signé hier un contrat de fourniture d'uranium à la Chine.

Jolie opération pour Cameco, le grand rival d'Areva dans l'uranium. L'industriel canadien, deuxième producteur mondial derrière son concurrent français, a annoncé hier un accord portant sur la fourniture de concentré de ce minerai au groupe chinois CGNPC. Aucun chiffre n'a été communiqué sur le montant de ce contrat, mais il porte sur environ 13.000 tonnes livrées jusqu'en 2025. Sachant qu'Areva vient de signer avec l'autre grand nom du nucléaire chinois, CNNC, un contrat portant, lui, sur la livraison de 20.000 tonnes de minerai, et chiffré à 3,5 milliards de dollars, l'accord entre Cameco et CGNPC pourrait s'établir aux alentours de 2 milliards de dollars.

Le premier chantier au monde

C'est la quatrième fois qu'une entreprise chinoise signe, de cette manière, un compromis portant sur la livraison à long terme du précieux minerai. Une tendance qui démontre le caractère capital, pour Pékin, de sécuriser ses approvisionnements afin de garantir la viabilité de son gigantesque programme de développement de l'industrie nucléaire -l'objectif de 40 gigawatts installés pourrait être atteint dès 2015, contre moins de 11 GW aujourd'hui. Avec 24 tranches nucléaires actuellement en construction, la Chine est, de très loin, le premier chantier au monde pour le secteur. Ce qui fait dire à l'Association mondiale du nucléaire que la demande chinoise annuelle de minerai pourrait atteindre 20.000 tonnes en 2020, soit près de 10 fois sa consommation actuelle, et plus du tiers de la quantité de minerai extraite dans le monde l'année dernière. D'après RBC Capital Markets, la demande mondiale d'uranium devrait ainsi croître de 32 % d'ici à 2015. Un formidable moteur de croissance pour Cameco, mais aussi pour Areva.

G. G. à Pékin

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lundi 22 novembre 2010

La Chine à la conquête des ressources des abysses - Brice Pedroletti


Le Monde - Environnement & Sciences, mardi, 23 novembre 2010, p. 4

La Chine a bien l'intention d'avancer ses pions dans la course aux ressources minérales sous-marines, dont l'exploitation, d'ici vingt ou trente ans, pourrait prendre le relais des réserves terrestres en voie d'épuisement.

Développé en secret depuis 2003, le Jiaolong, un submersible habité chinois, a atteint cet été 3 759 mètres de fond lors d'une plongée dans le sud de la mer de Chine - plus très loin, techniquement, des 5 000 mètres et quelques, atteints par exemple par le Nautile français, construit en 1984.

En théorie, le Jiaolong est capable d'opérer à 7 000 mètres de fond, alors que la limite du Shinkai, le submersible japonais, est de 6 500 mètres. " C'est le dernier-né des submersibles, il bénéficie des plus récentes avancées technologiques ", juge Pierre Cochonat, directeur adjoint de la prospection et de la stratégie scientifique à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et spécialiste des grands fonds.

A Qingdao, dans le Shandong, à l'est de Pékin, une base de recherche pour les systèmes marins de grande profondeur est en construction : elle accueillera le Jiaolong, basé pour l'instant à Wuxi, près de Shanghaï, mais aussi le reste des véhicules chinois sous-marins non habités.

L'entrée de la Chine au sein de la poignée de nations capables d'explorer les abysses est le résultat d'un effort intense en recherche et développement (R & D) : le Jiaolong fait ainsi partie des " projets-clés " du plan 863, l'un des grands programmes chinois. Une centaine d'instituts de recherche et de sociétés y ont participé.

Le sous-marin a été conçu par des experts chinois, affirme Liu Feng, directeur adjoint de la Comra (China Ocean Mineral Resources Research and Development Association), l'organisme chinois en charge du projet. La sphère habitée en titane a toutefois été importée de Russie. Le bras hydraulique et la mousse syntactique, qui résiste à de très fortes pressions, viennent des Etats-Unis, pionniers dans ce domaine, puisque Alvin, le submersible américain, est né en... 1964.

En revanche, l'hydrophone, le système acoustique de transmission des sons et des données, ainsi que les systèmes de pilotage automatiques, ont été mis au point en Chine : ils permettent notamment de naviguer en mode automatique, à distance constante du relief sous-marin, une première mondiale, selon M. Liu, qui a supervisé les plongées. " Nous sommes fiers d'avoir obtenu la plus grande manoeuvrabilité au monde ", dit-il. Le submersible dispose de sept hélices et de puissantes batteries.

L'exploration des ressources sous-marines est une vieille ambition dans le monde. Elle est relancée par les conditions économiques actuelles, avec la montée en puissance, bien plus vite que prévu, de gros consommateurs de matières premières, comme la Chine et l'Inde. Trois ou quatre types de ressources sont identifiés, comme les nodules de manganèse, ces pépites rocheuses riches en métaux qui jonchent les sols des océans. Ou encore les amas sulfurés, des montagnes sous-marines riches en métaux produites par les remontées de magma aux endroits où l'écorce terrestre se rompt. Les encroûtements cobaltifères, ainsi que les hydrates de méthane, sont d'autres gisements à très fort potentiel.

En mai, la Chine a surpris, en étant le premier pays à se porter candidat pour l'attribution d'une zone contractuelle, dans les eaux internationales, pour les dépôts sulfurés. Une société canadienne, Nautilus, en explore déjà, mais dans les eaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée et prévoit de commencer l'exploitation en 2012 - une expérience qui sera, estime M. Cochonat, déterminante pour la suite. L'Ifremer a, de son côté, mené cet été une première campagne de prospection de champs hydrothermaux au large de Wallis-et-Futuna, dans la zone économique exclusive française.

La Chine n'a pas de dépôts sulfurés dans ses eaux, et la majeure partie des sites présumés se trouvent en eaux internationales, le long de la dorsale médio-océanique.

Un accord entre la Comra et l'Autorité internationale des fonds marins (ISA) doit encore être approuvé, et repose sur " l'exploration, et non l'exploitation ", tient à préciser Liu Feng, pour qui la question future de l'exploitation est tributaire " d'une combinaison de facteurs comme les prix des métaux, les réglementations, la technologie qui décideront si elle est faisable ou non en temps voulu ".

L'accord n'est pas passé inaperçu. " Dans le monde d'aujourd'hui, dès qu'on entend parler d'une position chinoise, ça compte, ne serait-ce que parce que les Chinois sont dans une situation très favorable, d'un point de vue des finances publiques, pour mener à bien de grands projets ", estime Pierre Cochonat. Il ouvre la voie à une accélération des recherches, à un moment où, selon le chercheur, le souci de la communauté scientifique d'aller plus loin dans les connaissances est concomitant avec celui des Etats de savoir ce qui pourra se faire dans les dix ou vingt ans à venir.

La géopolitique mondiale pourrait bien s'en trouver affectée. En plantant un drapeau au fond de la mer de Chine du Sud (PHOTO), lors de sa plongée record, cet été, non loin de zones disputées entre la Chine et ses voisins, le Jiaolong a ainsi hérissé quelques poils...

Brice Pedroletti

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lundi 8 novembre 2010

La Chine va consacrer 3,2 milliards d'euros sur cinq ans à l'exploration de gisements

Le Monde - Economie, mardi, 9 novembre 2010, p. 16

La Chine va investir 30 milliards de yuans (3,2 milliards d'euros) sur les cinq prochaines années pour la recherche de gisements miniers, afin de limiter sa dépendance vis-à-vis des importations, selon la presse locale du dimanche 7 novembre. Le gouvernement va lancer des programmes d'exploration dans 21 provinces, a précisé l'agence officielle Chine nouvelle (Xinhua), en citant Wang Min, vice-ministre des ressources.

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vendredi 5 novembre 2010

La compétition pour les minerais rares est une source de conflits majeurs

Le Monde - Dialogues, vendredi, 5 novembre 2010, p. 20

La Chine a procédé, pour le second semestre, à une réduction drastique de 72 % de ses exportations de terres rares. Les terres rares sont essentielles pour la quasi-totalité des technologies du futur. Les pays industriels commencent à s'inquiéter pour leur approvisionnement.

En Allemagne, le précédent gouvernement a créé, au printemps, l'Agence des matières premières Rohstoffagentur qui devrait permettre de répondre aux besoins essentiels de l'industrie allemande. Une telle initiative doit être reprise au niveau européen.

Cela démontre clairement qu'à côté de la question largement reconnue de la sécurité énergétique, l'approvisionnement adéquat en matières premières représente, lui aussi, un défi fondamental. Il y a trois raisons à cela : tout d'abord, l'augmentation permanente des demandes des 8 milliards de personnes qui vivront sur Terre en 2030; deuxièmement, les besoins croissants de pays en développement rapide comme la Chine, l'Inde ou le Brésil; et enfin, notre dépendance croissante à l'égard de produits industriels de haute technologie fabriqués à partir de matières premières stratégiques.

La compétition mondiale autour des ressources minérales ne peut qu'aller en s'intensifiant. Les relations politiques internationales des prochaines décennies ne seront pas seulement qualifiées par beaucoup de " choc des civilisations ", mais se caractériseront peut-être encore plus nettement par une nouvelle forme d'" impérialisme des ressources ". De nouveaux conflits se profilent - y compris des risques de guerres entre Etats et de guerres civiles. Le principal aspect géopolitique de la décennie écoulée aura été la politique agressive de sécurisation des matières premières menée par la Chine, qui ne perd aucune occasion de s'affirmer dans le monde entier comme un contrepoids face aux Etats-Unis. Si l'Europe ne veut pas se retrouver au bord du chemin, alors ses politiciens et dirigeants d'entreprise doivent agir.

L'une des raisons qui expliquent la puissance croissante de la Chine est qu'environ 95 % des terres rares sont produites dans l'empire du Milieu. Or néodyme, lanthane, europium, holmium et autres entrent aujourd'hui dans la fabrication des composants utilisés dans les véhicules électriques, les lasers et les nanotechnologies, les téléphones mobiles, les ordinateurs, le verre industriel de haute qualité ou encore les dispositifs photovoltaïques.

Face à l'augmentation permanente de la demande intérieure et mondiale en matière de produits technologiques, un groupe de travail de la Commission européenne est arrivé à la conclusion que l'approvisionnement futur de l'industrie européenne en de tels métaux est menacé par le quasi-monopole chinois. En cette seule année, environ 115 000 tonnes de terres rares ont été consommées dans le monde.

On prévoit d'ores et déjà une consommation de 185 000 tonnes pour 2012. Que se passera-t-il si Pékin, pour satisfaire ses propres besoins intérieurs, décide un beau jour de cesser totalement l'exportation de certaines de ces terres rares ? Ce serait une catastrophe pour l'industrie occidentale, mais aussi un énorme avantage compétitif pour les produits technologiques chinois.

Les prévisions montrent également que la demande de certains autres métaux et minerais tels que le coltan, le cobalt, le cuivre et le titane sera supérieure à l'offre. L'une des principales raisons de la guerre civile en cours au Congo, qui a déjà fait 5 millions de morts, est la présence de gisements de matières premières, notamment de coltan, dans la province orientale du Kivu.

Ce que l'on a appelé la " coconut revolution " a fait rage durant des années autour d'une immense mine de cuivre située sur l'île Bougainville dans le Pacifique, une ancienne colonie allemande, causant la mort de 15 000 personnes. Malgré cela, le géant anglo-australien des matières premières Rio Tinto tente actuellement d'y relancer la production. De tels conflits ne peuvent que se multiplier à l'avenir, y compris dans l'Arctique, au fond des océans et peut-être un jour sur la Lune.

Que peut-on faire dans une telle situation ? En premier lieu les pays européens, mais surtout l'Union européenne (UE) elle-même, doivent définir leurs besoins spécifiques en matières premières stratégiques. Il est crucial d'élaborer une stratégie commune qui puisse être mise en oeuvre de manière ferme partout dans le monde. L'UE doit, autant que possible aux côtés des Etats-Unis, devenir un acteur global capable de démontrer sa volonté de défendre ses intérêts sur le plan des matières premières.

En deuxième lieu, politiciens et dirigeants d'entreprise doivent travailler de concert afin de sécuriser l'approvisionnement en matières premières. Les grands groupes possèdent les moyens nécessaires à l'exploitation, au raffinage et à l'infrastructure qu'implique l'extraction des matières premières.

Il faut ouvrir de nouvelles mines en Australie, mais aussi, par exemple, en Mongolie ou au Kazakhstan. L'Europe et l'Amérique doivent développer des politiques industrielles communes avec des compagnies telles que Rio Tinto, BHP Billiton ou Xstrata et les soutenir dans cette lutte mondiale contre les géants étatiques chinois. A cette fin, le volet commerce extérieur de notre politique étrangère doit être encore renforcé.

En troisième lieu, nous devons nous attacher à réduire notre dépendance actuelle à l'égard des ressources minérales stratégiques grâce au développement de substituts artificiels et à l'accroissement de l'efficacité de notre utilisation des matières premières au moyen de l'innovation chimique et technologique.

Par ailleurs, une étroite coopération entre la politique de recherche et les entreprises est nécessaire. Il importe de déterminer si certaines mines recelant des matières premières, situées sur les territoires nationaux mais fermées depuis des années parce qu'elles n'étaient pas viables économiquement, seraient aujourd'hui susceptibles d'être rentables. Enfin, l'industrie européenne possède encore un énorme potentiel grâce aux améliorations permanentes enregistrées dans le traitement des déchets industriels et le recyclage des métaux usagés.

La compétition autour des matières premières ne peut que s'intensifier, car non seulement l'équilibre mondial du pouvoir mais aussi la stabilité même des gouvernements et des sociétés en dépendent. Cependant, les populations des pays du monde en développement riches en ressources ne doivent pas être à nouveau exploitées, comme elles le furent à l'époque coloniale, et doivent au contraire tirer profit de l'extraction et du commerce des matières premières.

Sur le court terme, garder ses distances par rapport à des Etats comme le Soudan ou le Zimbabwe et être en première ligne pour dénoncer le trafic des " diamants du sang " ou exiger l'arrêt des conflits qui se déroulent autour des matières premières pourrait placer l'Europe et les Etats-Unis dans une position compétitive défavorable face à la Chine.

Mais à long terme, une politique fondée sur des critères éthiques non seulement permettra à l'Occident d'avoir pour lui la morale, mais s'avérera de surcroît économiquement plus profitable.

La sauvegarde des ressources ne restera viable que si l'Europe ne considère plus les pays du monde en développement comme de simples gisements de matières premières, mais comme des partenaires.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton

Friedbert Pflüger

Professeur honoraire en politique internationale au King's College de Londres et conseiller chez Roland Berger Strategy Consultants

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samedi 30 octobre 2010

Hillary Clinton : il faut chercher les terres rares hors de Chine

Le Monde - Economie, samedi, 30 octobre 2010, p. 14

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, s'est félicité, jeudi 28 octobre, d'un communiqué du ministère chinois de l'industrie et des technologies affirmant que Pékin n'avait pas l'intention d'utiliser comme « monnaie d'échange » les terres rares, minerais essentiels pour les produits de haute technologie et dont la Chine fournit 97 % des besoins de la planète. Pékin a réduit de 40 % les quotas d'exportation de ces métaux stratégiques en 2010.

« J'accueillerais avec satisfaction toute clarification de leur politique et j'espère que cela veut dire que le commerce de ces importants matériaux va se poursuivre sans diminution et sans entrave, a déclaré Mme Clinton lors d'une conférence de presse à Tokyo. En même temps, en raison de l'importance de ces minerais de terres rares, je pense que [nous] sommes conscients que nos pays et d'autres vont devoir chercher d'autres sources d'approvisionnement. »

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mardi 26 octobre 2010

La Chine coupe les vannes de matières stratégiques - Harold Thibault

Le Monde - Environnement & Sciences, mercredi, 27 octobre 2010, p. 4

Les pays dépendant des exportations chinoises de terres rares s'inquiètent. Après le Japon, les acheteurs américains de ces 17 métaux utilisés dans la production des véhicules électriques, des téléphones portables, des lasers mais aussi dans l'industrie de défense, par exemple pour les radars de Lockheed Martin, constatent un blocage des livraisons en provenance de la Chine.

Cette dernière assure 97 % de la production mondiale depuis que d'autres pays, au premier rang desquels les Etats-Unis, ont ralenti ou abandonné l'extraction de terres rares, que la Chine fournit à bas prix et malgré le coût environnemental. Elle ferme les vannes, d'abord à l'encontre de pays avec lesquels elle entretient des relations difficiles, tout en continuant, dans le discours officiel, de soutenir que rien n'a changé.

" Il n'y a pas d'embargo formel mais les cargaisons sont bloquées en douane côté chinois ", explique Jeff Green, un lobbyiste de Washington qui défend les intérêts des industriels utilisant des terres rares.

Selon lui, plusieurs théories circulent dans les milieux d'affaires américains pour expliquer le blocage. L'adoption de mesures de représailles à l'encontre des Etats-Unis, qui accusent Pékin de subventionner les technologies vertes contre les règles du commerce international, en est une. Mais la plus pertinente, estime M. Green, est celle d'un tarissement des quotas d'exportation fixés par le gouvernement chinois.

Soucieuse de conserver des réserves, dont elle estime qu'elles pourraient s'épuiser dans quinze ou vingt ans à ce rythme, et de satisfaire une demande locale croissante, la Chine a annoncé en juillet une réduction de 40 % de ses exportations de terres rares pour l'ensemble de l'année, selon China Chemical Industry News, ce qui équivaudrait à une chute de 72 % pour le second semestre.

Certains Européens dans l'industrie constatent que l'adoption de ces quotas a perturbé l'approvisionnement mondial, tout en laissant paradoxalement bloquées en stockage des quantités de terres rares déjà extraites mais dont les quotas d'exportation ont été dépassés. Tous ne rencontrent cependant pas les mêmes difficultés.

Le quotidien officiel China Daily citait, le 18 octobre, une source au sein du ministère du commerce selon laquelle la Chine pourrait de nouveau réduire ses exportations de 30 % en 2011. L'information a été démentie par ce même ministère qui promet que la Chine " continuera de fournir des terres rares au monde " mais également " d'imposer des restrictions à l'extraction, à la production et à l'exportation " de ces métaux stratégiques.

Le premier ministre, Wen Jiabao (PHOTO), avait déjà assuré, mercredi 6 octobre, qu'il n'était pas question d'utiliser les terres rares comme " outil de négociation ". Comment expliquer alors que l'approvisionnement du Japon ait été suspendu, au moment même où les deux pays sont en froid après l'arrestation d'un marin chinois à proximité des îles Diaoyu, dont la souveraineté est disputée ?

" Probablement parce que les autorités ont amélioré la lutte contre la contrebande, le passage en douane a peut-être été ralenti ", estime Zhang Anwen, vice-secrétaire de la Société chinoise des terres rares, qui refuse d'évoquer les questions politiques mais retient néanmoins qu'elles sont souvent mêlées à celles touchant à l'économie.

Malgré les demandes répétées de Tokyo, l'approvisionnement n'est toujours pas rétabli et seuls deux importateurs japonais sur trente se sont vu livrer les métaux depuis le mois de septembre, selon le quotidien nippon Asahi. Le Japon s'interroge donc sur les alternatives et prépare un accord avec le Vietnam afin d'y ouvrir de nouvelles mines.

L'Allemagne annonce vouloir développer elle aussi des partenariats avec d'autres pays producteurs tandis qu'aux Etats-Unis, la mine de Mountain Pass, qui fut un temps la première de la planète et avait été fermée en 2002 par manque de rentabilité et à la suite de pollutions toxiques, sera relancée en 2011.

Harold Thibault

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Comment la Chine a gagné la bataille des métaux stratégiques - Olivier Zajec


Le Monde diplomatique - Novembre 2010, p. 14 15

Un camouflet pour la logique économique à courte vue

On attendait plutôt les exploitations à ciel ouvert de Mongolie-Intérieure, ou les mines profondes du bush australien. Mais c'est en plein coeur des brouillards de la mer de Chine orientale que la problématique des " terres rares ", ces métaux à haute valeur ajoutée technologique, a une fois de plus émergé dans l'actualité. Le 7 septembre 2010, un chalutier chinois, hasardant ses filets dans les eaux territoriales japonaises, est cerné par les garde-côtes. Il tente de fuir, et ce faisant éperonne un bâtiment militaire nippon. L'équipage est arrêté. L'incident se déroule non loin de l'archipel des Senkaku (Diaoyu pour les Chinois). Eparpillées à cent soixante-dix kilomètres au nord-est de Taïwan, ces huit îles presque désertes appartiennent à Tokyo, mais Pékin en revendique la souveraineté depuis les années 1970. Revendications autrefois émises recto tono, mais qui s'affirment désormais avec plus d'âpreté, reflétant l'évolution progressive du rapport de force entre une Chine en ascension, à l'étroit dans ses eaux peu profondes, et un Japon sur la défensive (1).

Par l'escalade diplomatique qu'elle a suscitée, la collision du 7 septembre révèle l'étendue du répertoire coercitif dont dispose la Chine dans la défense d'une zone hautement stratégique pour elle. La détention du capitaine du bateau chinois, prolongée par décision d'un tribunal japonais le 19 septembre, a amené le ministère des affaires étrangères à menacer : " Si le Japon continue dans cette attitude imprudente, il goûtera à son propre fruit amer. " De Pékin à Shanghaï, suscités ou spontanés, protestations " patriotiques " et autodafés de drapeaux nippons se multiplient. Jusqu'à ce que le " fruit amer " ne prenne finalement tout son sens aux alentours du 20 septembre, sous la forme d'un coup d'arrêt des exportations de terres rares chinoises vers les ports japonais. Rien d'officiel, mais de Hongkong à Tokyo en passant par Londres, les courtiers en matières premières le confirment : les chargements sont retardés, voire bloqués (2). L'effet est spectaculaire.

En portant le bras de fer sur le terrain des ressources énergétiques, Pékin met en lumière une faiblesse rédhibitoire du Japon et de bien d'autres puissances désireuses d'acquérir ces précieux minerais.

Une stratégie d'étranglement

Les terres rares sont un groupe de dix-sept métaux aux propriétés uniques (3), utilisés de plus en plus massivement dans l'industrie innovante et de haute technologie. Lasers, téléphones portables, écrans à cristaux liquides en contiennent, et les performances nouvelles des dernières générations de terminaux de " connexion de masse ", de l'iPhone aux tablettes tactiles, reposent en partie sur les propriétés de ces éléments. Les nouvelles industries " vertes " connaissent aussi cette dépendance : batteries de véhicules hybrides, panneaux solaires, ampoules basse consommation ou turbines d'éoliennes sont tributaires des métaux " dopants " que sont le néodyme, le lutécium, le dysprosium, l'europium ou le terbium, également porteurs de promesses en termes de catalyse pour le raffinage du pétrole. Enfin, l'industrie de défense utilise les terres rares pour des systèmes aussi cruciaux que les missiles de croisière, les munitions guidées, les radars ou les blindages réactifs.

La demande mondiale en terres rares croît de plus de 10 % par an. Elle est passée en une décennie de quarante mille à cent vingt mille tonnes annuelles. L'industrie américaine, japonaise ou européenne ne peut déjà plus s'en passer, comme le résume l'analyste Cindy Hurst dans une récente étude pour le département américain de la défense : " Sans les terres rares, une grande partie de la technologie moderne serait profondément différente, et bien des applications ne seraient pas même possibles. Par exemple, nous ne connaîtrions pas l'avantage de la miniaturisation des téléphones et des ordinateurs portables (4). " En général, plus un modèle industriel est innovant (résistant, léger, de taille réduite, " écocompatible "), plus sa dépendance aux terres rares augmente. Le Japon est un cas d'école : les seules batteries des véhicules hybrides Prius de Toyota nécessitent dix mille tonnes de terres rares par an pour être assemblées (5). L'avènement de l'industrie " verte " pourrait plus généralement faire grimper la demande mondiale annuelle à deux cent mille tonnes : on trouve plusieurs centaines de kilos de terres rares dans une turbine d'éolienne de grande taille.

" Rares ", ces substances ne le sont pourtant pas au sens strict. Selon l'US Geological Survey (USGS), Pékin ne détiendrait qu'entre 40 et 50 % des réserves mondiales. Il en existe des concentrations avérées dans de nombreux pays, des Etats-Unis à l'Australie en passant par le Canada, le Kazakhstan ou le Vietnam. Dans ces conditions, pourquoi une telle sensibilité sur le sujet, au Japon et ailleurs ? Parce qu'en 2010, 97 % des cent vingt-cinq mille tonnes d'oxydes de terres rares extraites annuellement de la surface de la planète sont chinoises. Un monopole quasi absolu. Et plutôt récent.

Entre 1927, date de la découverte de leurs immenses gisements de terres rares de Bayan Obo, et les années 1960 environ, les Chinois ne s'étaient que médiocrement intéressés à l'avantage compétitif qu'ils détenaient. La production était alors dominée par les Etats-Unis. C'est sous Deng Xiaoping, avec le " programme 863 " (6) de 1986, que Pékin opte pour une stratégie de long terme visant à développer une maîtrise pérenne de l'exploitation des terres rares, de l'extraction à la fabrication de produits semi-finis en passant par la séparation et la transformation des matériaux de base.

L'action du professeur Xu Guangxian (7), le " père des terres rares chinoises ", sera décisive. Il met sur pied, en 1987, le premier laboratoire chinois spécifiquement consacré à la chimie appliquée des terres rares, lequel vient renforcer le vénérable institut de recherche de Baotou, fondé en 1963. Entre 1978 et 1989, la production chinoise s'accroît de 40 % par an (8), et dépasse dès lors la production américaine, qui elle-même décline progressivement. En faisant fond sur l'accessibilité et l'abondance de leurs propres réserves de Mongolie-Intérieure, qui leur permettent de vendre à bas prix leurs terres rares durant des années, les Chinois asphyxient progressivement les autres producteurs. Lesquels préféreront appliquer la loi des avantages comparatifs en abandonnant la filière, via un désinvestissement " compétitif " et des délocalisations vers la Chine.

La disparition des concurrents étrangers s'explique aussi ces vingt dernières années par la lourdeur de la filière : les opérations de séparation et de valorisation de ces composés sont gourmandes en capitaux et nocives pour l'environnement. La séparation des terres rares nécessite en effet des substances chimiques extrêmement polluantes, et laisse derrière elle des déchets radioactifs. Sacrifiant la santé des ouvriers des mines de Baotou et le milieu naturel attenant, seule la Chine a volontairement choisi de développer une production de masse malgré ces " externalités négatives ". Les rejets des mines de Baotou Steel dans le fleuve Jaune constituent désormais un problème gigantesque.Le taux de cancer chez les ouvriers se révèle totalement anormal. Economiste au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et spécialiste reconnu du sujet, Christian Hocquard pointe " un certain paradoxe entre l'utilisation des terres rares pour des énergies renouvelables et ces procédés d'obtention polluants (9) ".

Il en faudrait davantage pour que la Chine abandonne la filière. Grâce à ces dix-sept métaux que Deng Xiaoping avait, dès les années 1970, comparé avec prescience au futur " pétrole de la Chine ", Pékin instaure un rapport de forces avec des clients américains, japonais ou européens qui dépendent de cycles d'innovation très courts, " dopés " aux terres rares. Insensiblement, cette suprématie du fournisseur sur le consommateur se prête à l'instrumentalisation sur le terrain politique, comme le démontre l'affaire des îles Senkaku (Diaoyu).

Certains estiment que la Chine pourrait réorienter progressivement sa politique des terres rares et passer d'une stratégie de la dépendance à celle de l'étranglement. Dans cette hypothèse, Pékin réduirait progressivement le volume de ses exportations. Avec deux objectifs : d'une part, faire monter les prix et ainsi rentabiliser son monopole de fait (le néodyme a atteint 32 000 dollars la tonne en août 2010, une augmentation de 60 % en un an) ; d'autre part, réserver ses terres rares à la montée en gamme de la production industrielle autochtone. Car après avoir produit des terres rares " brutes " ou des produits semi-finis, et s'en être assuré le monopole, la Chine ambitionne désormais de fabriquer des produits finis à plus haute valeur ajoutée, avec pour objectif une filière totalement intégrée. Appuyée sur un quasi-arrêt des exportations de ces minerais, la combinaison lui donnerait un atout stratégique considérable. Les sacrifices environnementaux, que la Chine ne prend pas à la légère, contrairement à certaines idées reçues, trouveraient ainsi leur justification de long terme, si tant est qu'un tel désastre puisse se justifier par des raisons économiques.

A rebours de certains rapports insistant sur le machiavélisme industriel de Pékin, ce mouvement n'est pas piloté au millimètre près par les hiérarques du comité central. Car la stratégie de " montée en gamme " se conjugue avec une explosion de la croissance et de la consommation chinoises qui " emballe " le processus et oblige la Chine, plus rapidement et plus brutalement sans doute qu'elle ne l'aurait voulu, à approvisionner préférentiellement ses propres industriels pour répondre à leur demande. C'est donc pour un ensemble de raisons complémentaires, à la fois voulues (stratégie d'influence politique, ambitions industrielles) et subies (montée du marché intérieur de consommation) que la Chine a effectivement réduit de 40 % ses exportations de terres rares ces sept dernières années et qu'elle a annoncé, en juillet 2010, que ces dernières décroîtraient à nouveau de plus de 70 % au deuxième semestre 2010, à huit mille tonnes contre vingt-huit mille tonnes environ pour la même période l'an passé (10). Même s'ils le désiraient, il serait difficile aux Chinois d'accroître la production au rythme de la demande globale. D'où un blocage des approvisionnements de ses clients étrangers, qui met Pékin en délicatesse possible avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et suscite protestations officielles et théories du complot dans le reste du monde.

Mais l'inquiétude des industriels japonais, européens et américains repose aussi sur des éléments objectifs. Depuis août 2010, la filière chinoise se réorganise autour de quelques grandes sociétés d'Etat. Baotou Steel, qui représente déjà 75 % de la production nationale, a ainsi pris le contrôle des sociétés mineures du sud de la Chine, comme Xinfeng Xinli Rare Earths. Objectif : mieux gérer les problèmes environnementaux, mais surtout juguler un trafic illégal de terres rares qui compterait, selon certaines estimations, pour près d'un tiers du volume sortant de Chine tous les ans. Avantage connexe : le couvercle monopolistique éliminerait une brèche de taille, pour peser enfin de tout son poids sur le marché. Les fabricants étrangers de produits haut de gamme, sans autre solution, devraient délocaliser en Chine pour s'assurer un accès pérenne aux composants de base. Beaucoup l'ont déjà fait. Selon certains analystes, il y aurait pire. Afin de prolonger à tout prix son monopole, Pékin encouragerait ses industriels à prendre le contrôle capitalistique des quelques compagnies étrangères touchant de près (extracteurs australiens, métallurgistes canadiens) ou de loin (transformateurs européens) à la filière des terres rares.

En 2009, China Investment Corp a acquis 17 % de Teck Resources Ltd, un acteur minier très important au Canada. En Australie, l'agressivité chinoise, avec la tentative de prise de contrôle de Lynas Corporation, a fait se cabrer Canberra fin 2009, ce qui n'a pas empêché la même année une autre entreprise chinoise d'acquérir 25 % d'un producteur local de terres rares, Arafura Resources Ltd (11).

Même Mountain Pass, le principal gisement " dormant " de terres rares américain, a bien failli passer sous contrôle chinois : en 2005, peu après la fermeture de la mine californienne, la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) déposait une offre pour acquérir le pétrolier américain Unocal. Pas de liens directs a priori ? A l'exception du fait qu'Unocal, via Molycorp acquis en 1978, était en fait et en droit le propriétaire de Mountain Pass. Unocal est finalement resté américain suite à une bronca du Congrès et de l'opinion publique sur la question de l'autonomie pétrolière des Etats-Unis, mais peu d'observateurs noteront alors que la Chine était passée bien près de faire " coup double " (pétrole et terres rares) sur cette offre.

Plus généralement, depuis quelques années, Pékin démontre sa propension - et son aptitude - à structurer finement une stratégie d'ensemble, fondée sur son action de levier sur les marchés, ses richesses minières, sa force de frappe capitalistique et l'unicité de décision de son exécutif. Mais son principal atout, en sus de ces cartes maîtresses, pourrait être, tout simplement, l'absence de coordination des politiques d'autonomie énergétique des acteurs occidentaux.

Le réveil des " pays industrialisés " (expression désuète s'il en est) est d'autant plus amer qu'il s'apparente à une parabole ironique illustrant l'antithèse absolue entre logique capitaliste à courte vue et stratégie de long terme. L'exemple américain est saisissant : entre 1965 et 1985, les Etats-Unis maîtrisent l'intégralité de la chaîne des terres rares. Le " bas " (le site californien de Mountain Pass) approvisionne le " haut " (par exemple la firme Magnequench dans l'Indiana, une filiale de General Motors productrice d'aimants permanents à base de néodyme-fer-bore, aujourd'hui indispensables à toute l'automobile moderne). Viennent les années de l'ascension chinoise, et leur pression sur les prix.

En 1995, alors que ce dumping achève de fragiliser la rentabilité de Mountain Pass, par ailleurs confrontée à des problèmes environnementaux, deux firmes chinoises, alliées pour l'occasion à un investisseur américain, font une offre sur Magnequench. Le gouvernement des Etats-Unis finit par donner son accord, à condition que les Chinois acceptent de conserver la firme sur le sol américain durant cinq ans. A l'expiration du délai, les employés sont licenciés, et l'entreprise est littéralement démontée et déménagée à Tianjin, en Chine (12). D'autres producteurs, allemands et japonais entre autres, closent alors leurs usines américaines, pour la même destination. Aujourd'hui, il ne reste pratiquement rien de ce secteur sur le sol américain.

En 2010, l'histoire de Magnequench figure en bonne place dans les rapports alarmistes des " cercles de réflexion " américains sur les terres rares, où l'on rappelle opportunément que cette entreprise avait été financée en partie sur fonds publics et qu'elle fournissait les aimants permettant à la bombe guidée Joint Direct Attack Munition (JDAM) de Boeing de fonctionner. Pourtant, en dehors de quelques syndicalistes et élus, bien peu se posèrent à l'époque la question de la " logique " de marché qui rendit possible cette erreur stratégique.

A présent, on ne parle plus que de terres rares aux Etats-Unis. Car, à compter de 1995, une autre dimension entre dans l'équation : la montée en puissance militaire de la Chine. Une série d'études et d'analyses consacrées aux rare earths a donc fleuri à Washington, avec une accélération nette de la fréquence et du sérieux des alertes depuis un an environ, avant même l'incident des Senkaku. Le Pentagone, particulièrement concerné, s'investit dans des exercices de prospective destinés à sensibiliser les parlementaires et l'exécutif américains. Dans le domaine de la défense, le National Defense Authorization Act pour l'année fiscale 2010, dans sa section 843, enjoint ainsi au Government Accountability Office (GAO), l'équivalent de la Cour des comptes, d'étudier précisément la place des terres rares dans la chaîne de fourniture du ministère de la défense.

La liste est longue (13) - munitions guidées de précision, lasers, systèmes de communication, systèmes de radar, avionique, équipements de vision nocturne ou encore satellites - et ne peut que s'étoffer : les procédés ou matériaux en développement dans les laboratoires industriels de défense (14) comportent presque toujours des terres rares. Le ministère de la défense a révélé que certains composants à base de terres rares (en particulier le lanthane, le cérium, l'europium et le gadolinium) avaient manqué ces dernières années, déclenchant des retards dans certains programmes militaires américains. L'armée de l'air, très impliquée dans les programmes secrets et les technologies de rupture (15) (communication, furtivité), s'est inquiétée dès 2003, dans un rapport interne, de sa dépendance aux aimants de forte puissance à base de néodyme. Le collège industriel des forces armées a exploré dans son " Industry Study " de 2009 les mentions des terres rares dans les domaines de la construction navale, de la production d'armes (16) et dans le secteur aéronautique. Le Centre de recherches de l'armée de terre sur l'armement et le Centre naval de guerre de surface ont conduit quant à eux des études sur cette dépendance et les moyens d'y parer. Un temps, la marine américaine aurait même songé à financer un redémarrage des installations de la mine de Mountain Pass.

Un savoir-faire évaporé

Pilotée par le ministère de la défense, une " grande revue " des dépendances américaines aux terres rares - portant sur vingt-quatre systèmes d'armes majeurs pour le Pentagone - était censée être achevée fin septembre ou début octobre 2010. L'effort est tardif. Et l'on peut parfaitement imaginer que la Chine ait pu lancer l'équivalent de cette " revue " de son côté, pour évaluer quels pourraient être les moyens de pression discrets aujourd'hui à sa disposition pour gêner l'approvisionnement de tel ou tel élément fondamental pour les technologies de rupture sur lesquelles repose l'avance militaire américaine. Ce qui serait de bonne guerre, si l'on s'en tient aux principes de Sun Tzu.

Pour les décideurs du Capitole, " la volonté chinoise de limiter ses exportations va poser un problème de compétitivité aux Etats-Unis, et nous devons d'une part assurer notre approvisionnement et d'autre part permettre le développement des mines de terres rares sur notre sol. Les Etats-Unis ne peuvent plus dépendre à 100 % des importations chinoises ". En mars, le représentant républicain du Colorado Michael Coffman a présenté un projet de loi demandant la remise en état de toute la filière américaine d'exploitation des terres rares, ainsi que la constitution de stocks stratégiques.

L'initiative s'est transformée en un projet de loi, le Rare Earths and Critical Materials Revitalization Act, actuellement en cours d'examen au Congrès. Mais, malgré la récente frénésie d'analyses aux Etats-Unis sur ce thème et les discussions sur les stocks stratégiques ou le recyclage, la dépendance restera la norme pour les années à venir. On estime ainsi que la reconstruction d'une filière américaine des terres rares prendrait quinze ans, tout en dépendant d'investissements lourds et continus.

Un savoir-faire et une culture industriels se perdent en quelques années, mais il faut plusieurs décennies pour les faire renaître, souvent parce que l'expertise humaine correspondante s'est évaporée. Certes, l'Amérique va finalement rouvrir Mountain Pass, en 2011. Certes, Toyota achète à présent ses terres rares au Vietnam et ailleurs, via des partenariats de long terme, tandis que le ministère japonais de l'industrie investit dans les mines du Kazakhstan ou du Canada. Certes, le français Rhodia développe ses liens avec l'Australie, qui fait de plus en plus figure de fournisseur de rechange face au monopole chinois. Mais il faudra que la crise économique laisse à ces pays ou acteurs privés la possibilité de soutenir des investissements de long terme. Rien n'est moins sûr. La réalité, à moins d'un volontarisme stratégique fort et déconnecté des lois du marché, c'est que les industriels américains, européens et japonais dépendront de plus en plus de ces substances, et donc des composants de base chinois qui en constituent le flux ultramajoritaire.

L'Europe ? Le 17 juin 2010, un rapport de la Commission tirait le signal d'alarme sur l'état, critique pour son économie, des approvisionnements de quatorze matières premières. Les terres rares y figuraient en bonne place. Comment éviter les erreurs du passé, assurer une relative autonomie d'approvisionnement à l'Europe et éviter de perdre des compétences dans ces secteurs stratégiques ? Loin des Senkaku (Diaoyu), les anciens ouvriers de feu Magnequench, au fond de l'Indiana, ont sans doute un avis intéressant sur la question.

Note(s) :

(1) Cf. Barthélémy Courmont, Géopolitique du Japon, Artège, Perpignan, 2010. Lire également " La Chine affirme ses ambitions navales ", Le Monde diplomatique, septembre 2008.
(2) Keith Bradsher, " Amid tensions, China blocks vital exports for Japan ", The New York Times, 23 septembre 2010.
(3) Le groupe des terres rares inclut les quinze éléments appelés lanthanides, du lanthane (La, 57) au lutécium (Lu, 71), auxquels on associe l'yttrium et le scandium.
(4) Cindy Hurst, " China's rare Earth Elements Industry : What can the West learn ? ", Institute for the Analysis of Global Security (IAGS) mars 2010.
(5) Makiko Kitamura et Jason Scott, " Toyota forms task force on rare earth metals amid China export ban reports ", 29 septembre 2010.
(6) Dit " Programme de recherche-développement de la haute technologie nationale ".
(7) Formé à l'université américaine de Columbia entre 1946 et 1951, Xu est considéré comme un héros national. Il a reçu en janvier 2009 le Prix suprême d'Etat pour la science et la technologie des mains du président Hu Jintao.
(8) Cindy Hurst, op. cit.
(9) Entretien avec Christian Hocquard paru sur Actu-Environnement.com, 2 juin 2010.
(10) Ministère du commerce chinois et Bloomberg News, " China cuts rare earth export quota 72 %, may spark trade dispute with US ", 9 juillet 2010.
(11) Pour Lynas, l'acteur chinois était la China Non-Ferrous Metal Mining Company. Dans le cas d'Arafura, il s'agit de Jiangsu Eastern China Non-Ferrous Metals Investment Co. Voir le site d'information australianrareearths.com.
(12) Jeffrey St. Clair, " The saga of Magnequench ", The Bloomington Alternative, 23 avril 2006. Voir également le site de Magnequench pour le discours et les produits actuels de la firme.
(13) " Rare earth materials in the defense supply chain " (PDF), gao.gov, 14 avril 2010.
(14) Rapport du National Defense Stockpile de 2009, mentionné dans l'étude du GAO déjà citée.
(15) Innovations qui, plutôt que d'améliorer les technologies existantes, introduisent des ruptures suffisantes pour les remplacer.
(16) Site du collège industriel des forces armées.

Olivier Zajec

PHOTO - Coal produced by Berau Coal is being loaded onto a ship in Indonesia's East Kalimantan province August 17, 2010. China's mining and oil companies, including CNOOC and Chinalco, are scouring the world - from Australia to Brazil, and Canada to Indonesia - for takeover targets to secure long-term supply for the world's fastest growing major economy. But the likelihood of Chinese state-owned giants successfully mounting takeovers of major minerals and coal firms in Indonesia, the world's largest exporter of thermal coal and tin, is small. Picture taken August 17, 2010. To match Analysis MINING-INDONESIA/CHINA.

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Terres rares : le Japon tente de casser sa dépendance à la Chine

Les Echos, no. 20792 - International, mardi, 26 octobre 2010, p. 8

Des officiels japonais sont au Vietnam pour établir des coentreprises d'exploitation de terres rares dans le pays.

Un sentiment d'urgence commence à gagner les autorités japonaises. Peu convaincues par les démentis flous du gouvernement chinois, qui continue d'affirmer qu'il n'organise pas d'embargo sur les exportations de terres rares vers le Japon, les équipes du Premier ministre Naoto Kan multiplient les contacts avec d'autres capitales pour tenter de trouver rapidement des alternatives aux livraisons chinoises de terbium, de lanthane ou encore de néodyme, qui se sont taries depuis la mi-septembre et la détérioration d'un différend frontalier entre les deux pays. Ces minerais, que le Japon source à 96 % en Chine, sont vitaux pour les industriels nippons fabriquant des voitures hybrides, des écrans plasma ou des éoliennes. D'après les calculs du ministère japonais de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie, le pays pourrait, si l'embargo chinois se poursuivait, voir ses stocks actuels s'épuiser au premier trimestre 2011. « Avec le recyclage, les importations de sources non chinoises et les échanges entre les entreprises japonaises, nos stocks peuvent tenir jusqu'en mars ou avril », a expliqué Yoshikatsu Nakayama, le vice-ministre de l'Economie.

Une étude de faisabilité

Pour tenter de casser au plus vite cette dépendance aux livraisons chinoises, Yukio Hatoyama, l'ancien chef du gouvernement japonais, a entamé samedi dernier, avec d'autres parlementaires, une mission de reconnaissance au Vietnam. Il cherche à mettre sur pied, avant l'arrivée en fin de semaine à Hanoi de Naoto Kan, un accord de développement conjoint de nouvelles mines de terres rares dans le pays. « Le Vietnam est une zone très prometteuse et nous espérons avoir des projets sur place », a déclaré Akihiro Ohata, le ministre du Commerce, qui espère pouvoir annoncer officiellement le 31 octobre prochain la création d'un joint-venture dans le secteur.

Au début du mois, l'exécutif japonais avait annoncé un accord similaire avec le gouvernement mongol. Relayant les efforts du gouvernement, les groupes japonais qui ont concentré dès les années 1990 leurs achats de terres rares en Chine, pour profiter des bas coûts d'exploitation et de la « souplesse » des normes environnementales locales, ont récemment repris leurs contacts avec plusieurs pays producteurs de terres rares pour réactiver des projets d'exploitation qui nécessitent souvent plusieurs années de développement avant d'être effectivement productifs. Le journal « Nikkei » a assuré qu'une maison de négoce japonaise Sumitomo Corporation venait de lancer une étude de faisabilité sur une mine du nord du Vietnam dans l'espoir d'importer des terres rares dans le pays dès 2013. Toyota Tsusho Corp., une filiale du constructeur automobile, a également activé des projets au Vietnam et en Inde, quand Toshiba lançait un joint-venture au Kazakhstan.


YANN ROUSSEAU

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lundi 25 octobre 2010

Baotou Iron & Steel, le champion chinois - Julie Desné

Le Figaro, no. 20599 - Le Figaro Économie, samedi, 23 octobre 2010, p. 20

Dans la guerre des terres rares, la Chine a son porte-étendard, la compagnie Baotou Steel Rare Earth High-Tech. Sa maison mère, Baotou Iron & Steel Group, règne en maître sur la province chinoise de Mongolie-Intérieure qui renferme deux tiers de la production nationale actuelle. Cet été, la National Development and Reform Commission (NDRC), organe clé du pouvoir central, lui a confié le monopole de l'exploitation des précieux minerais dans sa région, effectif d'ici à la fin de l'année.

C'est depuis l'austère ville industrielle de Baotou, dans cette région située aux marches de l'empire du Milieu, que se gère l'essentiel de la production. Baotou Steel Rare Earth High-Tech produit 44 % des terres rares de la planète, à hauteur de 55 000 tonnes par an. Un statut de mastodonte du secteur qui ne cesse de se conforter. Il y a deux mois, la compagnie a investi 25 millions d'euros dans trois sociétés de la province du Jiangxi, au sud, bien loin de son fief d'origine.

Une gageure dans un pays où chaque gouvernement provincial garde jalousement ses prérogatives sur les ressources locales, surtout quand elles sont précieuses comme les terres rares. Mais la société chinoise de Baotou, dont la capitalisation boursière atteint 6,7 milliards d'euros, a la bénédiction de Pékin pour consolider un secteur éparpillé et surtout grevé de sites illégaux.

Une hausse de 170 %

Aujourd'hui, rien n'arrête sa progression. Dopée par la reprise mondiale et l'envolée des cours, l'entreprise a multiplié par six ses bénéfices sur le premier semestre, avec 38 millions d'euros. Et à Shanghaï, son titre a grimpé de plus de 170 % depuis le début de l'année.

Baotou Steel Rare Earth High-Tech pilote également la constitution des réserves chinoises. Six sites de stockage ont déjà été construits avec une capacité de 5 000 à 6 000 tonnes. D'ici à cinq ans, la société compte bien accumuler entre 200 000 et 300 000 tonnes de ces minerais.

Le quasi-monopole sur la production et les réserves devraient doter Baotou Steel Rare Earth High-Tech d'un puissant levier dans les négociations de fixation des cours, voulue par Pékin au niveau national. L'idée est d'établir tous les mois un prix identique pour chaque terre rare entre les différentes provinces productrices. Sur le long terme, le but est clair : accroître l'influence des groupes miniers nationaux, celui de Baotou en tête, sur le prix des minerais au niveau mondial.

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lundi 28 juin 2010

Produits de base : la Chine emploie la manière forte pour résorber les surcapacités

Les Echos, no. 20706 - Marchés, vendredi, 25 juin 2010, p. 15

A compter de la mi-juillet, les ristournes des taxes à l'export consenties à plus de 400 produits de base -l'acier, le cuivre raffiné, le nickel, l'étain ou le plomb, entre autres -seront purement et simplement abolies.

Pékin a décidé d'employer la manière forte pour effacer les surcapacités qui affectent l'industrie des produits de base du pays. Cette semaine, le ministère des Finances et le fisc ont annoncé qu'à compter du 15 juillet, 406 produits de base ne bénéficieraient plus d'aucun rabais sur les taxes à l'exportation. Parmi les principales marchandises visées par cette mesure : l'acier, le cuivre raffiné, le nickel, l'étain, le plomb, le zinc, le molybdène, le magnésium, le cobalt, le bismuth, le zirconium, l'antimoine, le ferrochrome, le thallium, le vanadium, le béryllium ainsi que plusieurs de leurs produits dérivés et alliages respectifs, sans oublier l'éthanol, l'amidon de maïs, certaines matières plastiques, le caoutchouc, plusieurs types de verre et certaines catégories d'engrais chimiques.

L'objectif clairement affiché par les autorités chinoises est de parvenir à des restructurations et des consolidations importantes des différentes industries qui s'y réfèrent. Les rabais qui vont être abolis vont des 9 % actuels pour la sidérurgie aux 5 % pour l'éthanol, l'amidon de maïs et la plupart des non ferreux. L'impact le plus conséquent sur les exportations se vérifiera donc sur les produits de l'acier. Les ventes à l'étranger de produits sidérurgiques de l'ancien empire du Milieu ont bondi de 127 % en rythme annuel dans les cinq premiers mois de 2010.

Gagnants et perdants

La réduction prévisible des capacités de la sidérurgie -appelée de leurs voeux par les gouvernants chinois depuis longtemps -aura un effet positif sur les prix et sur les marges des concurrents des aciéristes locaux. En revanche, les conséquences pourraient être négatives pour les grands producteurs de minerai de fer, dont une partie conséquente de leurs débits est absorbée par cette nouvelle puissance industrielle globale. Le prix spot aux ports commerciaux chinois des fines de minerai avec une teneur en fer de 62 % ont chuté de l'ordre de 45 dollars la tonne, à 143 dollars, en deux mois. Quant aux exportations chinoises de cuivre et d'autres métaux de base, elles ont peu de chances de diminuer sensiblement en volume, estiment les experts. Entre janvier et mai, les quantités exportées de produits du cuivre raffiné se sont envolées de 76 % par rapport à la même période de 2009.

MASSIMO PRANDI

PHOTO - CHENGDE, HEBEI - OCTOBER 11: A worker stands by the molten iron flowing up in the iron-smelting workshop at Chengde Steel Plant on October 11, 2007 in Chengde of Heibei province, China. The annual production of Chinese steel will reach 480 million tons in 2007, increase by 14 per cent compared with 2006. , according to Chinese official media.

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vendredi 4 juin 2010

Inquiétudes autour des visées de Pékin sur les réserves de terres rares

Les Echos, no. 20691 - Marchés, vendredi, 4 juin 2010, p. 37

La Chine veut procéder à la nationalisation de tous les gisements de terres rares du pays. Le projet inquiète d'autant plus que ces métaux stratégiques sont largement employés dans les produits de haute technologie civile et militaire.

La nouvelle est inquiétante. Le régime chinois veut que les réserves de terres rares du pays soient exploitées par une petite poignée de sociétés nationalisées. Objectif : battre en brèche l'exploitation illégale des gisements et, surtout, contrôler directement ces richesses minérales jugées stratégiques. L'information, qui émane du très officiel « China Daily », peut être considérée digne de foi.

Elaboré conjointement par le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) et par la Commission pour le développement national et la réforme (NDRC, l'organisme central de planification économique), le projet de reprise en main par Pékin des terres rares est actuellement soumis à l'examen du gouvernement chinois. « Une fois approuvé, le ministère de la Terre et des Ressources (MLR) va distribuer les licences et initier l'allocation des ressources aux firmes triées sur le volet », explique une source qualifiée mentionnée par le quotidien chinois. En attendant, le régime a suspendu toute attribution de licences nouvelles jusqu'à la fin juin 2011. La seule façon qu'auront des entreprises privées d'accéder à ces dépôts sera indirecte, via leurs éventuelles participations au capital des heureuses élues.

97 % de la production

Si ce dispositif est adopté, les répercussions sur les marchés des terres rares seront importantes et ne se cantonneront pas à la Chine. Ce pays occupe en effet une place centrale dans la production de ces minerais, car 97 % de l'offre des 17 éléments composant le groupe des terres rares émanent de l'ancien empire du Milieu. En termes de réserves, le poids des Chinois est aussi prépondérant, avec 89 millions de tonnes d'oxydes de terres rares estimées en 2008 par les géologues gouvernementaux américains de l'USGS, soit plus de 59 % des réserves mondiales totales.

Or, ces ressources minérales sont indispensables pour la fabrication d'un grand nombre de produits de haute technologie, allant des turbines à vent aux voitures à moteur hybride ou aux missiles, en passant par les téléphones mobiles, note le « China Daily » (lire ci-dessus). De quoi susciter des remous dans les principaux pays occidentaux, très gourmands en métaux rares.

MASSIMO PRANDI

PHOTO - University students point out the location of Sichuan province on a map of China and pen a slogan to mark the one-year anniversary of the Sichuan earthquake, at Fudan University in Shanghai May 12, 2009. Mourners crowded ruins in southwest China on Tuesday to mark one year since an earthquake shattered the region, while President Hu Jintao called reconstruction efforts a testament to national strength.

Les terres rares

On appelle « terres rares » un groupe de 17 minerais qui étaient rares au début du XIXe siècle, au moment de leur découverte, mais qui sont normalement répandus aujourd'hui. Ils sont prisés pour leurs propriétés physiques, essentielles à plusieurs industries de haute technologie : efficacité de stockage d'hydrogène dans les alliages à base de terres rares de la métallurgie; pouvoirde stockage et de sortie d'oxygène dans la fabrication de systèmes de catalyse; conductivité élevée dans la construction électrique; fluorescence et haut indice de réfractivité dans l'optique de haute précision et la fabrication d'écrans plats; haute anisotropie (propriété d'être dépendant de la direction) magnétique pour la fabrication d'aimants industriels.

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lundi 26 avril 2010

Les Etats-Unis enquêtent sur la vente à perte d'aluminium chinois

Le Monde - Economie, vendredi, 23 avril 2010, p. 12

Le département américain du commerce a annoncé, mercredi 21 avril, l'ouverture d'une enquête sur la vente à perte présumée de produits en aluminium par la Chine. Il a indiqué que les importations d'aluminium extrudé avaient augmenté de 90 % entre 2007 et 2009, grâce à de possibles subventions estimées entre 32,5 % et 33,3 %, pour une valeur évaluée à 514 millions de dollars (383 millions d'euros).

« La commission américaine du commerce international (ITC) doit faire son évaluation préliminaire des dommages aux alentours du 17 mai, a annoncé le département du commerce. Si l'ITC juge qu'il y a des indications raisonnables montrant que les importations depuis la Chine sont dommageables matériellement ou menacent d'être dommageables au secteur américain, les enquêtes vont se poursuivre. » - (AFP.)

Japon : l'excédent commercial profite en mars de la demande asiatique

L'excédent commercial du Japon a atteint 948,9 milliards de yens (7,6 milliards d'euros) en mars grâce à des exportations tirées par la demande asiatique, a annoncé, jeudi 22 avril, le ministère des finances. Ce rebond est un peu inférieur aux prévisions des économistes. - (AFP.)

La réforme financière aux Etats-Unis réduirait légèrement les déficits américains

Le bureau du budget du Congrès américain a indiqué, dans une estimation du coût de la réforme de la régulation financière publiée mercredi 21 avril, que le projet de loi réduirait les déficits américains de 21 milliards de dollars (15,7 milliards d'euros) sur dix ans. Le président Barack Obama devait défendre à New York, jeudi, cette réforme censée permettre d'éviter une crise similaire à celle de 2008. - (AFP.)

Le moral des industriels français progresse en avril

Le moral des industriels français s'est amélioré de quatre points en avril par rapport à mars pour atteindre 97 points, a annoncé, jeudi 22 avril, l'Insee. L'indicateur reste en dessous de sa moyenne de longue période (100 points), mais les entrepreneurs de l'industrie manufacturière estiment que leur activité a sensiblement progressé. - (AFP.)

La distribution des quotidiens nationaux perturbée

La distribution des quotidiens nationaux était encore très perturbée, jeudi 22 avril. Le syndicat général du Livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT) a décidé de reconduire la grève commencée mardi pour dénoncer le gel des salaires en 2010 décidé par le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN).

Pour sa part, le Comité inter-CGT, qui avait aussi décidé un arrêt de travail mardi, a suspendu la grève. Ce mouvement intervient alors que Presstalis (ex-NMPP), organisme chargé de la distribution de la presse, traverse une grave crise financière.

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mardi 13 avril 2010

L'or exprimé en euros établit un nouveau record - Massimo Prandi

Les Echos, no. 20653 - Marchés, vendredi, 9 avril 2010, p. 35

Il aura fallu la crise de la dette grecque pour que le métal jaune libellé en euros se hisse au-dessus de son précédent record absolu.

Un nouveau sommet à proximité immédiate des 864 euros l'once d'or a été gravi hier en séance, alors même que l'once s'échange encore, en dollars, à un prix inférieur de 6 % environ à celui de son dernier plus haut en séance, (1.226,56 dollars, le 3 décembre 2009). Depuis le début de l'année, le métal jaune en euros s'est apprécié de plus de 12 % alors que le même précieux avec le billet vert pour unité de compte n'a avancé que de moins de 5 %. L'or est très dépendant de l'évolution des parités monétaires. Il est donc logique que le cours du métal jaune en euros remonte à mesure du raffermissement du dollar face à la monnaie unique. Cette dernière a concédé environ 7,5 % à la devise américaine depuis la fin 2009. Un pourcentage presque égal au différentiel de hausse des prix de l'or en dollars et en euros constaté sur la même période.

Pourtant, au dire de James Steel, chez HSBC, le jeu croisé des monnaies ne suffit pas à expliquer la trajectoire des cours de ce précieux inscrite ces derniers temps. Loin s'en faut. Tout d'abord, et en toute logique, l'or en dollars aurait dû s'affaiblir face à la généralisation du redressement économique couplée à une parité plus ferme de sa devise de référence et à une inflation qui demeure relativement modérée, en dépit de l'envolée des prix des matières premières industrielles. L'appréciation du dollar se solde traditionnellement par une perte de vigueur de l'or. Il n'en est rien aujourd'hui. Le métal jaune libellé en dollars se maintient à des niveaux de cours historiquement élevés.

Résistance étonnante

Autre anomalie, les crises de dette souveraine de l'après-guerre n'ont pas déclenché d'augmentations significatives des prix de l'or. Ce fut encore le cas lors de la crise de la dette argentine, en décembre 2001. Il en va autrement aujourd'hui. La crise grecque, qui érode la parité de la monnaie unique et propulse le billet vert, n'a pas terni l'éclat du plus populaire des précieux. Pourtant, le risque de défaut de la dette souveraine athénienne est beaucoup plus grand pour le système financier international que celui associé à la dette argentine d'il y a neuf ans. La Grèce est un Etat membre de l'OCDE et, surtout, elle fait partie de la zone euro. Le défaut de ce pays pourrait freiner, voire handicaper la reprise conjoncturelle globale. Et cela est d'autant plus vrai qu'Athènes n'est pas la seule capitale du monde développé à être placée sous cette menace. Sous cet angle, ce n'est pas tant l'envol de l'or en euros qui est étonnant, mais sa résistance en dollars « face à l'escalade du risque souverain grec », résume James Steel. Les analystes techniques de Credit Suisse lui prédisent un objectif rapproché de 1.227 dollars l'once, son record de décembre, suivi par une remontée, d'abord vers les 1.250 dollars, puis vers les 1.264 dollars.

Le métal jaune bénéficie aussi d'un certain soutien du côté de la demande physique asiatique, notamment en Chine et en Inde, pays où les pressions inflationnistes regagnent en intensité. « Il est certain que la peur de l'inflation en Chine a été un facteur majeur de la demande asiatique d'or cette année », confirme Edel Tully, chez UBS.

MASSIMO PRANDI

PHOTO - A vendor removes a gold accessory from a glass case at a jewellery shop in Suining, Sichuan province March 29, 2010. China's gold demand will double over the next decade from current levels due to jewellery consumption and investment needs, the World Gold Council (WGC) said on Monday, in its first report on the world's fastest growing user of the metal.

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Le cuivre est de retour - Alain Faujas

Le Monde - Economie, lundi, 12 avril 2010, p. 11

Voilà que ça recommence ! Depuis un an et demi, les consommateurs s'étaient habitués aux bons côtés de la récession, c'est-à-dire à des cours de matières premières industrielles en chute plus ou moins libre, à l'instar du cuivre revenu de presque 9 000 dollars la tonne au printemps 2007 à 3 500 dollars dans la foulée de l'effondrement de la banque Lehmann Brothers fin 2008, point de départ de la débandade.

La reprise, qui est au coin de la rue aux Etats-Unis et qui s'accélère en Asie, siffle la fin de cette récréation. Mardi 6 avril, le cours du métal rouge pour livraison à trois mois a brièvement poussé à 8 009,74 dollars sur le London Metal Exchange, renouant avec les niveaux d'avant-crise.

Le fauteur de troubles

Même si la tonne de cuivre est revenue à 7 892 dollars, vendredi 9 avril, sous l'effet des prises de bénéfice ou de la peur d'avoir dépassé les bornes, il n'y a pas de doute : le cuivre est de retour. La spéculation aussi.

Pas besoin de chercher bien loin le fauteur de troubles : la Chine, toujours la Chine. Dopée par son plan de relance à 450 milliards de dollars, elle dévore 40 % du cuivre mondial pour construire des tours un peu partout et équiper ses centaines de millions de citoyens avec des milliers de kilomètres de câbles électriques de cuivre. En pleine crise, elle a même accru le volume de ses achats, au grand soulagement des Chiliens, les premiers producteurs de la planète se voyant crouler sous des milliers de tonnes de minerai inutile.

« Je suis très dubitatif sur la pérennité de ces cours, affirme Hervé Liévore, stratégiste chez Axa Investment Managers. A priori la hausse est aberrante en raison de stocks importants et comparables à ceux accumulés au plus fort de la crise en janvier 2009. » Voilà deux ans que l'offre excède la demande.

Il esquisse quelques explications à ce phénomène. Les arbitrages des banques ? « Il leur est possible de dégager une plus-value en achetant du cuivre sur le marché comptant et en le vendant sur le marché à terme, quand celui-ci est favorable. Mais cela dépend des coûts de stockage », selon lui.

La Chine ne continuerait-elle pas à acheter plus que de raison ? « Elle pourrait être tentée de le faire pour limiter l'accumulation de ses réserves de change, tout en préservant la valeur du dollar », à laquelle elle tient tant. Le séisme du 27 février au Chili n'a-t-il pas perturbé la production de minerai ? « Anecdotique », dans la masse des échanges mondiaux.

Donc mystère et boule de gomme, comme toujours sur les marchés où s'entrecroisent les stratégies d'une multitude d'acteurs. Hervé Liévore croit plus à une pression à la baisse sur le cuivre qu'à un emballement. En tout cas, la volatilité est garantie.

PHOTO - A labourer works at a copper processing factory in Yingtan, Jiangxi province March 1, 2010. The 3.75 percent jump in copper prices, their biggest rise in two weeks, in the wake of a huge earthquake in top producer Chile has likely tipped technical signals back into bullish mood, traders said.

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mardi 30 mars 2010

Canberra attaque le verdict chinois contre les quatre anciens employés de Rio Tinto

Les Echos, no. 20647 - Marchés, mercredi, 31 mars 2010, p. 33

Le gouvernement australien exprime de sérieuses réserves sur les lourdes condamnations reçues par les quatre anciens salariés de Rio Tinto.

Le lendemain des déclarations d'apaisement avec Pékin, le gouvernement australien est parti à l'attaque de la rude sentence infligée par un tribunal de Shanghai à quatre anciens représentants de Rio Tinto dans le pays (« Les Echos » du 30 mars). C'est au Premier ministre, Kevin Rudd, qu'est revenue la lourde tâche de commenter l'épineux sujet. Il s'en est notamment pris au secret des audiences consacrées au chef d'inculpation d'espionnage commercial, en soulignant que ce procédé a laissé « des questions sérieuses sans réponse à propos de cette condamnation ». Il en a conclu que la Chine a perdu une occasion « defaire preuve face au monde entier d'une large transparence qui serait conforme à son rôle global émergent ». Kevin Rudd a aussi exprimé des réserves quant à l'accusation de corruption et à la façon dont la cour a traité les accusés.

Offensive détonnante

Irrité par ces commentaires, le régime de Pékin a vivement réagi. Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Qin Gang, a affirmé que l'Australie « devrait respecter le résultat du procès et arrêter de faire des remarques irresponsables ». « Nous exprimons des préoccupations sérieuses » sur les commentaires faits par des membres du gouvernement australien, a-t-il martelé hier.

L'offensive de Canberra détonne singulièrement avec le lâchage de ses employés opéré par Rio Tinto sitôt connu le jugement. Lâchage qui s'est soldé par le licenciement pur et simple de ses quatre salariés. En particulier, le groupe s'est rangé à l'opinion de la cour en matière de pots-de-vin reçus par ses représentants de Shanghai. Le calvaire de ces derniers pourrait se poursuivre au-delà des condamnations subies en Chine. L'ASIC (Australian Securities & Investments Commission), le régulateur du marché australien, et le Serious Fraud Office (SFO) britannique pourraient se saisir à leur tour de l'accusation de corruption.

MASSIMO PRANDI

PHOTO - Australia's Prime Minister Kevin Rudd attends a meeting in Melbourne March 31, 2010. China warned Australia not to make "irresponsible" comments about the trial of four employees of mining firm Rio Tinto after Canberra said the trial had left questions about China's legal system.

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lundi 22 mars 2010

Rio Tinto s'allie avec Chinalco dans le minerai de fer guinéen - Massimo Prandi

Les Echos, no. 20640 - Marchés, lundi, 22 mars 2010, p. 31

Trois jours seulement avant le début du procès de ses quatre employés de Shanghai, Rio Tinto a annoncé un accord non engageant avec le holding chinois Chinalco en vue de la constitution d'une coentreprise dans le minerai de fer en Guinée.

Après plus de neuf mois de sérieuse brouille, le numéro trois mondial des mines par la capitalisation boursière, Rio Tinto, resserre ses relations industrielles avec le holding étatique chinois Chinalco, son principal actionnaire avec 9 % du capital. Ce dernier s'était senti humilié début juin 2009 quand Rio Tinto avait mis brutalement fin au projet de partenariat stratégique entre les deux groupes pour marier son minerai de fer australien avec celui de son concurrent, BHP Billiton. La réaction de Pékin avait été rageuse et s'était soldée par l'emprisonnement de quatre représentants du groupe minier anglo-australien basés à Shanghai. Leur procès débute aujourd'hui.

Avec un agencement temporel qui ne doit rien au hasard, vendredi, les deux entreprises ont annoncé la création d'une coentreprise pour exploiter le gisement riche en minerai de fer de Simandou, en Guinée. Aux termes de l'accord non engageant, Rio Tinto, qui détient 95 % du projet, cédera à Chinalco une participation de 44,65 %. En échange, le chinois va investir 1,35 milliard de dollars en deux ans pour la finalisation du site minier et de la logistique liée. En toute hypothèse, des entreprises de l'ancien empire du Milieu contribueront à la construction du complexe minier et notamment de ses infrastructures. Le transfert de propriété se fera seulement après que Chinalco aura déboursé l'intégralité de cette somme, précise Rio Tinto. Le groupe risque par ailleurs de perdre à terme la majorité conservée de 50,35 % de Simandou en cas d'exercice par le gouvernement guinéen de son option de rachat d'une part du gisement pouvant aller jusqu'à 20 %.

La transaction avec les Chinois a permis de débloquer un dossier enlisé depuis décembre 2009, quand le régime de Conakry avait vendu la moitié nord du dépôt à BSG Resources, une firme du milliardaire israélien Benny Steinmetz. Jusqu'à présent, Rio Tinto a dépensé dans Simandou plus de 600 millions de dollars en exploration et en évaluation.

2,2 milliards de tonnes

Localisé dans le sud-est de la Guinée, ce gisement est le plus riche au monde des dépôts non exploités de minerai de fer avec ses 2,2 milliards de tonnes de ressources en minerai contenant 66 % de fer. Plus de 1.000 personnes y travaillent actuellement, mais, une fois démarrés les travaux de construction proprement dits, il générera des dizaines de milliers d'emplois, y compris dans ses infrastructures ferroviaires et portuaires. Quand la mine ouvrira ses portes, elle comptera plus de 4.000 travailleurs pour une production à plein régime estimée à plus de 70 millions de tonnes de minerai de fer par an. Au total, cet actif nécessite des investissements pour environ 12 milliards de dollars.

Il n'est cependant pas le principal chantier dans le minerai de fer de Rio Tinto. L'effort essentiel sera consenti pour l'expansion du bassin de Pilbara, en Australie occidentale, avec l'objectif affiché de livrer 330 millions de tonnes de minerai de fer. Le ticket d'entrée de Chinalco de 1,35 milliard de dollars est modéré eu égard aux capitaux qu'il faudra dépenser pour que les installations commencent à fonctionner : entre 5 et 6 milliards de dollars, d'après les dernières estimations de Rio Tinto. C'était le prix que Rio Tinto devait payer pour rétablir des relations normales avec son principal client, la Chine.

MASSIMO PRANDI

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jeudi 18 mars 2010

Les chinois sur les rangs pour un projet géant en Mongolie - Massimo Prandi

Les Echos, no. 20638 - Marchés, jeudi, 18 mars 2010, p. 37

La Chine est friande de charbon. Devenue importatrice nette, elle cherche à acquérir des gisements à l'étranger. Celui de Tavan Tolgoi, dans le désert mongol de Gobi, est convoité par le premier groupe charbonnier chinois, Shenhua Energy.

Tavan Tolgoi fait des envieux. Il ne peut pas en aller autrement pour un gisement sis dans la partie méridionale du désert mongol de Gobi, qui contient à lui seul des réserves pour 6,5 milliards de tonnes de charbon de la meilleure qualité, celui de qualité métallurgique. Parmi les candidats à la concession de ce site reculé figurent une dizaine de grands noms. Ils vont du leader mondial, BHP Billiton, au brésilien Vale, premier producteur global de minerai de fer, au groupe charbonnier américain Peabody, à l'indien Jindal, à Xstrata, au japonais Mitsui & Co. jusqu'au chinois Shenhua Energy, le numéro un mondial de la houille. Ce dernier a manifesté un intérêt indéfectible pour Tavan Tolgoi depuis 2003.

Début février, le Premier ministre mongol, Sukhbaatariin Batbold, avait une nouvelle fois refroidi les ardeurs des postulants en déclarant à l'agence Reuters que les enchères pour une part de 49 % du gisement allaient être reportées. Shenhua, le mieux placé jusqu'ici, a déclaré lundi que l'information n'a pas été confirmée par le haut responsable gouvernemental d'Oulan-Bator lors de sa récente rencontre avec son président, Ling Wen (PHOTO). Néanmoins, ce dernier a été incapable de fournir le calendrier précis des enchères. Le ministre des Ressources minérales du pays a certifié que la vente se fera à la mi-2010.

Avertissement de Shenhua

En attendant, Shenhua Energy a lancé un avertissement sur les coûts de production, attendus en forte hausse en 2010 en raison de politiques gouvernementales chinoises sensiblement durcies en matière de protection de l'environnement et de fiscalité minière. En 2009, ceux-ci avaient augmenté en moyenne de 6,4 %. L'an passé, les mines de Shenhua ont livré 210,3 millions de tonnes de charbon, soit 13,2 % de plus que l'année précédente. Ses ventes ont culminé à 254,3 millions de tonnes, un volume supérieur de 9,3 % par rapport à 2008. Ses réserves s'établissaient à 6,9 milliards de tonnes en fin d'exercice. Sur l'ensemble de 2009, le bénéfice net du groupe s'est établi à 4,6 milliards de dollars américains, contre 3,9 milliards un an plus tôt. C'est son résultat le plus élevé depuis son introduction à la Bourse de Hong Kong, en 2005.

En 2009, les importations chinoises de charbon ont plus que triplé, à 125,8 millions de tonnes. Cette année, la consommation de ce combustible minéral devrait atteindre les 3,15 milliards de tonnes (+ 3,3 % par rapport à 2009) selon des estimations gouvernementales de début mars.

PHOTO - Ling Wen, China Shenhua Energy's Executive Director & President, receives namecards from journalists at a news conference in Hong Kong March 16, 2010. China Shenhua Energy Co Ltd, the world's most valuable coal producer, said the company is still bidding for Mongolia's Tavan Tolgoi project.

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