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samedi 13 novembre 2010

ANALYSE - Le G20 passe par la Chine - Alexandre Adler


Le Figaro, no. 20617 - Le Figaro, samedi, 13 novembre 2010, p. 17

Avec le G20, institution nouvelle qui a connu depuis la catastrophe financière de 2008 un essor imprévu autant que bienvenu, il semblerait que, pour citer Péguy, on soit passé rapidement « du moment mystique » au « moment politique ». Une telle évolution était, bien entendu, prévue de longue date : un organisme de vingt États, dont les dynamiques économiques sont très différentes voire contradictoires, ne pouvait, une fois l'urgence passée, que se muer en parlement de l'économie mondiale, dont la première utilité est de permettre aux grands acteurs de la planète de se parler en toute liberté, et la dernière priorité d'adopter des règles contraignantes qui ne pourraient avoir pour ultime conséquence que de faire partir un à un les mécontents en rébellion, à commencer, bien sûr, par la Chine. Décidément, non, le G20 ne sera pas une sorte de Commission européenne en gestation. Réduit ainsi à la fonction de chambre d'enregistrement, le sommet de Séoul aura néanmoins été un capteur très fin des grandes tendances de notre monde. On commencera, à l'évidence, par le constat de la dégringolade de l'influence américaine. « Tel tu fais ton lit, tel tu te couches. » Le vieil adage s'est appliqué avec usure à une diplomatie économique américaine qui avait, une semaine auparavant déjà, organisé sa propre perte de crédibilité en annonçant unilatéralement une manoeuvre de relance monétaire tout à fait considérable.

Lucide probablement sur l'ampleur et la solidité de la résistance chinoise à tout ajustement monétaire, l'Amérique aura finalement eu recours à une sorte de « Pearl Harbor inversé ». Puisque Pékin n'accepte aucune concession, Washington passe à l'attaque surprise en organisant une baisse spectaculaire du dollar, en croisant les doigts pour que cette descente soit suffisamment maîtrisée grâce à la reprise d'une croissance intérieure anémique, afin que soit évitée, dans quelques mois, une hausse des taux d'intérêt qui ressemblerait fort à la « stagflation » qui coûta, on s'en souvient, sa présidence à Jimmy Carter. Si on veut bien y ajouter les mauvaises nouvelles qui s'amoncellent tant sur le front irakien que sur le front pakistanais, on constatera une dégringolade dans la puissance sans équivalent depuis fort longtemps aux États-Unis.

Ensuite, le G20 aura marqué, de façon tout aussi frappante, la montée en puissance de la diplomatie de Pékin, comme s'il s'agissait d'un jeu de vases communicants. Tout d'abord, la Chine, que l'on pensait isolée dans sa politique de dépréciation monétaire permanente, a tout de suite su jouer sur les maladresses de l'interlocuteur américain, pour mettre dans sa poche l'Allemagne, seconde exportatrice, derrière elle, de la planète. Les velléités de Geithner d'imposer un plafond pour les excédents commerciaux étaient, dès lors, oubliées. À ce premier axe Pékin-Berlin s'est ajoutée une complaisance inattendue des autres participants asiatiques, que l'on présentait volontiers comme enclins à plus de fermeté géopolitique vis-à-vis d'une Chine agressive sur le plan militaire. Ici, c'est le Japon qui aura donné le signal du ralliement, dépendant qu'il est déjà de son vaste accès au marché chinois pour maintenir par des excédents commerciaux, lui aussi, son économie toujours déflationniste la tête hors de l'eau. Il n'y a pas que des effets pervers à ce consentement des partenaires asiatiques, dont on peut dire que la Corée du Sud et l'Indonésie se situent déjà dans une « zone yuan » virtuelle. Dans la grande politique, en effet, les négociations ne sont pas un jeu à somme nulle : la Chine aussi a besoin de ne pas noyer la croissance mondiale, en tout premier lieu celle de ses voisins géographiques.

On peut donc déduire de ce second succès une volonté des éléments réformateurs de la direction chinoise - dont le secrétaire du parti à Chongqing, Bo Xilai - de renouer très vite avec Tokyo, en renvoyant les militaires les plus agressifs à leurs chères études. Et en imposant à une Corée du Nord désorientée un peu de retenue. Étonnant G20 qui nous renvoie, comme dans une analyse médicale, le poids enfin exact des différentes puissances de la planète, celui de l'Europe, est-il besoin de le répéter, tendant vers le zéro relatif. Il appartient donc au président Sarkozy, qui est censé diriger cet aréopage, de renouer sans délai avec une Allemagne tentée par le solipsisme, pour présenter enfin un front commun qui commencera à remettre l'Europe dans sa vraie place, celle de la seconde économie de la planète.

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lundi 1 novembre 2010

OPINION - Pour Pékin, Paris vaut bien une messe - Alexandre Adler

Le Figaro, no. 20605 - Le Figaro, samedi, 30 octobre 2010, p. 17

La visite du président Hu Jintao à Paris n'est pas un événement ordinaire. Ce déplacement, prévu en dernière minute, montre l'intérêt, pour ne pas dire plus, que la Chine porte aux décisions encore incertaines du G20, à partir de janvier 2011. La question que tout le monde se pose à Pékin, c'est de savoir jusqu'à quel point les États-Unis useront de la pression d'un forum mondial de plus en plus légitime pour contraindre Pékin à une réévaluation significative de sa monnaie, le yuan.

Pour le gouvernement chinois, il s'agit là d'une menace redoutable dans la perspective de la tenue du congrès communiste, en 2012. Ayant à gérer un courant nationaliste relativement puissant dans lequel se reconnaissent les nostalgiques de Mao, le pouvoir central ne peut, en toute évidence, souscrire à un diktat en matière monétaire qui manifesterait, en plein jour, sa souveraineté limitée par les exigences de la mondialisation.

Pourtant, c'est mal connaître les Chinois que d'imaginer qu'ils soient totalement insensibles face aux revendications du reste du monde qui constate que sa politique de dépréciation monétaire systématique aboutit à accélérer ses exportations et à renchérir, inutilement, ses importations.

Mais il y a une vaste différence entre un diagnostic que les esprits éclairés chinois peuvent partiellement partager et une perte de face, dont la sanction immédiate serait de faire monter les contestations à l'intérieur de la direction suprême. Dans ce domaine, Hu Jintao a déjà montré, lors de son avènement, de quoi il était capable en matière de déguisement idéologique comme en matière de pragmatisme bienvenu.

Contrairement au président sortant, qui avait obtenu les mains libres en matière intérieure en suivant aveuglément les poussées d'adrénaline de ses militaires, Hu Jintao a tout de suite voulu imposer, sans perdre la face, un compromis définitif en matière taïwanaise. Il fit donc d'abord adopter par la direction du Parti et le « Congrès du peuple chinois », un long texte de principe consacré à la réunification avec Taïwan. Mais, une fois ce texte adopté, les principes étaient donnés et le nouveau président passa immédiatement à un désarmement moral presque complet.

Peut-on arriver à un même résultat au G20 en matière monétaire? La France, et Nicolas Sarkozy en particulier, pense que oui. Dès lors que l'aréopage mondialiste qu'est le G20 ne s'en transformera pas en chambre d'accusation de Pékin, des progrès sont réellement possibles, à condition qu'on sauve la face à la Chine.

Quel est le problème le plus grave, en effet, que représente la politique économique chinoise? Il s'agit moins de la préférence à l'exportation (conséquence de l'actuelle gestion léniniste de la croissance chinoise) que de la préférence à l'investissement qui représente un élément de perturbation considérable de tout le système des échanges mondiaux. Le partage entre salaires et profits ne laisse, en effet, que 35 % du revenu disponible au travail, le reste allant au capital et aux budgets de défense. Même la relance économique de 2009, plus importante en volume que le stimulant américain à la même période, a surtout été consacrée à des dépenses d'infrastructure plutôt qu'à la consommation individuelle.

Par ailleurs, ce déséquilibre s'accompagne d'une série de mesures protectionnistes de l'économie intérieure qui contrarie davantage encore des importations, de toute façon, rendues difficiles par l'actuelle parité monétaire. Mais si l'on pose le problème ainsi, on peut aussi considérer que c'est la politique de compression de la consommation intérieure qui est prioritaire, l'ajustement monétaire venant ensuite de lui-même, et sans publicité excessive.

Il existe aujourd'hui, sur le papier, en Chine, le plus grand marché solvable de la planète. Européens et Américains pourraient aisément réduire leur déficit commercial avec la Chine. La stratégie de la France est donc toute trouvée : mettre en avant des objectifs stratégiques qualitatifs, en faisant confiance à Pékin pour trouver une porte de sortie honorable qui rappelle, dans ce domaine, ce que Hu Jintao a tout de suite jugé possible en matière taïwanaise, pour se débarrasser d'emblée des pressions dogmatiques et chauvines de ses adversaires. Voilà pourquoi, pour les héritiers légitimes de Deng Xiaoping, Paris, une fois de plus, vaut bien une messe.

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lundi 14 juin 2010

ANALYSE - La carte chinoise au pays du Matin-Calme - Alexandre Adler

Le Figaro, no. 20479 - Le Figaro, samedi, 5 juin 2010, p. 19

Voici maintenant un petit demi-siècle, le demi-dieu fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, avait voulu étendre le champ des connaissances de son fils préféré et successeur désigné, Kim Jong-il. C'est ainsi que l'actuel dirigeant de la Corée du Nord fit des études, semble-t-il peu brillantes, à Berlin-Est. Il s'agissait alors de se familiariser avec le seul exemple d'un État communiste séparé en Europe et d'y observer les stratégies mises en oeuvre par le SED pour contrarier l'influence déjà puissante d'une Allemagne de l'Ouest en plein essor économique. Le problème se posait évidemment de la même manière avec le développement déjà rapide de la Corée du Sud. Mais ici les parallèles s'interrompent. La Corée du Nord a touché l'abîme économique bien plus rapidement que ne l'a jamais fait la défunte Allemagne de l'Est. La Corée du Sud est bien devenue un petit géant industriel qui rappelle l'hégémonie économique conquise par l'Allemagne de Helmut Kohl. Et il n'est pas jusqu'à la Sunshine Policy (la politique du rayon de soleil) mise en oeuvre non sans quelque naïveté excessive par la gauche sud-coréenne au pouvoir après l'an 2000 qui ne supporte un parallèle avec le véritable syndrome de Stockholm ressenti par la social-démocratie d'Oskar Lafontaine dans les dix années qui préparent la chute du Mur.

Où se situe donc la divergence majeure? La plus importante, c'est que la Chine ne sera jamais pour la Corée du Nord ce que l'Union soviétique a pu représenter pour la RDA. On peut d'ailleurs discerner les différences tout à la fois en bien et en mal. La Chine, en effet, bien qu'elle ait sacrifié de ses soldats pour sauver la Corée du Nord du général MacArthur, n'a depuis 1955 aucune force d'occupation sur le territoire nord-coréen, dont les dirigeants successifs n'en font qu'à leur tête. La Chine, aussi, si elle consent à fournir une aide économique nécessaire à son ancien vassal, développe néanmoins des relations, pas seulement économiques, beaucoup plus intenses avec la Corée du Sud, qui participe déjà au développement de son industrie aéronautique et coordonne sa politique monétaire avec celle de Pékin. Mais la différence la plus grande, c'est que la Chine néocapitaliste, prospère et puissante, ne présente aucune vulnérabilité aux pressions de Séoul, quand un Gorbatchev réduit aux abois, en venait à mendier une aide économique indispensable, mais payante, à Helmut Kohl. En mal, il faudra noter l'extrême pusillanimité des élites militaires et de renseignement de la République populaire de Chine qui n'use de son influence à Pyongyang qu'avec beaucoup de parcimonie. À l'opposé, les héritiers moscovites de Youri Andropov n'hésitèrent pas, sur le modèle de la stratégie révolutionnaire adoptée dès 1952-1953 par Beria, à déstabiliser consciemment le régime Honecker pour présider à une réunification progressive de l'Allemagne de l'Est. Les mêmes kagébistes libéraux qui poussaient Markus Wolf et son filleul Gregor Gysi sur le devant de la scène est-allemande, n'hésiteront pas non plus à dépêcher des milliers d'agents et de forces spéciales à Bucarest pour y appuyer la chute de Ceaucescu, deux mois après la chute du mur de Berlin.

Pourtant, une telle audace, il est vrai désespérée, serait la solution optimale du conflit coréen. En renversant la dynastie familiale des Kim au profit, par exemple, de militaires et de technocrates nord-coréens plus pragmatiques en économie et plus raisonnables en politique, Pékin garderait le contrôle ultime de sa marche de Pyongyang tout en satisfaisant l'essentiel des inquiétudes de son partenaire sud-coréen. Ce réajustement concerté avec les États-Unis et le Japon, permettrait même, dans un premier temps, le retrait du dernier contingent américain de Corée du Sud, et à terme, l'évacuation à laquelle aspire l'opinion japonaise de la plupart des bases américaines d'Okinawa.

Il faut espérer néanmoins que l'actuelle crise d'hystérie sanguinaire des Nord-Coréens pourra être surmontée in extremis grâce à la diplomatie de Pékin, qui fait alterner solidarité avec son vassal et sévérité quant à ses comportements. Mais la vérité toute nue, c'est que seule la Chine peut favoriser un coup d'État interne qui soulagerait définitivement l'Asie toute entière. Et la différence essentielle, c'est qu'une Chine prospère et puissante ne s'effondrerait pas sous l'effort comme dut le faire la malheureuse Union soviétique de Gorbatchev, qui paya chèrement la chute de l'Allemagne de l'Est. Il faudrait donc encourager Pékin à agir sans faiblesse, mais en payant le prix fort de son hégémonie régionale renforcée, notamment par rapport à un Japon postindustriel qui se cherche encore. Et ici, c'est aux États-Unis de dire plus clairement ce qu'ils veulent vraiment réaliser au pays du Matin-Calme.

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mercredi 9 décembre 2009

AUDIO - La Chine et Copenhague - Alexandre Adler

France Culture - Chronique internationale, lundi 7 novembre 2009

La Chine est devenue le plus gros pollueur mondial. Aujourd'hui, nous assistons à la montée d'une classe moyenne, la meilleure chance de la démocratie. Par conséquent, casser la croissance chinoise, c'est prendre de considérables responsabilités. Néanmoins, l'équipe de Hu Jintao met en avant la revendication écologique. On sent bien que la Chine est prête à remplir tous ces engagements, du moins, à assumer un tournant.

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mercredi 25 novembre 2009

AUDIO - Amérique-Chine, naissance du G2 - Alexandre Adler

France Culture - Chronique internationale, mercredi 18 novembre 2009

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Les Américains et les Chinois sont en train de mettre en place un processus de coopération : aller ensemble à Copenhague et présenter une motion commune. Ensemble, ils représentent de larges consommations de CO2. Les deux pays veulent aussi sortir de la crise sans affecter leur croissance donc étaler les mesures contre la pollution.

Obama est conciliant avec une Chine dont il a besoin. La Chine ne peut pas se permettre une glissade du dollar puisque ses avoirs sont en dollars. Elle doit aussi maintenir un marché américain suffisamment ouvert pour ses exportation. La solidarité sino-américaine est confirmée.

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mardi 17 novembre 2009

AUDIO - Qu'est-ce qu'attend Barack Obama de la Chine - Alexandre Adler

France culture - La chronique internationale, lundi 16 novembre 2009

Les relations bilatérales sino-américaines ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont simplement obligées. On sait que la dépendance réciproque continue même avec la réorientation de la Chine vers son marché intérieur à marquer de son seing la totalité des relations sino-américaines. Sans l'ouverture des marchés nord-américains, l'exportation chinoise ne se porterait pas aussi bien et même si son importance a diminué relativement, elle demeure stratégique pour le développement du pays. Quant aux États-Unis, ils vont en Chine voir leur premier créditeur. C'est en fait le pays qui a prêté sous une forme ou sous une autre essentiellement des bons du trésor les sommes les plus importantes aux États-Unis à des moments très difficiles comme la guerre d'Irak ou la crise financière de 2008. Donc, les relations sino-américaines sont quasiment obligatoires comme deux délinquants qui s'évadent avec un seul boulet au pied. Il ne peuvent guère imaginer un développement indépendant avant d'avoir scié le boulet : désendettement pour l'Amérique, développement du marché intérieur pour la Chine.

Mais les relations politiques entre les États-Unis et la Chine ne sont pas du tout au niveau de ces relations économiques. Ceci contraste avec la période antérieure, celle ouverte par Henry Kissinger en 1972. Chinois et Américains n'avaient cessé de se concerter face à la menace soviétique qu'ils percevaient de la même manière. Bien sûr, aujourd'hui, cet adversaire n'existe pas. Mais que peut faire la Chine ?

La Chine peut quelque chose de très important et qui ne se situe pas dans son aire d'influence initiale. La Chine peut aider l'Amérique à stabiliser le Pakistan. On sait que le Pakistan a pour principal partenaire, notamment en matière d'armement, la Chine, qu'il compte en permanence pour constituer un contre-poids face à l'Inde. La Chine a été très peu critique à l'égard du Pakistan jusqu'à présent, mais les Chinois ressentent d'une part, une menace islamiste sur leurs frontières, au Xinjiang, et d'autre part, ils ressentent aussi combien ils ont besoin d'une armée pakistanaise en état de tenir debout et qu'il ne soit pas érodé par le terrorisme taliban. En plus, les Chinois ont quelques mauvaises expériences avec les Talibans Afghans et une petite alliance avec la Russie.

Donc, en fait, ce qu'Obama doit demander en priorité, et Kissinger l'avait déjà souligné, c'est qu'une Chine qui ne peut absolument pas être indifférente au drame afghan, trouve avec les États-Unis les moyens de contribuer d'avantage à la stabilité du monde. Quand à l'Iran, les Chinois n'ont pas des rapports extrêmement intenses contrairement à ce qu'on imagine. Les Chinois ont surtout des rapports avec l'Arabie Saoudite. Et bien, les États-Unis doivent dire clairement, c'est la contre-partie, qu'il n'y a aucun obstacle à ce que la Chine entretienne des relations privilégiées avec le Royaume des lieux saints et que dans la recherche permanente de sources d'approvisionnement pétrolier, l'Arabie Saoudite vaut incontestablement mieux que l'Iran.

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vendredi 30 octobre 2009

RETRANSCRIPTION AUDIO - La Chine, entre TGV et démocratie - Alexandre Adler

France culture - Chronique international, jeudi 28 octobre

Aujourd'hui, nous allons parlé d'une actualité qui ne se situe pas dans les jours ou dans les semaines, mais peut-être dans les mois voire les années. C'est l'entrée de la Chine dans la grande saga du TVG.

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En effet, on sait que les Chinois après avoir longtemps soufferts d'un réseau ferroviaire un peu archaïque, d'avoir acheté leur premier wagon nouveau si l'on ose dire en Allemagne de l'Ouest, les Chinois ont commencé à s'émanciper de cette technologie soviétique. Et on sait déjà que l'année dernière ou plus exactement à la fin de 2007, ils avaient réussi à inaugurer la ligne de chemin de fer la plus en altitude de la planète, un train qui monte jusqu'à Lhassa dans des conditions climatiques absolument inouïes et qui désenclave définitivement le Tibet.

Mais dans les trois années qui viennent, on a compté que pas moins de dix-huit lignes de trains à grande vitesse allaient naître et bouleverser totalement la géographie chinoise. Il faut imaginer en effet que le TVG va permettre aux habitants de Pékin de faire leurs courses à Tianjin, à 120 km de là en moins d'une demi-heure, que des destinations de l'intérieur de la Chine qui mettaient la journée, 8 heures, 6 heures, vont maintenant être atteintes en moins de 4 heures. Donc, que tout d'un coup, la carte de la Chine, cet empire immense, dont on entendait parler de la capitale que de temps à autre lors d'une visite d'un inspecteur d'un mandarin, tout d'un coup, ce pays va rétrécir d'une manière extraordinaire comme nous l'avons connu avec le TGV Méditerranée qui met Marseille et Lyon à porter d'un grand coup de métro de Paris. Le phénomène est en train de se réaliser.

Canton-Hong Kong, 3/4 d'heure.
Shanghai-Wuhan, au centre de la Chine, moins de 3 1/2 heures.
Shanghai-Chengdu, la capitale du Sichuan, la province la plus enclavée, 6 heures.
Ce sont des bonds en avant dont aucun en Chine n'avait eu l'idée. Le problème sera plutôt l'affluence des passagers rendra souvent ces trains engorgés. Il va falloir donc les multiplier, peut-être créer des compagnies rivales. Peu importe, il s'agit d'un bouleversement qui n'est pas seulement un bouleversement technologique, mais un bouleversement géopolitique. Lequel ?

Sans être d'un optimisme béat, on remarquera que l'un des arguments les plus utilisés par les partisans du maintien d'une dictature autoritaire en Chine, d'un pouvoir centralisé fort, c'est l'étendue du pays. On vous va a dit, on vous dira encore, depuis Pékin qu'on a du mal à gouverner avec des procédures démocratiques et parlementaires, un monde aussi vaste et dans lequel très vite, la démocratisation se traduirait par une régionalisation exacerbée, voire par des tentatives de sécession. Et bien, la technologie vient d'enlever beaucoup de validité à cet argument. Dans un monde chinois où désormais l'avion et le train sont en concurrence pour transporter des passagers sur des distances considérables, est-il si vrai que cela que l'on ne peut pas gouverner la Chine sans État autoritaire ? La question est de plus en plus ouverte et elle le sera de plus en plus.
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mercredi 28 octobre 2009

AUDIO - Alexandre Adler et Hubert Védrine : Priorités de la politique étrangère

Quels sont les priorités pour la politique étrangère de la France ? C'est la question que se pose le chroniqueur historien Alexandre Adler à l'occasion de la promotion du livre de Hubert Védrine "Le temps des chimères : Articles, préfaces et conférences (2003-2009)". L'ancien ministre des affaires étrangères était l'invité des "Matins de France culture" le 26 octobre 2009.
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RADIO - Tension autour de la chronique d'Alexandre Adler

Le Monde - Supplément Télévision, lundi, 19 octobre 2009, p. TEL32

EXTRAITS :

C'est désormais avec un léger accent toulousain que se réveillent les auditeurs de France Culture. Marc Voinchet a succédé, début septembre, à Ali Baddou aux commandes de la matinale de la station publique. Une émission à laquelle cet ancien journaliste de Radio France Toulouse a collaboré pendant dix ans, à l'époque - les années 1990 - où Jean Lebrun orchestrait cette session d'information. [...] L'arrivée de Marc Voinchet ne modifie pour autant pas le rythme global de la matinale tel qu'il a été instauré en son temps par Nicolas Demorand puis par Ali Baddou, qui avait succédé au journaliste parti animer les matinales de France Inter en 2007. On retrouve les chroniques, la revue de presse internationale et surtout l'entretien et le débat avec l'invité. [...] « Nous sommes la seule matinale à passer cinquante minutes avec un invité, qui peut être aussi bien un homme politique qu'un chef d'orchestre, un sociologue qu'un auteur de bande dessinée », poursuit Bruno Patino. [...]

Seul point de tension : la chronique d'Alexandre Adler, épinglée par un récent communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ) qui parle de « dérapages invraisemblables ». Le syndicat dénonce le fait que ces chroniques sont souvent faites par téléphone et non en studio, et surtout sans se soucier du travail réalisé sur les mêmes sujets par la rédaction. Même à France Culture, la rentrée connaît quelques remous.

Antoine Pecqueur

« Les Matins de France Culture », du lundi au vendredi, de 7 heures à 9 heures.

© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.

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mardi 20 octobre 2009

RETRANSCRIPTION AUDIO - 60 bougies du gâteau de Mao - Alexandre Adler

France culture - Chroniques internationales, 2 octobre 2009


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D'abord, mon ami François Godement l'a souligné dans le Figaro il y a deux jours, les anniversaires en "9" en Chine ne sont pas toujours très bons. On a tous à l'esprit évidemment 1989 et la répression de Tiananmen. 1979, c'était plutôt passé bien, mais 1969,

lundi 21 septembre 2009

ERREUR - Alexandre Adler s'est trompé...

Dans sa chronique du vendredi 18 septembre 2009, Alexandre Adler s'est trompé en disant Li Shiping plutôt que Xi Jinping. Ce n'est pas la première fois que l'historien chroniqueur se fourvoie. Voir le post du 6 décembre 2008. Merci à Thomas !

vendredi 18 septembre 2009

RETRANSCRIPTION AUDIO - Y aura-t-il des changements en Chine ? - Alexandre Adler

France Culture - Chronique internationale, vendredi 18 septembre 2009

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C’est un peu la dernière chronique de rentrée puisque, à petite touche, quand l’actualité ne l’exigeait pas, nous avons vu les principales régions du monde s’éveillaient à cette nouvelle année et nous avons vu Obama et les difficultés probables de Poutine en Russie. En Chine, il n’y a pas de difficultés, mais par contre il y a peut-être une mutation. On annonce en effet que Hu Jintao, l’actuel président de la Chine, va donner les rennes du pouvoir d’ici deux ans à un successeur. Et il faut admirer la manière dont les Chinois procèdent qui n’a plus rien avoir avec celle des dictatures du passé où le numéro 1 était éternel jusqu’à ce que des ennuis de santé ou des complots de sérail mettent en cause son autorité. En chine, c’est un processus de transition totalement administratif réglé comme du papier à musique. Il y a un mandat de dix ans pour un secrétaire général du parti qui devient président de la Chine, et ensuite, on lui trouve un successeur encore jeune. Ici, le nom est déjà indiqué : Li Shiping (sic). Évidemment les noms chinois sont difficiles, mais on va finir par se souvenir de son nom, lequel devrait dès l’année prochaine devenir président de la commission militaire du comité central, un centre de pouvoir considérable, qui pour le seul civil qui en est membre signifie qu’il va exercer les pouvoirs régaliens dans leur totalité.

Li Shiping est un candidat qui satisfait à deux exigences. C’est un fils d’un grand dirigeant et donc, il plaît assez bien à l’aristocratie de facto qui s’est constituée en Chine. Mais c’est aussi un gros travailleur qui a passé son temps à aller de préfecture en préfecture selon le système impérial chinois que Napoléon a ensuite adopté pour la France et qui est très bien décrit dans « Le juge Ti ». Il a d’abord été au Gansu, province de l’Ouest, difficile où Hu Jintao lui-même s’était illustré dans sa jeunesse. Et puis ensuite, le Sichuan, dans la plus grande province de Chine qui est un peu comme un marchepied vers le pouvoir suprême. L’homme est évidemment prudent, mais c’est un réformateur économique convaincu du bien fondé du modèle chinois.

Alors, bien fondé du modèle chinois, c’est là la vraie question. En réalité, le modèle chinois a changé radicalement avec la crise beaucoup plus qu’aux États-Unis ou en Europe. En l’espace d’un an, avec des méthodes léninistes de dictature autoritaire, ce sont des sommes absolument astronomiques qui ont été dépensé pour ranimer le marché intérieur. Et alors que les exportations chinoises baissaient de plus de 5% pendant l’année, la Chine enregistrait une croissance de 8 ou peut-être de 8,5% vers décembre, soit la plus forte croissance de l’ensemble de la planète qui est pour beaucoup dans la précocité avec laquelle nous sommes en train de sortit de cette immense crise. Et, évidemment, la question est posée quand on distribue du pouvoir d’achat, comme les Chinois l’ont fait, sous toutes les formes, les salaires ont augmenté, mais aussi les prestations sociales ont beaucoup amélioré (santé, éducation) qui jusqu’ici avait perdu leur gratuité.

Après avoir distribué du pouvoir d’achat, la question est de savoir s’il faut distribuer du pouvoir tout court. C’est-à-dire, est-ce que la démocratisation en Chine peut reprendre après ces années où elle a été mise sous le boisseau, cette "cinquième modernisation", comme l’appelait Deng Xiaoping ? La question est ouverte, mais à mon avis, le changement d’équipe pourrait bien se traduire par une ouverture prudente, mais inévitable en matière de libertés politiques.

"L'année du modèle chinois"

mardi 8 septembre 2009

OPINION - Un nouvel ordre mondial est en marche - Alexandre Adler

Le Figaro, no. 20250 - Le Figaro, dimanche, 6 septembre 2009, p. 17

À quinze jours de la tenue du G20, la brume ne s'est pas encore levée complètement, mais les contours d'une sorte de nouvel ordre mondial sont en train de se dessiner de plus en plus clairement. Tout d'abord, le Japon. La victoire attendue du Parti démocrate de Hatoyama et Ozawa n'était pas une surprise, mais son ampleur même la transforme en une sorte de mandat impératif. Bien sûr, les États-Unis sont particulièrement sensibles à certaines marques de défiance du centre gauche japonais en matière militaire, mais aussi en matière économique, où le protectionnisme semble connaître un regain de popularité. Mais, derrière ces brouilles en réalité négligeables, ce qui se prépare, c'est le grand tournant du Japon vers la Chine, tout simplement. Et, à terme, bien entendu, il devient concevable d'imaginer une « union de l'Asie orientale » qui ferait de la région tout entière la première puissance économique de la planète.

On le sait, ce rapprochement aura été précédé, voilà plus de six mois, par un accord informel, mais parfaitement respecté, liant les trois banques centrales de Chine, du Japon et de Corée du Sud.

On le voit, les rapports entre les deux grandes puissances de l'Asie étaient donc bien engagés à la hausse, avant la victoire des démocrates japonais. Mais si ce véritable tremblement de terre géopolitique s'accomplit jusqu'au bout de sa logique dans les prochaines années, voire les prochains mois, les répercussions sur la vie intérieure de la Chine seront considérables.

Déjà, la redistribution de facto à laquelle le gouvernement central de Pékin est en train de procéder ne peut qu'avoir des retombées politiques : après avoir distribué, comme il le fait à présent, un pouvoir d'achat considérable pour ranimer le marché intérieur, il serait parfaitement logique de commencer à distribuer, par la suite, du pouvoir tout court, c'est-à-dire de décentraliser et démocratiser la Chine.

Mais revenons, à présent, en Europe. Une nouvelle fois, après la crise géorgienne et la crise financière tout court, Nicolas Sarkozy aura frappé les esprits par la promptitude de sa réaction, qui entraîne un rassemblement que l'on n'attendait ni si rapide ni si profond des principaux États européens. La conjoncture était, il est vrai, favorable : en pleine campagne électorale, Angela Merkel ne pouvait qu'emboîter le pas à la France pour un tour de vis réglementaire que son opinion publique réclame avec la plus grande insistance, droite, gauche et centre ici confondus.

Plus étonnant peut apparaître le quasi-ralliement de Gordon Brown. Ce dernier connaît l'impopularité des bonus et des facilités spéculatives qui ont conduit la City de Londres à un véritable cataclysme dont elle ne s'est pas encore remise. Or il se trouve que les milieux d'affaires américains ont décidé, à tort ou à raison, de se défausser de leurs propres responsabilités, en pointant du doigt les excès de la place financière de Londres.

Un consensus s'établit ainsi peu à peu, de part et d'autre de l'Atlantique, pour estimer que le système financier anglais doit à présent se soumettre à une véritable cure d'amaigrissement. Brown, qui, tout eurosceptique que son calvinisme écossais ait pu le façonner, a tout de même un coup d'oeil stratégique très supérieur à celui de Tony Blair. Il a notamment compris que la position de plus en plus hostile à l'Europe et de plus en plus vainement pro- américaine des conservateurs de Cameron constituait une vulnérabilité essentielle pour l'opposition.

En assumant un rapprochement avec ses partenaires européens et en prenant la tête d'une croisade contre les abus de la finance au nom d'un programme de réindustrialisation, il joue son va-tout pour l'élection attendue début 2010. Du coup, c'est un front commun des trois grands de l'Europe qui se présentera à Pittsburgh, essentiellement sur des propositions, par ailleurs raisonnables, émanant de Paris.

Résumons-nous : le monde ne devient pas multipolaire parce que le Brésil éprouve des démangeaisons subites. Il ne le devient pas davantage parce que l'Inde maintient une croissance très honorable. La véritable multipolarité commence quand deux ensembles de taille comparable à l'Amérique du Nord émergent avec une volonté politique et stratégique.

La volonté, en revanche, des Européens de parler d'une seule voix et de réécrire avec les Américains les nouvelles règles du jeu de la mondialisation n'était pas aussi inexorable. Qu'importe, on reprochera bientôt à Obama « d'avoir perdu l'Europe », comme on le reprochait déjà à George W. Bush. Et on sera injuste dans un cas comme dans l'autre, car il s'agit tout simplement, vingt ans après la chute du mur de Berlin, de l'acte final de l'enterrement de la guerre froide, l'émergence d'un monde pour lequel la lutte entre communistes et libéraux n'a plus strictement le moindre sens.

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D'AUTRES ARTICLES D'ALEXANDRE ADLER

lundi 1 juin 2009

Et si la Corée réconciliait la Chine et le Japon ? - Alexandre Adler

Le Figaro, no. 20165 - Le Figaro, samedi, 30 mai 2009, p. 17

Il y a quatre extraordinaires paradoxes dans l'actuelle crise majeure que le gouvernement nord-coréen est en train de créer délibérément, devant une communauté internationale, et surtout asiatique, parfaitement éberluée.

Premièrement, si étonnant que cela paraisse, la diplomatie internationale avait remporté en Corée du Nord une véritable victoire, certes incomplète, mais bien réelle en matière de lutte contre la prolifération nucléaire.

Partie d'un refus total de coopérer, la Corée du Nord en était en effet venue à accepter des inspections résultant de son adhésion tardive au traité de non-prolifération. Elle a ensuite échangé son programme nucléaire militaire contre la perspective d'une livraison par le Japon de centrales civiles. Elle a enfin quémandé une aide internationale pour combattre les famines récurrentes que crée régulièrement un régime dément. Elle a même emprunté très timidement le modèle d'ouverture chinois, en acceptant quelques zones franches où le capitalisme sud-coréen investissait avec enthousiasme.

Tous ces effets positifs sont à présent anéantis par les deux explosions nucléaires souterraines intervenues cette semaine.

Deuxièmement, cette rupture se déroule alors que la Corée du Nord n'a jamais été moins menacée de toute sa brève histoire. Le Pentagone, qui a bien besoin de ressources militaires additionnelles, envisageait très sérieusement de rapatrier quatre-vingt-dix pour cent de ses effectifs dans la péninsule.

La Chine, la Corée du Sud et même le Japon sont essentiellement absorbés par la gravité de la crise mondiale pour ne jamais rêver, fût-ce un seul instant, à recueillir plaies et bosses dans la péninsule du Matin calme.

Tout cela, l'État nord-coréen le sait, et par conséquent il est exclu d'attribuer à la moindre provocation maladroite le passage brutal à la confrontation qui inclut à présent une dénonciation en bonne et due forme de l'armistice de Pan Munjom de 1953. Techniquement, la Corée du Nord serait donc revenue à l'état de guerre. Mais contre qui ?

Troisièmement, dans un pays aussi inaccessible au renseignement de base, on peut tout de même isoler deux faits frappants : l'incident cardiaque sérieux survenu au dieu vivant Kim Jong-il et le brusque raidissement qui a suivi cet incident de santé avoué par les Nord-Coréens eux-mêmes.

Par exemple, il y a déjà plus de trois mois que les Nord-Coréens ont virtuellement fermé les zones de coopération économique avec la Corée du Sud. On fera aussi observer que la dénonciation de l'armistice, si elle n'ouvre pas tout de suite sur des hostilités, a au moins pour mérite de permettre à l'armée d'instaurer son contrôle total sur le pays par le moyen de la loi martiale. De là à se demander si Kim Jong-il conserve le contrôle de la situation, il n'y a qu'un pas, puisqu'en définitive c'est bien sa politique relativement conciliante de ces dernières années qui est ici remise en cause.

Quatrièmement, un point semble acquis : la Corée du Nord était de plus en plus inquiète de l'évolution de la Chine. C'est cette dernière qui a finalement contribué à son isolement diplomatique total et a multiplié à son égard des signes évidents d'agacement.

Pire encore, pour un système politique totalement paranoïaque, apparaît la rapide réconciliation en marche entre Pékin et Tokyo. Déjà, lors de la première rencontre au sommet entre le président chinois Hu Jintao et le premier ministre japonais d'alors Fukuda, les Nord-Coréens avaient minuté le lancement d'un de leurs missiles « chantants » soi-disant commerciaux avec l'ouverture de la rencontre, pour mieux dénoncer une collusion qu'ils redoutent avant tout.

Et oui ! Comme le disait Henry Kissinger, même les paranoïaques ont parfois des ennemis. Il est certain que dans une Asie postcrise, il n'y a plus aucune place réelle pour une Corée du Nord qui, dénucléarisée, en sera réduite à la mendicité et aux petits rackets, l'une avec la Chine, les autres avec la Corée du Sud.

Mais il est permis de se demander, avec ce régime rien moins que rationnel, si son ultime provocation ne va pas avoir pour conséquence imprévue un rapprochement plus grand encore d'une Chine et d'un Japon qui pourraient ne pas limiter leur entente au seul domaine économique.

La folie d'une souris qui rugissait aurait alors commencé à produire le plus grand bouleversement stratégique de ce début de XXIe siècle.

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ET AUSSI SUR LA CORÉE DU NORD
La déclaration de la guerre de la Corée du Nord (3/3)
La Corée du Nord (Suite)
La Corée du Nord devient nucléaire

jeudi 28 mai 2009

La déclaration de guerre de la Corée du Nord - Alexandre Adler (3/3)

France Culture - Chronique internationale, mercredi 27 mai 2009

tilidom.com

C’est exactement le terme qui est employé par Radio Pyongyang. Il n’y a donc aucune raison de le changer : la Corée du Nord s’est déclarée en état de guerre. C’est-à-dire qu’elle met fin à l’armistice qui a été signé en 1953 avec la Corée du Sud et considère que l’adhésion de la Corée du Sud (mais cela avait été déjà dit officiellement par la Corée du Nord depuis plusieurs mois) à l’initiative américaine anti-prolifération – c’est-à-dire le resserrement des liens, entre le gouvernement sud-coréen actuel, les États-Unis et le Japon, est un acte de guerre auquel la Corée du Nord vient de répondre.

Alors, évidemment, à partir de là, on peut se poser la question de savoir ce qui va se passer. Des actes de guerre, la Corée du Nord connaît ça très bien. Par exemple, en 1966-1967, au début de la guerre du Vietnam, et en solidarité avec ses alliés vietnamiens, la Corée du Nord a multiplié ses actes de guerre et de sabotage sur le territoire de la Corée du Sud, attaquant des patrouilles américaines, engageant des actions de commando, et puis capturant un navire espion américain… Ce sont des choses qui se sont déjà produites.

Vis-à-vis de la Corée du Sud, des actes de guerre n’ont pas manqué non plus. Le plus spectaculaire ayant été la pose d’une bombe à Rangoon, la capitale de la Birmanie, qui aurait dû liquider la totalité des visiteurs sud-coréens, le Président, le Premier ministre et la moitié au moins du gouvernement birman. L’opération fut arrêtée de justesse, mais fit pas mal de victimes. Bombes dans les avions, attaques non motivées dans la ligne de démarcation. On a eu droit à tout. Les Nord-coréens, ça ne peut pas être pire.

À moins bien sûr, qu’ils aient l’intention d’envahir la Corée du Sud, mais tout indique que s’ils avaient eu cette intention, précisément, ils n’auraient pas déclaré la guerre. La dernière déclaration de guerre remonte à 1941 dans l’histoire. C’est celle du Japon aux États-Unis. L’ambassadeur Nomura, de la famille de banque qui était d’ailleurs à Washington, ayant été prévenu par une erreur de transmission technique un peu trop tard, est arrivée au département d’État pour déclarer la guerre au moment où déjà Pearl Harbour avait été touché. Enfin, ce genre de choses arrive. Ce qui est certain, c’est que la déclaration de guerre n’est pas un acte immédiat, mais elle constitue un climat.

Alors, que veulent les Nord-coréens ?
Probablement, une reprise en main interne de leur société par l’armée. S’il y a acte de guerre, c’est plutôt une sorte de putsch militaire auquel on assiste en direct aujourd’hui qui consiste finalement à proclamer la totale soumission de la société nord-coréenne aux exigences de l’armée.

Est-ce contre Kim Jong-Il ou avec lui ?
Ce serait plutôt prudent de dire qu’en tout cas Kim Jong-Il semble associé à ce développement, mais qui arrive à un moment où il est affaibli personnellement. Deuxièmement, c’est un acte suicidaire que cette montée aux extrêmes. Déjà, il y a deux mois, les Nord-coréens avaient fermé les entreprises mixtes sud-coréennes qui existaient. Donc, ils s’étaient préparés à cette montée aux extrêmes. Il semble bien au fond la crainte révérencielle des Nord-coréens, c’est une entente entre la Chine et le Japon. Et il est vrai que depuis la crise, celle-ci s’est rapprochée.

Dans la logique paranoïaque de Kim Jong-Il, il est la première victime d’un rapprochement sino-japonais. La Corée du Nord a toujours misé sur une Chine hostile à l’Occident et sur un Japon aligné sur les États-Unis, les Coréens du Sud comme du Nord n’aimant guerre le Japon dont ils gardent de mauvais souvenirs.

Est-ce que dans cette logique paranoïaque, les Nord-coréens vont précipiter une crise qui effectivement pourrait avoir cette conséquence ? C’est la grande question que je me pose ce matin. Est-ce que Kim Jong-Il dans sa folie, dans sa maladie, les généraux nord-coréens dans leur débilité, ne sont pas en train de mettre sur pied la plus grande alliance du 21e siècle : l’alliance de Pékin et de Tokyo ?

mercredi 27 mai 2009

La Corée du Nord (suite) - Alexandre Adler (2/3)

France Culture - Chronique internationale, mardi 26 mai 2009

tilidom.com

On sait bien que c’est une idée que Jacques Lacan avait développée : la meilleure analyse vient dans «l’après-coup». Effectivement, hier la Corée du Nord a fait exploser une première bombe atomique et puis, dans la nuit, elle en a refait une seconde. Alors, c’est un «après-coup» à tous égards, et on commence à mieux comprendre que le Président Barack Obama est devant sa première crise mondiale. Et il ne l’attendait évidemment pas là. Henry Kissinger me disait il y a longtemps : « Il y a une moyenne de deux crises et demi pour chaque mandat de quatre ans ». Et il pensait que Clinton jusqu’ici avait échappé à tout et que c’était statistiquement impossible que ça continue. D’ailleurs, il y a eu le Kosovo.

Ici, c’est une grande crise parce que la Corée du Nord avait réussi en marchant à reculons, a donné le sentiment qu’elle allait vers un démantèlement de son programme nucléaire et elle vient de décider, au fond depuis un an et demi, qu’il n’en serait rien. Et peut-être, et c’est là où le Président Obama est obligé de réagir avec plus d’énergie qu’il ne l’avait initialement imaginé, parce que les Nord-coréens se sentent à peu près garantis que Washington n’aura pas de réactions trop fortes, et pour ce qui est du Japon, de la Chine et pour ne pas parler de la Corée du Sud, ils pensent pouvoir s’en charger.

Alors, il faut leur démontrer que c’est une erreur. Et la démonstration ne passe pas par le Japon, elle ne passe pas par la Corée du Sud, elle passe par la Chine. Et cela nous oblige d’ailleurs à revoir l’importance et la complexité des rapports entre la Chine et la Corée du Nord. Après tout, pour les dirigeants chinois aussi, cette affaire est un test. Ils ont d’ailleurs voté dans l’unanimité des sanctions contre la Corée du Nord. Ils ne cherchent absolument pas pour l’instant à défendre à minima comme un avocat commis d’office qu’ils ont été à de nombreuses reprises. Mais, ce n’est pas tout.

En fait, il faut comprendre que les dirigeants chinois, du moins ceux de la vieille génération révolutionnaire – Deng Xiaoping en particulier – détestait intensément la Corée du Nord. Il la détestait d’abord parce qu’elle était une espère de butte-témoin du maoïsme, une période qu’ils avaient détestée à leur tour, et quand par exemple, Deng Xiaoping s’était à Pyongyang et publiquement devant ses hôtes inquiétés du prix que pouvait coûter les statues géantes du dictateur, il avait manifesté tout le mépris que lui inspiré le régime. Il faut dire aussi que Kim Il-Sung avait d’abord était pro-soviétique, c’était même un officier semble-t-il des gardes frontières soviétiques et qu’il avait soigneusement éliminé dès le début de la guerre de Corée le grand ami de Mao Zedong, qui s’appelait Mu Jong et qui aurait dû être le véritable leader des communistes coréens et qui était d’ailleurs un homme plus ouvert.

Donc, les Chinois vont à reculons dans la défense de la Corée du Nord, mais longtemps le dogme était qu’on ne pouvait pas avoir comme ça une régression du socialisme aux frontières de la Chine sans conséquence gravissime. Une Corée du Sud, allié aux États-Unis, frontalière de cette région stratégique de la Mandchourie était impensable. Soit. De toute façon, personne ne demande la disparition de la Corée du Nord, mais des sanctions. Et c’est là où effectivement la Chine a joué en souplesse et en force.

Bien sûr, le vote des sanctions ne mettra pas la Corée du Nord à genoux. Mais en revanche, elle peut créer un parti de la paix en Corée du Nord, un parti de la paix qui évidemment ne être composé que de militaires et de policiers. Et les seuls qui ont accès à ces gens-là, ce sont les Chinois. Par conséquent, on va voir ce que la Chine va vouloir faire. Elle peut jouer, et c’est le bon sens cynique qui le lui commande, finalement les arrêts de jeu en laissant le Japon s’enfermer, en laissant la crise pourrir, en prenant à minima des gestes symboliques au Nations Unies, mais évidemment, à ce moment-là, la Chine perdra beaucoup. Et elle perdra surtout, ce n’est pas tellement les États-Unis qui n’ont pas les moyens de s’opposer à elle, mais c’est le Japon.

Le Japon s’est rapproché spectaculairement de la Chine avec la Corée du Sud à la faveur de la crise. Il s’agit d’un développement prometteur. Celui-ci pourrait s’arrêter net si la Chine, une fois de plus choisissait la carte nord-coréenne.

La Corée du Nord qui redevient nucléaire - Alexandre Adler (1/3)

France Culture - Chronique internationale, lundi 25 mai 2009

tilidom.com

Oui, elle redevient. Évidemment, ce n’est pas comme l’Arlésienne. La Corée du Nord a conçu une arme nucléaire dans le courant des années 90. Le projet remonte même aux années 80. Des aides diverses sont venues épauler les Nord-coréens et on le sait particulièrement aujourd’hui, le Pakistanais A. Q. Khan. Ce qui fait qu’on peut, sinon soupçonner, en tout cas envisager que la Chine a longtemps exercé une certaine complaisance sur ce programme nucléaire – ce n’est d’ailleurs plus le cas aujourd’hui.

Cette arme nucléaire nord-coréenne a été jugée inacceptable par l’ensemble de ses voisins – Chine et Russie comprise. Et, petit à petit, avec des pressions diverses, les Nord-coréens ont accepté d’y renoncer jusqu’à un certain point. Évidemment avec eux, les négociations sont difficiles. La parole signée n’est qu’une étape pour la suite d’une négociation dans laquelle une partie du contrat va être remis en cause. En gros, les propositions sont sur la table. Après avoir fait de la surenchère, George Bush a fait plutôt de la sous-enchère parce qu’il ne voulait pas être engagé sur un nouveau terrain alors qu’il donnait toute la place nécessaire au Moyen-Orient et donc, les Américains ont joué en Corée du Nord exactement la partition inverse de celle qu’ils jouent en Moyen-Orient, le multilatéralisme. Ils ne voulaient pas s’asseoir en face des Nord-coréens si les Chinois, les Russes n’étaient pas là. Et puis, finalement, cette pression a mené pas à pas et difficilement Kin Jong-Il à reculer.

Entre temps, la Corée a connu deux famines catastrophiques, un début d’immigrations en Chine qui a inquiété les dirigeants chinois, des organisations du pays considérables, des accidents mystérieux – d’explosifs notamment – qui ont fait sans doute des milliers de morts… On ne sait pas ce qui se passe réellement en Corée du Nord. On sait néanmoins que Kim Jong-Il a été malade et que cette maladie a certainement affaibli son pouvoir ou peut-être donné le pas à ceux de ces militaires qui considèrent qu’il n’y a rien à perdre et que la politique de l’affrontement est la meilleure.

Alors, il y a un phénomène nouveau dans cette affaire : c’est le rapprochement sino-japonais. Celui-ci est le résultat de la crise mondiale. On sait qu’au mois de décembre dernier, les Japonais, les Sud-coréens et les Chinois se sont rencontrés au plus haut niveau (les présidents, les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales). Ils ont quasiment décidé d’aller vers une monnaie asiatique, en tout cas un système de monétaire asiatique inspiré du défunt serpent européen avec des limites de variations, une coopération des banques centrales qui est plus forte que celle que nous avons en Europe, c’est-à-dire des aides automatiques en cas de faillites organisées, et bien entendu, tout ça, c’est très très mauvais pour la Corée du Nord.

D’ailleurs, les Nord-coréens ont envoyé un missile chantant – un de leurs missiles radiophoniques – juste au moment où le Premier ministre chinois rencontrait le premier ministre japonais, il y a de ça un an. Et ici, l’explosion fait partie d’une stratégie de perturbation. Simplement, Barack Obama fait la dure expérience que « quand on est président des États-Unis, on ne peut pas se concentrer sur un seul sujet ». Voici, que le Japon appelle à l’aide et évidemment cette violation grossière des accords précédents va nécessiter une mobilisation contre la Corée du Nord.

mercredi 20 mai 2009

LITTÉRATURE - Le monde est un enfant qui joue par Alexandre Adler

Le Figaro, no. 20156 - Le Figaro, mercredi, 20 mai 2009, p. 14

Le monde selon Adler -
Max Gallo

L'académicien a lu le nouveau livre de notre chroniqueur,

Alexandre Adler, où celui-ci tente de décrypter les grands enjeux géopolitiques contemporains. Comprendre la situation actuelle du monde, analyser les choix qui s'offrent aux nations, telle est la passion d'Alexandre Adler. Comme un grand maître du jeu d'échecs, il décrit la partie, envisage les issues possibles, et, de chroniques quotidiennes ou hebdomadaires en livres, il resserre ses prévisions. Il n'oublie jamais que plusieurs voies existent et que l'incertitude demeure. Et le titre de son essai - une phrase d'Héraclite Le monde est un enfant qui joue - souligne cette indétermination qui exprime la liberté humaine. Adler se souvient aussi de ce constat de Hegel : « L'Histoire avance mais d'abord par son mauvais côté, son potentiel de négativité. »

Nous sommes prévenus. La crise que nous vivons peut comme celle de 1929 déboucher sur une guerre. Mais peut-être pas ! En somme, la lucidité d'Adler, nourrie par son érudition, ne nous berce d'aucune illusion ; il y a ainsi une manière, un regard Adler que ses auditeurs et ses lecteurs reconnaissent. Adler scrute l'actualité, la décrit en dégageant les racines historiques les plus enfouies. Puis, créatif, imaginatif, parfois paradoxal, il formule ses hypothèses. Il a le courage de penser souvent à contre-courant. Il force ainsi à réfléchir. Cette « manière Adler » sous-tendait déjà ses trois essais précédents, dont les titres - J'ai vu mourir le monde ancien, L'Odyssée américaine, Rendez-vous avec l'Islam - scandent l'histoire des vingt dernières années.

De ces livres à ce dernier essai, une question demeure : « Que nous est-il arrivé avec le monde de l'Islam ? » Pour y répondre, Adler dégage la trame bien en deçà du 11 septembre 2001. C'est autour des années 1980-1990 que le monde islamique a basculé, que l'Amérique est devenue l'adversaire central.

Adler réévalue la réponse américaine à ce défi. Les États-Unis, dit-il, ont perdu la guerre antiterroriste, commis des erreurs, mais leur stratégie - ne pas heurter de front le Pakistan et l'Arabie saoudite, en finir avec l'Irak de Saddam Hussein - était une réponse cohérente. Elle permettait de faire surgir un acteur majeur, l'Iran chiite.

Pour Alexandre Adler, en effet, le Moyen-Orient est devenu le centre névralgique de la planète. « Aujourd'hui, tout, littéralement tout, dépend du Moyen-Orient. Celui-ci se tranquillise-t-il quelque peu et la mondialisation repart, comme reprennent les bénéfices immédiats de cette mondialisation en matière de richesses distribuées comme de démocratie conquise. Si au contraire tout bascule en Orient, c'est la planète qui se fissure en blocs potentiellement antagonistes. » Et dans ce noeud gordien, la relation Etats-Unis- Iran-Israël est décisive. Et selon Adler, sera fondamental le rapport qui va bien au-delà de la politique, entre les juifs et les chiites. Quelle sera l'attitude des États-Unis ? Obama saura-t-il, tel J.F. Kennedy, faire face avec détermination à une situation de crise, équivalente à celle des fusées soviétiques à Cuba en 1962 ? Ou bien sera-t-il semblable au sympathique Lindbergh, que le pacifisme aveugla face au nazisme ? Choix ouvert !

Même incertitude sur l'autre axe majeur du monde : la relation entre les États-Unis et la Chine. Pékin finance le déficit américain et permet ainsi aux États-Unis d'acheter la production chinoise. Cette complicité perdurera-t-elle ou bien cédera-t-on à la tentation de la confrontation ? Choix ouvert, comme il l'est en Europe. Selon Adler, l'Allemagne fait cavalier seul, « méprise les déficits de style américain que prônent à l'unisson Anglais, Français, Latins et Slaves. Il y a là les racines d'une grande explication collective où se jouera le sort de l'Europe ».

Mais l'essentiel, et Adler le souligne sans cesse, fasciné, c'est le Moyen-Orient. « Le centre du monde, écrit-il, est revenu quelque part entre Jérusalem et Nadjaf, Qôm et La Mecque, mais dans la crainte, la souffrance et non la réconciliation et l'émulation constructive ».

Pour nous faire prendre la mesure de l'enjeu, Adler donne la parole - prête sa plume à deux intellectuels, l'Égyptien Ayman Zawahiri - numéro 2 d'al-Qaida - et à Ahmed Ghalabi, chiite, ami des néoconservateurs juifs américains et véritable stratège de la guerre en Irak. On pourra contester cette « manière Adler » d'incarner les données géopolitiques. Mais ce dédoublement, cette incarnation, ne sont-ils pas le moyen de faire entendre la complexité des choix, les cohérences antagonistes : Adler rappelle de cette façon que la géopolitique est certes un « jeu d'échecs » mais dans lequel les pièces sont des hommes, donc des subjectivités, aveuglées souvent par leurs passions.

« Le monde est un enfant qui joue », d'Alexandre Adler, Grasset, 294 pages, 19 eur.

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lundi 4 mai 2009

RETRANSCRIPTION AUDIO - Le Tibet est bouclé - Alexandre Adler

Chronique internationale - 12 mars 2009

tilidom.com

Pour Alexandre Adler, la situation au Tibet est liée à la menace que constitue le Xinjiang.

Le 50e anniversaire de l’invasion du Tibet par l’armée chinoise (invasion étant un grand mot puisque le Dalai Lama à l’époque avait reconnu l’appartenance du Tibet à la Chine, mais avec un statut particulier dont il avait toujours joui), ce 50e anniversaire qui devait être la manifestation d’un peuple debout, n’a pas du tout donné lieu aux manifestations et aux émeutes que l’on avait connues à la veille des Jeux Olympiques. Et pour cause. jamais en effet la province n’avait été bouclée ainsi de fond en comble et même bien au-delà puisque des Tibétains des autres provinces chinoises, celles du Qinghai notamment, là où est né le Dalai Lama, ont été cette fois-ci placées sous les mêmes conditions que ceux du Tibet proprement dit – enfin, de la province autonome du Tibet.

Ce n’était pas vraiment une surprise, mais cela montre en tout cas de la part de la Chine une résolution sans faille, surtout à un moment où un président comme Barack Obama est peut-être plus sensible aux suggestions de Hollywood que ne l’était George Bush. Et on sait combien le Dalai Lama est aimé là-bas avec Richard Gere en tête. Donc, on voit bien ce qui c’est passé. Ce n’est pas très important et en même temps, ça ne dit rien des relations entre les Tibétains et la Chine. On sait aussi que ce qui n’a pas été pardonné à Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir mis la pression à la veille des Jeux Olympiques pour qu’une négociation s’ouvre ave le Dalai Lama – celle-ci fut de pure forme – mais les Chinois se sont sentis mis un revolver sur la tempe et ils ne le pardonnent toujours pas au président français. [Depuis, la situation a changé]

Peu importe. La question qui se pose véritablement, c’est pourquoi la Chine adopte-t-elle un ton et une attitude aussi intransigeants vis-à-vis d’un pays, le Tibet, dans lequel les conditions d’une autonomie sont réunies et notamment, le Dalai Lama dont la modération contraste avec celle d’un certain nombre de ses partisans (son propre frère par exemple qui fut colonel dans l’armée indienne et qui aimerait bien en découdre davantage) ?
Eh bien, il y a plusieurs raisons à cela : L’intégrité du territoire, le fait d’être respecté, l’exemple de l’Union soviétique, et je crois que l’une des équations cachées de cette affaire qui n’a jamais été soulevée comme il le faudrait : c’est celle du Xinjiang.

En effet, si on laisse de côté le Guangxi qui est une province frontalière du Vietnam qui n’est pas vraiment une province autonome, la Chine connaît deux grands territoires autonomes, parallèles l’un à l’autre, le Tibet et le Xinjiang. Le Tibet est peuplé de Tibétains et le Xinjiang ÉTAIT – car c’est là la situation – peuplé majoritairement de Ouïgours et Kazakhs musulmans et de langue turque. Mais, la colonisation que mène la Chine bat son plein. Aujourd’hui, les hans sont près de 50% au Xinjiang, pays qui par ailleurs connaît une prospection pétrolière intense et qui va déboucher sur la découverte de nouveaux gisements. Bref, la Chine, au fond, pourrait lâcher prise au Tibet, mais elle ne peut pas le faire au Xinjiang, sans aucune condition. Et on sait que les militants Ouïgours sont ceux qui ont mis des bombes à Xi’an, la vieille ville historique, à la veille des Jeux Olympiques, de même que l’on sait qu’ils ont des liens avec des islamistes, avec des pays arabes, notamment l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe comme le Qatar. Bref, il s’agit là d’une menace peut-être plus immédiate sinon plus grave auquel les Chinois sont confrontés.

Or, tout progrès de l’autonomie au Tibet déboucherait sur une autonomie au Xinjiang. La Chine n’en veut pas ce qui ne signifie pas que cette position puisse être définitive.

La vérité, c’est que les Chinois vont devoir négocier dans les quinze années qui viennent, mais qu’ils ne savent pas par où commencer. À un moment donné, Hu Jintao qui avait connu des militants tibétains et des prêtres tibétains lorsqu’il était en poste dans le Gansu, son premier poste préfectoral, était apparu comme l’homme de la conciliation. Il a en effet régné à Lhassa pendant quelque temps, il connaît les problèmes. Il a été à l’origine d’une politique de relance de la religion. Celle-ci n’a pas donné grand chose. Il va bien falloir à un moment ou à un autre que l’ouverture se fasse vers le Dalai Lama. Et pour cela, la Chine a besoin d’être rassurée et notamment de ses relations avec l’Occident.

Si l’Occident utilise la carte tibétaine, la peur de se retrouver dans une position à la Gorbatchev est encore immense, surtout pour un homme comme Hu Jintao qui a la réputation d’être un homme libéral. Voilà pourquoi votre fille est muette.

dimanche 5 avril 2009

VIDÉO - Alexandre Adler et Thierry Ardisson

Canal + Salut les terriens ! - 28 mars 2008

L'historien et journaliste était l'invité de Thierry Ardisson sur le plateau de "Salut les terriens". Alexandre Adler présentait son dernier ouvrage consacré à la CIA intitulé "Le nouveau rapport de la CIA : Comment sera le monde en 2025 ? Présenté par Alexandre Adler". Thierry Ardisson recevait aussi José Bové et Bruno Gaccio.