lundi 13 octobre 2014

Berlin et Pékin aplanissent les tensions

Les Echos, no. 21791 -
Monde, lundi 13 octobre 2014, p. 8 La chancelière allemande et le Premier ministre chinois ont ménagé leurs relations bilatérales.De nouveaux contrats ont été formalisés. C'était une façon très personnelle de détendre l'atmosphère. Après leur réunion, Angela Merkel a invité vendredi après-midi le Premier ministre chinois, Li Keqiang, dans un supermarché du centre de Berlin. Chancelière normale, la chef du gouvernement allemand aime faire ses courses elle-même, par exemple, pour acheter les ingrédients des paupiettes de boeuf qu'elle prépare pour son mari. Juste avant cette escapade, la tension était palpable entre les deux leaders. Interrogé par un journaliste sur l'hypothèse d'élections libres à Hong Kong et le sort d'une employée chinoise du magazine « Die Zeit » , emprisonnée à Pékin, Li Keqiang lui avait fait comprendre qu'il était déplacé de s'immiscer dans les affaires chinoises. La chancelière a répondu qu'elle espérait que les manifestations continuent à se dérouler « de façon pacifique » . En amont de cette rencontre, le gouvernement allemand avait clairement fait savoir qu'il voulait profiter du conseil des ministres germano-chinois pour clarifier les conditions d'emprisonnement de Zhang Miao, arrêtée le 2 octobre après un reportage effectué à Hong Kong avec la correspondante en Chine de « Die Zeit » . L'article s'interroge sur la possibilité d'une révolte comparable sur le continent. Visiblement, il a suffi pour inquiéter Pékin. Un partenariat économique renforcé Ce n'est pas le seul sujet de tensions que Berlin et Pékin ont traité à l'occasion de cette rencontre intergouvernementale. Le ministre allemand de l'Economie a ainsi regretté les mesures chinoises de protectionnisme, notamment, sur la propriété des coentreprises. « Ces règles, qui désavantagent uniquement les entreprises étrangères sont issues d'une autre époque où la Chine voulait et devait se protéger » , a déclaré Sigmar Gabriel. Formant une « communauté de destins » , comme l'a décrit Li Keqiang, l'Allemagne et la Chine sont perçues comme les moteurs de la croissance de leurs continents respectifs, l'Asie et l'Europe. Mais elles sont toutes deux confrontées à un ralentissement conjoncturel. De quoi prendre soin de cette relation particulière, qu'ils veulent intensifier « d'égal à égal » . Sur le plan commercial, la Chine s'est engagée à acheter 70 moyen-courriers A320 à l'avionneur européen Airbus. Le constructeur automobile Volkswagen a prolongé jusqu'à 2041 son partenariat avec le chinois FAW, alors que le concurrent Daimler s'est engagé à de nouveaux investissements en Chine. Deutsche Telekom a dévoilé la création d'une coentreprise dans la voiture connectée avec China Mobile. Thibaut Madelin © 2014 Les Echos. Tous droits réservés.
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La volonté de réforme de Pékin s'étiole

Le Monde -
Économie et Entreprise, lundi 13 octobre 2014, p. SCQ5 Confrontée au ralentissement, la Chine a annoncé de nouveaux droits de douane sur le charbon Le ralentissement complique les plans de Pékin en faveur du rééquilibrage et de l'ouverture de la deuxième économie mondiale. Signe de ces difficultés, le gouvernement chinois a annoncé, jeudi 9 octobre, de nouveaux droits de douane sur les importations de charbon, un moyen de protéger l'industrie minière, particulièrement exposée à la décélération alors que cette ressource couvre les deux tiers des besoins en énergie chinois. Des taxes de 3 % à 6 %, selon le type de charbon, seront levées aux douanes chinoises à partir du 15 octobre, une mesure qui touchera particulièrement les gros fournisseurs de la Chine, tels que l'Australie et la Mongolie. La République populaire, premier consommateur de la planète, avait supprimé la plupart des droits à l'importation de charbon après 2005. Face au ralentissement, l'association des producteurs de charbon chinois - dont les membres les plus importants sont des entreprises d'Etat - s'était déjà engagée cet été à réduire la production nationale de 10 % au second semestre. Ce sont 70 % des mines chinoises qui enregistrent des pertes et la moitié doivent à leurs employés des arriérés de salaires. Les prix sont tombés à leur plus bas niveau depuis six ans. Depuis leur arrivée en mars 2013 à la tête de l'Etat et du gouvernement, le président Xi Jinping et son premier ministre, Li Keqiang, ont répété vouloir s'en tenir à une solution de long terme : réduire les surcapacités de production et laisser davantage faire la loi de l'offre et de la demande. Mais alors que les signes d'un redressement se font attendre, le curseur passe de l'élan réformateur au protectionnisme permettant de sauvegarder les emplois, sous la pression des représentants des intérêts industriels. Les dirigeants de l'Etat-parti ont longtemps argué qu'une croissance moins rapide est nécessaire pour ouvrir davantage l'économie chinoise. Or, pense Eswar Prasad, professeur d'économie à l'université américaine de Cornell (Etat de New York), la perte d'élan sape au contraire le soutien politique aux réformes en faveur du marché. " Le besoin de soutenir la croissance à court terme contraint le gouvernement à adopter des mesures qui vont à l'encontre des objectifs de réforme des marchés financiers et de rééquilibrage de la croissance ", constate M. Prasad, ancien chef du bureau du Fonds monétaire international en Chine. La Chine a les moyens d'une relance. Mais les mesures déployées pour parer à la crise après 2008 - un plan de relance à plus de 500 milliards d'euros - si elles permirent de maintenir le niveau de l'emploi, eurent des conséquences néfastes - des investissements publics réalisés à la hâte, une corruption massive dans la construction du réseau de train à grande vitesse et un endettement obscur des collectivités locales. La banque centrale veut aujourd'hui se contenter de mesures plus modestes et ciblées. La Banque populaire de Chine s'est résolue, à la mi-septembre, à injecter 500 milliards de yuans (63 milliards d'euros) dans les cinq plus grandes banques du pays, des prêts à faible taux d'intérêt destinés à stimuler l'activité économique. La solution à long terme a été identifiée de longue date par son gouverneur, Zhou Xiaochuan. La libéralisation des taux d'intérêt doit permettre aux banques d'allouer les crédits au secteur privé compétitif, alors qu'elles se concentrent encore aujourd'hui sur les grands groupes publics, car ils bénéficient des connexions politiques nécessaires et d'une garantie de l'Etat. " La banque centrale de Chine essaye de maintenir un difficile équilibre en recourant à des mesures ciblées plutôt qu'à une large expansion du crédit en soutien à la croissance ", explique Eswar Prasad. L'exercice se révèle plutôt périlleux sur le plan politique. Pressions sur la banque centraleLa banque centrale subit la pression pour céder davantage de crédits, à l'heure où des doutes se font entendre sur la capacité du pays à atteindre son objectif de 7,5 % de croissance sur l'ensemble de l'année. Le 24 septembre, le Wall Street Journal révélait que Xi Jinping envisage de se débarrasser de Zhou Xiaochuan à la tête de l'institution monétaire, qui en Chine n'est pas indépendante du Parti communiste (PCC). Pousser M. Zhou vers la sortie apparaîtrait comme une victoire des plus conservateurs, car il est connu pour son penchant réformateur. D'autant qu'il a su établir de bonnes relations avec les responsables économiques internationaux - il aurait notamment parié pour s'amuser sur l'évolution du taux de change entre le dollar et le yuan lors de parties de tennis avec Larry Summers, l'ancien conseiller économique du président américain, Barack Obama. Zhou Xiaochuan reste pour l'heure à son poste mais il n'a plus évoqué depuis le 10 juillet l'échéance de deux ans pour achever la réforme des taux d'intérêt. Et le Conseil des affaires d'Etat, c'est-à-dire le gouvernement central, a précisé, à la fin juillet, que cette réforme interviendra " de manière ordonnée ", formule qui signifie rarement l'empressement au sein du PCC. Harold Thibault © 2014 SA Le Monde. Tous droits réservés.
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Pourquoi la Bourse de Shanghai n'est pas près de supplanter Hong Kong

La Tribune.fr -
Entreprises & Finance, Marchés actions, lundi 13 octobre 2014 - 06:52 Christine Lejoux Agences bancaires fermées, voyages d'affaires annulés... Les manifestations pro-démocratie qui se déroulent à Hong Kong depuis le 28 septembre - et qui constituent la plus grave crise politique depuis la rétrocession de cette ancienne colonie britannique à la Chine en 1997 - conduisent certains investisseurs et économistes à s'interroger sur l'avenir de la place financière de Hong Kong, la troisième au monde derrière New York et Londres, d'après le Global Financial Centers Index. En effet, une répression violente des manifestations par le gouvernement chinois porterait un rude coup à la réputation de liberté de Hong Kong dans le domaine des affaires. Pour mémoire, Hong Kong a remporté cette année le titre d'économie la plus libre du monde, pour la vingtième année d'affilée, d'après un classement publié par la Heritage Foundation et le Wall Street Journal, alors que la Chine continentale, elle, n'occupe que le 137e rang. Les investisseurs redoutent donc que la Bourse de Hong Kong ne perde de sa superbe, au profit, notamment, de Shanghai, dont le gouvernement souhaite faire la principale place financière chinoise, à l'horizon 2020. De fait, le 30 septembre, l'indice Hang Seng est tombé à son plus bas niveau depuis trois mois, ramenant la progression de la Bourse de Hong Kong à moins de 1% depuis janvier, contre une hausse de près de 13% pour la Bourse de Shanghai, tirée, notamment, par la décision de la Banque centrale de Chine d'injecter 500 milliards de yuans dans les plus grandes banques du pays, afin d'atténuer les effets du ralentissement de la croissance économique. Résultat, l'écart de valorisation dont jouissait jusqu'alors la Bourse de Hong Kong par rapport à celle de Shanghai, et qui s'élevait à 12% en juillet, est à présent proche de zéro, selon l'agence Bloomberg. Le programme Stock Connect sera lancé fin octobre Pour autant, si des capitaux étrangers doivent quitter Hong Kong, nul doute qu'ils prendront plutôt le chemin de Singapour que celui de Shanghai, la Chine continentale contrôlant encore de très près les mouvements de capitaux. Mais si la Bourse de Shanghai ne semble pas près de rivaliser avec celle de Hong Kong, c'est surtout parce que la Chine a besoin de cette dernière pour poursuivre le mouvement d'ouverture des marchés de capitaux chinois. En effet, Hong Kong n'est autre que le laboratoire des innovations financières de la Chine continentale, depuis une trentaine d'années. En 2009, cette dernière avait ainsi fait de l'ancienne colonie britannique le premier centre offshore pour les échanges en yuans, afin de développer l'usage de la devise chinoise comme monnaie internationale. Dans la même veine, à la fin du mois d'octobre, la Bourse de Shanghai lancera avec celle de Hong Kong le programme Stock Connect, qui permettra aux investisseurs basés à Hong Kong d'acheter directement des actions cotées en Chine continentale, au lieu d'être contraints de passer par l'intermédiaire de fonds exposés à la Bourse de Shanghai. Un marché qui pourrait capitaliser 10.000 milliards de dollars en 2020 Un programme qui, en favorisant l'intégration de ces titres dans les indices mondiaux sur lesquels nombre de grands investisseurs institutionnels calquent leur gestion, "pourrait permettre à la capitalisation du marché des actions A [cotées en Chine continentale et en renminbi ; Ndlr] de passer de 4.000 milliards de dollars aujourd'hui à 10.000 milliards de dollars en 2020", affirme Hervé Lievore, stratégiste chez HSBC. Mais ce programme Stock Connect permettra également aux investisseurs de Chine continentale d'investir directement dans des actions cotées à Hong Kong. Aussi ce programme sera-t-il "également extrêmement bénéfique pour le marché hongkongais, compte tenu du besoin de diversification de leurs actifs des investisseurs chinois, qui auront ainsi accès à des secteurs sous-représentés en Chine continentale, comme les assurances et les casinos", estime Hervé Lievore. Ce qui fait dire à Raymond Yeung, économiste au sein de la banque ANZ, que, bien que "la Chine affiche une préférence claire pour développer (la place financière de) Shanghai, cela ne veut pas dire qu'elle abandonne (celle de) Hong Kong. Les dirigeants de la Chine sont très pragmatiques : tant que vous pouvez être utile, ils vous utilisent." © 2014 La Tribune.fr. Tous droits réservés.
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lundi 7 novembre 2011

ENQUÊTE - Monter en gamme ou périr, le nouveau dilemme chinois


Les Echos, no. 21053 - L_enquête, lundi 7 novembre 2011, p. 11

Dans la province industrielle du Guangdong, la hausse des coûts tourne au casse-tête. Les entreprises les plus faibles y succombent. Les autorités aident les autres à se réinventer. Avec plus de machines et moins d'hommes.

Sur leur étagère, rangés côte à côte, Pluto, Tigrou et Super Mario affichent un sourire radieux qui les ferait adopter par le premier bambin. Tout autour, dans le même meuble vitré, leur centaine de congénères en peluche semblent tout aussi réjouis. Assis juste à côté, Deng Hongping n'a pourtant pas le coeur à rire. Patron fondateur de la petite entreprise de confection de jouets Donglin, il tourne dans tous les sens le casse-tête qu'est devenue la gestion de sa société. Ce self-made-man à la chinoise, qui a commencé comme simple ouvrier à l'âge de dix-sept ans, met aujourd'hui toute son énergie à réinventer son entreprise pour la sauver. Mais il l'avoue : « Je suis désespéré ! »

Nous sommes à Dongguan, dans cette province méridionale du Guangdong qui s'est vu assigner le rôle de territoire d'expérimentation du capitalisme à la fin des années 1970. Poumon industriel qui garantit à lui seul presque 30 % des exportations de la Chine, le Guangdong est aujourd'hui à un croisement. La demande des marchés développés se tasse. La main-d'oeuvre se renchérit rapidement, de même que les matières premières. Et pour ne rien arranger, le taux de change du yuan s'est apprécié face au dollar. Une série de difficultés qui résume à elle seule l'implacable alternative qui se pose aujourd'hui à nombre d'entreprises du pays : monter en gamme ou mourir.

Darwinisme économique

A quelques mètres de Pluto et Tigrou se trouve l'atelier de Donglin. Ou plutôt ce qu'il en reste. Une couche de poussière a élu domicile sur la plupart des 66 machines à coudre installées en ligne. Seules huit couturières travaillent encore ici. En tout, Deng Hongping n'emploie plus, aujourd'hui, qu'une trentaine de personnes. Contre 200 il y a quelques années.

Pas besoin de chercher loin pour avoir l'explication. « A la fin des années 1990, on payait 700 yuans par mois des salariés qui travaillaient quatorze heures par jour. Aujourd'hui il faut leur donner près de 3.000 yuans pour huit à dix heures de travail quotidien. » Trop cher. Voyant ses marges fondre, Deng Hongping a fini par délocaliser. Non pas au Vietnam ou au Bangladesh, trop lointains et complexes, mais dans l'intérieur des terres, là où l'on peut encore payer les travailleurs moins de 1.500 yuans par mois. Autrefois sous-traitant, il est devenu lui-même donneur d'ordre pour des prestataires installés dans le Henan.

Ce jour-là, des centaines de Super Mario ayant effectué plus de 2.000 kilomètres en camion s'entassent dans l'atelier de Donglin. Ici, on se contente désormais de contrôler leur qualité et de leur coudre une ultime étiquette. Deng Hongping le sait bien : d'un point de vue strictement économique, son atelier de Dongguan est en train de perdre sa raison d'être. D'ailleurs, son chiffre d'affaires a beau augmenter, son profit, lui, est en baisse de plus de 30 %. Dans le Guangdong, les tâches intensives en main-d'oeuvre n'ont plus d'avenir.

D'où le plan de Deng Hongping. Il a embauché cinq designers, chargés de dessiner eux-mêmes les jouets produits - donc en grande partie sous-traités -par sa société. « Notre marge est d'un peu plus qu'e 1 yuan par peluche dessinée par nous, contre moins de la moitié pour tout jouet que nous exécutons sur les plans d'un donneur d'ordre. » Mais la partie est loin d'être gagnée. Il faut se faire un nom, s'imposer en tant que marque. Puis réussir à se protéger de la contrefaçon. Deng Hongping est lucide. Il a beau juger que sa stratégie est la seule possible, Deng Hongping se dit « très inquiet pour l'avenir ». A deux pâtés de maisons de là, une rue étonnamment silencieuse. « Ici, il y avait encore récemment des ateliers de confection de jouets », raconte-t-il. Son seul espoir serait « que le gouvernement mette un terme à l'inflation, qui nous oblige constamment à augmenter les salaires. » Mais on sent qu'il craint d'être une des victimes indirectes du darwinisme économique du secrétaire général du Parti communiste du Guangdong, Wang Yang (lire ci-contre). Ce dernier n'a-t-il pas déclaré qu'il faut « laisser faire faillite les entreprises pour lesquelles il n'existe pas d'alternative » ?

Chouchouter les salariés

Une phrase qui n'est pas synonyme, pour autant, de laisser-faire absolu. Lorsqu'il y a du potentiel, les autorités se mobilisent. A une trentaine de kilomètres de l'entreprise Donglin, Li Shaohui est également assis à côté d'une vitrine. Cette fois, ce sont des Ronald McDonald's et autres figurines pour Happy Meal qui retracent, sur vingt ans, l'histoire de sa société, Combine Will. D'une tout autre envergure, celle-ci a reçu l'appui du gouvernement local pour se réinventer. Une équipe de consultants venus de Hong Kong, financée à moitié par les autorités, a proposé deux axes stratégiques pour l'avenir : diversification et automatisation. Lorsqu'on façonne le plastique, pourquoi se cantonner aux jouets, activité low cost par excellence ? Chez Combine Will, on fabrique désormais, entre autres choses, des distributeurs de savon liquide automatisés, sur lesquels la marge est plus élevée. L'autre nouveauté est immédiatement perceptible lorsqu'on visite le site de production. Ici, une femme s'affaire entre trois machines qui, toutes les huit secondes environ, lui présentent, au bout d'un bras articulé, une nouvelle pièce de plastique fraîchement pressé qu'elle doit découper en plusieurs morceaux à répartir dans différentes boîtes. « Les Temps modernes » en Chine. « Nous avions 3.000 salariés, nous ne dépassons plus les 2.000 », s'enorgueillit Li Shaohui. A terme, faudra-t-il produire ailleurs ? « Nous y réfléchissons. Peut-être qu'un jour nous devrons conserver ici les seules activités de recherche et développement. »

En attendant, mieux vaut chouchouter ses salariés. « S'ils peuvent gagner quelques dizaines de yuans de plus ailleurs, ils vous quitteront du jour au lendemain », prévient Joël Pujol, un consultant français installé dans la région depuis une vingtaine d'années. Deng Hongping s'arrache parfois les cheveux, « avec les jeunes notamment, qui n'ont plus aucune fidélité envers l'entreprise car ils ne craignent plus le chômage, et s'informent entre eux de toute offre d'emploi plus rémunératrice ».

Le problème se pose aussi chez la société Wooltex, qui produit des fibres textiles. John Lam, qui en dirige les finances, a divisé par deux son nombre de salariés, grâce à l'investissement dans de nouvelles machines. Au final, il est ainsi parvenu à... maintenir constante sa masse salariale. Alors John Lam bichonne ses équipes. Dans la cantine flambant neuve, on croise des familles avec enfants. « Nous voulons que nos équipes, logées sur place, se sentent ici chez elles, d'où la présence des enfants. » Juste à côté, quelques salons de karaoké et des terrains de sport pour se détendre.

Fini le Far West. L'époque où certains patrons du Guangdong étaient des mercenaires à la manoeuvre sur une zone de non-droit est terminée. « Le profil des entrepreneurs change », note Joël Pujol. « Le made in China de cette époque est devenu indésirable ici car il dévalue le nouveau », analyse-t-il. Désormais, les autorités soutiennent les entreprises ambitieuses et innovantes.

Sans elles, Xu Xuan ne serait pas en train de présenter ses ustensiles de cuisine colorés à des milliers de curieux. C'est le gouvernement qui a payé le stand de sa société, Tansung, lors du Forum des PME de Canton. Manifestement, Tansung a su les convaincre que son projet était solide. Il consiste à prendre ses distances avec le sacro-saint modèle exportateur. La hausse du yuan pénalise les ventes. Certes, la situation n'est pas aussi critique que chez Wooltex dont John Lam prédit la mort certaine « si le yuan augmente encore de 5 % ». Mais l'appréciation du taux de change face au dollar, combinée au tassement de la demande à l'étranger, a fini par pousser Tansung à miser sur le marché intérieur. Sous-traitant pour des grandes entreprises occidentales, Tansung veut devenir une marque à part entière sur le sol chinois. Une équipe marketing ad hoc s'est penchée sur les méthodes culinaires des différentes provinces chinoises, pour coller aux demandes de chaque marché. Et négocie actuellement avec différents distributeurs potentiels. « Nous sommes entre deux eaux, et ce n'est pas une mutation simple », reconnaît Xu Xuan. Mais le cap est clair.

Nouvel écosystème

Une sorte de résumé du Guangdong ? Si les défis sont nombreux, la stratégie est sans ambiguïté. L'usine du monde veut gagner en valeur ajoutée. Et tant pis pour ceux qui ne suivent pas la cadence. L'exemple le plus frappant de cette ambition n'est, pour l'heure, qu'une série de jolis dessins futuristes. Mais lorsqu'il présente le projet « Guangzhou Knowledge City » (Canton, ville de la connaissance), le Singapourien qui le dirige, Tay Hun Kiat, sait se faire convaincant. La ville-Etat a été sollicitée par le gouvernement du Guangdong pour développer avec lui, tout près de Canton, une agglomération nouvelle destinée à l'économie de la connaissance. Faune et flore préservées sur la moitié du territoire, bâtiments à faible consommation d'énergie, réseau de transport extrêmement rapide, incitations multiples pour attirer les entreprises internationales les plus innovantes, construction par étapes progressives en fonction du succès rencontré : le moindre détail a été pensé, jusqu'aux centres commerciaux et à la distance entre les écoles, les bureaux et les restaurants. « Nous voulons créer un écosystème propice à l'innovation et la créativité », explique Tay Hun Kiat avant de dérouler la longue liste des multinationales qui se sont déjà engagées à participer au projet. Investissement de départ : 4 milliards de dollars. Investissement potentiel à terme... 60 à 70 milliards. L'atelier du monde ne sera bientôt plus ce qu'il était.

Gabriel Grésillon, ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LE GUANGDONG

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Les banques systémiques connaîtront leur surcharge en capital en 2014

Les Echos, no. 21053 - Finance, lundi 7 novembre 2011, p. 30

BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, la Société Générale, BPCE ainsi que Dexia figurent sur la liste provisoire des 29 établissements internationaux dont la faillite pourrait menacer le système financier international, selon le FSB. La liste définitive sera établie en novembre 2014.

Identification des établissements financiers menaçant la stabilité du système financier international, renforcement de la régulation et de la surveillance des marchés financiers, travaux prévus pour mieux surveiller et réguler les activités bancaires de l'ombre, redéfinition du rôle et des moyens du conseil de stabilité financière (FSB)... Au cours de la présidence française du G20, qui s'est achevée vendredi dernier, la régulation et la supervision financières ont été au coeur des préoccupations. Une liste de 29 établissements financiers dits « systémiques », c'est-à-dire menaçant potentiellement la stabilité du système financier mondial, a été publiée. Quatre banques françaises, BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole et Société Générale, ainsi que le franco-belge Dexia, y côtoient Deutsche Bank, Citigroup, Bank of America ou encore Bank of China.

Revue annuelle

Les établissements systémiques, baptisés « global Sifis » (« systemically important financial institutions »), ont été sélectionnés selon cinq familles de critères que sont la taille du bilan, l'interconnexion avec d'autres banques, la capacité à remplacer un concurrent défaillant, le caractère international ou national, et la complexité de leurs activités.

Pour les encadrer, une liste de mesures a été définie, dont l'application s'étendra jusqu'en 2019. Outre une adaptation des législations nationales encadrant le régime des défauts de paiement, les 29 établissements devront augmenter leurs fonds propres à partir de 2016, afin de renforcer leur capacité à faire face à des pertes éventuelles selon des règles établies par le Comité de Bâle. « Cette liste n'est pas définitive. Elle sera revue tous les ans en novembre », a indiqué Mario Draghi. La première mouture révèle quelques surprises. On y note ainsi l'absence de l'espagnol BBVA ou du japonais Nomura, qui a racheté une partie des activités de Lehman Brothers, mis en faillite en 2008. Quatre banques asiatiques sont sur la liste, mais ce sont surtout des japonaises, et le géant chinois ICBC est par exemple absent. Seules 2 banques allemandes et 4 britanniques sont listées. Les banques américaines sont les plus représentées avec 8 établissements.

Même si elle ne devrait pas énormément varier, la liste définitive sera établie en novembre 2014 et c'est à elle que s'appliquera la surcharge en capital. Au-delà des exigences imposées par les nouvelles normes prudentielles de Bâle III, ces banques devront respecter un ratio de fonds propres durs minimum relevé à 8 % (contre 7 % pour les autres) et jusqu'à 9,5 % pour les plus grosses (et même 10,5 % en cas d'acquisitions supplémentaires significatives).

Le « shadow banking » encadré

Certaines banques ont réagi dès vendredi pour rassurer sur l'impact de ces mesures. « Société Générale a déjà intégré dans son objectif de Bâle III bien supérieur à 9 % en 2013 l'éventualité d'une surcharge en capital supplémentaire liée aux établissements financiers systémiques », a ainsi précisé la banque de la Défense. En octobre, dans la foulée des « stress tests » européens, plusieurs banques en Europe avaient choisi la même démarche.

Enfin, devant la menace que représente le développement de l'activité bancaire de l'ombre (« shadow banking ») dénoncé à de nombreuses reprises par la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, et les ministres des Finances, Mario Draghi a annoncé l'ouverture de travaux par le conseil. « Il convient de renforcer la surveillance et mettre en place des règles », a-t-il indiqué. Il s'agira de mieux encadrer les relations entre les banques et les entités relevant du « shadow banking », de réformer la régulation des fonds d'investissement sur les marchés monétaires, de mettre en place une réglementation sur la titrisation, les prêts de valeurs mobilières et les opérations de prêts-emprunts de titres.

Richard Hiault, envoyé spécial à Cannes, avec Réjane Reibaud



La liste des 29

Allemagne : Commerzbank, Deutsche Bank Belgique : Dexia Chine : Bank of China Espagne : Santander Etats-Unis : Bank of America, Bank of New York Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, State Street, Wells Fargo France : BPCE, BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole, Société Générale Italie : UniCredit Japon : Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG, Sumitomo Mitsui FG Pays-Bas : ING Royaume-Uni : Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group, Royal Bank of Scotland Suède : Nordea Suisse : Credit Suisse, UBS

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Bourses mondiales : le bilan de trois mois de très fortes turbulences

Les Echos, no. 21053 - Marchés, lundi 7 novembre 2011, p. 32

Toutes les grandes Bourses ont cédé du terrain depuis mi-juillet. L'Europe a été en première ligne, en particulier les valeurs cycliques et financières. Paris, par exemple, a dégringolé de 19 %. Les marchés émergents ont également beaucoup souffert. Seule Wall Street résiste un peu mieux.

Ni le G20, ni l'abandon du référendum grec sur l'euro, ni la baisse surprise des taux de la BCE n'y auront rien fait la semaine dernière. Le pessimisme ambiant continue de régner sur les places boursières. Malgré une belle hausse en octobre sur de nombreux marchés, la plupart des grands indices boursiers restent très en deçà de leur niveau d'avant l'été. Aucune des réunions et annonces depuis le premier plan sur la Grèce décidé le 21 juillet n'ont permis un véritable rebond durable. Depuis mi-juillet, les Bourses mondiales ont ainsi fondu de plus 3.300 milliards de dollars (1). Retour sur trois mois et demi de crise.

Tous les marchés sont affectés

Aucune des grandes Bourses mondiales n'a été épargnée par les turbulences européennes. Les marchés émergents ont lourdement souffert - en particulier l'Europe de l'Est et l'Asie : le MSCI « emerging markets » a dégringolé de 16 % depuis le 22 juillet. « Les pays émergents et, en particulier, la Chine sont entrés dans une nouvelle ère où les attentes de croissance (le principal facteur expliquant la surperformance de ces dernières années) ont été décevantes », souligne Alain Bokobza, responsable de l'allocation d'actifs globale chez Société Générale CIB. « Les émergents ont, en outre, pâti d'un phénomène d'aversion pour le risque et de leur plus grande sensibilité aux mouvements de marché », ajoute Philippe-Henri Burlisson, directeur des gestions fondamentales de Groupama AM.

Seuls les Etats-Unis se distinguent : le S&P 500 ne perd « que » 6,8 % depuis trois mois et demi. L'indice, qui a affiché en octobre sa plus forte progression mensuelle depuis 1991, a bénéficié de bonnes surprises sur le plan macroéconomique - même si elles ont été tempérées vendredi par le rapport mensuel sur l'emploi -et d'une saison des résultats plutôt faste : 70 % des 432 sociétés ayant communiqué leurs comptes trimestriels ont battu le consensus, selon Thomson Reuters.

L'Europe recule mais les écarts entre pays sont marqués

L'Euro Stoxx 50 a lâché 17,3 % depuis le 22 juillet. Sans surprise, Athènes est en première ligne (- 49,1 %). Mais, les pays centres de l'Europe ont aussi plongé : les Bourses de Paris et de Francfort ont cédé 18,7 % et 18,6 % depuis le 22 juillet, soit davantage que Madrid (- 14,5 %). La chute du CAC 40 avoisine donc celle de Milan (- 21,1 %), alors que l'endettement de l'Italie est actuellement au coeur des inquiétudes des marchés. « Les indices ayant un poids importants de financières - tel le CAC 40 -et de cycliques - le DAX -ont pâti de leur composition. En outre, l'Italie avait commencé à baisser un peu avant », précise Frédéric Buzaré, directeur de la gestion actions chez Dexia AM.

De leur côté, les principaux indices hors zone euro affichent également un repli sur la période, toutefois bien moins marqué. En monnaies locales, le Footsie 100 et le SMI ont cédé environ 6-7 %, bénéficiant, entre autres, de leur profil relativement défensif. « Londres affiche la meilleure performance rapportée en euros, alors que les investisseurs se sont reportés sur les pays hors de la tourmente », ajoute Alain Bokobza.

Les financières et les cycliques sont en première ligne

Cette période de turbulences a été caractérisée par une nette différenciation de performances entre les secteurs cycliques et financiers, d'une part, et les défensifs, d'une autre. « La crise a d'abord été financière, puis les inquiétudes se sont cristallisées au cours de l'été sur une possible récession et, plus récemment, sur le risque de "credit crunch" », rappelle Frédéric Buzaré.

Il n'y a donc rien d'étonnant que l'automobile, la banque et les minerais et métaux affichent les plus fortes baisses du Stoxx 600 depuis juillet. De même, au sein du CAC 40, Alcatel Lucent, Société Générale et Peugeot chutent de plus de 50 %. A l'inverse, la distribution ou encore le segment alimentation-boissons parviennent à limiter leurs reculs. Exception notable : les services aux collectivités ne jouent plus vraiment leur rôle « défensif ». « Le marché s'inquiète des politiques d'austérité avec de possibles hausses de fiscalité pour les "utilities". Sans compter les débats sur le nucléaire », explique Wilfrid Pham, directeur de la gestion actions de Natixis AM.

MARINA ALCARAZ

(1) Selon les calculs de S&P Indixes entre le 22 juillet et le 31 octobre.
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BTP - Les chinois montent et les français reculent dans le classement mondial des constructeurs

Les Echos, no. 21053 - Services, lundi 7 novembre 2011, p. 29

A l'heure où s'ouvre Batimat, le rendez-vous international de la construction, le classement mondial des grands groupes de BTP vient rappeler au secteur que le poids des acteurs français au niveau mondial régresse. Outre les chinois, Coréens et Turcs montent en puissance.

Ce matin s'ouvre Porte de Versailles, à Paris, le Salon annuel de la construction, Batimat. Matériaux verts, pollution de l'air intérieur, efficacité énergétique... les grands thèmes du moment vont être abordés lors de cette 28e édition réunissant jusque samedi 2.300 exposants dont 45 % d'étrangers. Malgré la crise, les organisateurs attendent 380.000 visiteurs soit la fréquentation de 2009. Car le secteur de la construction bouge en France, avec notamment le passage à la nouvelle norme thermique basse consommation (T2012). Le paysage mondial du BTP évolue aussi. Le classement annuel des acteurs mondiaux de la construction dressé par le magazine américain « Engineering News Record » (« ENR ») avait fait sensation l'an dernier car sur la base du chiffre d'affaires 2009 exprimé en dollars, pour la première fois, le français Vinci avait perdu la première place mondiale au profit d'un groupe public chinois (China Railway Construction Corp., quatrième précédemment) suivi d'un autre chinois, Vinci se retrouvant troisième et Bouygues quatrième. Cette suprématie chinoise s'est encore renforcée dans le classement 2011, fondé sur le chiffre d'affaires 2010. Désormais, ce sont également des groupes publics chinois que l'on retrouve à la troisième et à la cinquième place mondiale, Vinci se retrouvant quatrième et Bouygues sixième... suivi à nouveau d'un acteur chinois. Et l'écart est grand, très grand, entre les deux premiers chinois, réalisant chacun plus de 70 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et les suivants. Les chinois profitent de leur énorme marché intérieur, et de leur forte présence en Afrique où le marché du BTP croît tout comme en Asie.

2012 à surveiller

Mais les occidentaux retrouvent la suprématie quand on ne considère que le chiffre d'affaires international, réalisé hors du marché domestique. L'allemand Hochtief retrouve alors sa couronne mondiale (27 milliards de dollars), suivi de Vinci (16 milliards) et Bouygues se classe quatrième derrière l'acteur parapétrolier américain Bechtel. Le premier chinois ne se trouve qu'à 11e position.

Mais cela ne signifie pas que les acteurs chinois soient inexistants hors de Chine, au contraire : même à l'international, collectivement, ils montent en puissance. Car si chacun ne réalise que peu de contrats hors de Chine, en revanche ils sont nombreux. Selon ENR, les 225 principaux acteurs mondiaux réalisent 383 milliards de dollars de chiffre d'affaires à l'international, dont 51 groupes chinois dégageant 57 milliards. Cette nationalité, la plus représentée, est suivie de 22 américains réalisant 44 milliards et de 5 français seulement, mais pesant 40 milliards. Ils sont troisième mais « leur activité baisse, tandis que la Corée et la Turquie accroissent leur pénétration mondiale », note la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Sur la partie BTP pure, c'est-à-dire hors parapétrolier et ingénierie, le classement (cette fois en euros) change mais les chinois montent toujours. « Cette année les groupes allemands sont premiers mondiaux avec 28,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'international, mais ils sont suivis par les chinois, avec 26,4 milliards d'euros réalisés hors de leur marché domestique et les français se classent troisièmes avec 26 milliards », calcule la FNTP. Les chinois étaient encore troisièmes l'an dernier avec 22 milliards de chiffre d'affaires, derrière les allemands. Les français, premiers l'an dernier, ont été sérieusement rétrogradés bien qu'ils aient maintenu leur chiffre d'affaires (il était déjà de 26 milliards d'euros en 2009). Pour l'instant, tout se joue encore dans un mouchoir de poche dans un secteur où quelques gros contrats peuvent faire toute la différence. Le classement 2012 sera donc surveillé.

MYRIAM CHAUVOT



Le secteur du BTP

Les 225 principaux acteurs mondiaux du BTP (parapétrolier et ingéniérie inclus) ont réalisé 689 milliards de dollars de chiffre d'affaires domestique (+ 11 % en un an) et 384 milliards (stable) à l'international selon « Engineering News Record ». A l'international, le premier marché mondial reste l'Europe (94 milliards) mais il décline(- 6,6 %), tout comme le Moyen-Orient (- 6,6 %, à 72 milliards) et les Etats-Unis (- 6,5 %, à 33 milliards). L'Asie croit (+ 4,7 %, à 77 milliards), ainsi que l'Afrique (+ 6,7 %, à 61 milliards) et surtout l'Amérique latine (+ 25,6 %, à 34 milliards).


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ANALYSE - La rivalité Chine-Etats-Unis au menu des sommets d'Asie

Le Monde - Géo & Politique, lundi 7 novembre 2011, p. PEH7

12-13 et 14-19 NOVEMBRE |SOMMETS DE L'APEC À HAWAÏ (ÉTATS-UNIS) ET DE L'ASEAN À BALI (INDONÉSIE)

Signe de l'importance stratégique de la zone Pacifique, le président américain Barack Obama se rendra en personne aux deux grands sommets asiatiques qui se tiennent à quelques jours d'intervalle à la mi-novembre. " Le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ", rappelait, en 2009, M. Obama, qui est né à Hawaï et a grandi en Indonésie. A cette proximité personnelle s'ajoute une priorité stratégique pour les Etats-Unis, sur fond de rivalité croissante avec la Chine dans la région.

APEC, Asean : qu'est-ce que c'est ? Dans la région Asie-Pacifique, deux cadres de discussions économico-politiques gagnent en importance. Le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), dont le sommet se tient les 12 et 13 novembre à Honolulu, à Hawaï (Etats-Unis), regroupe 21 pays riverains du Pacifique. L'organisation a vu le jour en 1989 sur la base d'une proposition émise à Séoul, en Corée du Sud, par le premier ministre australien de l'époque, Bob Hawke. Il partait du développement des échanges commerciaux entre les nations de cette vaste zone et de l'avancée de l'intégration économique en Europe et en Amérique du Nord. Douze pays ont contribué à la création du Forum. Il représente 54,1 % du commerce mondial et 40 % de la population de la planète.

L'APEC, cadre non contraignant, travaille à la réduction des tarifs douaniers, à la facilitation des échanges, à la coopération sur la santé et, depuis 2001, à la lutte contre le terrorisme. En 1994, ce forum avait adopté, à l'occasion du sommet organisé à Bogor, en Indonésie, une série d'objectifs pour la suppression des taxes douanières à l'horizon 2010. En 2008, la moyenne de ces taxes avait baissé à 6,6 %, contre 16,9 % en 1989.

Deux ans plus tard, au Japon, les pays membres ont formulé la " vision de Yokohama " en faveur d'une plus grande intégration économique et d'une sécurité accrue, qui passent par la concrétisation du projet de zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Pour y parvenir, plusieurs propositions sont sur la table. Les Etats-Unis comptent sur le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Lancé en 2005 par le sultanat de Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, ce cadre propose la création d'un espace sans taxe douanière. En 2008, les Etats-Unis ont décidé de négocier pour y adhérer. L'Australie, la Malaisie ou encore le Pérou ont suivi, et le PTP intéresse la Chine, la Corée du Sud et les Philippines. Avec retard, à cause de la catastrophe de Fukushima du 11 mars, le Japon a promis d'engager des négociations.

Deuxième cadre de discussions, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) a vu le jour en 1967 à Bangkok (Thaïlande), en pleine guerre froide, avec pour objectifs de favoriser la croissance, d'encourager la coopération et, à l'époque, de lutter contre le communisme.

Réunie à Bali du 14 au 19 novembre, elle compte aujourd'hui dix membres, contre cinq au départ. Le Timor-Oriental pourrait la rejoindre en 2015. L'adhésion de la Birmanie en 1997 a soulevé des questions sur l'importance des valeurs démocratiques au sein de l'organisation. Au final, l'Asean a, en 2003, adopté la déclaration Bali Concord II, dans laquelle les Etats membres affirment l'importance de la démocratie pour la paix et la stabilité.

L'organisation plaide pour une coopération accrue dans les domaines sociaux, environnementaux, culturels ou encore sécuritaires : des points qui apparaissent dans le projet de Communauté de l'Asean que les pays membres souhaitent créer d'ici à 2015. Dans cette optique, l'Asean a signé des accords de libre-échange avec la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Elle dispose d'un siège d'observateur à l'Assemblée générale de l'ONU.

Son développement en a fait un acteur incontournable du dialogue régional. Avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, elle a formé, après la crise asiatique de 1997, l'Accord de libre-échange est-asiatique (Eafta ou Asean + 3), à l'origine de l'initiative de Chiang Maï (Thaïlande) conclue en 2000 pour limiter les risques de crise financière dans la région. A cette Asean + 3 se sont jointes l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande pour donner naissance au Partenariat économique global pour l'Asie de l'Est (Cepea ou Asean + 6).

L'Asean est aussi au coeur du sommet de l'Asie de l'Est, qui réunit 18 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, et qui se veut un forum d'échange sur le commerce, l'environnement et l'énergie. Depuis 2007, il est organisé dans le prolongement du sommet de l'Asean.

Espaces de dialogue ou de rivalité ? Preuve de l'importance grandissante de la région, sur les plans tant économiques que politiques, ces organisations sont aussi devenues, ces dernières années, des lieux de rivalité, principalement entre la Chine et les Etats-Unis.

En 2009, le président Obama avait affirmé la volonté américaine de ne pas être écarté de l'Asie. " Je souhaite que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l'avenir de cette région car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ", avait-il déclaré, témoignant d'une évolution des priorités de Washington, de l'Atlantique vers le Pacifique.

Or, dans cette zone, l'influence américaine se heurte à celle de la Chine, dont le développement rapide de l'outil militaire - avec notamment son projet de construction de porte-avions - s'accompagne de revendications territoriales plus affirmées. Un incident sérieux a opposé le pays au Japon en septembre 2010, au sujet de la souveraineté sur les îles Senkaku, appelées Diaoyu en Chine.

En mer de Chine méridionale, des heurts ont eu lieu cette année avec les marines vietnamienne et philippine autour des îles Spratly et Paracel. La domination de ces archipels inhabités suscite des convoitises, car ils abriteraient de riches réserves halieutiques et d'importants gisements de pétrole et de gaz. Leur contrôle et l'étendue de la zone économique exclusive chinoise suscitent des interrogations dans cette région, importante route maritime et commerciale.

Ces questions reviennent à chaque rencontre de l'APEC ou de l'Asean. En juillet, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des pays de l'Asean, Pékin a accepté de discuter pour calmer les tensions en mer de Chine méridionale. Mais le dossier est loin d'être clos.

L'activisme chinois est une aubaine pour les Etats-Unis, qui en profitent pour conforter les alliances existantes avec les nations de la région, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Ils se sont également rapprochés du Vietnam, avec lequel ils ont organisé des manoeuvres navales...

Quels sont les enjeux des sommets à venir ? Les questions sécuritaires vont occuper une place non négligeable au sommet de l'Asean, auquel se rendra Barack Obama. Sur les questions territoriales, les participants devraient rappeler leur volonté de garantir la libre navigation en mer de Chine méridionale et le respect des règlements internationaux sur la souveraineté. Ils devraient chercher à faire avancer le dialogue Asean-Chine, qui sera lancé au même moment, avec l'appui des Etats-Unis.

La Chine a certes accepté ces pourparlers mais reste réticente. Soumise en interne à la pression des tendances nationalistes, elle pourrait réaffirmer sa volonté de discuter au cas par cas, avec chacun des pays concernés.

L'Asean pourrait accepter d'être présidée par la Birmanie en 2014. Une demande en ce sens a été déposée par le gouvernement birman, issu des élections de 2010, et qui a commencé en octobre à libérer des prisonniers politiques. Il a reçu l'appui de l'opposante Aung San Suu Kyi qui, libérée après sept ans d'assignation à résidence, a accepté un dialogue avec le régime.

Sur le plan économique, l'Asean devrait poursuivre les discussions sur des zones de libre-échange avec ses partenaires au sein de l'Asean + 3 (une option privilégiée par la Chine), et ceux de l'Asean + 6, ce que préférerait le Japon, qui souhaite contrebalancer la puissance chinoise en intégrant l'Inde.

Le sommet de l'APEC devrait quant à lui se concentrer sur le projet de Partenariat trans-Pacifique (PTP), que les Etats-Unis veulent finaliser. Ce projet est considéré comme une avancée potentielle vers la réalisation de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Le président Obama, qui a dit en 2010 vouloir multiplier par cinq les exportations américaines, y voit également un bon moyen de soigner son image sur le plan intérieur, à un an de la présidentielle : la majorité républicaine du Congrès pourrait avoir du mal à s'opposer à ce projet. Un succès de Washington sur le PTP serait également une façon de contrer les rivaux chinois.

Mais au sein de l'APEC, le Partenariat trans-Pacifique en tant que base de départ pour la FTAAP ne fait pas l'unanimité. Pour parvenir à cette vaste zone de libre-échange, d'autres idées sont avancées. L'une d'elles propose de partir du cadre de l'Asean.

Philippe Mesmer

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Pêche: un capitaine de chalutier chinois arrêté dans les eaux du Japon

AFP Infos Economiques - Lundi 7 novembre 2011 - 06:30:16 GMT

Le Japon a informé lundi la Chine de l'arrestation du capitaine d'un chalutier chinois dans ses eaux territoriales après une course-poursuite de plus de quatre heures avec les garde-côtes nippons.

L'affaire, qui s'est déroulée dimanche près des îles Goto (sud-ouest du Japon), sera traitée "de façon appropriée", comme "un cas ordinaire", conformément à la loi japonaise, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Osamu Fujimura.

Il a ajouté que les autorités japonaises avaient informé le gouvernement chinois par la voie diplomatique, mais qu'elles n'avaient encore reçu aucune réponse.

L'incident est survenu lorsque les garde-côtes de la région de Nagasaki ont demandé à deux bateaux de pêche chinois surpris dans les eaux territoriales nippones de se soumettre à une inspection.

Le capitaine d'un des deux chalutiers, Zhang Tianxiong, 47 ans, a refusé de s'arrêter et a pris la fuite. Après une course-poursuite de quatre heures et demie, les garde-côtes ont finalement stoppé le chalutier de 135 tonnes en provoquant une collision.

Cet incident s'est produit dans une zone maritime qui n'est pas revendiquée par Pékin, contrairement à ce qui s'était passé l'an dernier.

Le 8 septembre 2010, l'arrestation du capitaine d'un chalutier chinois à la suite d'une collision avec un navire des garde-côtes nippons près d'un groupe d'îles en mer de Chine orientale, revendiquées par Pékin et Tokyo, avait plongé les deux voisins dans une grave crise diplomatique.

Devant le déferlement de protestations, de menaces et de représailles de la Chine, les autorités japonaises avaient finalement relâché le pêcheur le 25 septembre.

La Chine et le Japon se disputent la souveraineté sur les îles appelées Senkaku en japonais et Diaoyu en chinois. Ces îlots inhabités, administrés par Tokyo, sont entourés d'eaux très poissonneuses et leurs fonds marins pourraient renfermer des hydrocarbures.

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Air France va desservir Wuhan, sa 5e destination en Chine

AFP Infos Economiques - Lundi 7 novembre 2011 - 06:00:42 GMT

La compagnie française Air France va desservir la ville de Wuhan, dans le centre de la Chine, dès avril 2012, ajoutant ainsi une cinquième destination chinoise à son offre, a-t-elle annoncé lundi sur son compte Twitter AFnewsroom.

Pour l'instant, Air France opère des vols vers Shanghai, Pékin, Canton et Hong Kong. Dès avril, elle assurera le service vers Wuhan trois fois par semaine depuis l'aéroport parisien de Roissy, indique-t-elle.

C'est la première fois qu'un transporteur européen offrira une liaison directe avec Wuhan, précise la compagnie dans un communiqué.

Wuhan, capitale industrielle de la province du Hubei, est la principale agglomération de Chine centrale, avec quelque neuf millions d'habitants. De nombreuses entreprises étrangères s'y sont établies et notamment le groupe français PSA Peugeot Citroën qui y a installé une de ses usines.

Cet hiver, le groupe franco-néerlandais Air France-KLM dessert huit villes en Chine et à Taiwan (Pékin, Shanghai, Canton, Hong Kong, Chengdu, Hangzhou, Xiamen et Taipei) et se targue d'être leader dans le transport de passagers entre la Chine et l'Europe.

Au sein de l'alliance Skyteam, le groupe est aussi partenaire avec China Southern, basée à Guangzhou, China Eastern, basée à Shanghai et la compagnie taïwanaise China Airlines.

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Pourquoi le secteur du luxe échappe-t-il à la crise ? - Jean-Marc Bellaïche

La Croix, no. 39117 - Economie, lundi 7 novembre 2011

Les résultats trimestriels des grandes maisons de luxe confirment l'éclatante santé du secteur. Après les très bons chiffres de LVMH, PPR ou Richemont, Hermès a indiqué, vendredi, qu'elle allait réaliser, en 2011, les meilleures ventes de son histoire. Tous profitent d'une demande très forte en Asie, mais aussi aux États-Unis et en Europe. Même au Japon, frappé par le séisme de mars dernier, les affaires sont reparties.

RECUEILLI PAR SÉVERIN HUSSON

« Le luxe bénéficie d'une croissance phénoménale dans les pays émergents, au Brésil, en Russie, au Moyen-Orient et surtout en Chine. On estime que les Chinois sont à l'origine de 20 % des dépenses du marché. Un tel dynamisme s'explique par deux phénomènes : l'augmentation du niveau de vie et donc l'émergence d'une classe moyenne supérieure pouvant se permettre des achats de 200 à 400 dollars (150 à 300 €) ; et l'urbanisation galopante, qui rend ces produits accessibles à un nombre croissant de consommateurs. Au global, ces pays sont responsables de 35 % à 40 % du chiffre d'affaires du luxe. Ils devraient dépasser les 50 % dans les cinq ans.

Cela dit, les marchés dits matures, comme l'Europe et l'Amérique, progressent eux aussi. D'abord parce que, malgré la crise, les niveaux de vie continuent à augmenter. Les consommateurs capables d'acheter une belle montre ou un beau sac sont toujours plus nombreux. Il faut savoir que les grandes marques de luxe réalisent plus de la moitié de leurs ventes auprès de personnes gagnant moins de 150 000 € par an.

En outre, même en période de crise, les Occidentaux continuent à être très attirés par les produits haut de gamme. Dans une société de plus en plus stressante, ils n'hésitent pas à dépenser beaucoup d'argent pour se faire plaisir et acheter un produit de grande valeur, quitte à réaliser des économies sur d'autres dépenses. Enfin, il ne faut pas oublier que les touristes venus des pays émergents sont à l'origine d'une partie non négligeable des achats réalisés en Europe et aux États-Unis.

En 2008 et 2009, les ventes ont baissé pour la première fois depuis quinze ans. Même si les clients n'étaient pas, personnellement, touchés par la crise, certains ont modifié leur comportement en estimant qu'il valait mieux être prudent et ne pas engager trop de dépenses « accessoires ». Nous ne sommes plus dans cette configuration-là et les consommateurs ont repris les achats même si la confiance dans l'économie n'est pas bonne. Au-delà de l'effet de rattrapage après ces deux années difficiles, le secteur du luxe est donc assis sur de très bons fondamentaux qui devraient lui permettre de continuer à croître. »

Jean-Marc Bellaïche, Directeur associé au Boston Consulting Group, spécialiste du secteur du luxe

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L'Europe au pied du mur pour sécuriser la zone euro - Jean-Jacques Mével

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro Économie, lundi 7 novembre 2011, p. 25

L'urgence, pour les dix-sept membres de l'Eurogroupe, qui se retrouvent aujourd'hui, est de trouver les mécanismes de financement du FESF.

Retour à la planche à dessin. Dans l'incapacité de trouver rapidement des ressources financières auprès des puissances du G20 pour les aider à surmonter la crise de la dette, les dix-sept pays de l'euro se réunissent à nouveau ce soir, confrontés à un choix cornélien. Soit ils accroissent encore les moyens du fonds de secours aux pays en difficulté, le FESF, sachant qu'ils risquent de ne pas suffire si l'Italie vient à basculer. Soit ils remettent sur le tapis l'idée d'un recours massif à la BCE. L'Allemagne et la banque de Francfort continuent de refuser bec et ongles une telle option, mais la montée en puissance du problème de l'Italie a modifié la donne en quelques jours. Et la controverse franco-allemande sur la BCE, enterrée à l'approche du G20, risque à tout moment de rebondir. À nouveau sur la défensive, les tenants de l'orthodoxie, comme Yves Mersch, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale, rappellent que leur mission « n'est pas de remédier aux erreurs de la politique ».

« Démultiplication » des fonds

Le sommet de Cannes n'a permis d'avancée concrète sur aucun des scénarios de financement adossés au FMI. L'augmentation des ressources globales du fonds de secours par des investisseurs extérieurs, acceptée sur le principe, est au mieux pour l'année prochaine et reste l'otage d'une lutte d'influence entre Washington et Pékin. Le compte européen spécial, ouvert à des investisseurs souverains, comme la Chine, le Brésil ou la Russie, n'a pas trouvé preneur au G20, de l'aveu même d'Angela Merkel. Pour finir, la mise en commun des droits de tirages spéciaux (DTS) des pays de l'euro au profit du FESF, solution discrètement poussée par l'Élysée, se heurte au refus de la Chancellerie. Le quotidien allemand des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonçait hier « un complot contre l'indépendance de la Bundesbank ».

Reste la « démultiplication » des fonds européens dont dispose encore le FESF, entre 250 et 275 milliards d'euros. Par l'octroi de garanties et grâce à des mécanismes d'assurance, la puissance de feu pourrait être rehaussée à 1 000 milliards. Ce soir, ce sera « la priorité absolue » des dix-sept ministres des Finances de l'Eurogroupe, dit-on de source européenne. L'espoir est d'en accélérer la mise en place pour la fin de l'année. Cette démultiplication avait été décidée au sommet l'euro du 27 octobre, quand la principale menace était une faillite de la Grèce, sur sa dette de 350 milliards. L'hypothèque italienne change les ordres de grandeur. Elle remet implicitement la BCE et ses ressources théoriquement illimitées au goût du jour. La question a été poussée à Cannes par Barack Obama et David Cameron. Mais sans convaincre ni Angela Merkel ni Mario Draghi, le nouveau président de la BCE. Faute d'avancée sur les moyens, l'Eurogroupe cherchera encore à tordre le bras des fautifs.

Pour la Grèce, il devrait exiger la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, qui garantirait la mise en oeuvre du plan d'austérité, quelle que soit la couleur du futur chef de gouvernement. Dans le cas contraire, Athènes ne recevrait pas un centime.

Côté italien, le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, viendra détailler à ses pairs les mesures et l'échéancier promis à Cannes.

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LITTÉRATURE - "L'Hymne de bataille de la mère Tigre" Amy Chua

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro, lundi 7 novembre 2011, p. 16

La petite leçon d'éducation à la dure d'une « mère Tigre »

Amy Chua, professeur à Yale, préconise la sévérité avec les enfants. La traduction de son livre sort aujourd'hui en France.

Paru en janvier dernier aux États-Unis et aujourd'hui publié en France, le livre d'Amy Chua sur l'éducation de ses enfants, L'hymne de la bataille de la mère Tigre, a déjà provoqué un tollé des deux côtés de l'Atlantique.

Doté d'un sens aiguisé de la provocation, ce professeur de droit de la prestigieuse université de Yale prône, dans son ouvrage, les principes d'une éducation « à la chinoise » qu'elle a appliqués à ses deux filles, Sophia et Lulu : ne jamais laisser ses enfants participer à une journée de jeux ou dormir chez des amis, exiger les meilleures notes et la première place aux classements, avoir deux ans d'avance en maths, choisir des activités parascolaires élitistes (piano pour l'aînée, violon pour la cadette) et leur consacrer plusieurs heures par jour.

L'universitaire, hantée par la peur de la décadence de sa lignée, s'amuse à bousculer au passage les principes de l'éducation occidentale actuelle. Apprendre n'est pas forcément amusant, martèle l'universitaire, comparer ses enfants entre eux pour les piquer au vif peut être efficace, les traiter de « minables » est justifié s'ils ne font pas d'efforts (en vous offrant une carte d'anniversaire bâclée, par exemple), les complimenter en public est une hérésie... De quoi déclencher une bronca mondiale contre la tiger mother !

« Cette tempête a été en partie provoqué par l'angoisse des Américains du déclin de leur pays et de l'émergence de la Chine. Mon récit n'aurait blessé personne s'il s'était appelé »L'Hymne de bataille de la mère roumaine* », analyse rétrospectivement Amy Chua, qui tient au passage à rétablir quelques vérités : « Dans ce livre, je décris mes pires moments en tant que mère mais je ne suis certainement pas une maman cruelle. D'ailleurs, mes filles me voient comme quelqu'un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père ! » Son humour, qui transparaît à chaque page, a en tout cas échappé à bien des lecteurs. Mais au-delà de la dérision, Amy Chua reste une mère sévère et fière de l'être. Une revendication qui semble aujourd'hui presque incongrue. Dans la bouche d'une « mère Tigre » comme dans celle d'une maman lambda.

« Les autres parents trouvent parfois que je suis dure ou anachronique. Mais il n'y a pas de secret, estime Cécile, une quadragénaire mère de quatre enfants âgés de 3 à 12 ans, tous les premiers de la classe, dans le privé ou dans le public, suivent des règles strictes à la maison. » Pas de télé, pas de console de jeux, lecture obligatoire, deux heures de devoirs par jour pour les plus grands et visite de musée deux fois par mois : c'est le programme éducatif qui fait fréquemment passer cette Parisienne, chargée de clientèle, pour une « extraterrestre ». « C'est désagréable de faire respecter des règles car on a le mauvais rôle, mais je sais que mes enfants seront contents plus tard, dit-elle. De plus, ces principes ne m'empêchent pas de tout faire pour qu'ils soient épanouis et de prôner une approche ludique de la culture », souligne Cécile.

Valérie, une jeune maman qui n'hésite pas à priver son fils de 10 ans de sorties avec les amis ou de distractions après une désobéissance, se heurte aussi à l'incompréhension des autres parents. « J'ose à peine dire qu'il ne peut pas aller à un anniversaire parce qu'il est puni. On me regarde de travers », glisse la jeune femme.

Le succès du livre d'Amy Chua est-il une réaction à des années de laxisme ? s'est interrogé le magazine du New York Times. « J'ai reçu des centaines de gentils mails écrits par des parents qui se sont risqués à un peu plus de fermeté avec leurs enfants après avoir lu mon livre. Ils étaient apparemment surpris des bons résultats obtenus. J'ai aussi reçu de nombreux témoignages de gens séduits par l'idée qu'il fallait parier sur la force de ses enfants plutôt que sur leur faiblesse », répond l'auteur.

Agnès Leclair

L'Hymne de bataille de la mère Tigre, Amy Chua, Gallimard.

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«Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif»

Le Temps - Finance, lundi 7 novembre 2011

Le fonds Natixis euro souverain est investi sur les obligations souveraines de la zone euro sur un horizon de placement de trois ans minimum. Retour sur l'actualité récente de la crise de la dette souveraine avec son gérant, Olivier de Larouzière.

Le Temps: La crise de la dette est encore montée d'un cran avec l'annonce d'un référendum en Grèce, une idée ensuite abandonnée?

Olivier de Larouzière: En effet, les marchés sont de plus en plus inquiets avec l'arrivée de ces mauvaises nouvelles. La pression a atteint un paroxysme avec l'annonce surprise du référendum grec. Il s'agit de problèmes de nature politique qui influencent fortement la finance et qui empêchent les investisseurs d'avoir une quelconque visibilité.

- Quelle est votre analyse de la situation de la Grèce?

- Notre position sur la Grèce est claire et marquée depuis la fin 2009 où nous avions estimé qu'il n'y avait pas de risque de défaut sur ce pays à court terme. En revanche, nous étions déjà très méfiants par rapport à la présence d'un risque sur les fondamentaux. Aujourd'hui, nous sommes prudents car la situation devient très négative. Nous restons à l'écart de ce pays qui a besoin de réformes structurelles et de mesures d'austérité. Il s'agit de problèmes à traiter sur le long terme qui ne peuvent être résolus avec des propositions rédigées en urgence et déployées sur du court terme.

- La contagion peut-elle être évitée?

- La proposition de fin juillet sur un programme d'échange des titres grecs pour le secteur privé a créé un précédent dans la zone euro puisque cela constitue bien un défaut organisé sur une dette souveraine. Elle n'a pas abouti et nous restons dans l'attente de ce programme, ce qui créé toujours plus d'incertitude. La contagion a surtout été très forte dans le secteur bancaire depuis cet été. Nous savons que les banques réduisent leur exposition aux pays périphériques mais les marchés réagissent selon leur perception du risque et celle-ci va certainement rester très élevée dans les mois à venir.

- Dans un tel contexte, quels sont vos choix d'investissements?

- Dans notre analyse, nous avons l'habitude de travailler sur chaque pays, de manière individuelle. Nous établissons des anticipations de taux pour chaque Etat en fonction aussi des maturités. Ce point a toute son importance car les problématiques sont différentes, selon que les échéances soient à court terme ou long terme. Dans un climat où la volatilité est très forte, nous préférons naturellement l'Allemagne. Ces emprunts sont des valeurs refuge, pour la liquidité qu'ils offrent et pour leur solidité financière par rapport aux autres pays. La France et les Pays-Bas ont des fondamentaux stables mais offrent moins de rendement par rapport à l'Allemagne. Ces trois pays constituent 49% du portefeuille. Nous les préférons à l'Autriche et à la Belgique, dont les fondamentaux sont moins attractifs et les risques politiques plus élevés. Concernant l'Espagne et l'Italie, la méfiance est de mise et nous maintenons une position neutre. Le jour où Silvio Berlusconi quittera son poste devrait donner un signal positif. Le programme de rachat de la dette grecque avec une valeur fortement décotée des emprunts pourrait représenter une opportunité d'achat. Cependant, au vu des risques de volatilité élevés, nous préférons ne pas entrer sur ce marché et conserver plus de sécurité. Par ailleurs, les marchés obligataires souverains suisse et des pays du Nord offrent des opportunités de diversification limitées en raison de leur taille restreinte.

- Quel est l'intérêt d'acheter des titres obligataires de pays considérés comme sûrs et dont les rendements sont très faibles?

- Dans ce contexte macroéconomique européen, avec une tendance à la baisse sur les taux directeurs et un scénario possible de récession qui se précise, les obligations restent une classe d'actif sattractive. De plus, la courbe des taux est encore historiquement pentue et offre donc du potentiel d'appréciation malgré le fait que les taux longs soient sur des niveaux historiquement bas. D'ailleurs, malgré l'apparition de ces nouveaux risques sur les Etats, la classe d'actifs obligataires souverains a délivré de très bonnes performances ces dernières années en absolu et en relatif.

- Pourquoi ne pas favoriser les emprunts émergents?

- Les pays émergents ont un marché de la dette qui a bien tenu pendant la crise et qui a évité la contagion de la crise de la zone euro. Ils offrent donc un potentiel intéressant pour les investisseurs, à condition d'être sélectif avec les pays. En outre, les dettes obligataires restent encore peu développées dans ces régions émergentes en comparaison avec l'Europe. Si le Brésil offre un vrai marché de la dette, des pays comme la Chine et l'Inde en sont encore dépourvus. Il faut encore attendre quelques années.

Olivier de Larouzière, Gérant du fonds Natixis euro souverain.

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jeudi 3 novembre 2011

ANALYSE - Les nouveaux économistes de garde - Bertrand Rothé


Marianne, no. 756 - Idées, samedi 15 octobre 2011, p. 90

Pourquoi les économistes médiatiques défendent-ils avec tant d'acharnement un système en faillite ? Parce que certains d'entre eux sont payés par... les banques. Enquête et révélations sur les liens entre le monde de la finance et ses experts.

La crise fait rage, mais le débat n'avance pas. La seule solution qui émerge : se serrer la ceinture pour payer les banques. Mais n'est-ce pas la définition même de la crise : «Quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître» ? Sauf que cette fois la formule d'Antonio Gramsci ne fonctionne pas : les économistes hétérodoxes, les Lordon, Sapir, Gréau... ont des solutions. Le vrai problème : ils ne sont pas entendus. Est-ce surprenant ? La finance contrôle le débat économique.

Mystifications

Qui nous a informés sur la crise cet été ? Essentiellement des banquiers. En août, 10 articles du Monde traitent du fond du problème dans les pages «Débat». Sur 22 experts interrogés, 16 sont des individus liés aux institutions financières : 76,6 % ! Beaucoup tout de même, pour des banquiers responsables de la crise. Le Monde n'est pourtant pas le seul. Le 11 août, le Nouvel Obs titre sur : «Les incendiaires. Comment ils nous ont plongés dans la crise». Là encore les banquiers ne sont pas les incendiaires, mais les experts ! Anton Brender, autrefois réputé de gauche, directeur des études économiques de Dexia Asset Management, dispose de deux pages pour clamer que «ce ne sont pas les marchés qui sont en cause mais l'impuissance politique». Géniale novlangue : les marchés ne spéculent pas contre l'euro, les banques si. Mais comment un économiste pourrait-il cracher dans la main qui le nourrit ?

Pourquoi les journalistes sont-ils si prompts à gober pareilles mystifications ? Leur réponse est invariable : «On n'a pas le temps.» Et c'est le génie des banques de l'avoir compris, comme l'explique une journaliste de l'Expansion : «Les banquiers savent répondre vite, ils sont payés pour ça. Ce qui n'est pas le cas des universitaires, qui réfléchissent, et dont les nuances sont difficiles à retranscrire.» Et, c'est vrai, la pression est importante. Au Monde, une journaliste économique a signé 29 articles au mois d'août, soit plus d'un par jour travaillé, une autre en a signé 18, et ce n'est pas le journal le plus mal doté.

L'économiste Jacques Sapir pense différemment. Il distingue les journaux grand public, chargés de faire la pédagogie du libéralisme, et les médias économiques pour lesquels l'information a une vraie valeur marchande et qui, paradoxalement, sont plus ouverts : en pleine crise, les Echos ont ainsi édité un supplément très intéressant sur le «bon» capitalisme. On peut se poser la question. Le journaliste François Ruffin (du journal Fakir) remarque que le Monde a certaines audaces. Il se demande : «L'inflation peut-elle résorber les dettes publiques ?» Mais la réponse est digne de la Pravda : ce sont six experts qui condamnent dans ces pages l'inflation, sans même un autre son de cloche.

Le système peut être un peu plus complexe. Le 12 août, en pleine déroute financière, l'Autorité des marchés financiers interdit la vente à découvert pendant quinze jours, pour vérifier si la décision réduit la volatilité des marchés. A mi-parcours le Monde enquête. Verdict publié le 20 août : «La suspension des ventes à découvert ne permet pas d'éviter de lourdes chutes en Bourse.» Cette fois-ci, c'est du sérieux, seul un banquier juge que l'«on ne peut pas arrêter tous les bandits». Chapeau ! Le journal a interrogé deux professeurs de l'Edhec, une des plus célèbres écoles de gestion françaises. Interdire les ventes à découvert est «au mieux démagogique, au pis dangereux». La messe est dite. Sauf que l'on découvre, moyennant deux clics sur Google, que le laboratoire de ces deux spécialistes est financé par la banque Rothschild. Et là, de clic en clic, on apprend que le même labo vend de la formation aux professionnels... Deux mille euros pour deux jours et par participant, logement non compris. Excusez du peu. Si vous avez 10 élèves... A ce prix-là, mieux vaut éviter de se fâcher avec ses clients. Les ventes à découvert sont très rémunératrices pour les institutions financières. On reste sur la Toile et l'on découvre que l'un des experts est aussi le patron de l'Edhec, Noël Amenc, pour lequel «le débat entre marché et science n'a pas lieu d'être dans une grande école de commerce !» Circulez, pas de débat.

Compromission

Reste la télévision et la radio... Là, pas d'experts inconnus, pas d'obscurs économistes, seules les stars sont invitées, comme l'économiste Elie Cohen, que les chaînes se disputent, lui qui, en juin, nous expliquait que la crise était derrière nous. En dehors de ce genre de fantaisiste, pour avoir accès à ces médias, les banques prennent comme consultants des professeurs d'écoles prestigieuses : Ulm, Sciences-Po Paris, Dauphine et Polytechnique. Difficile de résister. Même les plus grands ont accepté cette compromission. Michel Aglietta, par exemple, conseille Groupama Asset Management. Lequel précise à la fin de ses livres qu'il est rémunéré par cette institution. Tout le monde ne le fait pas. Daniel Cohen, par exemple, signale très rarement qu'il travaille pour la banque Lazard. Il préfère rappeler qu'il forme les futurs Jean-Paul Sartre de la Rue d'Ulm, réservant son engagement chez Lazard aux lecteurs de Challenge.

Pour l'ordinaire, les institutions financières embauchent des seconds rôles. Anton Brender s'est retrouvé directeur des études économiques de Dexia, Jean-Paul Betbèze officie au Crédit lyonnais puis au Crédit agricole. En choisissant de passer du côté obscur de la force, nos hommes sont moins demandés par les grands médias, mais ils vont pouvoir porter la bonne parole parmi les importants. Jean-Luc Gréau, qui a oeuvré pour le Medef, rappelle que le débat économique sert aussi à prendre des décisions politiques. Et, là aussi, les banquiers ont souhaité être présents. Sur les trois économistes qui siègent au prestigieux club des «élites», Le Siècle, deux, Christian de Boissieu et Daniel Cohen, sont liés à des banques et siègent au Conseil d'analyse économique (CAE).

Gourmandise

Ce Conseil d'analyse économique, créé par Lionel Jospin, est aussi une citadelle imprenable de la planète Finance. L'enjeu est de taille. Le CAE conseille le Premier ministre. La finance monopolise cet accès à l'oreille du gouvernement. Sur les 28 membres, 19 sont directement ou indirectement liés à la finance. La Société générale, le Crédit agricole, HSBC et Natixis sont ainsi représentés directement par leurs subordonnés. On découvre à la lecture des CV des membres que l'on peut être professeur à Dauphine et conseiller du directoire de La Compagnie financière Rothschild comme Jean-Hervé Lorenzi.

Les jeunes ne sont pas en reste. Augustin Landier enseigne à la Toulouse School Of Economics, mais a aussi créé un hedge fund. A une journaliste qui lui demandait si on avait raison de penser que les fonds spéculatifs avait fomenté cette crise, il rétorque : «Non... Au contraire, en corrigeant les excès des marchés, ils contribuent à les assainir. Mais c'est vrai qu'en étant obligés de liquider leurs positions [...] ils ont amplifié la spirale baissière. Ce sont les victimes collatérales de la crise du crédit.» Il fallait oser présenter les fonds spéculatifs comme des victimes de la crise !

Le président du Conseil d'analyse économique a aussi ses pudeurs, et on le comprend, notre homme est gourmand, il ne mange pas à un seul râtelier. Le CV de Christian de Boissieu, qui affiche ses titres universitaires, ferait pâlir de jalousie n'importe quel colonel de retour d'Afghanistan : économiste de l'année, «lauréat» à deux reprises, puis des titres en anglais non traduits. Total respect... Mais notre président oublie de préciser qu'il conseille un hedge fund, et aussi le Crédit agricole, excusez du peu, qu'il siège au conseil de surveillance d'une banque privée, une paille, et la liste est encore plus longue.

Quand on interroge les membres de cette institution sur les dérives que peut générer ce quasi-monopole de la finance dans le CAE, la réponse fuse : «On est libres, Patrick Arthus propose par exemple d'augmenter les salaires depuis longtemps.» L'institution accepte un ou deux trublions à condition qu'ils ne mettent rien en cause d'essentiel. Au CAE, c'est la fonction de Patrick Arthus. L'homme est sans danger. Il a de nombreux fils à la patte. Le directeur des études de la banque Natixis est aussi au conseil d'administration de Total, généreusement payé 55 000 € par an pour sept réunions et ne se précipitera pas pour inviter à la révolution, ni pour augmenter la fiscalité du CAC 40. Triste constat : les banques sont les premiers employeurs d'économistes. Les débouchés pour les économistes sont en effet très réduits. Traditionnellement, l'enseignement arrivait en tête et il existe quelques postes dans la fonction publique. Aujourd'hui les banques ont énormément augmenté leurs effectifs : dans les salles de marché, les risques pays, les services marketing... Il est fréquent de passer du public au privé. Les conditions de travail sont meilleures, les salaires aussi, entre 4 000 € par mois pour un économiste confirmé et 15 000 e pour une star, bien plus qu'un agrégé d'économie en fin de carrière. Et voilà nos économistes dans le toboggan.

Evidemment, quand ils passent au privé, ils se jurent bien de ne pas changer. Sauf que Philippe Labarde, dans la longue et belle carrière qui l'a mené du service économique du Monde à France Inter, se souvient d'évolutions : «Quand celui-là travaillait dans un organisme public, il n'avait pas le même discours que depuis qu'il dirige le service d'une grande banque.» Evidemment, personne n'a envie de revenir en arrière. Le paradoxe de cette histoire, c'est que les économistes ont inventé un terme pour expliquer ce piège. Joseph Stiglitz appelle cela «le salaire d'efficience». Sa description est relativement simple. Comment s'assurer de la fidélité de ses salariés ? Il suffit de les payer un peu au-dessus du marché et, par peur de perdre ce petit avantage, ils fourniront un maximum d'efforts et se comporteront en économistes «de garde», pour reprendre l'expression popularisée par Serge Halimi, le directeur du Monde diplomatique.

Comme d'habitude, luxe de précautions, il est évidemment interdit de dire du mal de son employeur, voire des clients de son employeur, Etats ou autres. Le chemin est étroit. Antoine Brunet, un ancien de chez HSBC, nous affirme avoir signé une clause qui lui interdisait de publier des livres sans autorisation. Il existe des cas de licenciements. Un économiste que nous avons rencontré nous a expliqué sa situation : sa banque s'est séparée de lui parce qu'il avait dit du mal de la Chine. Comme il a négocié son départ, il refuse que l'on cite son nom. B.R.

Je tiens à remercier Antoine Brunet ancien économiste d'HSBC, Google, Philippe Labarde, ancien membre du CSA, Frédéric Lordon, du CNRS, François Ruffin, de Fakir, Jacques Sapir de l'Ehess, Jean-Luc Gréau, et ceux qui ont accepté de me parler à condition que je ne les cite pas pour «continuer à être invité dans les colloques», voire intégrer un jour une banque. Sans eux, je n'aurais pas pu écrire cet article.

Bertrand Rothé, Co-auteur, avec Gérard Mordillat, d'«Il n'y a pas d'alternative» (Seuil).

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