samedi 26 décembre 2009
jeudi 24 décembre 2009
ANALYSE - Chine-Europe, les raisons de l'incompréhension - Stéphane Grumbach
Le Monde - Dialogues, jeudi, 24 décembre 2009, p. 23A trop vouloir influencer les Chinois, les Européens oublient ce qu'ils peuvent en apprendre.
La France manifeste à juste titre sa fierté d'avoir été la première nation occidentale à établir des relations diplomatiques avec la Chine. Cette décision relevait d'une vision à long terme de la politique internationale. Pour le général de Gaulle, c'était l'évidence et la raison. Dans la conférence de presse qu'il prononça en janvier 1964, et qui mérite d'être relue, il évoque l'histoire et la taille de la Chine, son rôle géopolitique en Asie ainsi que la dimension de son avenir, et il émet le souhait que « la France reconnaisse simplement le monde tel qu'il est ».
Depuis près d'un demi-siècle, nos relations diplomatiques ont connu un certain nombre d'aléas. L'image de la Chine dans l'opinion publique a également fortement oscillé entre fascination et rejet, avec un mouvement accéléré ces dernières années, focalisée en particulier sur le Tibet, les Jeux olympiques, les exportations massives ou la propriété intellectuelle, pour ne citer que quelques exemples.
La France déploie aujourd'hui des efforts très importants pour essayer de renforcer ses relations avec la Chine et peser dans ses orientations. Cette politique d'influence repose en particulier sur la formation des élites. Les étudiants chinois sont nombreux dans les universités françaises comme dans les grandes écoles. Des programmes spéciaux ont été développés pour les accueillir en classes préparatoires. Certaines institutions, comme l'Ecole centrale, ont même ouvert des branches en Chine.
Toutefois, pour certains analystes, la relation avec la Chine déçoit les attentes européennes. Un récent rapport du Conseil européen pour les relations étrangères, rédigé par John Fox et François Godement, dresse un constat alarmant des relations entre l'Union européenne et la Chine, qui montre que « la stratégie Chine de l'Union européenne est basée sur la croyance anachronique que la Chine, sous l'influence de l'engagement européen, libéralisera son économie, améliorera l'Etat de droit, et démocratisera sa politique ». Le rapport montre que la Chine a accordé peu d'importance aux valeurs européennes et que l'Union a ignoré la force économique et politique de la Chine et sa détermination à résister aux influences étrangères.
De Gaulle notait déjà, dans sa conférence de presse de janvier 1964, l'attitude indépendante de la Chine dans le contexte de la rupture avec l'URSS. La mémoire des humiliations subies lors de la confrontation avec les nations occidentales au XIXe siècle est loin d'être dissipée. A la fin de l'Empire, l'étendue des valeurs et savoirs qu'il convenait d'adopter de l'étranger suscitait un vif débat. La maîtrise des technologies des puissances occidentales fut un des défis du début du XXe siècle. Pour la Chine contemporaine, le développement scientifique et la pleine intégration aux forums mondiaux dans tous les domaines est l'une des toutes premières priorités.
L'attitude des Européens s'inscrit dans une longue tradition prosélyte, qui dans l'époque contemporaine a bien plus cherché à influencer l'autre, qu'à le comprendre. Pour la France, il est plus immédiat de développer l'enseignement du français à l'étranger, que de renforcer l'apprentissage de la langue chinoise en France, encore souvent perçue comme une langue rare. La couverture médiatique sur la Chine présente souvent un biais qui contribue à renforcer des certitudes parfois bien éloignées de la réalité.
En 1978, le gouvernement de Deng Xiaoping lance le programme des « quatre modernisations » pour reconstruire le pays, dont le système académique a été à peu près réduit à néant par la Révolution culturelle. Son génie sera de signer dès son arrivée au pouvoir des accords de coopération avec l'ensemble des grandes puissances scientifiques et d'envoyer par milliers, dizaines de milliers, puis centaines de milliers, les meilleurs étudiants du pays à l'étranger. Un effort coûteux et, dans un premier temps, peu productif, puisque la majorité de ces élus resteront à l'étranger. Mais les objectifs de la Chine ne sont pas de court terme.
Tournant résolument le dos à la Révolution culturelle, la Chine a extraordinairement investi dans le développement du savoir et de la connaissance. L'éducation est la première valeur de la société contemporaine chinoise. Avec aux commandes des centaines de milliers de responsables formés à l'étranger, son expertise internationale est désormais importante.
Ces dernières années, la Chine a encore intensifié sa capacité de maîtriser son interaction avec le monde. Les programmes de bourses à l'étranger ont repris. Elle accueille sur son territoire de nombreuses formations étrangères, pour lesquelles les universités de nombreux pays rivalisent. Le nombre d'étudiants entrant à l'université a crû très fortement, avoisinant aujourd'hui la somme de leurs homologues des Etats-Unis et de l'Europe réunis.
La partie n'est pas facile pour les Européens qui n'ont pas su anticiper les changements du monde. L'ignorance est une des causes essentielles des difficultés avec la Chine. Une rencontre bilatérale met souvent face à face des Chinois qui connaissent parfaitement un pays européen et sa langue pour y avoir étudié et parfois travaillé, et des Européens ayant des connaissances générales sur la Chine. Ce décalage est d'autant plus dommageable que la Chine est un pays peu transparent et difficile à appréhender pour un étranger.
Dans le domaine scientifique, les Chinois ont une connaissance du monde scientifique européen qui est aussi précise que la nôtre est parcellaire. Les programmes européens sont ouverts aux Chinois, qui bénéficient même du soutien financier de la Commission européenne et ont un niveau de participation égal à celui des Etats-Unis. Les Européens, quant à eux, ne participent pas aux programmes chinois.
La part de la recherche mondiale qui se fait en Chine augmente extrêmement rapidement, poussée par la puissance publique et les entreprises chinoises émergentes - la Chine a dépassé le Japon pour les dépenses de recherche et développement (R & D) -, mais également par les entreprises transnationales qui augmentent leur capacité de R & D à Pékin ou à Shanghaï. La Chine développe certains des concepts qui domineront les usages, les normes et les techniques de demain. Sa puissance lui permettra de les imposer au monde.
Certes, une conscience se développe, l'enseignement du chinois se renforce, de nombreux jeunes Européens s'installent en Chine, les entreprises intègrent leur R & D dans le tissu chinois, les instituts de recherche approfondissent leurs interactions, mais le sentiment domine encore que c'est aux Chinois d'apprendre et pas à nous d'appréhender le monde tel qu'il est.
Stéphane Grumbach, directeur du laboratoire franco-chinois d'informatique Liama, ancien conseiller scientifique auprès de l'ambassade de France en Chine
PHOTO - European Commission President Jose Manuel Barroso attends the closing ceremony of the EU-China business summit in Nanjing, Jiangsu province, November 30, 2009.© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.
La chaussure, pomme de discorde entre la Chine et l'Europe - Arnaud Rodier
Le Figaro, no. 20342 - Le Figaro Économie, jeudi, 24 décembre 2009, p. 19Il s'en est fallu d'une voix seulement. Mardi, quinze pays européens sur vingt-sept ont voté la prolongation pour quinze mois des taxes antidumping qui avaient été imposées pour deux ans, en octobre 2006, sur les chaussures à dessus de cuir importées de la Chine et du Vietnam. Ces taxes, de 10 % pour les produits vietnamiens et de 9,7 % à 16,5 % pour les produits chinois, ne vont pas changer la face du commerce entre l'Europe et l'Asie. Mais elles ont piqué Pékin au vif. La Chine a donc immédiatement répliqué hier en décidant d'imposer des suppléments de droits douaniers de 16,8 % à 24,6 % sur certains types d'aciers européens, visant notamment les attaches, les vis et les boulons.
Premiers producteurs mondiaux d'acier, les Chinois, eux-mêmes soupçonnés de dumping par leurs concurrents, ne manquent pas de souffle. Ils accusent l'Europe de pratiquer un protectionnisme qui « nuit à la confiance mutuelle » et va « conduire à des pertes pour les deux parties ». Ils veulent également porter l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Profiter de la division
Beaucoup de bruit pour des chaussures, dira-t-on. Surtout que cette industrie, contrairement au Vietnam où elle fait travailler 650 000 personnes, n'est pas vitale pour la Chine. Mais ces chaussures sont doublement symboliques. D'une part, elles mettent une fois de plus en lumière les nombreux coups de canif que Pékin porte aux règles des échanges internationaux depuis son adhésion à l'OMC en 2001. Mais elles soulignent d'autre part des divisions au sein de l'Europe dont la Chine entend bien profiter.
Si quelques pays, comme l'Italie, ont toujours une industrie de la chaussure bien à eux, d'autres, à l'image de la Grande-Bretagne, ont définitivement tourné la page. Timberland, Adidas, Puma, et bien d'autres producteurs européens fabriquent désormais leurs chaussures en Asie. Du coup, ce sont les consommateurs qui paient les taxes, ironise Pékin.
© 2009 Le Figaro. Tous droits réservés.
François Fillon a scellé la fin de la brouille avec Pékin - Bruno Philip
Le Monde - International, jeudi, 24 décembre 2009, p. 6En visite en Chine, le premier ministre français a évité d'évoquer les droits de l'homme.
Remettre la relation franco-chinoise sur les rails : en dépit d'un volet économique important, la visite à Pékin que vient d'achever François Fillon, mardi 22 décembre, était avant tout politique. Il s'agissait de tourner pour de bon la page des mois de brouille diplomatique provoquée, en 2008, par les pressions exercées par Nicolas Sarkozy à propos du Tibet et sa rencontre impromptue avec le dalaï-lama, la bête noire du régime.
A l'issue de deux jours d'une visite marathon durant laquelle il a enchaîné les rencontres avec les plus hauts responsables de la République populaire - le président Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao, le président de l'Assemblée nationale populaire Wu Bangguo -, le chef du gouvernement français peut s'estimer satisfait.
Dans son entourage, on souligne que les échanges avec ses interlocuteurs ont été des plus cordiaux, le premier ministre Wen allant même, en préambule de l'entretien élargi qu'il a eu lundi avec la délégation française, jusqu'à déclarer à M. Fillon : « Bien que ce soit la première fois que je vous rencontre, j'ai l'impression que nous sommes déjà amis. »
Nul doute que pour les Chinois, la personnalité de ce dernier « passe » mieux que celle de M. Sarkozy, dont le caractère imprévisible, prompt à la familiarité, lui a valu la méfiance durable des maîtres de la Chine. La visite de M. Fillon a tout de même été l'occasion d'annoncer que le président français se rendra au printemps en Chine à l'inauguration de l'exposition universelle de Shanghaï.
De son côté, François Fillon a adopté un langage et une attitude consistant à soigneusement éviter de froisser ses hôtes, et à glisser sur les sujets qui fâchent. Durant un échange avec des étudiants en aéronautique de l'université de Beihang, qui héberge la branche pékinoise de l'Ecole centrale française, le premier ministre a parlé de « malentendus » à propos du Tibet, estimant que la portée de cet épisode a été « exagérée ».
Réévaluer le yuan
Plus de 6 milliards d'euros de contrats ont été signés durant cette visite, notamment entre le groupe Safran (CFM) et la Commercial Aircraft Corporation of Fina (Comac) pour la fourniture au nouvel avion chinois C919, concurrent direct de l'Airbus A 320, des « nacelles moteurs » (3,5 milliards d'euros).
Autre avancée, l'ouverture d'une ligne de crédit de 1,7 milliard d'euros pour financer le projet des deux centrales nucléaires EPR dans la province du Guangdong.
« On dit que je suis venu faire du business », a ironisé François Fillon durant sa conférence de presse, mais une telle visite, « c'est de l'emploi pour les travailleurs français », a-t-il souligné.
Alors que le régime chinois est sous pression internationale à propos de la sous-évaluation du yuan, M. Fillon a préféré s'en prendre aux Américains pour adresser un message indirect à Pékin.
Sans doute le premier ministre, qui a révélé que son fils de 8 ans étudie le chinois, a-t-il lu L'Art de la guerre, de Sun Tzu, un manuel de stratégie écrit au VIe siècle avant J.-C., qui conseille aux militaires de savoir parfois renoncer au combat frontal pour lui préférer l'intelligence et la dissimulation : après avoir remarqué qu'il n'est pas « normal » qu'avec un coût de production identique, un avion fabriqué en Europe coûte plus cher qu'un appareil fabriqué aux Etats-Unis, M. Fillon a ajouté que le système monétaire doit devenir plus « stable », plus « flexible », ce dernier qualificatif visant une Chine inflexible en la matière.
La réconciliation franco-chinoise aura mis sous le boisseau tout débat sur les droits de l'homme, avec une Chine de plus en plus hostile à toute critique à ce sujet.
Si M. Fillon a rappelé que la France est une « très vieille démocratie », et que le « gouvernement chinois doit l'accepter », il a simplement remarqué que Paris « soutenait » les protestations de l'Union européenne alors que le procès du plus célèbre dissident chinois, Liu Xiaobo, commençait mercredi. Cet écrivain et professeur risque quinze ans de prison pour avoir appelé à une transition démocratique en Chine.
© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.
La Chine s'attaque à la colossale réforme de son système de retraite - Yann Rousseau
Les Echos, no. 20580 - International, jeudi, 24 décembre 2009, p. 6Inquiet du vieillissement rapide de sa population, le gouvernement tente de mettre en place un système plus juste et plus vaste. Les travailleurs migrants pourront dorénavant transférer leurs droits d'une région à l'autre.
Si la Chine va atteindre, sur l'ensemble de 2009, une croissance supérieure à 8 % (voir ci-dessus), elle commence publiquement à reconnaître que cette impressionnante statistique cache mal les graves déséquilibres qui pèsent sur la qualité de son développement, et notamment la trop grande timidité de ses consommateurs locaux, pétrifiés par l'absence de système de protection sociale. Hier, le gouvernement a indiqué qu'après avoir tenté, il y a quelques mois, d'amorcer une réforme de la Sécurité sociale, il allait encourager la constitution d'un système de retraite plus juste pour accompagner le rapide vieillissement de sa population.
Dangereuses projections
Actuellement, la Chine compte 6 actifs pour chaque retraité mais ce ratio devrait, du fait de l'application depuis 1979 de la politique de l'enfant unique, tomber à 2 travailleurs pour 1 retraité entre 2030 et 2050. Reconnaissant ces dangereuses projections, Pékin cherche à mettre en place un système de retraite capable de couvrir rapidement tous les travailleurs du pays. Les études locales estiment en effet qu'à peine 30 % de la population est actuellement couvert quand la grande majorité des travailleurs doit, elle, dépendre de ses économies ou de la solidarité familiale pour financer ses vieux jours.
Multipliant les annonces, le gouvernement a évoqué cette semaine une réforme d'une loi de 2000 qui empêchait les salariés ayant cotisé pendant moins de quinze ans de toucher une retraite régulière et ne les autorisaient à percevoir qu'une aide sous forme de paiement unique. Désormais, ces retraités pourront continuer de cotiser et toucheront des pensions complètes.
S'ils saluent ce geste qui bénéficiera à près de 10 millions de personnes, les experts pointaient hier l'impact potentiel beaucoup plus considérable du transfert des droits promis par le gouvernement. Faute de système universel, les centaines de millions de travailleurs migrants, ayant quitté leurs campagnes pour trouver un emploi sur les chantiers et dans les usines, doivent, lorsqu'ils ont la chance d'avoir un contrat légal, cotiser au système de retraite de la ville dans laquelle ils travaillent. Mais n'étant pas considérés comme des citoyens à part entière, ils ne peuvent prétendre à récupérer l'intégralité de ces droits lorsqu'ils changent de ville. Ils ne peuvent pour l'instant emporter que le montant correspondant à leurs cotisations mais doivent abandonner la part versée par leurs entreprises. Dorénavant, promet le gouvernement, ils pourront transférer l'intégralité de leurs droits et jouir à terme d'une retraite pleine.
YANN ROUSSEAU
Regain de confiance des économistes pour la croissance chinoise en 2010
Les Echos, no. 20580 - International, jeudi, 24 décembre 2009, p. 6Alors que la production industrielle reprend vivement en Chine, les économistes s'attendent à une croissance supérieure aux prévisions du gouvernement pour l'année prochaine.
Entre plan de soutien, reprise des exportations et augmentation de la consommation interne, la Chine devrait connaître une croissance 2010 supérieure aux 8 % attendus par Pékin, estiment les économistes. Dès octobre 2009, la production industrielle avait accéléré, s'établissant à 16,1 % en rythme annuel. Pour Citic Securities Co., l'un des plus grands brokers chinois, celle-ci pourrait même dépasser 12 % si aucune mesure n'est prise pour freiner la tendance. La plupart des autres économistes estiment aussi que la croissance dépassera la prévision du gouvernement. Ainsi, Calyon attend une croissance de 9 % et le panel interrogé par Bloomberg News attend en moyenne 9,3 %.
Cette croissance robuste devra cependant être accompagnée d'une politique économique et monétaire soigneusement balancée. La Chine se trouve en effet confrontée à la mutation entre une activité entièrement tournée vers l'exportation et une politique de soutien et de développement de la demande interne, en particulier de la demande privée. Dans le même temps, elle se trouve confrontée à une reprise de l'inflation et à une bulle sur les actifs boursiers et immobiliers. Sans oublier la pression de ses partenaires commerciaux pour qu'elle laisse sa monnaie s'apprécier. Le pilotage va donc s'avérer délicat.
Resserrement du crédit attendu
La bulle immobilière et boursière - l'indice de la Bourse de Shanghai a gagné 69 % cette année -a déjà incité les autorités à ralentir la croissance du crédit. La Banque de Chine a aussi annoncé qu'elle voulait surveiller les risques prudentiels des banques chinoises. Car, si celles-ci ont échappé à la crise de 2008, la forte augmentation des crédits en 2009 - leur volume a atteint 9.200 milliards de yuan (environ 1.000 milliards d'euros) sur les onze premiers mois de l'année, soit une croissance supérieure à 30 % en rythme annuel -les a très probablement fragilisées davantage qu'on ne le soupçonne, comme l'a récemment souligné l'agence Fitch. Certes, la banque de Chine est déjà parvenue à freiner la croissance du crédit depuis le mois de juillet. Elle veut encore resserrer le contrôle pour éviter que des crédits ne soient accordés à des industries trop gourmandes en énergie ou polluantes. Mais hier, elle a déclaré qu'elle voulait en outre « gérer la croissance de la masse monétaire et des crédits, et guider les institutions financières afin qu'elles prêtent de manière équilibrée et évitent une excessive volatilité ». Au total, les économistes s'attendent à un resserrement du crédit qui pourrait s'établir autour de 54 points de base, selon le sondage de Bloomberg.
Après avoir fait la sourde oreille pendant toute l'année 2009, le gouvernement chinois pourrait aussi se laisser fléchir par les demandes américaines et européennes et accepter une revalorisation modérée du yuan, estime Calyon. Cela permettrait en effet au pays de mieux gérer les entrées de capitaux étrangers, très fortes en raison des performances de l'économie chinoise, qui créent de fortes pressions inflationnistes importées.
MARIE-LAURE CITTANOVA
PHOTO - ZHENGZHOU, CHINA - DECEMBER 22: Workers celebrate the compeletion of the first tunnel across the Yellow River on December 22, 2009 in Zhengzhou, China. The tunnel's completion marks a breakthrough in the central line of China's gigantic South-north Water Diversion Project.
La Chine lancée dans une politique d'acquisitions stratégiques
Les Echos, no. 20580 - Industrie, jeudi, 24 décembre 2009, p. 15Pour regagner du terrain sur les marques occidentales et japonaises qui dominent le marché chinois, les constructeurs du pays parient sur la prise de contrôle de technologies étrangères. Les autorités centrales surveillent le mouvement.
Depuis l'éclatement de la crise économique et la chute des résultats des grands constructeurs occidentaux et japonais, pas un trimestre ne s'est écoulé sans l'annonce d'une tentative d'acquisition d'actifs étrangers par un groupe chinois. Hier, après plusieurs mois de négociations, Geely a annoncé qu'il était sur le point de conclure le rachat du suédois Volvo Cars, dépassant les opérations précédentes. Dans la même journée, le groupe public Beijing Automotive Industry Holding Corp. (BAIC), qui ne produit pour l'instant que des modèles de marque étrangère en coentreprise, a expliqué qu'il comptait s'appuyer sur sa récente acquisition de certains actifs de Saab pour lancer sa propre gamme.
« Nous assistons à une tendance lourde de politique d'acquisitions par les constructeurs chinois, publics comme privés. C'est un phénomène qui devrait durer », explique Charles-Edouard Bouée, le président Asie du cabinet de conseil en stratégie Roland Berger. « Ces opérations correspondent aux mouvements de plaques tectoniques qui recouvrent plusieurs intérêts industriels, financiers et politiques différents », analyse-t-il.
Sur un marché chinois ultracompétitif et largement dominé par les marques étrangères, des dizaines de constructeurs chinois cherchent à s'imposer comme l'un des acteurs capables de concurrencer les géants occidentaux et asiatiques. Tous espèrent que l'acquisition d'une marque, la prise de contrôle de technologies étrangères et l'intégration d'un management rigoureux permettront d'accélérer leur ascension sur leur marché domestique. « Quelqu'un expliquait récemment que l'achat de la propriété intellectuelle de Saab pourrait raccourcir de quatre ou cinq ans le temps de développement de notre propre marque. Nous sommes plutôt d'accord avec cette analyse », confiait hier Xu Heyi, le président de BAIC.
Plusieurs opérations sabordées
Dans cette stratégie de long terme, la dimension financière du rachat est souvent considérée comme secondaire par les acquéreurs chinois et les mises en garde des analystes contre l'impossibilité de rentabiliser des marques, parfois dépassées en Occident, pèsent peu. « Il est certain que le retour sur investissement n'est pas la première des priorités », confirme Charles-Edouard Bouée, qui rappelle d'ailleurs que le financement des opérations semble toujours aisé. Les collectivités locales, qui contrôlent la plupart des constructeurs du pays et cherchent toutes à transformer leur ville en un « Detroit chinois », savent se montrer généreuses pour soutenir l'ambition de leur marque.
Si les autorités centrales encouragent l'émergence de champions locaux capables de concurrencer les groupes étrangers et semblent se réjouir de voir de l'argent public investi en Europe, pour casser leur dépendance aux placements en dollars, elles n'autorisent pas pour autant toutes les tentatives d'acquisitions. Soucieuses d'éviter des accidents industriels ou de provoquer d'éventuelles campagnes antichinoises à l'étranger provoquées par des projets de restructuration trop rudes, elles ont sabordé ces derniers mois plusieurs opérations.
Rappelant régulièrement la difficile transposition des managements chinois en Europe ou aux Etats-Unis, le gouvernement n'hésite pas à dresser la longue liste des acquisitions d'actifs étrangers ratées par ses sociétés. Beaucoup d'experts doutent ainsi de voir le fabricant de camions malaxeurs de béton Tengzhong obtenir un jour le feu vert pour racheter l'américain Hummer.
YANN ROUSSEAU
Volvo Cars va passer sous pavillon chinois au premier trimestre 2010
Les Echos, no. 20580 - Industrie, jeudi, 24 décembre 2009, p. 15Le chinois Geely Automobile va s'offrir la marque suédoise Volvo, mise en vente par Ford. Il s'agit de la plus grande acquisition effectuée par un constructeur chinois à l'étranger. L'opération, qui sera signée au premier trimestre, permettra à Geely, très peu présent hors de ses frontières, d'effectuer un saut technologique considérable.
Depuis hier, la Chine a pris pied dans le petit monde du haut de gamme automobile mondial. La marque Volvo passera bien aux mains du constructeur chinois Geely Automobile Holdings lors du premier trimestre 2010, a confirmé hier le groupe Ford, qui cherchait un acquéreur depuis un an. Moins de trois mois après avoir désigné la firme de Hangzhou comme son interlocuteur exclusif pour l'achat de sa marque suédoise (sans rapport avec le groupe AB Volvo, fabricant de camions et engins de travaux publics), Ford a souligné hier que tous les sujets de fond avaient fait l'objet d'un accord entre les deux parties, ouvrant la voie à une ratification dans quelques semaines. Le montant de la vente n'a pas été divulgué, mais on évoque un prix d'environ 1,8 milliard de dollars. Soit 3 fois moins que la somme déboursée par Ford en 1999 pour reprendre la firme de Göteborg, qui comptait alors une gamme beaucoup plus restreinte.
Un véritable joyau
Un coup magistral qui va permettre à Geely d'effectuer un saut technologique considérable, comme rarement en font les constructeurs. Geely, qui n'a décroché qu'en 2000 sa licence officielle pour construire des voitures, est quasiment absent de la scène internationale. Il signe là la plus grande acquisition d'un constructeur occidental par un groupe chinois. Le shanghaïen SAIC s'est certes payé les restes de MG Rover, son confrère de Pékin BAIC vient de se ruer sur certaines licences de Saab, et Tengzhong est en passe d'acquérir l'américain Hummer. Mais tout cela n'a rien à voir avec la surface et la valeur intrinsèque de Volvo. Réputée pour sa technologie et ses trouvailles en matière de sécurité active et passive, la firme de Göteborg, qui avait jadis échappé à Renault à l'époque de Louis Schweitzer, reste un véritable joyau, malgré ses pertes récentes liées à la crise du secteur (- 135 millions de dollars au troisième trimestre).
Avec sa gamme de dix modèles principaux, le suédois est solidement implanté aux Etats-Unis et monte en cadence en Chine. Rien à voir avec son compatriote Saab, confiné à deux modèles vieillissants et qui vend 4 fois moins de voitures que lui.
Plusieurs questions de fond restent cependant sans réponse. Pourquoi diable Ford, en moins grande difficulté financière que GM ou Chrysler (il est même sorti du rouge récemment), a-t-il laissé filer sa filiale suédoise et ses précieux brevets, au risque de créer un concurrent redoutable dans quelques années ? Les Chinois n'ont jamais fait mystère de leur volonté d'exporter à moyen terme leurs véhicules. De plus, les véhicules de Ford et de Volvo partagent de nombreux organes et technologies, à commencer par les équipements de sécurité. Pourquoi une marque comme Volvo, qui vaut moins de 2 milliards de dollars, n'a pas intéressé un constructeur occidental comme PSA, qui a bien du mal à s'imposer dans le haut de gamme avec ses Peugeot 607 et Citroën C6 ? Enfin, que vont devenir les actifs industriels de Volvo et ses 20.000 employés ? L'accord d'hier ne le dit pas, même si Geely s'est précédemment engagé à laisser en place les usines, les accords sociaux et les concessionnaires. Volvo compte principalement deux usines en Suède, un site en Belgique et un autre plus récent en Chine.
Pas plus de style qu'une Lada
Face à la passivité de ses homologues européens ou japonais, Li Shufu, le président-fondateur de Geely, doit rire sous cape. D'extraction très modeste, cet ingénieur en mécanique qui s'est intéressé d'abord aux réfrigérateurs et aux motos n'a pas encore réussi à s'imposer dans l'automobile. Davantage connues pour leurs très bas prix (5.000 à 6.000 dollars) que pour leur obscur blason, les Geely n'ont pas plus de style ni d'atouts que les plus ennuyeuses Lada en Russie. Présentes dans les campagnes, elles ont plus de mal à se frayer une place dans les avenues de Pékin ou de Shanghai.
A la manière de l'indien Tata Motors, qui s'est offert simultanément Jaguar et Land Rover (également acquis auprès de Ford), il lui faudra prendre garde à maintenir une « muraille de Chine » entre ses marques Geely et Volvo, au risque de couler définitivement sa perle européenne.
DENIS FAINSILBER
---
La saga Volvo
1925 : Le groupe suédois de roulements à billes SKF décide de se lancer dans la production automobile. « Volvo » (« je roule » en latin), qui était un type de roulement, devient la nouvelle filiale automobile. Le groupe se lancera peu de temps après dans les camions, les bus et les autocars. 1944 : La marque instaure les pare-brises feuilletés et les cages de sécurité pour l'habitacle. 1990 : Premier projet d'alliance entre Renault et Volvo. Le groupe français prévoit d'être majoritaire dans les voitures, et le suédois dans les camions, en reprenant RVI. Les discussions traînent en longueur pendant trois ans, notamment en raison des interrogations gouvernementales françaises sur le changement de statut de Renault. La méfiance s'installe entre les deux groupes. 1993 : Après une levée de boucliers du management et des actionnaires de Volvo, la fusion Renault-Volvo échoue. Le PDG Pehr Gyllenhammar, seul favorable au projet, démissionnne. 1999 : Ford achète la branche automobile de AB Volvo pour 6,4 milliards de dollars. Décembre 2009 : Ford la revend au chinois Geely.
BAIC débourse 200 millions de dollars pour fabriquer des Saab
Les Echos, no. 20580 - Industrie, jeudi, 24 décembre 2009, p. 15Déménagement. Beijing Automotive (BAIC), qui cherche comme Geely à se moderniser en réalisant des achats en Suède, a indiqué hier avoir déboursé 200 millions de dollars pour acquérir certains actifs de Saab, la filiale que GM semble destiner à la fermeture. Ces actifs portant surtout sur les plans des berlines 9-3 et 9-5 permettra à BAIC de lancer en Chine jusqu'à 4 nouveaux modèles et 3 moteurs turbo essence, ainsi que des technologies de boîtes de vitesses. Par ailleurs, le petit néerlandais Spyker a rencontré lundi les représentants du personnel de Saab, pour leur présenter son projet de reprise du constructeur proprement dit et de la marque, déposé samedi auprès de GM. Mais un certains flou persiste sur ses soutiens financiers, certains de ses actionnaires semblant rester à l'écart de l'opération.
DENIS FAINSILBER
Le Vénézuela resserre ses liens avec la Chine
Le Soir - 1E - ECONOMIE, jeudi, 24 décembre 2009, p. 24Caracas et Pékin ont resserré leurs liens avec la signature de 15 accords de coopération mardi soir, dont l'un augmentant de 25 % les exportations de brut vénézuélien vers la Chine.
PHOTO - BEIJING, CHINA - APRIL 9: President of Venezuela Hugo Chavez (R) is greeted by Chinese Vice President Xi Jinping during their meeting in the Diaoyutai State Guesthouse on April 9, 2008 in Beijing, China. Chavez has praised China for their response to the economic downturn. China and Venezuela have jointly invested over USD10 billion in oil and infrastructure projects.
© 2009 © Rossel & Cie S.A. - LE SOIR Bruxelles, 2009
Visite des " temples " de la cuisine hongkongaise - Florence de Changy
Le Monde - Rendez-vous, jeudi, 24 décembre 2009, p. 26Ce fut le dernier service au Lung Moon Restaurant, une institution particulièrement chère au coeur des Hongkongais, cachée derrière une façade carrelée rouge, en plein milieu du quartier grouillant de Wan Chai. Depuis soixante ans, on servait, aux quatre étages de l'établissement, des pattes de coq confites, du canard aux huit trésors et des petits pains au porc rôti à 20 hongkong dollars (HKD) - soit 1,5 euro - qui avaient la réputation dans les années 1950 de satisfaire l'estomac d'un ouvrier à midi.
En apprenant la vente de l'immeuble, pour 40 millions d'euros en juin, la clientèle a réclamé un banquet d'adieu pour saluer l'un de ces endroits mythiques de la ville, inexorablement engloutis par le progrès auquel personne n'envisage ici de s'opposer. Autour de l'une des tables rondes dressées pour l'occasion, trois vieilles dames - fripées comme les dim sum bouillants qu'elles dévorent goulûment - savent qu'il s'agit de leurs derniers raviolis au porc et aux herbes chez Lung Moon. Leur application à la déglutition trahit l'importance du moment... Pourtant, la fermeture du restaurant, que le patron n'exclut pas de ressusciter ailleurs, ne devrait pas entamer le foisonnement continu des restaurants et des gargotes du quartier.
Hongkong compte plus de 100 000 restaurants pour 7 millions d'habitants, contre 77 000 en France. Ils ne ferment pour ainsi dire jamais, sauf au Nouvel An chinois. Facile donc de se laisser happer par les tentations culinaires de la métropole du sud de la Chine, même si des explications sur ce que l'on mange seraient souvent les bienvenues.
Les queues se forment devant les échoppes dès les petites heures du matin. Jus de fruits pressés, thés, brioches, boulettes à la pâte de haricots rouges, laits parfumés, gaufres chaudes, mais surtout " congee ", un genre de risotto coulant assaisonné à la viande hachée, aux oeufs de cent ans ou au foie de porc. Aux alentours de midi, dans les quartiers insulaires de Central, de Wan Chai ou de Causeway Bay, les trottoirs sont à nouveau encombrés de files d'attente devant les cantines les plus populaires. Attendre fait partie du rituel. Dans une ruelle introuvable de Mongkok (sur la rive continentale), la file d'attente un jour de semaine peut atteindre trois heures devant le Tim Ho Wan (PHOTO), où l'on dépense difficilement plus de 5 euros. Le chef est un ancien des cuisines du Lung King Heen, le premier trois-étoiles chinois du monde (Michelin 2009 et 2010).
Pour accéder aux meilleures tables populaires, il est préférable de réserver, quand c'est possible. Il n'y a pas de règles non plus quant à la taille d'un restaurant : de deux tables à même la rue ou collées à la souillarde, jusqu'à des salles en étage qui rappellent les cantines universitaires, comme au Metropol, à Admiralty, où les chariots pleins de paniers en bambou circulent, fumants, entre les tables.
Yung Kee, en plein Central, est du même acabit. On y consomme entre trois cents et quatre cents oies par jour, livrées de nuit de Chine continentale pour servir les quelque 2 400 clients quotidiens. Chez Wing Wah, à l'inverse, le vieil Oncle Wai prépare en petites quantités ses soupes aux nouilles, avec un oeil sur l'artère animée d'Hennessy Road qui défile devant lui, l'autre sur ses cuves bouillantes.
Que sa cuisine ait été mentionnée dans un guide gastronomique français l'indiffère au plus haut point : " Si le patron est content, c'est bien ", affirme-t-il sans abandonner un instant sa tâche. Ici, la woonton noodle soup coûte 37 dollars de Hongkong (HKD, environ 3 euros), un prix jugé élevé sur le marché local, surtout que le bol est petit et que l'on en recommande volontiers. Mais les habitués ne manquent pas dans ce restaurant où, depuis cinquante ans, les pâtes fraîches sont aplanies au rouleau de bambou. La soupe aux nouilles étant à peu près l'équivalent hongkongais du Paris-beurre français, la concurrence est sévère. Sur la rive continentale d'Hongkong, on en trouve à 13 HKD (1,20 euro) dans la rue du Temple, et elles ne sont pas mauvaises. Quand il fait le marché avec ses assistants, Vincent Thierry, premier chef français trois-étoiles du restaurant Caprice, se régale " de pieds de porc braisés au soja ou de poulet à l'ail " dans les gargotes des environs, mais précise qu'il " vaut mieux être avec des locaux pour passer la commande ".
A l'ouest de l'île, dans le vieux quartier de Sheung Wan, où le désordre et la poussière des boutiques de thé ou de médecine traditionnelle vous replongent un siècle en arrière (Hongkong, colonie britannique depuis 1841, a été rétrocédée à la Chine en 1997), on trouve Tim's Kitchen, un deux-étoiles à prix de restoroute. La formule du Serpent est à 98 HKD (environ 9 euros), soupe de serpent, poulet, riz et deux accompagnements. " Dans le temps, il fallait cinq serpents pour que la soupe soit bonne. De nos jours, on n'en met plus qu'un ou deux ", explique le neveu du patron. Le voisin de table, un habitué, nous glisse, d'un air entendu : " Aucune inquiétude sur les serpents, ce n'est pas la Chine ici ! "
Le serpent ne s'impose pas. On conseillera plutôt les pattes de crabe sur une émulsion de blancs d'oeuf, une indéniable réussite, à 15 euros l'assiette, un luxe bien au-dessus du budget alimentaire quotidien d'un Hongkongais.
C'est une autre réalité indéniable de la scène hongkongaise : s'il est facile de se régaler à petits prix, il est encore plus facile de le faire en dépensant une fortune ! Les grandes familles locales et les nouveaux cadors chinois le savent bien. Cela ne les effraie pas de payer 90 euros pour un hamburger à la célèbre Steak House de l'Hôtel Intercontinental, ou plus encore pour un festin de nids d'hirondelle, d'ailerons de requin et d'abalone chez Lung King Heen, au Four Seasons.
Mais, même dans cet établissement de référence, il est toujours possible de commander, pour 7 euros, un riz frit ou une soupe aux nouilles, clin d'oeil peut-être du chef à ses premières années de cuisine, lorsqu'il était à peine adolescent et qu'il travaillait dans des cuisines plus populaires que son actuel trois-étoiles.
PHOTO - Workers prepare dim sum at the Michelin-starred Tim Ho Wan in Hong Kong's Mong Kok November 27, 2009. Michelin, the arbiter of the world's finest cuisine, awarded its coveted stars to several humble Hong Kong eateries which it said offer some of the world's best-value cuisine, although deluxe restaurants remained on top. To match Reuters Life! FOOD-MICHELIN/HONGKONG.
© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.
La fondue chinoise, si suisse - Véronique Zbinden
Le Temps - Temps fort, mercredi, 23 décembre 2009La fondue chinoise est devenue le plat national helvétique pour les Fêtes. Conseils pour déjouer ses pièges. Recettes pour la réenchanter. Et trois propositions de stars du bien-vivre pour singulariser son Réveillon.
A Noël ou le 31 décembre, la fondue crée la bonne humeur... On dirait le slogan d'une vieille publicité pour la fondue au fromage. Sauf qu'ici, c'est de fondue chinoise qu'il s'agit. Année après année, les sondages montrent en effet que le mets préféré des Suisses, pour les Fêtes, c'est la viande cuite dans un bouillon. En cette fin 2009, selon l'Institut Link, 20% des Suisses au moins fourbiront leur caquelon.
Vrai qu'elle a plus d'un argument pour séduire les overstressés que nous sommes. La facilité et le peu d'apprêt qu'elle demande, dans sa version minimaliste du moins. Sa convivialité. Le fait qu'elle replace les hôtes autour de la table et non pas reclus dans le huis clos de leur cuisine. Et puis, la fondue chinoise consacre le triomphe des cuisiniers médiocres puisqu'avec l'aide d'un bon boucher et d'un peu d'astuce, elle place la réussite à la portée de tous. A l'heure de touiller et d'entrechoquer collectivement les fourchettes - une idée qui fait frémir les Asiatiques, peu adeptes de tels échanges de fluides - rappel ethno-culinaire avant de plonger dans le vif de la marmite.
Au XIXe siècle, époque où le service dit à la russe, très individualisé, devient la norme de l'élite, manger dans le même plat est considéré comme rustique, voire plébéien. La vaisselle et les couverts sont synonymes de richesse. «Le succès du caquelon est relativement récent, vers le milieu du XXe siècle, note Isabelle Raboud-Schüle, ethnologue et conservatrice du Musée gruérien. Le réchaud de table utilisé pour chauffer une cassolette de bouillon ou d'huile est entré dans les foyers suisses via la fondue au fromage et sous l'influence de diverses campagnes de pub.» Il faut attendre les années 60-70 et la généralisation du congélateur dans les commerces de détail et les ménages, pour que la fondue chinoise commence à se répandre.
Celle-ci cumule, aux yeux de l'ethnologue, nombre d'attraits: «C'est un mets protéiné, signe de fête ici comme ailleurs, signe fort. Elle correspond aux aspirations modernes des familles. Elle est assez diététique, plus légère que les versions bourguignonne, bordelaise ou vigneronne, conforme aux canons actuels: festive mais pas grasse, abondante mais pas trop. Enfin, elle est facile à décliner en terme de goûts et de prix, à personnaliser et même à régionaliser - bressane avec du poulet, etc.»
En Suisse, la fondue chinoise est réduite à sa plus simple expression, notent les connaisseurs de l'univers asiatique: en gros, le mode de cuisson et l'idée du bouillon. «Nommé huoguo (marmite de feu) ou shuanyangrou (marmite mongole), c'est un plat courant dans les différentes régions de Chine, note le sinologue Gérald Béroud. Avec une infinité de variantes. La marmite peut être une bassine ronde divisée en deux, avec un côté pimenté et l'autre non. On y jette une variété infinie d'ingrédients: agneau, légumes, champignons, crevettes, raviolis, tofu, algues, soja, canard, poulet mariné, filets de poisson, cheveux d'ange, avant de les retirer à l'aide d'une louche percée. Les sauces, d'un grand raffinement n'ont rien à voir avec la mayonnaise. Elles jouent sur les contrastes plus subtils de l'acide, l'amer, l'aigre-doux, l'aigre-piquant.
En hiver, les Japonais s'adonnent eux aussi à l'art de la trempette (littéralement, le sens de l'onomatopée shabushabu). De manière générale, on nomme la fondue nippone mizutaki (de mizu: eau et taku: bouillir); elle est multiple, riche en légumes, se prête à toutes les variations. Tokyoïte de Genève, Hikari a ouvert de grands yeux lorsqu'elle a découvert que les Suisses plongeaient tous ensemble leurs fourchettes à même un pot. «Au Japon, l'étiquette veut que chacun soit servi par la maîtresse de maison, qui pêche les ingrédients, avant de les distribuer. Chacun saisit les morceaux avec ses baguettes.»
Préparer le dashi ou dashinomoto (bouillon à base de poisson). Saler, ajouter les feuilles de konbu (une algue séchée), puis les différents ingrédients sans ordonnance précise, au gré des envies. Par exemple: choux chinois, naganegi (poireau), tofu, vermicelles, cabillaud, tranches fines de porc, boeuf, shiitake, shimeji (pleurote), etc. Proposer trois sauces à choix: 1) soja, daikon, gingembre finement râpés, yuzu, negi (ciboulette) 2) ponzu (vinaigre de yuzu) et soja et 3) goma-tare (sauce sésame): soja, negi, sucre, sésame pilé.
Les grands chefs adorent la fondue chinoise pour une raison supplémentaire. «Avant de fermer pour les Fêtes, c'est une manière festive de vider le frigo», note Carlo Crisci. Chaque année, chez les Crisci, la chinoise familiale est donc un peu différente. La constante? Un vrai bon bouillon bien relevé (ou un reste de pot-au-feu). Les variantes? Canard, chevreuil, cabillaud, crevettes, saint-jacques, tous les légumes de saison imaginables, catalonia, cima di rapa et autres nouillettes chinoises.
Edgard Bovier la prépare sur un mode méditerranéen, avec plein de petites sauces raffinées: huile vierge et tomate confite, tapenade, ravigote (herbettes, oignon, câpres, cornichons, oeuf dur en brunoise), aïoli ou anchoïade, aigre-douce ou curry à la mangue.
Enfin, le plus capital: tous les chefs soulignent unanimes l'importance du produit! Rumsteak ou coeur de rumsteak, pièce ronde ou petit coin, si on veut du boeuf, noix pour le veau, aiguillette de canard. Tous ces morceaux nobles s'achètent chez son boucher de famille, rassis comme il se doit. Et, surtout: frais. Si on veut de la mâche et du goût, ça se coupe au couteau, si si, en tranches de 2 à 3?millimètres suffisamment épaisses pour garder la viande saignante (attention aussi à la cuisson, pas trop vive!).
Le congelé, en grande surface particulièrement, est synonyme de deuxième choix, voire de viande reconstituée (des miettes de ragoût collées au sirop de glucose et au sulfate de calcium, le tout pétri longuement, mis en forme, congelé, tranché fin comme du papier bible).
Enfin, la tendance veut qu'on panache les ingrédients avec tout ce que les convives préfèrent. Un caquelon réservé par exemple à des poissons ou des légumes pour les végétariens. Sans oublier des viandes insolites, exotiques comme le kangourou, l'autruche, le crocodile et Cie.
© 2009 Le Temps SA. Tous droits réservés.
mardi 22 décembre 2009
L'Australie s'inquiète d'une mainmise de la Chine sur ses matières premières
Le Monde - Economie, mercredi, 23 décembre 2009, p. 14Fraîchement arrivés de Chine, les pandas Wang Wang et Funi, dernières recrues du zoo d'Adélaïde, ont un programme chargé. Ils doivent non seulement attirer les touristes mais aussi convaincre les investisseurs chinois de s'intéresser au sous-sol de la région. C'est du moins ce qu'espère Kevin Foley, ministre des finances d'Australie-Méridionale, Etat riche en ressources énergétiques. " Ces beaux pandas seront une grande attraction et un atout pour convaincre les Chinois d'investir dans nos ressources et minéraux ", s'est-il félicité.
La déclaration illustre l'intérêt des Australiens pour les investisseurs chinois. Depuis les années 2000, la croissance du " Lucky country " a été dopée par la demande en ressources énergétiques, en particulier chinoise. Le pays est en passe de détrôner le Japon comme principal partenaire commercial de Canberra. En 2008-2009, les exportations vers la Chine représentaient 34,3 milliards de dollars (24 milliards d'euros), soit 17,1 % des exportations. Le minerai de fer acheté par Pékin a rapporté 22 milliards de dollars.
Mais les relations demeurent tendues. Car si les Australiens sont plus qu'heureux de vendre leurs matières premières, les investissements chinois dans les compagnies minières australiennes - qui représentent encore une infime minorité des placements de capitaux étrangers - inspirent encore la méfiance pour le public.
" C'est le pilier de notre croissance. D'où cette résistance. On a l'impression de vendre les bijoux de famille. Il y a toujours débat au sein du gouvernement sur le rachat de compagnies minières australiennes par des entreprises étatiques étrangères ", explique John Lee, chercheur au Centre d'études indépendantes de Sydney. En juin, la tension a culminé lorsque l'offre de levée de capitaux auprès du géant public de l'aluminium Chinalco a finalement été rejetée par le groupe anglo-australien Rio Tinto. Quelques semaines plus tard, Stern Hu, un responsable de Rio Tinto, était arrêté et emprisonné en Chine pour espionnage industriel.
Si l'" affaire Rio Tinto " a jeté un froid entre Canberra et Pékin, de nouveaux accords ont pourtant été scellés rapidement. " La peur était que Chinalco puisse peser sur la négociation des prix du minerai de fer. Mais depuis, les Chinois ont compris qu'ils ne pouvaient pas s'attaquer à d'aussi grosses compagnies, en tout cas pour le moment. Ils se concentrent donc sur de plus petits producteurs ", commente M. Lee.
Selon sa direction, le FIRB (Foreign Investment Review Board), l'organisme chargé d'approuver les demandes d'investissements étrangers, a reçu 90 propositions d'investissement chinois en un an et demi, pour plus de 26 milliards de dollars. " Je doute que la relation ait été affectée sur le long terme. Avec le rythme de son urbanisation, la Chine a de forts besoins en ressources énergétiques. Elle a besoin de diversifier ses sources ", souligne Frank Tudor, président du Conseil des affaires sino-australien.
Lors de sa visite en Australie fin octobre, le vice-premier ministre chinois, Li Keqiang, a plaidé pour un nouveau type de coopération : " Nous devrions regarder le tableau complet et nous assurer que nos relations bilatérales atteignent un nouveau niveau, de plus grande profondeur. " Pour Peter Drysdale, professeur d'économie à l'université nationale australienne, " c'était une visite très importante, qui a donné l'occasion à l'Australie comme à la Chine de se rassurer l'une l'autre. Et permis de clarifier la confusion des mois précédents ".
Plusieurs opérations ont d'ailleurs obtenu le feu vert de Canberra. Le rachat du mineur de charbon Felix Resources par Yanzhou Coal Mining a été approuvé, en octobre, pour près de 3 milliards de dollars. Le géant chinois Baosteel a été autorisé à racheter 15 % du mineur Aquila. En revanche, le FIRB a rejeté la proposition de China Nonferrous Metal Mining (CNMC), qui souhaitait acquérir plus de 49,9 % du mineur de terres rares Lynas. Un refus probablement motivé par la mainmise de la Chine sur la production mondiale de terres rares. Le FIRB s'est aussi opposé, dans un premier temps, au rachat d'Oz Minerals par la compagnie publique chinoise Minmetals.
Du coup, le FIRB a été critiqué pour son manque de clarté et même soupçonné de discrimination vis-à-vis des Chinois. En septembre, son directeur, Patrick Colmer, a expliqué que Canberra préférait que les investissements d'entreprises publiques étrangères restent limités à 15 % pour les producteurs majeurs. " Cependant, cela reste une approche au cas par cas ", précise M. Tudor. Début décembre, le ministre des finances, Wayne Swane, a promis des règles plus transparentes en 2010. " Un geste attendu par les Australiens comme par les Chinois ", observe M. Lee.
Marie-Morgane Le Moël
© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.
CITATION - L'envolée de Christine Lagarde, ministre de l'Économie
l'Humanité - Monde, mercredi, 23 décembre 2009« Il y a eu 1964 et la reconnaissance de la Chine par le général de Gaulle, puis les retrouvailles entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao. Maintenant, il y a la visite de François Fillon à Pékin. » Envolée de Christine Lagarde, ministre de l'Économie.
© 2009 l'Humanité. Tous droits réservés.
La Chine reconnaît l'indication géographique Cognac
Le Monde - Economie, mercredi, 23 décembre 2009, p. 15Pékin a indiqué, samedi 19 décembre, avoir reconnu l'indication géographique Cognac, ce qui devrait garantir une meilleure protection du spiritueux français vis-à-vis des contrefaçons en Chine, son troisième marché mondial en progression constante. Cette décision, annoncée peu avant la visite du premier ministre français, François Fillon, en Chine (du 20 au 22 décembre), est " la toute première reconnaissance d'une indication géographique étrangère dans le droit chinois ", selon Marie-Lise Molinier, conseillère agricole auprès de l'ambassade de France en Chine. L'indication géographique est une forme de droit de propriété intellectuelle, qui lie la production d'un produit alimentaire à un territoire.
© 2009 SA Le Monde. Tous droits réservés.