Affichage des articles dont le libellé est Chine-USA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chine-USA. Afficher tous les articles

lundi 7 novembre 2011

ANALYSE - La rivalité Chine-Etats-Unis au menu des sommets d'Asie

Le Monde - Géo & Politique, lundi 7 novembre 2011, p. PEH7

12-13 et 14-19 NOVEMBRE |SOMMETS DE L'APEC À HAWAÏ (ÉTATS-UNIS) ET DE L'ASEAN À BALI (INDONÉSIE)

Signe de l'importance stratégique de la zone Pacifique, le président américain Barack Obama se rendra en personne aux deux grands sommets asiatiques qui se tiennent à quelques jours d'intervalle à la mi-novembre. " Le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ", rappelait, en 2009, M. Obama, qui est né à Hawaï et a grandi en Indonésie. A cette proximité personnelle s'ajoute une priorité stratégique pour les Etats-Unis, sur fond de rivalité croissante avec la Chine dans la région.

APEC, Asean : qu'est-ce que c'est ? Dans la région Asie-Pacifique, deux cadres de discussions économico-politiques gagnent en importance. Le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), dont le sommet se tient les 12 et 13 novembre à Honolulu, à Hawaï (Etats-Unis), regroupe 21 pays riverains du Pacifique. L'organisation a vu le jour en 1989 sur la base d'une proposition émise à Séoul, en Corée du Sud, par le premier ministre australien de l'époque, Bob Hawke. Il partait du développement des échanges commerciaux entre les nations de cette vaste zone et de l'avancée de l'intégration économique en Europe et en Amérique du Nord. Douze pays ont contribué à la création du Forum. Il représente 54,1 % du commerce mondial et 40 % de la population de la planète.

L'APEC, cadre non contraignant, travaille à la réduction des tarifs douaniers, à la facilitation des échanges, à la coopération sur la santé et, depuis 2001, à la lutte contre le terrorisme. En 1994, ce forum avait adopté, à l'occasion du sommet organisé à Bogor, en Indonésie, une série d'objectifs pour la suppression des taxes douanières à l'horizon 2010. En 2008, la moyenne de ces taxes avait baissé à 6,6 %, contre 16,9 % en 1989.

Deux ans plus tard, au Japon, les pays membres ont formulé la " vision de Yokohama " en faveur d'une plus grande intégration économique et d'une sécurité accrue, qui passent par la concrétisation du projet de zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Pour y parvenir, plusieurs propositions sont sur la table. Les Etats-Unis comptent sur le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Lancé en 2005 par le sultanat de Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, ce cadre propose la création d'un espace sans taxe douanière. En 2008, les Etats-Unis ont décidé de négocier pour y adhérer. L'Australie, la Malaisie ou encore le Pérou ont suivi, et le PTP intéresse la Chine, la Corée du Sud et les Philippines. Avec retard, à cause de la catastrophe de Fukushima du 11 mars, le Japon a promis d'engager des négociations.

Deuxième cadre de discussions, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) a vu le jour en 1967 à Bangkok (Thaïlande), en pleine guerre froide, avec pour objectifs de favoriser la croissance, d'encourager la coopération et, à l'époque, de lutter contre le communisme.

Réunie à Bali du 14 au 19 novembre, elle compte aujourd'hui dix membres, contre cinq au départ. Le Timor-Oriental pourrait la rejoindre en 2015. L'adhésion de la Birmanie en 1997 a soulevé des questions sur l'importance des valeurs démocratiques au sein de l'organisation. Au final, l'Asean a, en 2003, adopté la déclaration Bali Concord II, dans laquelle les Etats membres affirment l'importance de la démocratie pour la paix et la stabilité.

L'organisation plaide pour une coopération accrue dans les domaines sociaux, environnementaux, culturels ou encore sécuritaires : des points qui apparaissent dans le projet de Communauté de l'Asean que les pays membres souhaitent créer d'ici à 2015. Dans cette optique, l'Asean a signé des accords de libre-échange avec la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Elle dispose d'un siège d'observateur à l'Assemblée générale de l'ONU.

Son développement en a fait un acteur incontournable du dialogue régional. Avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, elle a formé, après la crise asiatique de 1997, l'Accord de libre-échange est-asiatique (Eafta ou Asean + 3), à l'origine de l'initiative de Chiang Maï (Thaïlande) conclue en 2000 pour limiter les risques de crise financière dans la région. A cette Asean + 3 se sont jointes l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande pour donner naissance au Partenariat économique global pour l'Asie de l'Est (Cepea ou Asean + 6).

L'Asean est aussi au coeur du sommet de l'Asie de l'Est, qui réunit 18 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, et qui se veut un forum d'échange sur le commerce, l'environnement et l'énergie. Depuis 2007, il est organisé dans le prolongement du sommet de l'Asean.

Espaces de dialogue ou de rivalité ? Preuve de l'importance grandissante de la région, sur les plans tant économiques que politiques, ces organisations sont aussi devenues, ces dernières années, des lieux de rivalité, principalement entre la Chine et les Etats-Unis.

En 2009, le président Obama avait affirmé la volonté américaine de ne pas être écarté de l'Asie. " Je souhaite que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l'avenir de cette région car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ", avait-il déclaré, témoignant d'une évolution des priorités de Washington, de l'Atlantique vers le Pacifique.

Or, dans cette zone, l'influence américaine se heurte à celle de la Chine, dont le développement rapide de l'outil militaire - avec notamment son projet de construction de porte-avions - s'accompagne de revendications territoriales plus affirmées. Un incident sérieux a opposé le pays au Japon en septembre 2010, au sujet de la souveraineté sur les îles Senkaku, appelées Diaoyu en Chine.

En mer de Chine méridionale, des heurts ont eu lieu cette année avec les marines vietnamienne et philippine autour des îles Spratly et Paracel. La domination de ces archipels inhabités suscite des convoitises, car ils abriteraient de riches réserves halieutiques et d'importants gisements de pétrole et de gaz. Leur contrôle et l'étendue de la zone économique exclusive chinoise suscitent des interrogations dans cette région, importante route maritime et commerciale.

Ces questions reviennent à chaque rencontre de l'APEC ou de l'Asean. En juillet, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des pays de l'Asean, Pékin a accepté de discuter pour calmer les tensions en mer de Chine méridionale. Mais le dossier est loin d'être clos.

L'activisme chinois est une aubaine pour les Etats-Unis, qui en profitent pour conforter les alliances existantes avec les nations de la région, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Ils se sont également rapprochés du Vietnam, avec lequel ils ont organisé des manoeuvres navales...

Quels sont les enjeux des sommets à venir ? Les questions sécuritaires vont occuper une place non négligeable au sommet de l'Asean, auquel se rendra Barack Obama. Sur les questions territoriales, les participants devraient rappeler leur volonté de garantir la libre navigation en mer de Chine méridionale et le respect des règlements internationaux sur la souveraineté. Ils devraient chercher à faire avancer le dialogue Asean-Chine, qui sera lancé au même moment, avec l'appui des Etats-Unis.

La Chine a certes accepté ces pourparlers mais reste réticente. Soumise en interne à la pression des tendances nationalistes, elle pourrait réaffirmer sa volonté de discuter au cas par cas, avec chacun des pays concernés.

L'Asean pourrait accepter d'être présidée par la Birmanie en 2014. Une demande en ce sens a été déposée par le gouvernement birman, issu des élections de 2010, et qui a commencé en octobre à libérer des prisonniers politiques. Il a reçu l'appui de l'opposante Aung San Suu Kyi qui, libérée après sept ans d'assignation à résidence, a accepté un dialogue avec le régime.

Sur le plan économique, l'Asean devrait poursuivre les discussions sur des zones de libre-échange avec ses partenaires au sein de l'Asean + 3 (une option privilégiée par la Chine), et ceux de l'Asean + 6, ce que préférerait le Japon, qui souhaite contrebalancer la puissance chinoise en intégrant l'Inde.

Le sommet de l'APEC devrait quant à lui se concentrer sur le projet de Partenariat trans-Pacifique (PTP), que les Etats-Unis veulent finaliser. Ce projet est considéré comme une avancée potentielle vers la réalisation de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Le président Obama, qui a dit en 2010 vouloir multiplier par cinq les exportations américaines, y voit également un bon moyen de soigner son image sur le plan intérieur, à un an de la présidentielle : la majorité républicaine du Congrès pourrait avoir du mal à s'opposer à ce projet. Un succès de Washington sur le PTP serait également une façon de contrer les rivaux chinois.

Mais au sein de l'APEC, le Partenariat trans-Pacifique en tant que base de départ pour la FTAAP ne fait pas l'unanimité. Pour parvenir à cette vaste zone de libre-échange, d'autres idées sont avancées. L'une d'elles propose de partir du cadre de l'Asean.

Philippe Mesmer

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

LITTÉRATURE - "L'Hymne de bataille de la mère Tigre" Amy Chua

Le Figaro, no. 20921 - Le Figaro, lundi 7 novembre 2011, p. 16

La petite leçon d'éducation à la dure d'une « mère Tigre »

Amy Chua, professeur à Yale, préconise la sévérité avec les enfants. La traduction de son livre sort aujourd'hui en France.

Paru en janvier dernier aux États-Unis et aujourd'hui publié en France, le livre d'Amy Chua sur l'éducation de ses enfants, L'hymne de la bataille de la mère Tigre, a déjà provoqué un tollé des deux côtés de l'Atlantique.

Doté d'un sens aiguisé de la provocation, ce professeur de droit de la prestigieuse université de Yale prône, dans son ouvrage, les principes d'une éducation « à la chinoise » qu'elle a appliqués à ses deux filles, Sophia et Lulu : ne jamais laisser ses enfants participer à une journée de jeux ou dormir chez des amis, exiger les meilleures notes et la première place aux classements, avoir deux ans d'avance en maths, choisir des activités parascolaires élitistes (piano pour l'aînée, violon pour la cadette) et leur consacrer plusieurs heures par jour.

L'universitaire, hantée par la peur de la décadence de sa lignée, s'amuse à bousculer au passage les principes de l'éducation occidentale actuelle. Apprendre n'est pas forcément amusant, martèle l'universitaire, comparer ses enfants entre eux pour les piquer au vif peut être efficace, les traiter de « minables » est justifié s'ils ne font pas d'efforts (en vous offrant une carte d'anniversaire bâclée, par exemple), les complimenter en public est une hérésie... De quoi déclencher une bronca mondiale contre la tiger mother !

« Cette tempête a été en partie provoqué par l'angoisse des Américains du déclin de leur pays et de l'émergence de la Chine. Mon récit n'aurait blessé personne s'il s'était appelé »L'Hymne de bataille de la mère roumaine* », analyse rétrospectivement Amy Chua, qui tient au passage à rétablir quelques vérités : « Dans ce livre, je décris mes pires moments en tant que mère mais je ne suis certainement pas une maman cruelle. D'ailleurs, mes filles me voient comme quelqu'un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père ! » Son humour, qui transparaît à chaque page, a en tout cas échappé à bien des lecteurs. Mais au-delà de la dérision, Amy Chua reste une mère sévère et fière de l'être. Une revendication qui semble aujourd'hui presque incongrue. Dans la bouche d'une « mère Tigre » comme dans celle d'une maman lambda.

« Les autres parents trouvent parfois que je suis dure ou anachronique. Mais il n'y a pas de secret, estime Cécile, une quadragénaire mère de quatre enfants âgés de 3 à 12 ans, tous les premiers de la classe, dans le privé ou dans le public, suivent des règles strictes à la maison. » Pas de télé, pas de console de jeux, lecture obligatoire, deux heures de devoirs par jour pour les plus grands et visite de musée deux fois par mois : c'est le programme éducatif qui fait fréquemment passer cette Parisienne, chargée de clientèle, pour une « extraterrestre ». « C'est désagréable de faire respecter des règles car on a le mauvais rôle, mais je sais que mes enfants seront contents plus tard, dit-elle. De plus, ces principes ne m'empêchent pas de tout faire pour qu'ils soient épanouis et de prôner une approche ludique de la culture », souligne Cécile.

Valérie, une jeune maman qui n'hésite pas à priver son fils de 10 ans de sorties avec les amis ou de distractions après une désobéissance, se heurte aussi à l'incompréhension des autres parents. « J'ose à peine dire qu'il ne peut pas aller à un anniversaire parce qu'il est puni. On me regarde de travers », glisse la jeune femme.

Le succès du livre d'Amy Chua est-il une réaction à des années de laxisme ? s'est interrogé le magazine du New York Times. « J'ai reçu des centaines de gentils mails écrits par des parents qui se sont risqués à un peu plus de fermeté avec leurs enfants après avoir lu mon livre. Ils étaient apparemment surpris des bons résultats obtenus. J'ai aussi reçu de nombreux témoignages de gens séduits par l'idée qu'il fallait parier sur la force de ses enfants plutôt que sur leur faiblesse », répond l'auteur.

Agnès Leclair

L'Hymne de bataille de la mère Tigre, Amy Chua, Gallimard.

© 2011 Le Figaro. Tous droits réservés.

mercredi 2 novembre 2011

Les riches Chinois veulent de plus en plus émigrer

Tribune de Genève - Economie, mercredi 2 novembre 2011, p. 14

Plus de la moitié des millionnaires en francs habitant l'Empire du Milieu veulent quitter leur patrie

Plus de la moitié des Chinois les plus riches projettent d'émigrer, de préférence aux Etats-Unis et au Canada, selon une enquête effectuée par les auteurs d'un rapport qui dresse chaque année la liste des plus grosses fortunes de la deuxième économie mondiale.

Environ 46% des Chinois dont les avoirs dépassent 10 millions de yuans (1,37 million de francs) envisagent ainsi un départ à l'étranger. Et 14% supplémentaires ont déjà entamé des démarches en ce sens, d'après cette enquête réalisée conjointement par Hurun Report et la Bank of China. La société Hurun Report détient des magazines spécialisés dans le luxe et possède un institut de recherche.

Une grande partie des 980 personnes interrogées dans dix-huit villes chinoises ont cité la volonté d'offrir une meilleure éducation à leurs enfants ainsi que la sécurité de leurs biens parmi les raisons les poussant à vouloir quitter la Chine.

Près d'un tiers des personnes interrogées ont déclaré avoir déjà effectué des investissements outremer, dans beaucoup de cas pour faciliter le processus d'émigration. Certains pays comme le Canada et l'Australie offrent des facilités pour obtenir un permis de résidence aux étrangers qui investissent des sommes importantes dans le pays.

L'inflation en Chine, qui érode l'épargne, ainsi que les difficultés pour placer des fonds à l'étranger sont aussi fréquemment citées par les candidats à l'émigration.

Selon la dernière liste publiée par Hurun pour l'année 2011, la Chine compte 271 milliardaires en dollars, contre 189 un an auparavant, tandis que le nombre de Chinois dont la fortune excède 10 millions de yuans a atteint 960 000, en hausse de 9,7% sur un an.

© 2011 Tribune de Genève. Tous droits réservés.

mardi 11 octobre 2011

lundi 10 octobre 2011

Washington remet la pression sur Pékin - Gabriel Grésillon

Les Echos, no. 21034 - International, lundi 10 octobre 2011, p. 8

Les craintes sur les faiblesses de leur économie poussent parlementaires et gouvernement américains à attaquer la Chine pour des pratiques jugées inéquitables.

Après un essai avorté la semaine dernière, c'est finalement demain que le Sénat américain doit voter un texte visant à punir les pays qui maintiennent leur devise sous-évaluée. La croisade est menée par le sénateur de New York, Charles Schummer, qui vise ostensiblement la Chine. « Nous sommes dans une guerre commerciale et on se fait nettoyer tous les jours, et on perd des jobs tous les jours à cause des pratiques inéquitables de la Chine », a-t-il expliqué. Sa proposition de loi a pour objectif de créer des taxes supplémentaires sur les biens importés de pays dont les devises sont mal alignées.

Si Barack Obama n'a pas apporté son soutien au texte, il a en revanche, lors d'une conférence de presse, jeudi dernier, porté une rare attaque frontale contre le deuxième partenaire commercial des Etats-Unis après le Canada. « La Chine a été très agressive en jouant les échanges commerciaux à son avantage et au détriment d'autres pays, particulièrement les Etats-Unis », a déclaré le président. Mitigé sur une législation qui risque d'avoir des difficultés à passer la Chambre des représentants, le président a précisé que sa « préoccupation est que quels que soient les outils que nous mettons en place, il faut qu'ils soient efficaces et cohérents avec nos obligations et les traités internationaux ». Il n'est en effet pas évident que le texte passe, les dirigeants républicains de la chambre y étant opposés, mais cela ne préjuge pas du vote des parlementaires, beaucoup -des Etats industriels en particulier -étant très motivés pour soutenir des rétorsions contre la Chine.

Les tirs nourris contre le premier exportateur mondial s'accentuent avec les craintes d'une nouvelle récession aux Etats-Unis. Ron Kirk, le représentant américain au commerce a demandé officiellement à l'OMC que la Chine dévoile les subventions accordées par l'Etat chinois. Les Américains en ont identifié 200.

Colère de la Chine

La Chine, de son côté, n'a pas manqué de faire part de sa colère. Elle rappelle régulièrement que, depuis 2005, sa monnaie s'est appréciée de 30 % face au dollar. Et tandis que l'excédent commercial chinois a fortement augmenté avec les Etats-Unis au cours des dix dernières années, il tend plutôt à diminuer vis-à-vis du reste du monde, ce que Pékin interprète comme un signe que le cours du yuan est en voie de normalisation.

La banque centrale chinoise a donc invité Washington à la retenue, maniant à la fois l'argumentation et la menace. Elle dresse ainsi son propre diagnostic des causes du déséquilibre commercial entre les deux pays, citant, pêle-mêle, les différences de « structure d'investissement et de commerce, de taux d'épargne et de consommation, de positionnement dans la chaîne industrielle mondiale », mais ne cache pas qu'une telle loi pourrait « perturber la réforme du taux de change en cours ». Une façon de dire qu'il n'y aurait rien de tel pour brusquer Pékin, stopper le mouvement d'appréciation du yuan, « provoquer une guerre commerciale » et avoir des « conséquences négatives sur la reprise économique mondiale ». Au ministère des Affaires étrangères, on a également réagi vivement. Ma Zhaoxu, un porte-parole, a estimé que le texte débattu à Washington « viole sérieusement les règles de l'OMC ».

Virginie Robert à New York et Gabriel Grésillon

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

États-Unis et Chine à l'heure de l'affrontement - Marc Fiorentino

La Tribune (France), no. 4825 - Éditoriaux et opinions, lundi 10 octobre 2011, p. 22

Nous sommes tous tellement concentrés depuis quelques mois, et en particulier ces derniers jours, sur la Grèce et l'Europe que nous n'avons presque pas remarqué un tournant majeur dans les relations géo-économiques mondiales. Barack Obama est confronté à une situation économique tellement désastreuse qu'il n'a plus d'autre choix que de s'attaquer, enfin, à de vrais sujets, des sujets que ces prédécesseurs avaient choisi eux aussi d'étouffer régulièrement.

Il va falloir également, au fur et à mesure qu'on s'approche des élections présidentielles, que le gouvernement américain trouve des coupables. Wall Street bien sûr. C'est une cible simple et qui mérite d'être attaquée. Obama devait mettre Wall Street à genoux, c'est Wall Street qui l'a dompté. Mais les " indignés " américains vont peut-être remettre le sujet sur la table. Après Wall Street, l'autre coupable idéal, c'est la Chine.

Et c'est le grand changement de ces derniers jours. L'administration américaine s'est enfin décidée à s'attaquer au problème de la sous-évaluation chronique de la monnaie chinoise, le yuan. Une sous-évaluation qui a une part majeure de responsabilité dans la crise économique et sociale mondiale que nous vivons à travers les déséquilibres commerciaux et de balances des paiements monstrueux que nous subissons. Personne n'a obligé l'Europe et les États-Unis à déléguer leur production industrielle à la Chine et à surconsommer des produits chinois; mais rien ne se serait produit dans les mêmes conditions si la Chine avait une monnaie évaluée à sa juste valeur et avait respecté les règles du commerce international. Passons. C'est du passé. On ne va pas refaire l'histoire. Mais les Américains pensent qu'on peut agir sur l'avenir.

Est-ce le premier signe de faiblesse de la croissance chinoise qui les a encouragés ou la situation critique de l'emploi aux États-Unis? Probablement une combinaison des deux. Mais l'heure a sonné. On ne tourne plus autour du pot et on ne joue plus avec les mots. Le mot " manipulation " des changes fait son entrée par la grande porte au Congrès américain. Un mot lourd de conséquences car qui dit manipulation des changes dit droits de douane imposés sur les produits chinois. C'est automatique. C'est le Sénat qui a ouvert la brèche et la Chambre des représentants doit décider si elle veut suivre cette voie. Mais ce qui a été surprenant, c'est que Ben Bernanke lui-même, le patron de la Fed - qui s'est rarement exprimé sur le sujet -, a enfoncé violemment le clou. Il a accusé la Chine de saper tout rebond de la croissance mondiale en maintenant sa monnaie artificiellement bas.

Les Chinois ont réagi. Comme à leur habitude. En s'indignant du non-respect par les Américains des règles de libre-échange, ce qui prouve finalement leur extrême sens de l'humour... Mais la Chine et les États-Unis sont arrivés à un point non pas de rupture, car la rupture entre deux pays interdépendants est impossible, mais à un point de conflit majeur. L'Europe devrait profiter de l'occasion pour joindre sa voix à celle des États-Unis.

La crise actuelle présente un avantage important : elle oblige les politiques à s'attaquer aux vrais problèmes. Dans tous les pays. Espérons que la Chine entendra le message.

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

mardi 4 octobre 2011

Questions-réponses : Réserves en Chine

Le Monde - Economie, mardi 4 octobre 2011, p. MDE4

1 - Quel est le rythme de la croissance et de l'inflation en Chine ?

Le Fonds monétaire international anticipe une croissance de 9,5 % en 2011 et de 9 % en 2012, contre + 10,4 % en 2010, en raison de l'effet du ralentissement économique en Occident sur les exportations. Le taux d'inflation annuel a atteint 6,5 % en juillet, 6,2 % en août. L'objectif du gouvernement est d'atteindre 4 % fin 2011. Cette préoccupation a motivé un resserrement du crédit qui, avec la fin des effets du plan de relance de 440 milliards de yuans (52 milliards d'euros) annoncé en 2008, a pesé sur la croissance.

2 - Le gouvernement chinois peut-il mettre en oeuvre un nouveau plan de relance ?

La " rechute " des pays occidentaux pourrait entraîner la croissance de la Chine sous la barre des 8 %, un niveau plancher pour maintenir l'équilibre du marché du travail, estime la banque HSBC. Dans ce cas, " Pékin répondrait probablement afin de stabiliser la croissance à 8 % ou 9 % ", écrit son chef économiste en Chine, Qu Hongbin. Il songe notamment à un assouplissement de la fiscalité. L'inflation semblant avoir passé son pic cet été, Pékin disposerait aussi d'une marge d'assouplissement.

Mais un plan de relance de l'ampleur de celui de 2008, qui avait permis de conserver une croissance de 8,7 % en 2009, serait malvenu. " Les décideurs politiques ne voudront pas répéter l'erreur consistant à trop stimuler l'économie, qui a apporté l'inflation, la surchauffe immobilière et le risque de la dette des gouvernements locaux. "

3 - La Chine peut-elle utiliser ses 3 200 milliards de dollars (2 380 milliards d'euros) de réserves de change pour régler les dettes locales ?

" Ces réserves sont - certes - des actifs, mais il s'agit de contreparties, note Patrick Chovanec, professeur d'économie à l'université Tsinghua, à Pékin. Cette richesse a déjà été injectée dans l'économie chinoise quand ses clients ont changé leurs dollars pour acheter des produits en renminbis. " Cela reviendrait à les utiliser deux fois, ce qui est politiquement possible mais inflationniste et difficile à justifier sur les places financières étrangères, où les banques chinoises sont désormais cotées.

Selon Michael Pettis, professeur à l'université de Pékin, pour contrer le risque " d'une explosion directe de la dette publique interne, entraînant le système bancaire ", Pékin ne pourrait recapitaliser les banques qu'en émettant de la dette publique ou en mettant les ménages à contribution.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 3 octobre 2011

Nouvelles tensions sino-américaines sur le yuan - Cécile Prudhomme

Le Monde - Economie, lundi 3 octobre 2011, p. 14

Les Américains ont rouvert les hostilités à l'égard des Chinois. Le motif ? L'arrimage du yuan au dollar et la sous-évaluation de la monnaie chinoise, qui rend les produits sortant de Chine très compétitifs sur les -marchés extérieurs. Une vieille querelle.

Le 22 septembre, des sénateurs américains ont déposé un projet de loi visant à faciliter les demandes des entreprises américaines d'appliquer des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois.

A l'approche des élections présidentielles, les élus du Congrès considèrent que la Chine risque d'entraver le programme de relance américain en continuant à vendre ses produits à moindre coût.

Ils soutiennent également que la politique menée par la Chine, consistant à contenir volontairement sa devise, a coûté aux Etats-Unis plus de 2,8 millions d'emplois depuis 2001.

Le sénateur démocrate de New York, Chuck Schumer, à l'origine de ce texte, a qualifié la politique de changes des dirigeants chinois de " meurtre économique ".

Son homologue démocrate de l'Ohio, Sherrod Brown, a ajouté que la manipulation de la monnaie chinoise " n'est pas de la concurrence ", mais " de la triche ". Le projet de loi doit être discuté au Sénat la semaine prochaine.

Depuis plusieurs mois, les Américains avaient quelque peu oublié cette guerre des monnaies. Ils avaient d'autres chats à fouetter, préoccupés tout à la fois par le débat sur le relèvement du plafond de leur dette, la perte de leur triple A et, surtout, la façon de relancer l'économie.

Par le passé, les parlementaires avaient déjà tenté de faire passer des réglementations protectionnistes de même nature. Barack Obama serait opposé à de telles mesures. Le président américain ne s'est toutefois pas encore officiellement exprimé sur le sujet.

Jeudi 29 septembre, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Hong Lei a déclaré que la Chine espérait " que les parlementaires américains ne - perturberaient - pas le développement des relations sino-américaines (...) et - reviendraient - sur leur décision de faire voter le projet de loi ".

Propriété intellectuelle

Un groupe de cinquante et un industriels américains a alerté les parlementaires sur la dangerosité des mesures qu'ils envisagent de prendre. Ils ont enjoint au Congrès de plutôt se concentrer sur la politique de propriété intellectuelle, qui favorise les sociétés chinoises.

Vendredi 30 septembre, la secrétaire américaine au Trésor adjointe aux questions internationales, Lael Brainard, était à Pékin, officiellement pour " discuter avec ses homologues de l'évolution de l'économie internationale, de la préparation des prochaines rencontres du G20 et de la façon de renforcer et promouvoir " les intérêts des entreprises américaines en Chine.

Elle a insisté sur le fait que le yuan reste " fortement sous-évalué ", malgré son mouvement d'appréciation entamé en juin 2010, et elle a répété que les Etats-Unis attendent de Pékin une accélération de la réévaluation de sa monnaie. Les marchés spéculent sur une appréciation du yuan et poussent la Banque centrale à fixer régulièrement de nouvelles limites au taux de conversion du yuan avec le dollar.

Vendredi, le dollar se situait à 6,38 yuans, son plus haut depuis qu'a débuté le processus de libéralisation du marché, soit une hausse du yuan de 3,16 % depuis le début de l'année.

Les économistes de Barclays Capital s'attendent à ce que le taux de conversion du yuan en dollars atteigne 6,08 dans les douze mois qui viennent.

Cécile Prudhomme

PHOTO - US Secretary of State Hillary Clinton (L) shakes hands with China's Foreign Minister Yang Jiechi (R) before their meeting September 26, 2011 at a hotel in New York on the sidelines of the United Nations General Assembly.


La comptabilité chinoise dans le viseur de Washington

Le département américain de la justice s'intéresse aux irrégularités comptables de sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis, a fait savoir, vendredi 30 septembre, un responsable de la Securities and Exchange Commission (SEC). Le gendarme des marchés, qui mène déjà l'enquête sur ce sujet au côté du FBI, a révélé que des dizaines de sociétés basées en Chine et cotées sur les marchés américains affichent une comptabilité irrégulière ou ont vu leurs auditeurs démissionner. Deloitte Touche Tohmatsu a cessé, en mai, sa mission d'audit pour l'éditeur chinois de logiciels Longtop Financial Technologies, dénonçant des falsifications de documents financiers.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

51% des Américains estiment que les pays asiatiques sont plus importants que l'Europe

Le Monde - Géo & Politique, lundi 3 octobre 2011, p. PEH2

Vive l'Asie et fi de l'Europe pour les jeunes Américains !

Depuis dix ans, le German Marshall Fund, institution vouée à la promotion des liens entre les Etats-Unis et l'Europe, prend le pouls de la relation transatlantique à travers une vaste enquête réalisée par TNS Opinion aux Etats-Unis, en Turquie et dans douze nations européennes, auprès d'échantillons de mille personnes par pays.

Pour la première fois cette année, une majorité d'Américains, certes courte (51 %), estime que les pays asiatiques sont plus importants, au regard de leurs intérêts nationaux vitaux, que les pays de l'Union européenne, choisis par seulement 38 % des répondants. Le renversement de tendance est net par rapport à 2004 : 54 % des Américains interrogés privilégiaient alors les pays européens à cette même question, contre 29 % pour l'Asie.

Le même phénomène n'est pas (encore ?) perceptible auprès des Européens qui pensent, à 52 %, que les Etats-Unis importent davantage pour leurs intérêts nationaux que l'Asie. Les Français, eux, optent à 44 % pour les Etats-Unis et à 50 % pour les pays asiatiques. Et, parmi les Turcs, un tiers d'entre eux préfèrent ne pas se prononcer, tandis que 44 % penchent pour l'Asie et 24 % pour les Etats-Unis.

Lorsqu'on examine les réponses des Américains par tranche d'âge, le doute n'est guère plus permis sur ce qui se dessine à l'avenir : les trois quarts des 18-24 ans identifient les pays asiatiques (Chine, Japon et Corée du Sud, cités en exemple dans la question) comme plus importants pour leurs intérêts nationaux que les pays de l'UE.

L'enquête reflète d'autres différences notables entre générations, notamment dans le regard que les Américains portent sur la Chine : 59 % des 18-24 ans ont une opinion favorable sur le pays de la Grande Muraille, partagée par seulement 33 % à 37 % de leurs aînés. Les Français sont les Occidentaux les plus nombreux (55 %) à émettre une opinion défavorable sur la Chine.

Américains et Européens hésitent sur la même question : de chaque côté de l'Atlantique, 49 % des répondants estiment que la Chine constitue davantage une menace économique qu'une opportunité pour de nouveaux marchés. Côté européen cependant, les différences d'appréciation sont grandes : pour les Portugais (64 %) et les Français (63 %), la Chine est davantage une menace, tandis qu'elle représente plutôt une aubaine pour les Néerlandais (64 %) et les Britanniques (54 %).

Enfin, 53 % des Américains estiment que leur pays et la Chine ont suffisamment de valeurs communes pour coopérer en vue de la résolution des problèmes internationaux, tandis que les Européens pensent le contraire, à 63 %. Américains (52 %) et Européens (57 %) ne considèrent toutefois pas la Chine comme une menace militaire.

Snobée par les jeunes Américains sur le plan géopolitique, l'Union européenne ne suscite plus aucun enthousiasme chez les Turcs. Ils étaient 73 % à juger que l'adhésion à l'UE serait " une bonne chose " pour leur pays en 2004; ils ne sont plus que 48 % de cet avis en 2011.

www.transatlantictrends.org

Martine Jacot

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

vendredi 30 septembre 2011

Dagong : quand les Chinois nous font la leçon - Julie Desné



Le Point, no. 2037 - Economie, jeudi 29 septembre 2011, p. 100,101,102

Redoutée. L'agence de notation Dagong est plus sévère que ses rivales américaines. Sauf pour la Chine...

Dagong joue les stars. L'agence de notation chinoise, qui n'a pas encore assis sa réputation sur la planète des affaires, fait tout ce qu'elle peut pour acquérir une notoriété en dehors des frontières de la Chine. Ironie du sort, c'est une de ses rivales américaines qui l'a propulsée sur le devant de la scène financière internationale. En dégradant la note souveraine américaine le 5 août, Standard - Poor's conférait un peu de légitimité à la décision de Dagong prise un jour plus tôt d'abaisser la note des Etats-Unis et de les placer sous surveillance négative. Cette récente célébrité n'est pas pour déplaire à Guan Jianzhong.

Dans son vaste bureau de Pékin, le PDG de Dagong enchaîne les interviews. Sur la table basse entourée de confortables canapés en cuir noir trône un marteau de justice d'or et de bois.« Le cadeau d'un ami, cela symbolise l'honnêteté et l'impartialité », précise le dirigeant, en chemisette blanche dans la chaleur pékinoise. Tout un programme pour une agence souvent perçue à l'étranger comme le bras armé du Parti.

Secret. M. Guan a le profil classique des dirigeants d'entreprise de la Chine moderne. Diplômé d'économie, il a d'abord fait ses classes dans l'administration publique. Dans les années 90, il gère un fonds d'investissement dédié à l'aéronautique et placé sous l'égide du ministère de l'Aéronautique de l'époque.« Un des responsables a quitté le fonds en 1994 pour créer Dagong, alors soutenu par huit institutions publiques, dont la banque centrale », se souvient le quinquagénaire, qui à titre personnel suit de près les débuts de cette aventure. Mais, à la fin des années 90, l'Etat dégraisse ses mastodontes et cède ses parts dans les industries les moins stratégiques. Dagong en fait partie et son futur PDG est à l'affût des opportunités.« C'est à ce moment-là que j'ai décidé de prendre le contrôle de la compagnie en rachetant 60 % des parts, les 40 % étant détenus par des investisseurs privés », explique Guan Jianzhong, qui garde jalousement le secret de l'identité de ses partenaires. En tout cas, jure-t-il, il n'y a plus aucune participation publique. Paradoxe très chinois, cela ne l'empêche pas de revendiquer le statut de « conseiller subventionné auprès du gouvernement central » sur sa carte de visite. Un titre plutôt lié à ses activités de recherche sur la notation de crédit. Dagong a notamment créé, en partenariat avec l'Université de finances et d'économie de Tianjin, à l'est de Pékin, une école spécialisée dans ces questions.« Je le dis et je le répète, je n'entretiens pas de relations particulières avec le gouvernement. Quand nous publions nos notes, les médias veulent absolument y voir une prise de position du gouvernement chinois. Alors qu'il n'y en a pas », martèle M. Guan, un peu las d'avoir à se justifier et à convaincre journalistes et financiers, souvent sceptiques.« Les opinions des analystes de Dagong résultent d'un travail de fond. Elles sont pertinentes. Simplement, les conclusions sont quelquefois trop rapides, parfois motivées par des considérations politiques qui les décrédibilisent », soutient au contraire André Loesekrug-Pietri, directeur et fondateur du fonds d'investissement A Capital à Pékin.

Une agence prochinoise. De fait, même en Chine, la réputation de Dagong doit encore s'affirmer. Prompte à dégrader les Etats-Unis, l'agence, qui emploie 500 personnes en Chine, dont 250 analystes, n'a pas bronché quand le Bureau national d'audit a révélé, dans un rapport inédit rendu public fin juin, que les collectivités locales chinoises avaient accumulé 1 160 milliards d'euros de dette fin 2010, à la faveur du plan de relance adopté pendant la précédente crise financière. De même, le ministère des Chemins de fer a conservé son triple A après l'accident ferroviaire meurtrier du 23 juillet, qui avait profondément ébranlé l'opinion publique chinoise. La catastrophe n'a pas ému les analystes de Dagong. Guan Jianzhong ne voit là aucune contradiction majeure.« On ne note pas de la même façon selon que l'on s'adresse aux investisseurs internationaux ou nationaux. La note de la dette souveraine chinoise, c'est une chose. Celle d'un ministère, c'est autre chose. Il s'agit là d'une institution très particulière en Chine, mi-agence gouvernementale, mi-entreprise », justifie le dirigeant. « Le risque reste très élevé pour le ministère des Chemins de fer et les conclusions de Dagong à ce sujet sont très surprenantes », proteste cependant un analyste chinois basé à Shanghai.

Au-delà du marché domestique, Dagong nourrit en tout cas de grandes ambitions à l'international. Sans aucun bureau à l'étranger, l'agence note déjà 67 pays et en vise 150 dès l'an prochain. La France est gratifiée dans son tableau d'un AA- et placée sous surveillance négative, même si les analystes de Dagong n'ont jamais mis les pieds dans l'Hexagone. Le chemin vers la globalisation semble être long pour l'agence chinoise, qui a déjà essuyé de premiers revers hors de ses frontières. En novembre 2010, la Securities and Exchange Commission (SEC) refusait même de lui accorder le statut d'agence de notation. Le gendarme des marchés outre-Atlantique estimait n'avoir aucun moyen de contrôle des pratiques de l'agence basée à Pékin.« Ces raisons ne sont qu'un prétexte », affirme M. Guan. Pour lui, « les vraies inquiétudes américaines portent sur le fait que si nous avions libre accès à leur marché, de nombreuses multinationales basées aux Etats-Unis risqueraient de perdre leur triple A et les dollars cesseraient d'affluer vers l'économie américaine ». L'agence officielle Xinhua n'hésitait pas à qualifier début août d'« hideuse vérité » les commentaires de Dagong à propos de la dette de Washington.

Ambitions internationales.« A l'international, Dagong ne peut s'imposer que par une vaste opération de communication », résume un investisseur étranger. Pas étonnant si Guan Jianzhong a fait de la refonte internationale du système de notation sa nouvelle croisade. Avec la controverse née de l'électrochoc créé par Standard - Poor's sur les marchés début août, il espère trouver un écho en Occident. Selon lui, il est nécessaire de créer une agence de notation internationale qui pourrait s'appuyer sur les conclusions d'agences locales, mais aussi de changer les méthodes de notation et l'environnement réglementaire.« Dagong doit absolument être associé à ce travail de refondation. C'est là vraiment notre objectif. Si la réforme s'enlise, nous envisagerons de nous développer en propre, mais ce n'est pas du tout ce que nous souhaitons », résume le dirigeant de l'agence. A travers cette profession de foi, il s'agit surtout pour Dagong de convaincre le reste du monde de son indépendance et de la pertinence de ses commentaires. Face à des rivaux qui ont un siècle d'expérience.

PHOTO - Guan Jianzhong, président de l'agence de notation Dagong, dans ses bureaux de Pékin.

Le club des trois
Il existe une centaine d'agences de notation dansle monde. Mais 90 % du marché reposent dans les mains des Big three, dont Dagong conteste aujourd'hui l'imperium :

Standard - Poor's (créée en 1860). Elle vient de sortir du giron de l'éditeur McGraw-Hill (2,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2010).

Moody's (1909). C'est la seule à être cotée en Bourse. Warren Buffett en possède 13 % (2 milliards).

Fitch (1913). Fimalac, le holding de Marc de Lacharrière, en possède 60 % (660 millions).


Le jour où la France a perdu son triple A...
Dagong note les Etats depuis juin 2010. Bien plus sévèrement que les Big three. A l'occasion de cette première notation, la France a perdu son AAA. L'agence chinoise l'a alors noté AA - (un an plus tard, elle mettait cette note sous « observation négative », mauvais signe...). Dans la première liste, seuls la Norvège, l'Australie, le Danemark, le Luxembourg, la Suisse, Singapour et la Nouvelle-Zélande étaient notés AAA. Ni les Etats-Unis ni l'Allemagne n'avaient la triple couronne.

© 2011 Le Point. Tous droits réservés.

mercredi 28 septembre 2011

AUDIO - Aymeric Chauprade : L’axe Washington-Pékin structure-t-il les relations internationales ?


Mercredi 28 septembre 2011, Aymeric Chauprade, spécialiste de la géopolitique internationale, est l'invité des Enjeux internationaux sur France Culture.





Merci à Thomas F. de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :


toutsurlachine [ a ] gmail.com

mardi 27 septembre 2011

Divergences entre Etats-Unis et Chine sur les ressources du FMI

Le Temps - Economie, lundi 26 septembre 2011

Les Etats-Unis et la Chine ont des vues diamétralement opposées sur la taille des ressources du Fonds monétaire international (FMI). Washington les trouve suffisantes tandis que Pékin s'inquiète qu'elles puissent être trop faibles face à la crise en zone euro. «Au fur et à mesure que la crise de la dette publique européenne se développe, la demande de financement du FMI de ses membres a augmenté de manière spectaculaire», a affirmé le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, dans un discours devant l'assemblée des Etats membres. «Ses ressources financières disponibles pourraient ne pas être adéquates pour faire face aux besoins potentiels des pays frappés par la crise», a-t-il estimé. Les Etats-Unis sont sur une ligne opposée. «Le FMI a des ressources adéquates», disait mercredi une responsable du Département du Trésor sous le couvert de l'anonymat, rappelant l'accord entériné en novembre 2010 pour doubler les contributions permanentes des Etats membres, les quotes-parts. Mais avant qu'il n'entre en oeuvre, un nombre suffisant de parlements nationaux doit le ratifier. Ils sont une quarantaine à l'avoir fait sur les 113 nécessaires.

De son côté, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a affirmé, lors de l'assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale, que de nombreux pays n'ont pas encore pris conscience de la gravité de la crise de la dette.

PHOTO - China's Central Bank Governor Zhou Xiaochuan (L) and Vice President of Switzerland Eveline Widmer-Schlumpf attend the International Monetary and Financial Committee (IMFC) meeting during the annual IMF-World Bank meetings in Washington September 24, 2011.

© 2011 Le Temps SA. Tous droits réservés.

jeudi 22 septembre 2011

Pékin hausse le ton concernant des ventes d'armes US à Taiwan

Reuters économique - Jeudi 22 septembre 2011 - 04:13:56 GMT

L'armée et les médias chinois ont averti jeudi les Etats-Unis qu'ils devraient payer le prix fort pour avoir vendu des armes à Taiwan et devaient s'attendre ainsi à une diminution de la coopération avec la Chine.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a d'ores et déjà vivement reproché à l'administration Obama d'avoir déclaré mercredi devant le Congrès que Washington comptait moderniser la flotte d'avions de combat taiwanais F-16, pour la somme de 5,3 milliards de dollars.

Cette décision, a fait valoir Pékin, portera atteinte aux relations militaires sino-américaines.

"L'armée chinoise exprime sa plus vive indignation et condamne vigoureusement cette décision, qui est une ingérence sérieuse dans les affaires intérieures de la Chine et qui porte atteinte à la souveraineté ainsi qu'aux intérêts militaires nationaux", a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense chinois, Geng Yangsheng, sur le site du ministère.

La Chine s'oppose aux ventes d'armes américaines à Taiwan en estimant qu'elles sabotent les projets de Pékin de réunification. (Chris Buckley; Eric Faye pour le service français)

© 2011 Reuters économique. Tous droits réservés.

lundi 19 septembre 2011

Chine et États-Unis : les donneurs de leçons - Marc Fiorentino

La Tribune (France), no. 4810 - Éditoriaux et opinions, lundi 19 septembre 2011, p. 29

Quand je vois la cacophonie qui règne en Europe et le chaos politique, économique et financier, j'ai évidemment très envie de critiquer l'Europe tout en étant persuadé que l'Europe est une formidable construction et que l'euro doit être défendu même dans les moments les plus durs. Toutes ces tergiversations, ces sommets franco-allemands inutiles, ces solutions de rafistolage comme celle qu'on va trouver dans les jours qui viennent sur la Grèce avec une restructuration obligatoire (enfin!) de la dette, couplée à une aide européenne et un programme d'austérité (inapplicable), cette absence de vision globale sur la crise économique et financière, tout cela est critiquable. Par nous, Européens.

Par les pays non européens qui ont fait mieux que nous. Mais que la Chine et les États-Unis nous donnent des leçons, j'avoue que je trouve cela un peu gonflé.

Honneur à celui qui a le moins peur du ridicule : Tim Geithner. Secrétaire au Trésor américain. L'homme que même la presse anglo-saxonne a jugé incompétent face à la crise de 2008 et tellement inféodé à Wall Street que Wall Street a repris la main sur l'administration américaine. Le voilà qui s'invite au sommet des ministres des Finances qui a eu lieu vendredi dans un trou paumé de Pologne et qui vient nous donner une leçon. Faites comme nous, dit-il. Sauvez la Grèce à n'importe quel prix, imprimez des euros, jetez-vous dans le vide. Il en sortira toujours quelque chose. L'homme qui nous parle vient d'un pays qui est plus proche de la faillite que l'Italie ou l'Espagne. Le pays aux 49 millions de pauvres, au taux de chômage qui ne baisse pas malgré les centaines de milliards de dollars jetés par les fenêtres, à la dette tellement colossale qu'on n'arrive plus à compter les zéros, à l'immobilisme politique total avec des républicains et démocrates qui ne sont même pas parvenus à un vrai accord sur le plafond de la dette, au plan d'austérité inexistant, à la monnaie dont tout le monde, Chinois en tête, se demande comment s'en débarrasser et au président qui de Messie est devenu fils spirituel de Jimmy Carter.

Avez-vous vu le visage de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, qui s'étalait à la une de tous les journaux? Un large sourire. Il faut dire qu'il venait de faire une bonne blague. Il avait fait croire qu'il était prêt à faire l'aumône à l'Italie. Tous les commentateurs et même les investisseurs y ont cru. Mais en fait, c'était une blague. Juste pour le plaisir de voir tous les responsables européens tendre leur sébile et repartir tout penauds en l'écoutant dire : " Si vous voulez qu'on vous aide, mettez un peu d'ordre chez vous... Faites comme nous. " Monsieur Jiabao, vous pouvez sourire, mais votre situation n'a rien à envier à celle de l'Europe. Les 3.000 milliards de dollars que vous affichez en permanence comme réserves sont de la monnaie de singe. C'est principalement du dollar mais, surtout, cela ne couvre qu'une infime partie des créances douteuses que vous cachez dans vos banques, dans vos régions et dans vos bilans. Sans la croissance américaine et européenne, la machine à exportation s'essouffle et les troubles sociaux se multiplient. Si votre croissance chute, ce sera le chaos. Mais vous, vous trichez avec le yuan et vous avez l'armée et la censure pour calmer les populations. Ce n'est pas le modèle européen.

Monsieur Geithner, ayez la décence de vous taire. Monsieur Wen Jiabao, pensez à la situation dans votre pays avant de sourire. L'Europe est en crise mais l'Europe est largement plus solide que les États-Unis et que la Chine.

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.

mercredi 7 septembre 2011

La Chine s'en prend à l'exploitant américain après une pollution pétrolière en mer

Le Monde - Environnement & Sciences, mercredi 7 septembre 2011, p. 9

Trois mois après le début d'une fuite sur un champ pétrolifère en mer de Bohai, la Chine s'en prend à la compagnie américaine chargée de son exploitation : ConocoPhillips. L'administration des affaires océaniques avait donné jusqu'à la fin août au groupe pétrolier pour achever les opérations de nettoyage et colmater une fuite qui continuait de dégager du pétrole depuis un incident survenu le 4 juin sur Penglai 19-3, l'un des principaux champs au large du pays.

Après le déversement de 3 200 barils de pétrole dans ce golfe du nord-est de la Chine - selon les estimations de l'entreprise -, celle-ci annonçait, le 31 août, avoir rempli sa mission. Or, deux jours plus tard, les officiels chinois affirmaient avoir constaté, notamment par satellite et robots sous-marins, que " le fond marin - n'était - pas complètement nettoyé " et que " la nappe - continuait - de se déverser ".

En concluant que ConocoPhillips " n'a pas agi de manière responsable comme le doit un opérateur prudent et raisonnable ", l'Etat chinois a exigé l'arrêt immédiat de l'exploitation du champ.

Un porte-parole du groupe américain confirme que les opérations ont bien cessé, dimanche 4 septembre, suite à cet ordre, tout en estimant que l'entreprise avait fait preuve de transparence en informant au plus vite les autorités, ainsi que son partenaire, l'entreprise publique China National Offshore Oil Corporation (CNOOC). Cette dernière, actionnaire majoritaire de l'entreprise d'exploitation, estime la perte occasionnée à 62 000 barils par jour.

De moins en moins docile

Sous la pression de l'opinion publique, des organisations environnementales ainsi que de pêcheurs, qui commencent à établir la facture, l'Etat tient à montrer que la compagnie pétrolière a abusé de sa patience. L'administration aurait déjà choisi quatre cabinets d'avocats pour lancer une action en responsabilité civile et exiger une indemnisation supérieure à 11 millions d'euros.

Les journaux chinois s'en prennent, eux aussi, au géant américain. Parmi les plus virulents, Le Quotidien du peuple, lequel, dans son édition de lundi, accusait ConocoPhillips d'avoir dissimulé l'incident aussi longtemps que possible - le grand public a d'abord été informé grâce à un internaute anonyme -, puis d'avoir menti en annonçant que les nappes étaient " quasiment nettoyées ". " Le contraste est net entre la sensibilité de l'entreprise lorsqu'il s'agit de son image et sa légèreté concernant l'environnement maritime de la Chine ", estime l'organe du comité central du Parti communiste.

" L'attitude de ConocoPhillips a causé de gigantesques pertes aux pêcheurs, s'inquiète Liu Jinmei, du Centre d'assistance juridique aux victimes de la pollution. Mais certaines organisations non gouvernementales considèrent que, en tant qu'actionnaire à 51 %, CNOOC doit également, dans une certaine mesure, être tenu responsable. "

Or la virulente campagne médiatique lancée contre son partenaire américain épargne cet empire pétrolier chinois, propriété du gouvernement central. Pour Lin Boqiang, directeur du Centre de recherche en économie de l'énergie de l'université de Xiamen, la responsabilité principale incombe naturellement à ConocoPhillips, chargé des opérations d'exploitation de Penglai 19-3, mais CNOOC " est également engagé juridiquement et financièrement ".

Selon le professeur Lin, la fuite a mis en avant certaines failles au sein de l'Etat, qui n'a pas informé les citoyens avant la fin juin : " L'administration des affaires océaniques a aussi des torts, par exemple en termes d'information du public. Disons qu'elle manque d'expérience de la gestion de crise. " Pour l'avenir, l'universitaire suggère, non sans audace, de créer une agence de supervision indépendante de l'Etat.

Harold Thibault

PHOTO - This photo taken on July 26, 2011 shows Chinese officials inspecting a polluted beach in Leting, in northern China's Hebei province, after an oil sludge washed ashore. The US oil giant ConocoPhillips behind the huge spill off China said on September 5, 2011 it had halted production at the oilfield in line with a government order, as an influential Chinese newspaper accused it of a cover-up.

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Droits de douane sur les pneus: Pékin "regrette" la décision de l'OMC


AFP - Journal Internet - Mardi 6 septembre 2011 - 06:39:37 GMT

La Chine a déclaré mardi "regretter profondément" le rejet en appel, par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), de sa plainte concernant l'augmentation des droits de douanes imposés par Washington aux importations de pneus chinois.

"La Chine regrette profondément cette décision" rendue publique lundi, a indiqué le ministère du Commerce dans un communiqué.

"La Chine demande aux Etats-Unis d'en finir aussi vite que possible avec ses mesures protectionnistes et de garantir un climat de concurrence équitable pour les sociétés chinoises", a-t-il ajouté.

L'OMC a confirmé en appel le rejet d'une plainte de la Chine concernant l'augmentation des droits de douanes imposés par Washington aux importations de pneus chinois, selon la décision d'appel publiée lundi.

A Washington, le représentant au Commerce extérieur américain, Ron Kirk, a estimé que cette décision qui compte 123 pages constituait une "énorme victoire pour les Etats-Unis, de même que pour les entreprises et travailleurs américains".

L'affaire concerne un décret signé en 2009 par le président américain Barack Obama instaurant des droits de douane supplémentaires sur toutes les importations de Chine de pneus pour véhicules de tourisme et véhicules légers pour une période de trois ans, à titre de mesure de sauvegarde, pour protéger l'industrie américaine du pneu.

La Chine avait alors saisi l'OMC pour contester cette mesure.

Une première décision avait été rendue en décembre 2010, donnant raison aux Etats-Unis.

© 2011 AFP - Journal Internet AFP. Tous droits réservés.

mardi 6 septembre 2011

ANALYSE - Pourquoi le risque de rechute inquiète aussi la Chine - Gabriel Grésillon


Les Echos, no. 21010 - Idées, mardi 6 septembre 2011, p. 16

L'économie chinoise peut-elle sauver le monde ? A l'heure où plane la menace d'une rechute généralisée, les yeux se tournent vers la deuxième économie mondiale. A peine secouée en 2008 et 2009, a-t-elle les moyens de réitérer son exploit d'alors et de confirmer son rôle de locomotive planétaire ?

On pourrait être tenté de répondre positivement. Qui peut nier que Pékin dispose toujours de la ressource financière qui l'a tiré d'affaire en 2009 ? C'est bien par un massif plan de relance que la Chine est alors parvenue à maintenir sa croissance à 8,7 %. Ce sont les 4.000 milliards de yuans (14 % du PIB !) injectés dans l'économie qui ont permis de faire oublier l'hécatombe du secteur exportateur. Et de redonner du travail aux millions de migrants désertant les provinces côtières sinistrées.

Aujourd'hui, en agrégeant tout le passif des administrations chinoises, on voit que la dette publique dépasse tout juste les 50 % du PIB. Ce sont, certes, 10 points de pourcentage de plus qu'avant la relance. Mais cela reste extrêmement confortable, comparé aux pays développés. Quant aux rentrées fiscales, elles ont été multipliées par plus de huit en dix ans, ce qui donne au régime une réelle force de frappe en cas de nécessité. Sur le papier, Pékin peut donc, à tout moment, débloquer un nouveau plan de relance en cas de choc violent.

Et pourtant, la Bourse de Shanghai a le blues. Hier, elle a très mal pris les mauvais chiffres du chômage aux Etats-Unis, atteignant son point le plus bas en quatorze mois. Car, en réalité, la probabilité d'une nouvelle perfusion de fonds publics semble faible. Deux ans après le plan de relance de Pékin, la Chine est encore en train d'en payer les effets pervers. Inondée de liquidités en 2009, elle peine à reprendre la main sur la circulation monétaire dans le pays : l'inflation dérape. Le Premier ministre, Wen Jiabao, répète inlassablement que la lutte contre la vie chère est son combat prioritaire. Et le pouvoir joint les gestes à la parole. La banque centrale ne cesse de serrer la vis depuis octobre 2010.

Mais, pour l'heure, l'efficacité de cette politique reste à démontrer. Ces derniers mois, la publication du chiffre d'une inflation toujours plus élevée a systématiquement donné lieu au même commentaire des économistes : cette fois, c'est la dernière. Le pic est atteint. Promis, la hausse des prix va s'assagir. Nous en étions, en juillet, à une appréciation moyenne des prix de 6,5 % sur un an - à comparer avec un objectif de 4 % sur l'année fixé par le gouvernement. Quand bien même le reflux tant attendu se serait enfin produit en août - ce que l'on saura dans trois jours -, il faut se rendre à l'évidence : il sera faible. L'inflation s'est désormais installée en Chine. Andy Rothman, l'économiste Chine du courtier CLSA, qui pourtant se singularise par son grand optimisme sur l'économie chinoise, le reconnaît d'ailleurs : « L'inflation est partie pour être plus élevée au cours des cinq prochaines années qu'auparavant. »

Qu'en déduire ? C'est là que les points de vue divergent. Il y a ceux, comme Andy Rothman, qui y voient un processus sain lié à la hausse du niveau de vie et des salaires. De fait, le salaire minimum a plus que doublé en dix ans, et cette tendance s'accélère, avec des hausses de salaires actuellement autour de 20 % sur douze mois. Quant au revenu moyen des ménages, même corrigé de l'inflation, il est en nette hausse : autour de 7 % par an dans les villes et de 12 % dans les campagnes. Alors que le monde entier reproche à la Chine le sous-développement de sa consommation des ménages, l'économiste de CLSA rétorque que la Chine connaît aujourd'hui « le scénario de consommation des ménages le plus impressionnant de la planète ». Les ventes de détail, l'année dernière, ont augmenté de 19 %.

Et puis il y a les autres. Peu audibles il y a un an, ils retrouvent de la voix. Leur hantise : que la Chine ait en partie perdu le contrôle de sa masse monétaire. D'après certaines estimations, le volume de prêts qui sera réellement accordé dans le pays cette année pourrait être le double du quota officiel. Lettres de crédit, prêts non déclarés octroyés par des entreprises ou par des particuliers, trusts et autres fonds de gestion de portefeuille sont autant de vannes par lesquelles le crédit continue d'affluer en échappant au contrôle de Pékin. Cela apparaît comme le symptôme de l'addiction de l'économie chinoise à l'investissement. Même si le secteur exportateur est d'une importance capitale au plan social (il fournit des emplois à des millions de travailleurs peu qualifiés), ce n'est pas lui, mais bien l'investissement, qui a généré près de la moitié de la croissance ces dernières années.

C'est un point faible du système : les dirigeants locaux utilisent massivement le levier de l'investissement. Sans même parler des pots-de-vin liés à ces activités, construire des routes, des ponts ou des bâtiments dope le PIB du territoire dont ils ont la charge et reste, pour eux, le meilleur accélérateur de carrière. Cela explique autant la vitesse à laquelle le pays du Milieu s'est développé que le mal qu'ont maintenant les autorités à calmer le jeu. Car l'utilité de ces infrastructures diminue tendanciellement. La Chine n'est plus ce pays où tout reste à construire.

Au moment où l'on découvre que le ministère des Chemins de fers a surinvesti dans les TGV, construisant à toute vitesse un gigantesque réseau que nul ne sait réellement rentabiliser, Pékin sait qu'il est urgent de freiner l'investissement. D'une part, son effet démultiplicateur sur l'économie diminue, et chacun s'interroge aujourd'hui sur le volume des dettes qui, un peu partout dans le pays, risquent de ne jamais être remboursées. D'autre part, il alimente l'inflation. Un nouveau plan de relance irait à l'encontre de cet impératif. Si le monde cale à nouveau, Pékin risque de se retrouver face à un délicat dilemme : subir un coup de frein douloureux ou impulser un stimulus dangereux.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.


Un investisseur chinois veut créer un parc touristique géant en Islande

Huang Nubo, magnat de l'immobilier, veut acheter 300 kilomètres carrés de terrain pour y développer l'écotourisme. Un projet économiquement alléchant mais politiquement sensible.

Un parc d'attractions chinois pour sortir de la crise ? C'est le projet qu'a proposé l'investisseur chinois Huang Nubo aux autorités islandaises. Le rêve de ce patron chinois, classé au 161e rang des fortunes dans le pays par le magazine « Forbes », est simple : acheter 300 kilomètres carrés dans le nord-est de l'île pour y créer un club orienté vers l'écotourisme : randonnée, golf, VTT, survol de l'île seraient proposés à ses membres. Huang Nubo vise les 300.000 adhérents, dont la moitié de Chinois. Avec son budget prévisionnel de 200 millions de dollars investis sur cinq ans, il a de quoi faire réfléchir un pays qui a pris de plein fouet la crise financière internationale, dont trois des principales banques ont fait faillite, et qui vit aujourd'hui sous perfusion du FMI.

Des réactions ambivalentes

La demande a officiellement été faite auprès des autorités, qui se prononceront d'ici au 24 février 2012. Elle suscite toutefois des réactions ambivalentes. L'opportunité économique est indéniable. Le seul achat du terrain rapporterait 8,9 millions de dollars à l'Etat islandais. Kristin Arnadottir, l'ambassadeur d'Islande en Chine, y est manifestement sensible. « C'est la meilleure promotion de l'Islande que j'ai entendue depuis longtemps », a-t-elle affirmé. Mais l'idée de céder 0,3 % du territoire national à un ressortissant chinois fait grincer les dents de certains, dans un pays où il est normalement interdit de vendre la terre à toute personne extérieure à l'Union européenne. Le ministère de l'Intérieur a donc été saisi d'une demande d'exemption.

Se pose également la question des éventuelles arrière-pensées politiques du magnat chinois de l'immobilier et des parcs d'attractions. Celui-ci affiche sa passion pour le petit pays nordique, qu'il dit tenir de son amitié de trente ans pour un camarade d'université islandais. Il a notamment donné 1 million de dollars pour la création d'un festival de poésie liant la Chine et l'Islande - sa fortune personnelle représenterait environ 900 fois cette somme. Mais son passé d'officiel inquiète. Il n'a quitté ses fonctions au ministère de la Propagande chinois qu'au début des années 1990. La Chine cherche-t-elle à prendre pied sur une île stratégiquement située entre l'Europe et les Etats-Unis ? « Mon projet est purement commercial », a rétorqué devant la presse Huang Nubo, vendredi à Pékin, avant de moquer la réaction de frilosité de certains. « Comme la Chine possède maintenant un porte-avions, cela va faire penser aux gens qu'il va aller jusqu'en Islande », a-t-il plaisanté. De son côté, l'agence officielle chinoise Chine nouvelle, reprise par le « China Daily », citait un expert qui critique l'état d'esprit de l'Occident, selon lui inchangé depuis la guerre froide. « Il faudra du temps avant que les autres pays réalisent le rôle positif des investissements chinois », a prévenu Mei Xinyu, membre de l'Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.

mardi 30 août 2011

Addictions chinoises - Martine Bulard


Le Monde diplomatique - Septembre 2011, p. 1

Des Etats-Unis tancés et privés de la note de meilleur élève de la classe (capitaliste) ; une Chine sollicitée pour renflouer les caisses et impulser la croissance mondiale. Même dans leurs rêves nationalistes les plus fous, les dirigeants chinois n'auraient pu imaginer plus spectaculaire basculement de l'histoire.

Ils ne se privent donc plus de donner des leçons à cette Amérique " qui doit soigner son addiction à la dette " (Xinhua, 7 août 2011). Et précisent que Pékin " a tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel ". Qui paye le bal mène la danse. Or la Chine se montre très généreuse : elle a accumulé en bons du Trésor américain 1 170 milliards de dollars, soit l'équivalent ou presque de la richesse annuelle produite par la Russie. Une arme financière qu'elle utilise politiquement, renvoyant les Occidentaux à leurs turpitudes.

On aurait tort de croire qu'à ce jeu elle est isolée. Dans la région, les souvenirs des mesures imposées en 1997-1998 par le Fonds monétaire international (FMI) restent vifs. L'ex-ambassadeur singapourien Kishore Mahbubani fait remarquer, non sans ironie : " Tous les conseils que les pays asiatiques ont reçus ont été ignorés par l'Occident (1). " Malgré des tensions territoriales en mer de Chine méridionale, les pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Anase) ont donc, le 9 août, mis l'accent sur la complémentarité des économies asiatiques. Leur voisin est encombrant, voire arrogant ; mais, en cas de crise aggravée, il dispose de moyens sonnants et trébuchants.

La Chine, qui aime à parler addiction, devrait cependant balayer devant sa porte. Elle aussi est " accro " à la dette : celle de l'Amérique, qui lui permet de placer sans trop de risques ses excédents financiers et de continuer à exporter à crédit. N'est-elle pas désormais le premier bailleur de fonds étranger des Etats-Unis, devant le Japon ? Ce qui lui apporte au moins autant de contraintes que de droits. Elle ne peut arrêter net l'achat de bons du Trésor sans risquer de provoquer une baisse du billet vert : ses énormes réserves (en dollars) se dégonfleraient alors comme une baudruche.

Ne voulant pas utiliser une telle bombe atomique financière, la Chine cherche à se dégager de cette dépendance en internationalisant sa monnaie pour réduire les privilèges du dollar. Elle multiplie les possibilités d'acheter des bons du Trésor chinois en yuans à la Bourse de Hongkong, attirant ainsi des capitaux de moins en moins contrôlables. Le jeu est périlleux. Mais, convaincu par ailleurs que ses débouchés extérieurs vont se réduire, Pékin tente également de réorienter son économie vers le marché intérieur. La mutation est amorcée : salaires en hausse, minimum retraite généralisé, etc. Trop lente et surtout trop inégalitaire, la course contre la montre est loin d'être gagnée.

Croire cependant, comme les pays occidentaux, qu'une réévaluation du yuan et une hausse des importations chinoises suffiraient à relancer la machine est une vue de l'esprit. Surtout pour un pays en voie de désindustrialisation comme la France, dont le déficit extérieur s'explique largement par la production automobile réalisée à l'étranger par des constructeurs nationaux... et réimportée. Là aussi, soigner l'addiction aux profits devrait être prioritaire.

(1) The Economist, Londres, 20 août 2011.

© 2011 SA Le Monde diplomatique. Tous droits réservés.

lundi 29 août 2011

AUDIO - Jean-Luc Domenach : "La politique étrangère chinoise est devenue arrogante"


Jean-Luc Domenach, sinologue, était interviewé dans le Journal des Matins de France Culture, répondant aux préoccupations suscitées par le développement de l'armée chinoise.



LIRE AUSSI : Le Pentagone s'inquiète d'une course chinoise à l'armement - Kenza Daldoul

Merci à Jean-Pierre de nous avoir informés de cette interview. Si vous désirez nous alerter d'une nouvelle, d'un article, d'une vidéo ou de toute autre chose qui pourrait nous intéresser, veuillez nous écrire :


toutsurlachine [ a ] gmail.com

vendredi 26 août 2011

Le Pentagone s'inquiète d'une course chinoise à l'armement - Kenza Daldoul


La Tribune.fr - Actualités, jeudi 25 août 2011 - 18:41

Le Pentagone a publié mercredi son rapport annuel sur la puissance militaire chinoise. Dans cette étude destinée au Congrès, le ministère américain de la Défense signale que la Chine disposera d'une armée moderne d'ici 2020. En effet, l'Armée populaire de libération, la plus grande armée du monde, cherche désormais à rattraper son retard sur les avancées constantes de Washington.

Selon le rapport du Pentagone, la Chine est donc en bonne voie pour accroître son arsenal militaire au cours de la prochaine décennie. Sa croissance économique de 10% lui permet d'augmenter ses dépenses militaires afin de moderniser ses forces terrestres, aériennes et maritimes et d'acquérir des équipements de pointe. La Chine prévoit ainsi de se doter de chasseurs-bombardiers furtifs J-20, équivalents au chasseur furtif F22A Raptor des forces de l'air américaines.

La Chine a aussi fait l'acquisition d'un porte-avions soviétique qui a fait sa première sortie en mer au mois d'août. Ce bâtiment rénové sert avant tout de "plateforme d'entraînement et d'évaluation", selon le Pentagone, qui annonce que la Chine devrait lancer la construction de son propre porte-avions. La puissance navale chinoise va aussi se doter, entre autres, de missiles de croisière d'une portée minimale de 185 km, de missiles antinavires d'une portée supérieure à 1,500 km et de sous-marins porteurs de missiles balistiques.

L'évolution des ambitions militaires de la Chine suscite l'inquiétude chez les américains qui y voient un danger pour l'équilibre régional. La modernisation de l'Armée populaire de Libération devrait lui permettre d'accroître son pouvoir dans une région où les tensions sont déjà palpables. Selon le rapport du Pentagone, la Chine utilisera son pouvoir de dissuasion sur Taiwan, précisant que sur le long terme, un conflit militaire entre l'île et la Chine continentale n'est pas à exclure. En décembre dernier, l'armée chinoise avait installé 1,000 à 1,200 missiles balistiques de courte portée dirigés vers Taiwan.

Pour Pékin, ce rapport est une nouvelle preuve d'ingérence américaine et révèle une "mentalité de guerre froide" selon le porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington. Mais dans l'ensemble, les relations entre les deux puissances ne semblent pas en pâtir. Si le rapport du Pentagone est une source annuelle de tensions, les liens économiques forts entre la Chine et les Etats-Unis parviennent à les minimiser. La visite du vice-président américain Joe Biden en Chine la semaine dernière a permis de resserrer les liens avec son homologue Xi Jinping. La Chine détient pour environ 811 milliards d'euros de bons du Trésor américain, un enjeu crucial et prioritaire des relations bilatérales sino-américaines.

PHOTO - SINGAPORE - JUNE 3: China's Defence Minister Liang Guanglie (R) meets U.S. Secretary of Defense Robert Gates (not pictured) at the 10th International Institute for Strategic Studies (IISS) Asia Security Summit on June 3, 2011 in Singapore. Gates is travelling to Asia for a final time as Pentagon chief on Tuesday, looking to reassure allies that the United States is committed to regional security despite tightening defense budgets and his own imminent departure.

© 2011 La Tribune.fr. Tous droits réservés.