jeudi 11 juin 2015

La dévorante ambition asiatique de HSBC

La cure d'amaigrissement de HSBC vise à libérer des moyens pour assouvir une ambition asiatique: faire naître "un nouveau Hong Kong" dans la région chinoise du Guangdong et accompagner l'émergence de la classe moyenne en Asie du Sud-Est, avec peut-être une relocalisation du siège comme apothéose.


Le directeur général du géant bancaire, Stuart Gulliver, l'a martelé mardi devant des investisseurs: "l'Asie devrait connaître une forte croissance et devenir le centre des échanges internationaux au cours des dix prochaines années".

Pour redevenir un enfant chéri du marché après une série de scandales et de résultats financiers décevants, le groupe veut rebondir dans cette région du monde.

"HSBC redéploie ses ressources là où elle peut générer le plus de revenus et de profits", notamment en Chine et ailleurs en Asie, où une partie des effectifs réduite ailleurs pourrait être réaffectée, explique à l'AFP Philip Benton, chercheur chez Euromonitor International.

Au-delà du Brésil et de la Turquie, où la plupart des activités de la banque vont être vendues, le Royaume-Uni est fortement touché par des mesures de restructuration (8.000 suppressions d'emplois et un changement de marque pour la banque de détail) qui épargnent l'Asie.

HSBC tire son origine, et même son nom ("Hongkong and Shanghai Banking Corporation" au départ), de Hong Kong où elle fut créée en 1865 pour financer le commerce croissant entre l'Europe et la Chine, notamment celui de l'opium.

Même après le déménagement de son siège mondial à Londres en 1992, le groupe a gardé un important ancrage asiatique, symbolisé par sa tour à Hong Kong, un immeuble de près de 180 mètres de haut construit dans les années 1980 et qui reste un des bâtiments emblématiques du quartier Central.

La stratégie dévoilée mardi d'accentuer cette présence extrême-orientale n'a toutefois rien de sentimental: "Le recentrage sur les activités en Asie épouse la courbe de la future croissance mondiale", explique Nicolas Ziegelasch, analyste chez Killik & Co.

- Classe moyenne asiatique -

Le groupe parie d'abord sur l'énorme potentiel du Guangdong chinois, cette vaste province industrielle des rives de la Mer du Chine du Sud, flanquée à sa frontière méridionale du territoire de Hong Kong.

"Nous avons une chance de participer à la création d'une autre Hong Kong", dans le Guangdong, a souligné M. Gulliver. Le pôle industriel de Shenzhen, où des millions de travailleurs travaillent à l'assemblage de smartphones et autres produits électroniques, et la capitale provinciale de Guangzhou (Canton) constituent deux pôles privilégiés, mais la région compte d'autres métropoles susceptibles de décoller dans le "delta de la rivière des Perles" - si les financements sont au rendez-vous.

HSBC veut y faire valoir sa forte implantation à Hong Kong, connectée au Guangdong par des infrastructures communes et une langue partagée - le cantonais - largement répandue dans les deux territoires.

Elle veut en outre surfer sur l'internationalisation croissante de la monnaie chinoise

Plus au sud, la banque veut profiter de la solide croissance de la Malaisie, de l'Indonésie et de Singapour, trois États d'Asie du Sud-Est où elle est déjà bien implantée.

La classe moyenne pourrait numériquement quasi doubler entre 2010 et 2025 dans cette région qui abrite plusieurs métropoles en très forte croissance, aussi HSBC veut-elle disposer des structures ad hoc pour assouvir les rêves de consommation et d'investissement de cette population en pleine ascension sociale.

Cerise sur le gâteau, elle pourrait boucler la boucle en ramenant son siège mondial à Hong Kong. Cette possibilité, dont la publication fin avril a fait l'effet d'une bombe dans la City de Londres, sera tranchée "d'ici à la fin de l'année", a détaillé M. Gulliver mardi.

L'attractivité du Royaume-Uni pâtit d'un impôt spécifique sur les banques - et dont HSBC est la principale contributrice -, ainsi que d'une régulation plus stricte depuis la crise financière internationale.

Le conseil d'administration devrait s'appuyer sur une série de critères pour trancher, parmi lesquels les perspectives de croissance, le système fiscal et celui de régulation. Un éventuel départ vers Hong Kong aurait de lourdes conséquences pour le Royaume-Uni, moins pour les emplois (250 seulement seraient concernés) que pour les recettes budgétaires et, en termes symboliques, pour l'image de la City.

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