lundi 22 décembre 2008

C'est la salsa du dragon - Pascale Nivelle

Libération, no. 8594 - Grand Angle, lundi, 22 décembre 2008, p. 31
Un véritable engouement pour la danse latino-américaine enflamme le pays. Plus qu'un simple loisir, elle permet aux Chinois d'apprendre à se lâcher.

A35 ans, célibataire, employée d'une agence immobilière à Pékin, Wenzi s'ennuyait quelquefois. Pas de prince charmant en vue, pas de passion, pas même de véritables amis. Il y avait la télé, le soir dans son petit studio, le shopping le week-end, rien de très excitant : «Je me sentais coincée, dans ma vie, dans mon corps. Sans m'en rendre compte, je déprimais.» Un jour, dans une boîte du quartier Sanlitun, Wenzi observe, fascinée, un couple entre deux âges onduler sur un rythme latino. «C'était sexy, joli, tendre, cela m'a fait comme un coup de foudre.» C'était il y a cinq ans. Depuis, Wenzi danse la salsa. Trois soirs par semaine, de 21 heures aux premières heures du matin, elle va au Caribe, la première boîte latino qui a ouvert dans la capitale. «Ma vie a complètement changé, explique-t-elle. Je ne suis plus jamais seule, plus obsédée par l'idée de me marier. Je me sens jeune, vivante.»

Mojito. La salsa, véritable engouement dans toute la Chine, n'est pas, pour Simon Yang, directeur d'un club de loisirs à Shanghai, une simple danse. Entre deux déhanchements sur la piste du Marriott de Pékin, où s'est tenu début octobre la quatrième édition d'un «Congrès mondial de salsa», il décortique un phénomène social. «La Chine s'ouvre, découvre le monde, les relations hommes-femmes changent. Les Chinois restent extrêmement réservés et traditionnels, limite inhibés. La Révolution culturelle n'est pas si lointaine, ne l'oublions pas. Danser la salsa, pour eux, c'est se dire des choses qu'ils n'osent pas exprimer par les mots : la sensualité, le plaisir...» Parfaitement anglophone, la cinquantaine svelte, Simon a découvert cette danse lors d'un voyage d'affaires en Californie, lorsqu'un collègue l'a invité dans une boîte cubaine. «J'ai appris à danser sérieusement, en prenant des cours, et j'en ai fait un viatique. Il y a des clubs de salsa partout dans le monde, c'est une façon d'entrer en communication avec les gens.»

En Chine, la folie salsa s'est répandue il y a quatre ou cinq ans. «Je danse partout, Shanghai, Chongqing, Changsha... Il y a des boîtes de salsa dans toutes les grandes villes de province aujourd'hui. Ça me réjouit»,poursuit Simon Yang. Le mojito a remplacé l'alcool de sorgho, la boisson traditionnelle des banquets d'affaires. «Il n'est pas rare de finir dans une boîte latino après avoir signé un contrat, explique-t-il. Ça fait moderne.»Mais Simon danse surtout pour son plaisir, deux ou trois fois par semaine. Il participe même à des concours qui nécessitent des heures d'entraînement, métamorphosé dans un petit costume noir ajusté et pailleté, au bras d'une belle de trente ans sa cadette. Il n'a encore jamais gagné.

Le dernier «congrès» de Pékin a attiré 4 000 spectateurs, tous des adeptes. Ils ont regardé les pros dans des tenues délirantes se démener sur scène devant un jury international en attendant de se lancer à leur tour sur l'immense piste du Marriott. Jing Jing, alias Annabelle, 22 ans, tout de blanc et or vêtue, a concouru au bras d'un «simple ami» costumé en cygne blanc. Elle travaille dans une officine de visas, lui, essaie de percer dans la production cinéma. La salsa est leur «passion»,ils se sont entraînés «pendant des mois»,tous les jours. Un couple d'oiseaux de paradis, maquillés comme des artistes de l'opéra chinois, les a coiffés au poteau sur la scène du Marriott.

Jackie Xie, 38 ans, moulé dans un débardeur, est trader dans le civil. Trois soirs par semaine, depuis six ans, il danse la salsa. «Je ne fais plus de sport, plus de régime, ma vie tourne autour de la danse. Quand j'ai débuté, raconte-t-il, nous devions être une vingtaine à Pékin. Aujourd'hui, nous sommes sûrement des milliers, toutes les boîtes de Pékin organisent leur soirée salsa.» Il aime le mélange des générations, des milieux sociaux. Tous ses amis sont des danseurs de salsa : «On organise des sorties, le week-end ou pendant les vacances. On fait du tourisme et on danse le soir, j'ai trouvé ma communauté.»

Plein-temps. Au Caribe, l'entrée est gratuite le mercredi soir. Pour Tao Wen, longue tige serrée dans un bustier de satin, c'est jour de business. Ancienne danseuse classique, elle est professeure de salsa à plein-temps depuis quatre ans. A l'écart de la piste, entre les tables, Wen propose ses services. A 200 yuans (20 euros) la demi-heure et une dizaine de clients par soirée, elle gagne «très bien» sa vie : «Bouger son corps, exprimer la sensualité, ce n'est pas inné, surtout chez les Chinois, explique-t-elle. Ils adorent danser, on les voit dans la rue, même en plein hiver. Mais ils sont un peu raides. Je leur apprends à se détendre, à se lâcher. Ça vient vite, au bout de huit ou dix cours, je les envoie sur la piste.»Rien ne ferait revenir Tao Wen aux «plié, tendu» de sa jeunesse. «La salsa est un plaisir, dit-elle. C'est ce qui compte dans la vie, non ?»

Photo by China Photos/Getty Images

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

白痴文章。白痴记者,难道中国就只能和龙联系在一起吗?我都想吐了!

SAKO 的卖命者,对人类灾难视而不见的冷血动物,对人性没有感知的政治工具!? 能写出什么好东西来。

继续写你的SAKO 书吧,不要SUCK !

Pengyou a dit…

什么 ?