vendredi 23 octobre 2009

La Chine soutient la Guinée malgré la reprobation internationale

Les Echos, no. 20536 - International, jeudi, 22 octobre 2009, p. 7

La junte au pouvoir en Guinée commence à subir des sanctions. Après la répression sanglante d'une manifestation de l'opposition le 28 septembre, qui aurait fait au moins 150 morts, l'opinion internationale cherche en effet à empêcher le chef de la junte militaire, Dadis Camara, de se présenter aux élections qui doivent se dérouler en janvier prochain. Mardi, les Etats-Unis ont déclaré soutenir fermement l'embargo sur les armes décrété samedi par les dirigeants d'Afrique de l'Ouest. Et l'Union européenne a annoncé qu'elle retirait un projet d'accord de pêche avec le pays, estimant « politiquement inacceptable »d'aider la junte. D'autres sanctions devraient suivre. Paris, de son côté, a demandé vendredi dernier aux Français présents sur place - ils sont environ 2.500 - de quitter le pays, où la sécurité se dégrade chaque jour davantage. La réprobation est unanime. Ou presque. Car la Chine a officialisé, la semaine dernière, un partenariat économique avec ce pays, l'un des plus pauvres d'Afrique. Un contrat fabuleux, puisqu'il prévoit, en échange des matières premières guinéennes, au moins 7 milliards de dollars sur les cinq prochaines années, dans un pays dont le PIB annuel atteint à peine 3,5 milliards de dollars.

Projets miniers

Signé le 10 octobre entre le China International Fund (CIF) et la compagnie pétrolière guinéenne Sonangol, ce contrat prévoit en contrepartie d'investissements en infrastructures que le CIF devienne le partenaire de la Guinée pour développer l'exploitation des richesses du pays. La Guinée détient plus de 40 % des réserves mondiales de bauxite, ainsi que du fer, de l'uranium, de l'or et du pétrole. Une nouvelle fois, le besoin de matières premières pousse la Chine à accentuer sa présence en Afrique, sans être trop regardante. Selon des déclarations à l'AFP du ministre guinéen des Mines, Mahmoud Thiam, « les revenus dégagés par ces projets miniers serviront à payer les prêts pour les infrastructures ».Quant à la signature du contrat dans cette période de troubles - quatre membres de la junte ont déjà quitté le gouvernement depuis le 28 septembre -, il l'a justifiée en expliquant que les négociations duraient depuis cinq mois et que les Chinois avaient déjà pris des engagements financiers.

Les opposants guinéens ont averti, mardi soir, les pays qui ont passé ou passeraient de tels contrats avec l'actuel gouvernement que ceux-ci ne seront pas reconnus après les élections : « Les contrats d'exploitation conclus avec la junte seront réexaminés par les futures autorités démocratiquement élues, dans le but de protéger les intérêts du peuple »,a assuré le « forum des forces vives ».

Selon Sidya Touré, ancien ministre des Finances de Guinée et leader du parti d'opposition Union des forces républicaines,« ce contrat, c'est n'importe quoi : nous sommes encore dans le cadre des prêts PPTE[pays pauvrestrès endettés] que j'avais négociés en 1997. On ne peut pas passer de tels accords ».

MARIE-LAURE CITTANOVA

© 2009 Les Echos. Tous droits réservés.
Bookmark and Share

0 commentaires: