vendredi 4 juin 2010

Le Premier ministre japonais tire sa révérence avec un maigre bilan

Les Echos, no. 20690 - International, jeudi, 3 juin 2010, p. 7

Après huit mois au pouvoir, le Premier ministre japonais, Yukio Hatoyama, a décidé de jeter l'éponge, vaincu par une promesse électorale non tenue. Son successeur sera connu avant la fin de la semaine.

Yukio Hatoyama est arrivé au pouvoir il y a huit mois porteur d'un espoir de changement pour un pays vieillissant. Il a créé la surprise, hier, en annonçant sa démission ainsi que celle d'Ichiro Ozawa, le fondateur du Parti démocrate japonais. Yukio Hatoyama devient le 4e chef de gouvernement japonais en quatre ans à interrompre prématurément son mandat. La chute libre de sa cote de popularité, passée sous les 20 %, explique en grande partie ce retrait peu glorieux.

Le Premier ministre paie au prix fort une promesse électorale qu'il s'est avéré incapable à tenir. A la population de l'île d'Okinawa, située dans le sud de l'Archipel, le candidat avait annoncé le déménagement de la base américaine de Futenma. Cela, sans en avoir discuté au préalable avec les autorités militaires des Etats-Unis, qui se sont finalement montrées inflexibles. Le mois dernier, le chef du gouvernement a dû aller s'excuser devant les habitants d'Okinawa furieux. Ce revirement vient encore invalider son discours de campagne où il disait vouloir parler d'égal à égal avec les Etats-Unis.

Rattrapé par les scandales

Le Premier ministre n'est jamais parvenu à convaincre alors que, simple candidat, il avait trouvé le ton juste pour dénoncer les incompétences de ses prédécesseurs, usés par cinquante ans de pouvoir, et soulever l'enthousiasme de la population sensible à un discours plus social. Il avait promis une politique familiale. Jamais mise en place. La gratuité des autoroutes ? Il a toujours repoussé la mesure. Parallèlement, lui qui avait fait campagne pour une politique plus propre et dénoncé les dérives affairistes de ses prédécesseurs a été rattrapé, lui aussi, par quelques scandales financiers retentissants.

Encore simple député, Yukio Hatoyama avait fait des relations intra-asiatiques sa marque de fabrique. Défenseur d'une communauté d'Asie de l'Est calquée sur le modèle de l'Union européenne, il voulait mettre ensemble la Chine, la Corée, le Japon et d'autres pays de la zone. L'idée n'a pas eu le temps de germer, faute d'un premier consensus avec la Chine et la Corée, deux pays où l'armée impériale japonaise n'a pas laissé que de bons souvenirs.

Là encore, il a mal appréhendé la position américaine visiblement peu disposée à voir émerger une nouvelle puissance régionale rivale de l'Apec.

Pas de ligne directrice

Son manque de fermeté dans ses orientations politiques est tout aussi patent au niveau économique. Certes, le Premier ministre a revu par deux fois le volet dépenses de l'Etat et annulé certaines d'entre elles décidées par le gouvernement Aso, son prédécesseur. Il a maintenu les plans de relance pour les consommateurs et aidé la banque centrale à utiliser des mesures non conventionnelles pour lutter contre la déflation. Mais il n'a pas tracé de ligne directrice à moyen terme.

Il voulait réorienter la croissance à partir de la demande intérieure, elle reste tirée par l'exportation. Quant au gouvernement, il reste engoncé dans un budget largement financé par l'emprunt obligataire.

La perspective d'élections sénatoriales, cet été, cruciales pour son parti a figé la politique du Premier ministre pour la cantonner aux seules mesures populaires. Il laisse à son successeur, qui devrait être désigné vendredi, le soin de prendre des décisions de plus en plus urgentes. Et forcément impopulaires.

MICHEL DE GRANDI

PHOTO - Japanese Prime Minister Yukio Hatoyama speaks to reporters at his office in Tokyo on June 2, 2010. Hatoyama tearfully resigned, just nine months after a stunning election win, his brief reign derailed by a row over an unpopular US airbase.

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