jeudi 22 juillet 2010

Chine : grèves relancées, ouvriers en colère - Arnaud de la Grange

Le Figaro, no. 20519 - Le Figaro Économie, jeudi, 22 juillet 2010, p. 24

Une étude de l'université de Shenzhen décrit le profil de ces travailleurs migrants moins dociles que leurs aînés.

Même si elle s'est un peu apaisée, la vague de grèves qui a touché la Chine depuis le mois de mai est loin d'être terminée. Des centaines d'ouvriers d'une usine du fabricant japonais de matériel électronique Omron, à Canton dans le Sud, ont cessé le travail hier. Ils gagnent 150 euros par mois et réclament des hausses de salaires de 60 à 90 euros. Une autre usine du groupe Honda, à Foshan, est également en grève depuis une semaine.

Ces nouveaux mouvements surviennent alors que le Quotidien du peuple vient de publier des extraits d'une enquête menée par l'université de Shenzhen et la Fédération des syndicats de la ville. Cette enquête a été commandée après la série de suicides qui a frappé l'usine Foxconn, fabriquant, entre autres, les fameux iPhone. Un onzième employé du groupe se serait d'ailleurs donné la mort mardi.

Le rapport permet de cerner un peu mieux le profil de cette deuxième génération de migrants, si différente de la première. Plus de 90 % des ouvriers interrogés se plaignent de la longueur des journées de travail. Non de la durée légale, encadrée par la loi de 2008, mais du nombre d'heures supplémentaires qu'ils sont obligés d'effectuer pour avoir un salaire plus décent. Le salaire de base tourne autour de 900 yuans (100 euros). Si l'on ajoute les heures supplémentaires, il s'élève à 1 800 yuans (200 euros) pour un travailleur migrant. C'est la moitié du salaire moyen d'un employé « normal », c'est-à-dire un résident permanent de la ville.

Plus des trois quarts de ce maigre salaire partent dans les dépenses quotidiennes, comme la nourriture, le logement et les transports. Les migrants continuent d'envoyer 20 % leurs revenus à leurs familles restées à la campagne, un peu moins que leurs aînés.

Permis de résidence intérieure

La grande majorité des ouvriers réclame la suppression du système du « hukou », ce permis de résidence qui prive des millions de « migrants » de l'accès aux avantages sociaux offerts aux citadins. Une intégration d'autant plus indispensable que seul 1 % d'entre eux envisage de retourner dans leurs campagnes d'origine. Un renversement par rapport à la génération précédente.

Un éminent sociologue de l'université de Pékin, Lu Huilin, vient d'exhorter les autorités à changer le modèle de développement. « Le pays utilise une immense masse de main-d'oeuvre bon marché pour poursuivre ses objectifs de croissance, tout en ignorant les droits de l'homme les plus simples des ouvriers ainsi que les principes d'équité. Les jeunes migrants commencent à résister instinctivement au système », a-t-il averti. Si rien ne change, ces problèmes vont se muer « en courant non maîtrisable ».

L'enquête ne s'est pas aventurée sur le terrain sensible d'une représentation syndicale indépendante, hors du parti, seul gage d'une vraie défense des intérêts des petites mains de « l'atelier du monde ».

PHOTO - Taiwanese tycoon Terry Gou (2nd L), founder of Foxconn, speaks to journalists as he visits a Foxconn factory in the township of Longhua in the southern Guangdong province in this May 26, 2010 file photo. China may be "the workshop of the world", but young rural migrant workers are less accepting than their parents were of life in the factories -- low pay, gruelling hours, and sometimes martial workplace rules. A spate of worker suicides at the tightly guarded factories that make gadgets for Apple and other electronics companies has also highlighted their plight, becoming a cause celebre for migrant workers who followed the stories online -- as well as an embarrassment to the foreign companies that depend on the plants.

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