mercredi 27 octobre 2010

Les Etats-Unis plaident auprès de la Chine pour durcir les sanctions contre l'Iran

Le Monde - International, jeudi, 28 octobre 2010, p. 6

Durcir l'application des sanctions, leur donner du temps pour produire leur effet, et observer le débat qu'elles suscitent au sein du régime iranien, qui n'a pas apporté de réponse claire à l'offre de dialogue transmise par la haute représentante européenne Catherine Ashton. Celle-ci espère une rencontre à Vienne, à la mi-novembre, entre un émissaire iranien et les représentants des grandes puissances.

Telle demeurait l'approche des Occidentaux, mardi 26 octobre, alors que l'Iran commençait à introduire du combustible (de provenance russe) dans sa centrale nucléaire de Bouchehr, sur les rives du Golfe persique. Les Etats-Unis ont rappelé à cette occasion que cette installation reste périphérique par rapport aux problèmes que soulève le programme nucléaire iranien. " Ce qui nous pose problème, ce sont les installations comme celle de Natanz et leur site secret à Qom et dans d'autres endroits où nous pensons qu'ils mènent leur programme d'armes ", a commenté la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

La centrale de Bouchehr, dont l'achèvement a connu de multiples retards, a la particularité d'avoir été mise à l'abri des sanctions internationales qui frappent l'Iran. La raison en est que Moscou s'est engagée à reprendre tout le combustible usé, ce qui empêche son détournement vers des fins militaires. L'Iran s'efforce de son côté de présenter Bouchehr comme une réalisation majeure démontrant l'inanité des pressions extérieures qui s'exercent sur le pays.

Quête de palliatifs

Les sanctions n'ont pas à ce jour modifié le comportement de la République islamique sur le dossier nucléaire mais elles contribuent à alourdir les difficultés économiques d'un Etat qui voit s'assécher, de mois en mois, les réseaux financiers dont il peut disposer (y compris auprès des émirats du Golfe), ainsi que les sources de technologie et d'investissements étrangers.

Par le biais de leurs sanctions à caractère extraterritorial, adoptées en juillet et ciblant en particulier le secteur énergétique, vital pour l'économie iranienne, les Etats-Unis exercent une forte pression. Ces mesures, qui s'ajoutent à celles prises par l'Union européenne et d'autres alliés de Washington, ont adressé un message difficile à ignorer pour les majors pétrolières et les courtiers internationaux, qui restreignent leurs activités avec l'Iran.

L'un des résultats les plus visibles a été la décision du gouvernement iranien de reporter à la mi-novembre une augmentation du prix de l'essence, prévue dans le cadre d'une suppression progressive des subventions qui caractérisent la gestion économique du pays.

Selon une évaluation faite côté occidental, les sanctions ont coûté à l'Iran " des dizaines de milliards de dollars " au cours de l'année écoulée. La suspension en septembre par la compagnie turque Tupras de ses livraisons de carburant a obligé Téhéran à chercher des palliatifs, en reconfigurant des installations pétrochimiques ou en se tournant vers d'autres partenaires, comme le Venezuela.

Les Etats-Unis cherchent à colmater toutes les brèches dans le dispositif des mesures coercitives. Ils ont envoyé des émissaires à Ankara et à Pékin, plaidant notamment auprès des Chinois pour qu'ils ne se substituent pas aux compagnies occidentales, comme Total, Shell, Eni et Statoil, qui ont cessé tout investissement en Iran.

A Téhéran, selon une analyse faite de source occidentale, l'impact des sanctions a relancé les tensions politiques internes, notamment entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le Parlement, tandis que le " Guide suprême ", Ali Khamenei, a adressé aux différentes factions des consignes d'unité.

Natalie Nougayrède

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