dimanche 6 février 2011

Chaude année du Lapin pour le dauphin Xi Jinping

Le Soir - 1E - MONDE, samedi, 5 février 2011, p. 15

Pékin - Le Caire. Deux mondes. L'un noyé dans les fumées de pétards, l'autre dans celles des bombes lacrymogènes. « C'est la fête » , sourit une jolie Pékinoise, près du Temple des Lamas, les bras chargés de fusées qu'elle fera exploser à la nuit tombée. Deux mondes, si loin et pourtant... A quelques pas de là, à Zhongnanhai (le coeur du pouvoir chinois, près de Tiananmen), les caciques du Parti redoutent un effet de contagion. Qu'ont-ils à redouter ces chefs incontestés d'un pays qui vient de renouer avec un taux de croissance à deux chiffres (10,3 % en 2010 contre 9,1 % en 2009) ? « La situation sociale reste tendue » , reconnaît Lu Songnian, universitaire shanghaïen. Suffirait-il d'une simple étincelle - une manifestation, une pétition isolée, etc. - pour que la Chine elle aussi s'embrase ? 2010 a été une année « difficile » pour le régime, juge Songnian. Entre les grèves spontanées d'ouvriers (chez Foxconn notamment) et d'intenses luttes au sommet du pouvoir à moins de deux ans du futur Congrès du Parti, la 2è puissance économique du globe est « à un tournant » , dit-il. Elle devient une puissance incontournable, sûre d'elle mais qui reste aussi « fragile

» . Xi Jinping, bombardé à l'automne dernier vice-président de la Commission militaire centrale - et donc très probable successeur de Hu Jintao en 2012, le sait. Cette année du Lapin qui débute à peine sera une sorte d'examen pour lui et les autres futurs dirigeants (dont Li Keqiang, futur Premier ministre pressenti). « Xi n'a pas le droit à l'erreur » , analyse Willy Lam, chercheur à Hong Kong, spécialiste des arcanes du pouvoir chinois. « Il risque d'être très prudent jusqu'au prochain Congrès du Parti » , l'année prochaine. La priorité pour cet homme - fils d'un ancien haut cadre du régime - est avant tout « de sauver l'image et les intérêts du Parti » . Peu importe la censure ou les arrestations régulières de dissidents. Objectif : éviter à tout prix un scénario à l'égyptienne...

PIERRE TIESSEN, à Pékin

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