jeudi 3 mars 2011

SEB décidé à monter au capital de Supor pour profiter de l'essor du marché chinois


Les Echos, no. 20882 - Industrie, jeudi, 3 mars 2011, p. 20

Le fabricant d'électroménager a vu ses ventes bondir de 30 % en Chine en 2010, grâce à Supor, sa marque locale. En 2011, il veut renforcer sa place au capital pour la porter à 71 %. Le pays est désormais son deuxième marché après la France.

SEB joue plus que jamais la carte chinoise. Le champion tricolore du petit électroménager espère finaliser d'ici à la fin de l'année sa montée au capital de sa filiale locale, Supor, le roi des autocuiseurs à riz, qui fabrique aussi des extracteurs de lait de soja et des woks antifumée. Tout dépendra des autorités chinoises.

La famille fondatrice Su souhaite vendre 20 % de ses titres sur les 32,5 % qu'elle détient encore dans la société cotée. Le montant de l'opération est estimé à 385 millions d'euros. « Cela permettrait à SEB avec 71 % du capital de sécuriser l'actionnariat et de mieux consolider Supor dans nos résultats », a souligné hier le PDG, Thierry de La Tour d'Artaise.

Une assemblée générale des actionnaires de Supor doit se prononcer vendredi sur le sujet. SEB devra ensuite obtenir une dérogation de l'autorité des marchés chinois. Le groupe ne souhaite pas en effet lancer d'OPA sur le reste des actions, cotées en Bourse, soit 16 % du capital.

Le gouvernement chinois aura lui aussi son mot à dire. Ce dernier avait déjà vu d'un mauvais oeil en 2007 la prise de contrôle de son champion local par un groupe étranger. La famille Su s'était ainsi vu interdire la vente de sa participation jusqu'à la fin de 2010. « Un refus ne changerait rien à notre stratégie, poursuit le dirigeant. Supor est une pépite fantastique, nous avons renforcé nos équipes sur place, nos capacités industrielles et nous avons beaucoup de projets. »

Cinq usines dans le pays

Les premières innovations liées à ce rapprochement entre le bourguignon et le chinois, dont les ventes ont dépassé 600 millions d'euros l'an dernier, ont été lancées l'an dernier. A l'exemple de l'autocuisieur à riz à induction, le premier sur le marché. Du coup, les capacités de production sont en cours d'extension sur deux sites : celui de Wuhan, qui va doubler, et celui de Shaoxing, créé en 2009. Au total, SEB compte 5 usines dans le pays et y emploie 12.000 salariés, soit plus de la moitié de son effectif. La Chine est désormais clairement son deuxième marché, derrière la France, avec un bond des ventes de 30 % en 2010.

Mais l'Asie ne fait pas partie des seules priorités du leader du petit électroménager, dont le chiffre d'affaires a progressé de 15 % en 2010, à 3,65 milliards d'euros, et le résultat net de 51 %, à 220 millions. SEB veut en effet maintenir une activité équilibrée entre ses marchés. Les pays émergents représentent 44 % des ventes (+ 18 % en 2010), le reste étant réalisé dans les pays matures (+ 4 %). Sa production elle aussi « est bien répartie », assure la société, avec 40 % des capacités en Europe, surtout en France, 20 % en Chine, 8 % en Amérique du Sud. Près de 30 % des produits sont achetés à des sous-traitants. « Nous sommes souvent considérés comme le dernier des Mohicans en continuant à produire en France, relève Thierry de La Tour d'Artaise. Nous allons continuer. »

Relance de Moulinex

En 2011, pour pousser ses ventes, SEB compte encore procéder à des acquisitions. Après celle récente du leader colombien des articles culinaires Imusa, le groupe dispose de 6 marques mondiales (Tefal, Krups...) et de 14 locales (Arno, Calor...). Cette année va aussi voir la relance de Moulinex dans 9 pays européens, où la marque était interdite de vente par la Commission depuis 2002 (Allemagne, Espagne, Suède...) pour des raisons de concurrence. « Nous voulons lui redonner tout son lustre », note le patron.

Enfin, pour contrer la hausse de matières premières, dont l'impact restera limité, le groupe envisage d'augmenter ses prix, notamment en Chine, de l'ordre de 1,5 %.

DOMINIQUE CHAPUIS

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