mercredi 30 mars 2011

Séisme au Japon: les conséquences économiques

Le Monde - Environnement & Sciences, mardi, 29 mars 2011, p. 7

Le commerce régional subit les premiers effets de la crise nucléaire

Embargo sur les produits alimentaires nippons, contrôle du fret : la Chine et Taïwan se protègent.

La Chine a annoncé, lundi 28 mars, de nouveaux contrôles sur les produits alimentaires et l'eau dans quatorze provinces, notamment le long des côtes, après que des niveaux de radiations qualifiés « d'extrêmement faibles » ont été détectés dans le Heilongjiang, province de l'extrême nord-est du pays.

Un embargo à effet immédiat sur l'importation de produits laitiers, de fruits et légumes et de produits de la mer en provenance de cinq préfectures japonaises proches de Fukushima avait déjà été annoncé, vendredi 25 mars. Des mesures similaires ont été adoptées à Taïwan concernant la pêche.

A Hongkong, certains restaurants et chaînes de supermarchés sont allés plus loin, cessant de leur propre initiative tout achat de produits alimentaires japonais. Plusieurs grands hôtels affirment ne plus rien acheter venant du Japon jusqu'à nouvel ordre. Les crustacés et le poisson des sushis seront désormais importés de Nouvelle-Zélande, d'Australie ou d'Écosse.

Le public hongkongais a d'ailleurs décidé d'éviter les restaurants japonais au point que, selon un porte-parole du secteur, les 7 000 emplois des 600 restaurants nippons seront menacés si la tendance s'accentue. Hongkong, qui importe la quasi-totalité de ses produits alimentaires, ne se fournit toutefois que pour moins de 3 % au Japon. Les effets devraient donc être limités. A l'exception notoire du lait en poudre pour bébé en provenance du Japon, qui a fait l'objet d'achats frénétiques dans l'ancienne colonie britannique comme en Chine continentale, où les consommateurs accordent peu de confiance à l'industrie locale.

L'inquiétude porte en fait sur tout ce qui arrive du nord-est du Japon. Ainsi, les navires de la marine marchande doivent désormais être mis en quarantaine à Lamma, l'une des îles de Hongkong, s'ils proviennent d'un port situé dans un rayon de moins de 80 kilomètres de Fukushima. Récemment, le capitaine du Molière, un bateau de CMA-CGM provenant de Yokohama, avait demandé à ce que son équipage soit testé, suscitant l'inquiétude des autorités sanitaires locales.

Le 21 mars, un porte-conteneurs avait été immobilisé au large de Xiamen, dans la province chinoise du Fujian, puis redirigé vers Kobe après qu'un niveau anormal de radiation a été détecté.

Au Japon, trois ports secondaires - Sendai, Kashima et Hitachinaka - ont été fermés à la suite du tsunami. L'armateur allemand Hapag Lloyd, basé à Hambourg, a décidé « par mesures de précaution » que ses navires ne desserviraient plus les ports de Tokyo et de Yokohama, tandis que la plupart de ses concurrents arguent de la nécessité de continuer d'approvisionner l'Archipel.

Pour la plupart des entreprises asiatiques, il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de la catastrophe japonaise sur leurs chaînes de production. A Taïwan, le fabricant d'ordinateurs Acer disposerait de deux mois et demi à trois mois de stocks. Et certains producteurs taïwanais de circuits imprimés, ces cartes vertes utilisées tant dans les télécommandes que dans les téléphones portables et les ordinateurs, s'inquiètent de la fermeture d'une usine dévastée par le tremblement de terre de la branche chimie du japonais Mitsubishi à Kamisu, dans la préfecture d'Ibaraki.

Mitsubishi fournit environ 45 % du marché des plaques laminées de cuivre nécessaires à la production de ces circuits. « L'usine est totalement bloquée, constate une porte-parole de Mitsubishi. Personne ne sait précisément quand elle reprendra. » L'entreprise estime qu'il faudra au moins deux mois.

Un responsable d'un groupe spécialisé dans la production de circuits imprimés à Taïwan assure que chacun dans le secteur cherche activement des substituts. « Mais il faudra du temps pour que l'approvisionnement soit effectif, estime-t-il. Or, au rythme actuel, les manques pourraient se voir dès la fin du mois d'avril. » Un concurrent dit avoir des stocks permettant de suivre pendant deux à six semaines. Refusant de donner le nom de l'entreprise, il s'explique : « Les clients sont plutôt compréhensifs, la catastrophe était imprévisible, mais les investisseurs s'inquiètent beaucoup. »

La catastrophe a également un impact sur le secteur du tourisme en Asie. L'Association internationale du trafic aérien (IATA) a indiqué s'attendre à une forte baisse des vols intérieurs dans l'Archipel.

Alors que la plupart des hôtels sont à moitié vides à Tokyo, plusieurs agents de voyages de Hongkong bradent les séjours au Japon, destination populaire en cette saison pour les stations de ski et la floraison des cerisiers. La demande n'atteint pas 10 % de son niveau habituel. Taïwan pâtit d'annulations en masse de visiteurs japonais.

Samedi 26 mars, Citibank a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour Taïwan. « Pour chaque point de croissance que perd le Japon, ce sera un demi-point de moins pour Taïwan », a déclaré Cheng Cheng-mount, économiste de la banque américaine.

Florence de Changy et Harold Thibault

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