mercredi 27 avril 2011

La dette pèse sur la reconstruction au Japon - Yann Rousseau

Les Echos, no. 20919 - International, mardi, 26 avril 2011, p. 9

Pour la première fois depuis 1995 et le tremblement de terre de Kobe, le gouvernement japonais et les parlementaires de tous les partis du pays ont renoncé à leurs vacances traditionnelles de la « Golden Week », pour s'attaquer à l'étude de premier budget de la reconstruction. En fin de semaine dernière, l'équipe du Premier ministre Naoto Kan a annoncé qu'elle allait présenter ce jeudi au Parlement une première enveloppe d'urgence de 4.000 milliards de yens (33,3 milliards d'euros). Elle doit permettre la reconstruction rapide d'infrastructures dans les régions du nord-est du pays frappées par le séisme puis par le gigantesque tsunami du 11 mars dernier. Une large part de ces sommes doit alimenter la fabrication, avant l'été, de logements temporaires pour les dizaines de milliers de familles ayant perdu leurs maisons.

Impasse

Si l'intégralité de la classe politique soutient ces projets, les élus ont plus de mal à s'entendre sur le financement de ce premier budget d'urgence qui devrait être suivi par plusieurs autres en 2011 et 2012. Les élus de la majorité DPJ devraient pouvoir faire voter le premier budget en s'associant avec quelques petites formations du centre, mais ils risquent de ne pas pouvoir obtenir un soutien suffisant pour faire adopter la loi de Finances qui doit, accompagner ce texte quelques jours plus tard. Déjà confronté au gonflement malsain de la dette de l'Etat, qui équivaut à 200 % de son PIB, le premier ministre a décidé de ne pas émettre de nouvelles obligations. Il propose pour l'instant de financer les 4.000 milliards de yens de dépenses en récupérant des sommes initialement mises de côté pour alimenter le fonds de retraite du pays et d'autres destinées à permettre une baisse des péages d'autoroutes. Mais l'opposition, emmenée par le puissant LDP, refuse de voir « détourner » l'argent des retraites et presse le Premier ministre de se montrer plus « courageux » en acceptant de renoncer à d'autres promesses de campagne. Au sein même de la majorité, plusieurs personnalités proposent, elles, une hausse temporaire de certains impôts malgré les mises en garde des économistes du gouvernement qui refusent de déprimer encore plus la consommation domestique. D'autres cadres du pouvoir estiment que l'émission de nouvelles obligations sera de toute façon inéluctable pour financer les prochaines tranches de la reconstruction.

Face à cette impasse, la majorité et l'opposition pourraient décider de voter le 2 mai prochain l'amendement au budget de reconstruction mais de reporter exceptionnellement « à plus tard » les textes épineux réglant son financement. Conscient des limites de ce scénario, Naoto Kan a reconnu, hier soir, que le Japon devrait rapidement clarifier sa stratégie de reprise en main de ses finances publiques pour conserver la confiance des investisseurs sur la scène internationale.

YANN ROUSSEAU

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