mercredi 18 mai 2011

OPINION - La direction du FMI doit s'ouvrir au monde émergent - Christopher Swann

Le Monde - Economie, jeudi 19 mai 2011, p. 20

Il était dit qu'un jour les économies émergentes seraient appelées à exercer une plus grande influence sur le Fonds monétaire international (FMI). Après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn, ce jour pourrait arriver plus vite que prévu. La coutume veut que la direction du FMI soit confiée à un Européen. Le recrutement du prochain dirigeant dans un pays émergent - et, mieux encore, dans un pays passé sous les fourches caudines du FMI - permettrait d'accroître le soutien au Fonds dans les rangs des puissances émergentes.

Le FMI a souvent été perçu par les pays les plus pauvres du monde comme l'instrument des puissances économiques américaine et européenne. Le partage traditionnel des pouvoirs - un Européen au FMI, un Américain à la Banque mondiale - leur a donné raison. Et les pays en développement ont généralement été considérés comme de possibles bénéficiaires des largesses du FMI plutôt que comme des partenaires estimés. Jusqu'à une période récente, les droits de vote des grands pays émergents n'étaient absolument pas proportionnels à leur poids économique dans le monde.

Les arguments qui ont longtemps permis de justifier la place prépondérante des grandes puissances au sein de ces deux institutions sont archaïques. En effet, ils ne tiennent compte ni du rééquilibrage du pouvoir économique à l'échelle de la planète ni des défis qu'une telle évolution posera au FMI dans les années à venir. Il est à souligner que les pays en développement ont beaucoup de candidats solides et expérimentés à proposer, ce qui n'était pas nécessairement le cas il y a quelques années.

Si la course était ouverte aux non-Européens, certaines frictions ne manqueraient pas de se faire jour. Chacun des BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine - serait ravi de voir le poste de numéro un confié à l'un de ses ressortissants. Il est urgent que les BRIC s'entendent afin de briser le monopole du Vieux Continent.

Signaux inquiétants

Le Turc Kemal Dervis pourrait constituer un candidat de compromis : ancien ministre de l'économie de son pays, il a négocié un plan de sauvetage avec le FMI en 2001 mais a aussi travaillé pendant plus de vingt ans à la Banque mondiale. Trevor Manuel, ancien ministre des finances d'Afrique du Sud, compte lui aussi parmi les favoris. Sa présidence du Comité de développement de la Banque mondiale ne lui a valu que des éloges.

Déjà, certains signaux inquiétants, en provenance notamment d'Allemagne, montrent que l'Europe n'est pas prête à céder la place. Ce serait dommage. La réforme des droits de vote orchestrée par M. Strauss-Kahn a contribué à vaincre la méfiance longtemps suscitée par le FMI. La nomination d'un président issu d'un pays en développement est le moyen rêvé de rallier les derniers sceptiques.

Christopher Swann
(Traduction de Béatrice Laroche)
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