mardi 7 juin 2011

La catastrophe de Fukushima donne un coup d'accélérateur à l'essor du gaz naturel


Les Echos, no. 20948 - Industrie, mardi 7 juin 2011, p. 21

Abondant et bon marché, le gaz naturel pourrait représenter le quart de la demande mondiale en énergie d'ici à 2035, selon l'AIE. Un niveau proche de celui du pétrole. Une montée en puissance liée au développement des gaz non conventionnels et aux conséquences de l'accident de Fukushima.

La catastrophe de Fukushima va donner un coup d'accélérateur au développement du gaz naturel dans le monde. D'ici à 2035, la consommation de gaz va en effet bondir de 50 %, estime l'Agence internationale de l'énergie dans un rapport publié hier. Son poids dans le cocktail énergétique mondial devrait passer de 21 % à 25 % et atteindre ainsi un niveau quasi-équivalent à celui du pétrole (27 %).

Le gaz naturel est à la veille de connaître « un âge d'or », juge l'AIE, du fait d'une forte hausse de la demande dans les pays émergents. D'ici à 2035, la consommation indienne de gaz devrait être multipliée par 4, et celle du Moyen-Orient par 2. Surtout, la demande de gaz de la Chine pourrait être équivalente à celle des 27 pays de l'Union européenne. L'an dernier, les achats de gaz naturel de l'empire du Milieu avaient été semblables à ceux de l'Allemagne.

Dans ce contexte, le poids du gaz pourrait dépasser celui du charbon à partir de 2030. Le gaz deviendrait alors le deuxième combustible fossile de la planète. derrière le pétrole. « Nous avons observé un développement remarquable des marchés du gaz ces derniers mois. Il existe de fortes probabilités pour que cette source d'énergie joue un rôle plus important » à l'avenir, commente le président de l'AIE, Nobuo Tanaka.

Politique énergétique chinoise

Plusieurs facteurs expliquent cette montée en puissance. Du fait de l'accident de Fukushima et d'un « rôle réduit » de l'énergie nucléaire dans certains pays, l'augmentation des capacités de production d'électricité nucléaire va être inférieure de 10 % à ce qui était encore prévu à l'automne, avec une hausse de 330 gigawatts au cours des vingt-cinq ans à venir. « Le gaz naturel est la source d'énergie la plus susceptible de bénéficier de ce ralentissement du fait de son abondance et de ses faibles coûts en capital », estime l'Agence internationale de l'énergie.

Cette montée en puissance du gaz naturel va aussi s'appuyer sur le développement des gaz non conventionnels (gaz de schiste, gaz de houille, réservoirs compacts). Ceux-ci devraient représenter plus de 40 % de l'augmentation des volumes produits dans le monde d'ici à 2035. Grâce à cette surabondance de l'offre, le gaz va rester une énergie bon marché dans les années à venir.

Autre facteur de poids, la volonté de la Chine de promouvoir massivement l'utilisation du gaz naturel. Lors du dernier plan à cinq ans adopté en mars 2011, les dirigeants chinois ont décidé de multiplier par plus de 2 la part du gaz dans leur consommation énergétique à l'horizon de 2015.

Ce développement spectaculaire du gaz naturel risque néanmoins d'avoir de lourdes conséquences au niveau climatique. Le gaz est certes l'énergie fossile « la plus propre », note l'Agence internationale de l'énergie. Mais « demeure une énergie fossile » qui émet des gaz à effet de serre et pourrait faire augmenter la température moyenne de plus de 3,5 degrés. « Le développement du gaz ne nous permettra pas d'atteindre les objectifs que nous avons en matière de lutte contre le réchauffement climatique », a déploré Fatih Birol, économiste en chef à l'AIE.

EMMANUEL GRASLAND

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