mardi 21 juin 2011

La Corée du Nord s'apprêterait-elle à en finir avec son autarcie ? - John Foley

Le Monde - Economie, mardi 21 juin 2011, p. 18

La Corée du Nord n'est pas exactement le paradis de l'investissement étranger. Pourtant, c'est dans ce pays fermé sur lui-même que s'est tenue, le 8 juin, la cérémonie d'ouverture de deux « zones économiques spéciales » - régions à faible imposition pour attirer les usines à capitaux étrangers. Si le dirigeant malade de la Corée du Nord, Kim Jong-il, suit l'exemple de son grand voisin, Pyongyang aura peut-être trouvé le moyen de sortir la République populaire démocratique de son extrême pauvreté.

Ce pays autarcique vit dans un isolement quasi total - par choix, mais aussi à cause de rigoureuses sanctions internationales. Seul fait exception le commerce avec la Chine. Mais les pénuries et la malnutrition sévissent, et le régime fait eau de toutes parts : quelque 1 100 personnes ont fui le pays entre mai 2010 et mai 2011, soit une hausse de 14 % par rapport à l'année précédente, selon le ministère sud-coréen de la réunification.

La Corée du Nord aurait donc intérêt à créer ces zones économiques spéciales à la chinoise. Les coûts de main-d'oeuvre y représentent environ un dixième de ceux du voisin du sud. Pyongyang pourrait ainsi réduire son déficit commercial et bâtir un secteur d'industries légères crédible, à l'instar de ce qu'a fait la Chine avec la création de régions spéciales, comme celle de Shenzhen dans les années 1980.

Un parc industriel existe déjà à la frontière avec la Corée du Sud. Mais les perspectives sont meilleures pour les nouvelles zones. Le complexe de Kaesong, vieux de huit ans, pâtit en effet des tensions militaires et de l'embargo commercial des Etats-Unis, qui frappe aussi les produits fabriqués dans la région. En revanche, la situation est plus calme le long de la frontière avec la Chine, un pays qui, de surcroît, représente un marché géant et applique les sanctions avec laxisme.

Inféodés aux Chinois

Mais ce qui pourrait manquer, c'est la volonté politique. Malgré les promesses d'un Etat fort et prospère pour 2012, le régime demeure une dictature répressive qui croit aux valeurs de l'autarcie.

Inféodés aux Chinois qui fournissent la quasi-totalité de l'énergie du pays, les Nord-Coréens cherchent peut-être à échapper à cette emprise. En 2010, Pyongyang a ainsi loué une jetée dans un port russe avec un bail de cinquante ans, et une autre à la Chine, mais... pour dix ans seulement.

Mais pour nombre d'analystes, la transparence et les réformes politiques sont les conditions de la croissance économique en Corée du Nord. Même si l'expérience de la Chine montre que cela peut aussi marcher dans l'autre sens.

Sur Breakingviews.com
(Traduction de Ngoc-Dung Phan)
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