mardi 9 août 2011

Ai Weiwei brise le silence imposé par Pékin - Céline Zünd


Le Temps - International, mardi 9 août 2011

Libéré sous caution le 22 juin, l'artiste chinois fait son retour sur Internet après un mois de mutisme.

L'artiste Ai Weiwei, libéré sous caution le 22 juin après quatre-vingt-un jours de détention, sort enfin de son silence. Il a fait sa première apparition sur Google?+, un réseau social conçu par la société américaine du même nom. Sur son profil, un autoportrait, torse nu, avec cette phrase: «Voici une preuve de vie.» Une preuve aussi que l'artiste n'a pas perdu son sens de la dérision. «Passionné de pornographie et évadé fiscal suspecté»: c'est ainsi qu'il se décrit, en référence aux charges retenues contre lui par la police, qui affirme avoir relâché l'artiste pour sa «bonne conduite» et parce qu'il aurait confessé ses crimes économiques. En quelques jours, il capte plus de 16 000 internautes sur ce réseau social dont l'accès est limité en Chine.

Quelques jours plus tard, Ai Weiwei fait son retour sur Twitter, où il a rassemblé plus de 95 000 «suiveurs» dans le monde. Il donne d'abord des nouvelles de son poids. «Dîner 10 raviolis, 3 kg regagnés», écrit-il dimanche. Puis il poste une photographie de deux pieds nus sur une balance indiquant 97 kilogrammes. A sa libération, Ai Weiwei était réapparu très amaigri. Dans de nouveaux tweets lundi soir, il évoque sa détention, qu'il qualifie d'«illégale».

L'arrestation de l'artiste en vue sur la scène internationale avait provoqué une vague de protestation, alors que ses oeuvres étaient exposées dans plusieurs musées dans le monde, dont deux en Suisse. Peu après sa libération, Ai Weiwei avait signalé aux journalistes qu'il n'était pas autorisé à parler aux médias. Mais, début août, le quotidien hongkongais Apple daily, interdit sur le continent, publiait des révélations de l'artiste sur ses conditions de détention. «J'ai perdu tout contact avec le monde extérieur et j'ai été plongé dans un monde d'obscurité, raconte-t-il. J'ai eu peur que mon existence ne se fane silencieusement; personne ne savait où je me trouvais, et personne ne l'aurait jamais su. J'étais comme une graine de soja tombée sur le sol, qui aurait roulé jusqu'à une crevasse, dans un coin. Incapable de produire un seul son, je serai oublié à jamais.»

Pendant ses jours de détention, Ai Weiwei a subi 52 interrogatoires par la police. Tous les matins, il était réveillé à 6h30. Il était constamment surveillé dans sa minuscule cellule éclairée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avait raconté un peu plus tôt au Washington Post sa soeur, Hao Ge.

Ai Weiwei pourrait quitter la Chine pour s'installer dans la capitale allemande. L'Université des arts de Berlin (UDK) lui avait proposé un poste de professeur invité avant sa détention, une offre qu'il a acceptée, a indiqué mi-juillet l'institution berlinoise dans un communiqué de presse. Pas sûr toutefois qu'il puisse s'envoler. Ai Weiwei est sous enquête pour une année. Il a l'interdiction de quitter Pékin sans autorisation. Avant d'être arrêté, l'artiste avait déjà évoqué son intention d'ouvrir un studio à Berlin, pour faire de cette ville sa base européenne.

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