mardi 23 août 2011

La Chine prend en compte la voix des femmes dans le développement

NewsPress - International; Organisations Internationales, lundi 22 août 2011 - 160500

Mme Ma vit en périphérie de Wuhan, l'une des plus grandes villes de Chine. Comme la plupart des femmes de son village, elle s'occupe des tâches domestiques et cultive des légumes, mais participe très peu à la vie de la communauté : son mari assiste sans elle aux réunions ou rassemblements du village.

Sa surprise a donc été grande lorsque des chercheurs préparant un projet de transport urbain financé par la Banque mondiale lui ont demandé d'exprimer son avis et ses inquiétudes au sujet des déplacements et du relogement qu'impliquait ce projet. Elle a répondu qu'il fallait « faire bon usage de l'argent de l'indemnisation », et que « les femmes devaient avoir les mêmes droits que les hommes dans le processus de relogement ».

Les réponses de Mme Ma ont contribué à l'élaboration d'un rapport consacré au rôle des femmes et à l'importance de leur voix sur ces questions et dont les conclusions orienteront la conception et la mise en oeuvre du projet de Wuhan. « Les besoins particuliers des femmes doivent être pris en considération, et leur voix doit être entendue », a déclaré le responsable de l'étude, Zhefu Liu, spécialiste senior du développement social à la Banque mondiale.

Ce projet est un exemple, parmi bien d'autres, qui illustre comment la Banque mondiale intègre les questions liées au genre en écoutant la voix des femmes et en adaptant ses activités à leurs besoins spécifiques. En Chine, depuis la reconnaissance de l'égalité hommes-femmes en 1949, la condition des femmes s'est grandement améliorée mais, le contexte socioéconomique et politique évoluant rapidement, des efforts soutenus sont nécessaires pour qu'hommes et femmes bénéficient à part égale des fruits du développement.

Si la Chine veut atteindre d'ici 2015 les objectifs de développement pour le Millénaire, il est urgent de promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans ce pays.

« Prendre en considération la parité hommes-femmes, lorsque c'est pratiquement pertinent, permet à la fois de réduire les inégalités en la matière et d'améliorer les résultats du développement, affirme Ede Ijjasz, responsable du développement durable à la Banque mondiale pour la Chine et la Mongolie. C'est le socle du Plan d'action pour l'égalité des sexes (a) lancé par l'institution. »

Besoins spécifiques

Selon les experts de la Banque mondiale, les priorités des femmes vis-à-vis de l'économie et du développement sont parfois considérées comme identiques à celles des autres catégories de population démunies. Or, les femmes doivent surmonter des obstacles différents pour pouvoir bénéficier au même titre que les hommes des actions en faveur du développement et de la lutte contre la pauvreté.

Une étude réalisée dans le cadre du Projet de transport urbain de Taiyuan révèle ainsi que les besoins des hommes et des femmes divergent en ce qui concerne les transports. À la suite de consultations menées auprès de la population féminine, on a remanié ce projet afin de construire davantage de routes secondaires, d'améliorer les trottoirs et d'installer des bancs plus stables.

Dans les campagnes chinoises, les femmes ont difficilement accès aux services de santé, à cause du manque de ressources et de préjugés qui leur sont défavorables. Pour remédier à ces problèmes, le Projet de santé rurale a aidé les autorités de santé à élaborer des plans locaux, prévoyant notamment des consultations régulières par des femmes médecins, la construction de cliniques spécialisées ou la mise en place de créneaux horaires réservés aux femmes dans les centres de santé.

Dans les régions rurales et isolées, les femmes ont rarement l'occasion de quitter leur village, et comme un grand nombre d'hommes partent chercher du travail en ville, elles doivent jouer un rôle important dans l'agriculture, bien qu'il leur soit extrêmement difficile d'acquérir des connaissances et un savoir-faire portant sur ces techniques et sur les moyens de subsistance.

« Auparavant, même si on avait conscience du besoin de formation, on ne disposait d'aucune ressource », explique Tang Wanxiang, présidente de l'association des femmes du comté de Menglian, situé dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine.

Le Projet pour le développement des communautés pauvres et rurales a ainsi permis d'envoyer des experts sur place pour apprendre aux femmes à semer et à nourrir le bétail, ainsi que d'autres travaux agricoles. « Les compétences deviennent une source stable de revenus. Le statut des femmes au sein de la famille s'est beaucoup amélioré, car elles rapportent plus d'argent à la maison », ajoute Tang Wanxiang.

« Malgré l'accroissement considérable de leur charge de travail, la participation, la formation et l'accès des femmes au crédit ou à d'autres biens et ressources restent limités, souligne l'un des économistes seniors à la Banque mondiale, Alan Piazza, qui conduit le projet. Mais pour définir une stratégie efficace de réduction de la pauvreté, il faut bien connaître la charge de travail des femmes vivant en zone rurale et leurs possibilités d'accès aux diverses ressources. »

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