jeudi 18 août 2011

Obama dépêche son vice-président à Pékin pour rassurer sur la dette


Les Echos, no. 20997 - International, jeudi 18 août 2011, p. 5

Le vice-président américain, Joe Biden, a entamé hier soir une visite de cinq jours en Chine, dans un contexte tendu après les vives critiques de Pékin sur la politique budgétaire américaine

Eteindre l'incendie. Telle est la mission du vice-président américain, Joe Biden, qui a commencé hier une visite de cinq jours en Chine. La visite du numéro deux américain avait été annoncée le 4 août, vingt-quatre heures après les commentaires cinglants de l'agence officielle Chine nouvelle estimant que le gouvernement américain n'était pas parvenu à désamorcer « la bombe de la dette », malgré l'accord intervenu au Congrès, le 2 août. « Les jours où l'Oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts de l'étranger semblent comptés », avait réagi Chine nouvelle le 6 août, au lendemain de la dégradation de la note américaine par l'agence Standard & Poor's. La presse officielle chinoise continuait de donner le ton hier, « Le Quotidien du peuple » appelant « le gouvernement américain à assumer ses responsabilités avec sérieux et à prendre des mesures concrètes » au sujet de la dette.

Plutôt que d'entrer dans une guerre des mots qui aurait pu agacer les investisseurs, Washington essaie de rassurer son premier créancier. En réponse aux propos chinois, Joe Biden s'est dit confiant dans la solidité des bons du Trésor américains. « Le gouvernement Obama s'emploie sans compter à préserver les fondamentaux de l'économie américaine afin de garantir la sécurité, la liquidité et la valeur des obligations du Trésor américain, et ce vis-à-vis de tous les investisseurs, (...) y compris la Chine, a-t-il déclaré hier dans une interview au magazine économique chinois "Caijing". Les forces fondamentales de l'économie américaine - sa résistance, sa flexibilité, son aptitude à innover et à se développer -demeurent. »

Pour son baptême du feu - c'est sa première visite en Chine en tant que numéro deux des Etats-Unis -, Joe Biden doit rencontrer lors de ce long voyage de cinq jours Xi Jinping, pressenti pour prendre les rênes du pays en 2013, ainsi que l'actuel président, Hu Jintao, et le Premier ministre, Wen Jiabao. Une manière, pour les Américains, d'« investir dans l'avenir », selon les propres termes du conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, Tony Blinken.

« Le placement le plus sûr »

Rassurer, c'est aussi ce que s'est employé à faire le nouvel ambassadeur américain à Pékin dimanche. Le président Obama et le Congrès ont défini un « processus permettant d'assurer l'intégrité budgétaire des Etats-Unis », a assuré Gary Locke. Le fait que les bons du Trésor américains trouvent toujours preneur malgré l'abaissement de la note de la dette américaine est selon lui « un signe clair que les investissements dans la dette américaine sont sûrs et sécurisés, et que l'économie, même si elle connaît des difficultés, reste solide ».

Washington sait aussi que Pékin n'a pas beaucoup d'options de diversification de ses 3.200 milliards de dollars de réserves de change. Et que la dette américaine reste le placement le plus sûr. C'est en tout cas l'avis des analystes et celui du président de la China Construction Bank. Guo Shuqing évoquait mardi des raisons « historiques [et] réalistes » pour la Chine de placer l'essentiel de ses réserves en dollars. Joe Biden devrait aussi profiter de son déplacement pour donner des leçons à Pékin sur un yuan jugé « largement sous-évalué », malgré la réévaluation récente (voir ci-dessus). Et exprimer son inquiétude sur les droits de l'homme.

Une manière de rappeler à la Chine la règle du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » dans laquelle se trouvent la première et la deuxième puissance économique mondiale.

MARIE-CHRISTINE CORBIER

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