jeudi 18 août 2011

Politique de change : la Chine teste une nouvelle stratégie - Olivia Siegl

Les Echos, no. 20997 - International, jeudi 18 août 2011, p. 5

Pressée par la crise de la dette américaine et une inflation record sur son territoire, la Chine semble décidée à assouplir sa politique de change : le yuan est plus fort que jamais face au billet vert.

Le yuan s'est apprécié ce mardi à un niveau record face au billet vert, à 6,3925 yuans pour 1 dollar. Depuis juin 2010, date à laquelle la monnaie chinoise a de nouveau été autorisée à flotter autour du cours fixé par Pékin pour le dollar, elle s'est appréciée de 6,9 %. Sur la seule année 2011, le taux de change a progressé de 3,19 %, amenant certains cambistes à évoquer une « mini-réévaluation » du yuan.

Dans le but de limiter son inflation, l'empire du Milieu semble bel et bien avoir adopté une nouvelle stratégie de change. Bien que la lutte contre l'inflation ait été érigée par Pékin en priorité absolue, la hausse des prix en Chine a atteint en juillet un record de trois ans, à + 6,5 % en glissement annuel. Un phénomène particulièrement préoccupant pour un pays où l'épargne des ménages est très importante et se voit érodée par la hausse des prix.

Diversifier les réserves

Faire du yuan le nouvel instrument de sa politique monétaire peut paraître étonnant de la part de la Chine, qui s'est toujours montrée très réticente à définir sa politique monétaire en fonction de l'inflation, comme le lui suggéraient les Etats-Unis.

Deux éléments expliquent toutefois ce changement de politique. Premièrement, dans le contexte de tassement conjoncturel actuel, la banque centrale chinoise (BOC) peut difficilement monter ses taux d'intérêt pour limiter l'inflation, comme elle l'a déjà fait cinq fois depuis octobre 2010. D'autant que le resserrement du crédit a eu peu d'effet sur le niveau des prix. Aussi le taux de change devient-il le seul outil à sa disposition.

Par ailleurs, la crise de la dette américaine inquiète la Chine, qui craint pour la sûreté de ses avoirs en dollars. Pékin aimerait donc diversifier ses réserves. Or, pour éviter que le yuan ne s'apprécie face au dollar, ce qu'il ferait naturellement étant donné l'excédent commercial réalisé par la Chine vis-à-vis des Etats-Unis, la BOC est constamment obligée d'acheter des dollars. Le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a d'ailleurs reconnu, en avril, que le niveau des réserves de change chinoises dépassait « le raisonnable ». Si elle souhaite vraiment se détacher du dollar et lutter contre l'inflation, la Chine semble donc incitée à laisser s'apprécier le yuan.

Compétitivité

« Le moment est venu de sauter le pas », titrait mardi le « China Securities Journal », un influent périodique. Comme d'autres, il a compris qu'un assouplissement de la politique de change devrait permettre à la Chine de se montrer bien plus compétitive. En effet, laisser le yuan s'apprécier permettra au pays de réduire le coût de ses importations de matières premières et d'accroître sa compétitivité. Une théorie affaiblie par certains économistes qui estiment que ce gain de compétitivité serait immédiatement annulé par une hausse de la demande intérieure de matières premières et, donc, des prix à l'importation.

Une chose est certaine, la Chine gagnera en compétitivité en réduisant l'écart d'inflation avec les Etats-Unis. En effet, la hausse du taux de change nominal sera alors compensée par un relâchement de l'appréciation réelle du yuan par rapport au dollar. Enfin, le « China Securities Journal » est convaincu que l'appréciation du yuan n'handicapera pas outre mesure les exportations chinoises qui, rappelle-t-il, dépendent de moins en moins des marchés occidentaux.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.