jeudi 29 septembre 2011

LE MOT CHINOIS - "Erdai" : Deuxième génération


Courrier international, no. 1091 - Asie, jeudi 29 septembre 2011, p. 36

Après la célèbre phrase "Mon père s'appelle Li Gang", voici "Mon papa,c'est Li Shuangjiang", une autre illustration de cette "deuxième génération" prodigue. Dans le premier cas, il s'agit d'un jeune qui, après avoir provoqué la mort d'une étudiante en conduisant soûl sur un campus du Hebei, avait déclaré être le fils du chef de la police locale pour éloigner les badauds en colère. Dans le second, un fils de star militaire a tabassé un couple. Avec la multiplication des scandales et la rapidité de propagation des informations sur Internet, le mot erdai (deuxième génération) est vite devenu un thème qui enflamme le débat public. Il ne s'agit pas, bien entendu, de n'importe quelle deuxième génération. Il est ici question des fils et filles de dirigeants (guan erdai) de riches (fu erdai) ou de stars (xing erdai). On s'interroge sur ces jeunes qui se croient au-dessus des lois et qui n'éprouvent ni scrupule ni compassion envers leurs victimes. La presse dénonce le système éducatif, l'irresponsabilité des parents et s'inquiète de ce nouveau risque pour la stabilité sociale. Les internautes vont plus loin : ils mettent en cause les inégalités des citoyens devant la loi, pointent l'impunité et la protection mutuelle des riches et des puissants. En effet, malgré les différences apparentes entre entrepreneurs fortunés, artistes populaires et dirigeants du Parti, tous font partie de la même classe privilégiée. Des chiffres officiels récents montrent qu'en Chine 90 % des milliardaires sont des fils de dirigeants. Le pouvoir politique reste le plus puissant levier pour s'enrichir. Cela explique sans doute l'arrogance des "fils de" et constitue, hélas, le principal handicap pour que l'économie et la société puissent enfin s'affranchir du pouvoir politique.

Chen Yan

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