jeudi 22 septembre 2011

«Star Ac» chinoise : salut les muselés - Philippe Grangereau

Libération - Médias, jeudi 22 septembre 2011, p. 27

La Star Academy chinoise était devenue une institution. Ses lauréats ont tous été propulsés au rang de vedettes adulées par des légions de fans et courtisés à coups de gros chèques par la pub et le cinéma. La poste chinoise a même émis un timbre à l'effigie de l'un d'eux, Li Yuchun, vainqueur de l'édition 2005. Le show, sponsorisé par une marque de yaourt mongole, s'appelait tantôt Kuaile Nusheng («heureuse chanteuse») ou Kuaile Nansheng («heureux chanteur»). Hunan TV, une chaîne provinciale, en assurait la diffusion sur le câble. Malgré sa popularité inouïe, le programme vient d'être supprimé par la censure. Diffusé tous les vendredis pendant des saisons qui duraient trois mois, le programme a attiré jusqu'à 400 millions de téléspectateurs par soir. Un audimat humiliant comparé au score riquiqui des émissions musicales de la télévision centrale, la CCTV, peuplées de soubrettes en uniforme militaire braillant des chansons rouges à la gloire du pays.

L'extraordinaire audience de la tapageuse Star Ac semble avoir inquiété au plus haut point les autorités centrales, pour qui la télé doit malgré tout rester un organe de propagande. Sans fléchir, elles ont ordonné de remplacer le créneau par une émission consacrée aux tâches ménagères...

Le télécrochet agaçait Pékin depuis un moment. Dans sa version initiale, les téléspectateurs étaient invités à voter pour ou contre les candidats en envoyant des sms. Jusqu'à 300 000 fans ont ainsi voté par téléphone. Mais cette pratique a été proscrite en 2007 car, bien que l'émission soit totalement apolitique, le scrutin avait tout de même un petit côté subversif puisque la population pouvait élire ses chanteurs, mais pas ses dirigeants. Plus récemment, un cacique du parti y voyait un «poison de la jeunesse». Mais, lundi, le Bureau de la télévision chinoise s'est abstenu d'invoquer un argument moral pour justifier la mise à l'index du spectacle le plus populaire de Chine. L'organe de censure a allégué des dépassements d'horaires importants du show qui, effectivement, a parfois duré trois heures au lieu des 90 minutes prévues. Hunan TV a obtempéré à contrecoeur. Hier, sur son site internet sulfureux (Hunantv.com), où l'internaute est accueilli par des photos érotiques, ne figurait aucun commentaire désobligeant.

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