jeudi 3 novembre 2011

Gouvernance mondiale : les blocs régionaux font de la résistance

La Tribune (France), no. 4842 - Dossiers, jeudi 3 novembre 2011, p. 5

Le G20 éprouve encore des difficultés à trouver sa place dans la gestion des affaires de la planète.

L'ambition d'origine du G20, lorsqu'il a succédé au G8 en 2008, était d'incarner une nouvelle forme de gouvernance mondiale. Au club des sept pays les plus riches du monde (ouvert à la Russie ces dernières années) devait se substituer un directoire plus large, plus représentatif de la diversité des modèles économiques dans le monde et mettant en valeur des puissances nouvelles comme la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, la Turquie, le Brésil ou l'Australie. Élargi de la sorte, le G20 devait jeter sur les affaires du monde un regard neuf, moins fasciné par les schémas occidentaux, laissant davantage de place aux nouvelles idées venues des pays en développement ou émergents, bref, faire l'effet d'un baume bienfaisant sur l'épiderme déchiré de la planète. Cette ambition est-elle au rendez-vous? À l'évidence elle ne l'est pas, alors que les pays du G20 représentent tout de même 85 % du commerce et 90 % du produit brut mondial. Au départ, le G20 avait été créé à Washington en 1999, à l'initiative du Canada, afin de constituer une instance de concertation après les grandes perturbations financières des années 1990 et de créer un outil de dialogue entre pays développés et pays émergents. Mais en une décennie, les problèmes ont changé de nature. Le dialogue entre émergents et nations développées s'est accéléré de façon spectaculaire au travers de bien d'autres canaux; la Chine, l'Inde ou la Turquie n'ont plus besoin d'intermédiaires pour faire entendre leur voix sur les affaires du monde. Entre 1999 et 2011, la finance s'est tellement globalisée, a pris une telle importance dans les relations économiques, que même le G20 a éprouvé des difficultés à obtenir une meilleure régulation des activités financières et n'a pu anticiper les conséquences de la crise des dettes souveraines en Europe. L'un des conseillers du président russe Dmitri Medvedev a dit voici quelques jours, sur une radio russe, que le problème du G20 était que les décisions prises n'étaient jamais mises en vigueur et il en prenait pour preuve la décision d'augmenter les pouvoirs des pays émergents au FMI (Fonds monétaire international), qui n'a pas encore été réellement concrétisée. Pour continuer d'exister autrement que comme une opération de communication à l'échelle de la planète, le G20 devrait être capable de mettre en oeuvre ce qu'il suggère et surtout parler haut et fort lorsqu'il a le sentiment qu'on ne l'entend pas.

Quel rôle pour la Turquie ou l'Afrique du Sud?

Mais le G20 se heurte aussi à une réalité nouvelle, qui n'est pas précisément rassurante : le poids croissant des logiques géographiques. La Turquie en est un excellent exemple : son influence dans les pays arabes est croissante, surtout après les révolutions qui se sont déroulées en Tunisie, en Égypte et en Libye. Elle est voisine de l'Iran, de l'Irak et de la Syrie. Elle pourrait être un interlocuteur plus sollicité dans les nouvelles relations qui vont s'établir, par la force des choses, entre les pays occidentaux et le monde arabe. Pourquoi pas dans l'enceinte du G20? Même analyse concernant l'Afrique du Sud et les nouvelles forces économiques du continent africain. Pour prétendre devenir une instance de gouvernance mondiale, le G20 devrait permettre à ses membres, pays émergents, de jouer un rôle plus actif pour empêcher que les logiques géographiques ne finissent par l'emporter sur l'échange et le dialogue entre toutes les composantes économiques du globe.

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