jeudi 3 novembre 2011

Pékin entend rester maître du yuan


La Tribune (France), no. 4842 - Dossiers, jeudi 3 novembre 2011, p. 7

« En novembre 2008, la Chine n'a accepté de participer au G20 de Washington qu'à la condition expresse que la réévaluation du yuan ne figure jamais dans l'agenda du G20 », rappelle l'économiste Antoine Brunet. Pas question pour elle de renforcer une monnaie qui lui donne un avantage compétitif décisif pour ses industries exportatrices, moteur de son économie. Ce faisant, poursuit Antoine Brunet, elle ruinait la possibilité même que le G20 résolve les causes profondes de la crise. Pourtant, lorsque ses partenaires lui demandent de participer au rééquilibrage de l'économie mondiale, Pékin accepte de dynamiser sa demande intérieure. « Devant la crise qui frappe ses exportations, rappelle Françoise Lemoine, chercheuse au Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), la Chine se lance dans un gigantesque plan de relance monétaire et budgétaire pour relancer son économie. Elle finance des projets d'infrastructures très ambitieux et relâche le crédit bancaire.

Inflation

Mais le rééquilibrage de l'économie chinoise vers la consommation ne s'est pas encore produit, et c'est l'investissement qui est devenu son premier moteur, représentant 46 % du PIB. » La relance chinoise contribue surtout à faire repartir à la hausse les prix de l'énergie et des matières premières, ce qui empêche les pays du G7 de redémarrer. Car les déséquilibres chinois, à l'origine de la crise, sont toujours là : 126 milliards de dollars d'excédent vis-à-vis des États-Unis sur les huit premiers mois de 2011 et 96 milliards de dollars vis-à-vis de l'Europe. Malgré une lente réévaluation du yuan depuis juillet 2010 pour refroidir l'inflation, la sous-évaluation de la monnaie chinoise pénalise toujours fortement les économies européennes et américaine, la priorité de la Chine étant d'éviter un freinage trop brutal de son économie.

Si la Chine n'a pas pris au G 20 la place qui devrait revenir à la deuxième puissance mondiale, ni Washington ni Bruxelles ne sont aujourd'hui en position d'exiger - et d'obtenir - de Pékin une réévaluation de sa monnaie. Tout au plus devront-ils étudier de près sa proposition de 2009 : faire entrer le yuan dans les droits de tirage spéciaux, pour réduire la dépendance de Pékin vis-à-vis du dollar.

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