lundi 13 octobre 2014

Pourquoi la Bourse de Shanghai n'est pas près de supplanter Hong Kong

La Tribune.fr -
Entreprises & Finance, Marchés actions, lundi 13 octobre 2014 - 06:52 Christine Lejoux Agences bancaires fermées, voyages d'affaires annulés... Les manifestations pro-démocratie qui se déroulent à Hong Kong depuis le 28 septembre - et qui constituent la plus grave crise politique depuis la rétrocession de cette ancienne colonie britannique à la Chine en 1997 - conduisent certains investisseurs et économistes à s'interroger sur l'avenir de la place financière de Hong Kong, la troisième au monde derrière New York et Londres, d'après le Global Financial Centers Index. En effet, une répression violente des manifestations par le gouvernement chinois porterait un rude coup à la réputation de liberté de Hong Kong dans le domaine des affaires. Pour mémoire, Hong Kong a remporté cette année le titre d'économie la plus libre du monde, pour la vingtième année d'affilée, d'après un classement publié par la Heritage Foundation et le Wall Street Journal, alors que la Chine continentale, elle, n'occupe que le 137e rang. Les investisseurs redoutent donc que la Bourse de Hong Kong ne perde de sa superbe, au profit, notamment, de Shanghai, dont le gouvernement souhaite faire la principale place financière chinoise, à l'horizon 2020. De fait, le 30 septembre, l'indice Hang Seng est tombé à son plus bas niveau depuis trois mois, ramenant la progression de la Bourse de Hong Kong à moins de 1% depuis janvier, contre une hausse de près de 13% pour la Bourse de Shanghai, tirée, notamment, par la décision de la Banque centrale de Chine d'injecter 500 milliards de yuans dans les plus grandes banques du pays, afin d'atténuer les effets du ralentissement de la croissance économique. Résultat, l'écart de valorisation dont jouissait jusqu'alors la Bourse de Hong Kong par rapport à celle de Shanghai, et qui s'élevait à 12% en juillet, est à présent proche de zéro, selon l'agence Bloomberg. Le programme Stock Connect sera lancé fin octobre Pour autant, si des capitaux étrangers doivent quitter Hong Kong, nul doute qu'ils prendront plutôt le chemin de Singapour que celui de Shanghai, la Chine continentale contrôlant encore de très près les mouvements de capitaux. Mais si la Bourse de Shanghai ne semble pas près de rivaliser avec celle de Hong Kong, c'est surtout parce que la Chine a besoin de cette dernière pour poursuivre le mouvement d'ouverture des marchés de capitaux chinois. En effet, Hong Kong n'est autre que le laboratoire des innovations financières de la Chine continentale, depuis une trentaine d'années. En 2009, cette dernière avait ainsi fait de l'ancienne colonie britannique le premier centre offshore pour les échanges en yuans, afin de développer l'usage de la devise chinoise comme monnaie internationale. Dans la même veine, à la fin du mois d'octobre, la Bourse de Shanghai lancera avec celle de Hong Kong le programme Stock Connect, qui permettra aux investisseurs basés à Hong Kong d'acheter directement des actions cotées en Chine continentale, au lieu d'être contraints de passer par l'intermédiaire de fonds exposés à la Bourse de Shanghai. Un marché qui pourrait capitaliser 10.000 milliards de dollars en 2020 Un programme qui, en favorisant l'intégration de ces titres dans les indices mondiaux sur lesquels nombre de grands investisseurs institutionnels calquent leur gestion, "pourrait permettre à la capitalisation du marché des actions A [cotées en Chine continentale et en renminbi ; Ndlr] de passer de 4.000 milliards de dollars aujourd'hui à 10.000 milliards de dollars en 2020", affirme Hervé Lievore, stratégiste chez HSBC. Mais ce programme Stock Connect permettra également aux investisseurs de Chine continentale d'investir directement dans des actions cotées à Hong Kong. Aussi ce programme sera-t-il "également extrêmement bénéfique pour le marché hongkongais, compte tenu du besoin de diversification de leurs actifs des investisseurs chinois, qui auront ainsi accès à des secteurs sous-représentés en Chine continentale, comme les assurances et les casinos", estime Hervé Lievore. Ce qui fait dire à Raymond Yeung, économiste au sein de la banque ANZ, que, bien que "la Chine affiche une préférence claire pour développer (la place financière de) Shanghai, cela ne veut pas dire qu'elle abandonne (celle de) Hong Kong. Les dirigeants de la Chine sont très pragmatiques : tant que vous pouvez être utile, ils vous utilisent." © 2014 La Tribune.fr. Tous droits réservés.