mercredi 18 mars 2015

Zone euro : l'OCDE croit à une convalescence mais craint une nouvelle crise financière

L'OCDE se montre nettement plus optimiste pour la zone euro dans ses prévisions de croissance publiées mercredi, mais s'inquiète fort de la très faible inflation dans la région, et de la surchauffe financière partout dans le monde.


Elle prévoit en zone euro une croissance de 1,4% en 2015 et 2% en 2016, soit à chaque fois 0,3 point de mieux que dans ses précédentes estimations, remontant à novembre dernier.

L'Organisation de coopération et de développement économique, qui voit "une chance pour la zone euro d'échapper à la stagnation", en attribue le mérite en grande partie à l'action "audacieuse" de la Banque centrale européenne (BCE).

"La baisse des prix du pétrole et les effets de la politique d'assouplissement quantitatif de la BCE (...) expliquent l'essentiel de la révision en hausse des prévisions", écrivent les économistes de l'OCDE dans leur rapport intermédiaire sur l'économie mondiale.

L'OCDE a changé de ton depuis ses prévisions de novembre. Elle considérait à l'époque la morosité en zone euro comme l'une des principales menaces pour l'économie mondiale.

Si elle salue les initiatives de la BCE en matière monétaire, l'organisation basée à Paris, qui regroupe 34 pays développés, est moins convaincue par les gouvernants et juge que la politique budgétaire en zone euro pourrait être "plus encourageante pour la demande".

- L'Inde plus véloce que la Chine -

L'OCDE relève également ses prévisions pour l'Inde, où elle attend une croissance de 7,7% en 2015 puis 8,0% en 2016, soit plus qu'en Chine, et pour le Japon (1% en 2015 puis 1,4% en 2016).

Elle les maintient pour les Etats-Unis (3,1% de croissance cette année puis 3,0% l'an prochain) et juge que, "face aux prix plus bas du pétrole et à l'appréciation du dollar, il serait raisonnable que la Réserve fédérale attende plus longtemps avant de relever ses taux, de manière à soutenir encore la demande privée".

La Fed doit dans quelques heures donner des indications très attendues sur ses intentions dans les mois qui viennent.

L'OCDE ne modifie pas de manière significative ses prévisions pour la Chine, avec une croissance attendue à 7% cette année puis 6,9% en 2016.

L'OCDE souligne aussi que la baisse du prix du pétrole ne fait pas que des heureux. Elle baisse nettement ses prévisions pour deux exportateurs: le Brésil, où elle prévoit une récession cette année (-0,5%) et 1,2% de croissance en 2016, ainsi que le Canada, où l'économie doit croître de 2,2% cette année (-0,4 point par rapport à la prévision de novembre) et 2,1% en 2016 (-0,3 point).

Dans l'ensemble, l'OCDE prévient que l'économie mondiale est sur la voie d'une accélération seulement "modeste", et que des "nuages de tempête" pourraient surgir.

"L'environnement économique actuel est très inhabituel, avec des taux d'inflation négatifs dans de nombreux pays et des taux d'intérêt nominaux à des plus bas historiques à travers le monde. Jusqu'à un certain point, ces deux phénomènes sont les bienvenus", mais dans le même temps, "ils sont la source de préoccupations grandissantes" pour l'OCDE.

L'organisation estime que les dangers liés à la très faible inflation "grandissent". Si les prix ne se reprennent pas, en particulier en Europe, l'économie risque d'être paralysée par la "déflation", c'est-à-dire une phase prolongée de baisse des prix et salaires.

- "Signal d'alarme" sur les marchés -

Par ailleurs, en ce qui concerne les taux d'intérêt, "l'ampleur de la baisse allume un signal d'alarme", selon l'OCDE qui craint un aveuglement des marchés, éblouis par les liquidités énormes qui affluent vers eux.

"Une mauvaise estimation du risque a été au coeur de la précédente crise financière (de 2008) et il semble bien que ce phénomène ressurgisse aujourd'hui", s'inquiète l'OCDE.

Le FMI s'inquiète également régulièrement des prises de risque peut-être inconsidérées de nombreux investisseurs sur les marchés et de la "valorisation très forte de certains actifs", ce qui pourrait provoquer de sévères corrections. Mais sa patronne Christine Lagarde se refuse jusqu'ici à parler de "bulle".

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