mercredi 13 mai 2015

Auto : le marché chinois sous la menace des surcapacités

Le taux d'utilisation des usines pourrait tomber à 71,9 % en 2017.Les groupes étrangers sont moins touchés que les acteurs chinois.


Les indicateurs de l'automobile chinoise continuent à interroger. Lundi, la Caam, l'association chinoise des constructeurs d'automobiles, a indiqué que les ventes de voitures et véhicules commerciaux avaient baissé de 0,5 % sur le mois d'avril. Avec une progression de 3,7 %, les ventes de voitures particulières - hors utilitaires - affichent quant à elles le plus faible taux de progression depuis deux ans. Autres indicateurs préoccupants : le niveau des stocks atteint 1,77 mois, soit 28 % de plus qu'il y a un an. Ou encore la baisse des exportations de voitures depuis la Chine, qui sont en chute de 19,9 % sur le mois de mars, et de 17 % depuis le début d'année, à 104.600 unités. La Caam a du reste indiqué que l'objectif d'une croissance des livraisons à l'international de 7 % en 2015, à 860.000 unités, risquait de ne pas être atteint.

Plus forte croissance des ventes mondiales

Mis bout à bout, ces indicateurs révèlent une même réalité : même si la Chine reste de loin le grand marché le plus dynamique au niveau mondial - la croissance des ventes de voitures neuves pour 2015 est attendue à 7 % -, les débouchés des usines sont moins évidents que par le passé. Au point de laisser craindre des surcapacités à venir. Dans une étude publiée en fin de semaine dernière, Bernstein Research indiquait que le taux d'utilisation des usines automobiles chinoises était tombé à 85,6 % en 2014, comparé à 91,5 % en 2013. Et pour 2017, les analystes tablent sur un taux d'utilisation de 71,9 % seulement. Soit un taux similaire à celui existant en Europe actuellement.

De fait, alors même que la croissance du marché ralentit sur fond de ralentissement économique, les industriels continuent d'empiler les capacités afin de profiter au mieux de ce qui constitue bien souvent leur première source de revenus et de profits. En 2013 et 2014, les capacités installées dans l'empire du Milieu ont ainsi progressé de 20,1 %, puis de 20,5 %, bien davantage que les ventes de voitures neuves (+ 15,7 % et + 9,9 %). Et d'ici à 2017, le cabinet s'attend à ce que les capacités augmentent encore de 41,6 %, pour être portée à 30,6 millions de voitures, là encore bien davantage que le marché.

Nouveaux entrants

Derrière ces chiffres bruts, la situation est très différente d'un constructeur à l'autre. Aujourd'hui, les surcapacités touchent avant tout les constructeurs locaux, qui, pendant des années, ont lourdement investi sans pour autant réussir à imposer leurs marques face à leurs concurrents étrangers. Ainsi, BYD, Chery ou JAC n'utilisaient en 2014 que 40 % à peine de leurs capacités de production tandis que ce taux s'élève à moins de 70 % pour Geely, Great Wall ou SAIC.

Mais la menace guette désormais les grands groupes étrangers, dont les ventes sont restées stables au premier trimestre, la croissance n'étant captée que par les constructeurs nationaux, aidés par les bonnes ventes de leurs SUV à bas coût. Alors que nombre d'acteurs déjà présents (Volkswagen, Toyota, Hyundai, PSA, GM...) continuent d'ajouter des capacités, et que de nouveaux entrants (Renault, Volvo, Jaguar Land Rover, Jeep... ) s'implantent tout juste, certains pourraient bien, dans un marché plus compétitif que par le passé, avoir du mal à écouler des volumes aussi importants et accélérer ainsi rabais et restructurations...

Maxime Amiot
Les Echos, no. 21936 - Industrie & Services, mardi 12 mai 2015, p. 19

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