mardi 12 mai 2015

La Chine réduit ses taux d'intérêt pour enrayer son ralentissement économique

La banque centrale chinoise (PBOC) a annoncé dimanche une nouvelle réduction de ses taux d'intérêt, la troisième depuis novembre, une décision largement attendue alors que la deuxième économie mondiale s'efforce d'enrayer le vif ralentissement de son activité.


A partir de lundi, la PBOC abaissera de 25 points de base son taux d'emprunt à un an, ramené à 5,1%, tout comme son taux de dépôt à un an, qui tombera à 2,25%.

L'annonce n'a pas surpris les analystes, unanimes ces dernières semaines à prédire des mesures accrues d'assouplissement monétaire face à la détérioration continue de la conjoncture.

La Chine a vu sa croissance trébucher brutalement au premier trimestre, à 7%, après avoir enregistré en 2014, à 7,4%, sa plus faible performance depuis presque un quart de siècle.

Les moteurs traditionnels de croissance du géant asiatique s'essoufflent: l'immobilier connaît toujours un tassement marqué, les exportations ont dégringolé en avril pour le deuxième mois consécutif, et la demande intérieure, extrêmement morose, peine à prendre le relais.

Selon HSBC, l'activité manufacturière s'est nettement contractée en avril, et les statistiques mensuelles attendues la semaine prochaine ne devraient signaler aucune éclaircie.

Dans ce contexte, la banque centrale a assuré vouloir "abaisser les coûts de financement" pour les entreprises, "et soutenir le développement durable et équilibré de l'économie réelle".

- 'Pressions' sur l'économie -

"Les restructurations économiques s'accélèrent, les fluctuations de la demande extérieure s'aggravent, les pressions à la baisse sur l'économie chinoise s'accentuent", a averti dimanche la PBOC.

Or la banque centrale n'a eu de cesse depuis six mois d'enchaîner les mesures destinées à dégripper les rouages de la croissance.

La PBOC avait ainsi déjà réduit ses taux d'intérêt en novembre, pour la première fois en deux ans, puis à nouveau fin février.

Elle a également par deux fois abaissé le ratio de réserves obligatoires imposé aux banques commerciales, pour les inciter à prêter davantage aux entreprises.

"Avec l'adoption progressive de ces différentes mesures, les taux d'intérêt sur les prêts (consentis par) les établissements financiers ont reculé" et le coût du crédit dans son ensemble "a sensiblement diminué", estime aujourd'hui la banque centrale.

De l'avis des analystes cependant, les efforts peinent à porter leurs fruits et le coût du financement reste prohibitif --en particulier pour les petites entreprises, alors que les banques continuent de privilégier les prêts aux grands groupes étatiques.

-Nouvelles baisses 'inévitables'-

"On s'attend à ce que la croissance économique continue de s'enfoncer avant de se stabiliser au cours du deuxième semestre", a réagi dimanche Yang Zhao, analyste de la banque Nomura.

"Des mesures d'assouplissement supplémentaires paraissent inévitables pour éviter un ralentissement trop brutal, et il semble bien que le gouvernement soit prêt à agir pour compenser les vents contraires", a-t-il estimé, dans un commentaire envoyé à l'AFP.

Nomura table, d'ici à la fin de l'année, sur deux autres baisses des taux d'intérêts et deux nouvelles réductions des taux de réserves obligatoires.

Une perspective que la PBOC semblait elle-même esquisser dimanche: "Les prix à la consommation restent bas, et les taux d'intérêt réels sont plus élevés que leur moyenne historique, ce qui offre une marge de man?uvre pour jouer de l'outil des taux de façon appropriée", soulignait-elle.

L'inflation s'est établie à 1,5% en avril, très en-deçà du niveau-cible de 3% que s'est fixé le gouvernement pour l'année, et la PBOC avait assuré en février qu'elle ne se ménagerait pas pour désamorcer les tensions déflationnistes toujours vivaces.

Mais la banque centrale insiste par ailleurs sur sa politique "stable et prudente": elle a exclu vendredi tout programme d'"assouplissement quantitatif" revenant à injecter massivement des liquidités dans le système financier, pour éviter toute embardée non maîtrisée des dettes et des investissements non productifs.

L'institution réaffirmait dimanche vouloir simplement "assurer un environnement monétaire neutre et approprié" aux "ajustements structurels" en cours.

Une référence aux efforts de "rééquilibrage économique" vantés par Pékin, qui tente de muscler la consommation intérieure, d'endiguer une industrie lourde en surcapacité et de rogner les monopoles des groupes d'Etat au profit du marché.

A cet égard, la PBOC a justement élargi dimanche le plafond du taux de dépôt que peuvent accorder les banques commerciales par rapport au taux de référence de la banque centrale: "une avancée" vers la libéralisation des taux d'intérêts selon Nomura, propre à renforcer la concurrence entre établissements bancaires.

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