lundi 25 mai 2015

La Chine s'engage à investir 50 milliards de dollars au Brésil - Lamia Oualalou

Pékin étend son rôle de banquier mondial en Amérique latine, ancienne chasse gardée des États-Unis et du FMI.


AMÉRIQUE LATINE. Dilma Rousseff n'a pas boudé son plaisir. Toute de rouge vêtue, la présidente du Brésil affichait un franc sourire en accueillant cette semaine le premier ministre chinois Li Keqiang, en visite officielle dans le pays. Alors que les débuts de son mandat sont marqués par la déprime - scandale de corruption, récession, hausse du chômage, coupes budgétaires, impopularité record -, elle a enfin pu annoncer une bonne nouvelle : la Chine s'engage à investir 53 milliards de dollars d'ici à 2021 dans le pays, en particulier dans le secteur des infrastructures, le talon d'Achille du Brésil.

La Chine va mettre la main à la poche pour financier des autoroutes et des ports, afin de faciliter l'importation de matières premières comme le soja et le minerai de fer. Elle va aussi financer une étude de faisabilité sur un projet considéré comme le « serpent de mer » de la région : un accès reliant l'Atlantique au Pacifique en traversant l'Amazonie.

L'empire du Milieu joue également son rôle de banquier mondial. Fin avril, Pékin avait déjà prêté 3,5 milliards de dollars à la compagnie d'hydrocarbures nationale Petrobras, empêtrée dans un vaste scandale de corruption et boudée par les marchés financiers. Sept milliards supplémentaires lui seront versés, alors que Vale, le leader mondial du minerai de fer, affaibli par la chute des cours, pourrait recevoir jusqu'à 4 milliards de dollars de la banque chinoise ICBC.

Aide à double tranchant

« Les Chinois croient bien plus au Brésil que les entrepreneurs brésiliens » , ironise Elias Khalil Jabbour, professeur d'économie à l'université d'État de Rio de Janeiro et spécialiste du géant asiatique. « La concrétisation des 53 milliards d'investissements dépend de la capacité du Brésil à surmonter ses problèmes bureaucratiques » , tempère-t-il. Nombre de projets, en particulier ceux touchant l'Amazonie, sont en effet déjà dénoncés par les militants de l'environnement.

Après Brasilia, Li Keqiang poursuit sa tournée dans l'ancienne chasse gardée des États-Unis : Pérou, Colombie et Chili. Il avait déjà scellé un partenariat solide avec trois autres pays en manque de liquidités, le Venezuela, l'Équateur et l'Argentine. Pour cette dernière, l'avance chinoise a même permis d'éviter le défaut de paiement. Cette « rupture historique » de l'Amérique latine à l'égard de ses créanciers traditionnels tels que le FMI, que souligne Elias Khalil Jabbour, est à double tranchant.

« Tous les investissements chinois se concentrent dans les secteurs à fort risque environnemental et social (pétrole, mines, transports) » , pointe Paulina Garzon, qui dirige l'Initiative pour les investissements durables en Amérique latine, un organisme de recherche basé à Washington et « confortent l'Amérique latine, où la désindustrialisation s'accélère, dans son modèle rentier et exportateur de matières premières » , conclut Paulina Garzon.


Le Figaro, no. 22016 - Le Figaro Économie, vendredi 22 mai 2015, p. 21

PHOTO - Le premier ministre chinois Li Keqiang, le 19 mai au Brésil.

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