mardi 26 mai 2015

La Chine veut changer de régime de retraite - Patrick Saint-Paul

Aggravé par la politique de l'enfant unique, le vieillissement de la population contraint le gouvernement à préparer une réforme des systèmes de pensions. Fixé à 60 ans, l'âge du départ à la retraite devrait être relevé.


La Chine deviendra-t-elle vieille avant d'être riche ? La question se pose avec une acuité particulière alors que le pays le plus peuplé du globe est aussi confronté à un vieillissement rapide de sa population dopé par les effets de la politique de l'enfant unique. Résultat : la Chine doit s'atteler à cette question bien avant les autres économies émergentes. Le gouvernement chinois prépare une réforme des systèmes de pensions et devrait relever l'âge du départ à la retraite, pour la première fois depuis cinquante ans.

Yin Weimin, ministre des Ressources humaines, a récemment annoncé qu'un plan détaillé de réformes serait présenté au plus tard en 2017. « Il n'y a actuellement pas consensus sociétal sur cette question » , a-t-il jugé, pour expliquer la lenteur du gouvernement sur ce problème crucial. Et d'ajouter : « Une fois que le plan sera prêt, nous le soumettrons au public pour qu'il puisse s'y préparer. Mais il ne sera pas appliqué avant cinq ans. »

Pourtant les experts sont unanimes à dénoncer l'urgence de la situation. « Pourquoi attendre cinq ans pour le plan et encore cinq ans pour sa mise en vigueur, s'interroge Yao Yang, professeur à l'université de Pékin. En 2022, l'insuffisance des financements de pensions deviendra un immense problème. Il faut commencer à appliquer la réforme progressive dès maintenant, car la génération des baby-boomers arrive à l'âge de la retraite et leur nombre est considérable. »

Un quart de la population aura plus de 60 ans d'ici à quinze ans, près du double de l'heure actuelle. La population âgée croît si rapidement en Chine qu'elle laisse sans solution les enfants, pourtant censés, dans la tradition chinoise, s'occuper de leurs parents vieillissants. Ce vieillissement, accentué par la politique de l'enfant unique, pèsera très lourd sur le pays, réduisant la main-d'oeuvre et rendant des héritiers - sans frère ni soeur - responsables de leurs multiples grands-parents. Beaucoup de ces jeunes adultes ont déjà du mal à joindre les deux bouts, face à la cherté de l'immobilier notamment.

Empêcher la main-d'oeuvre de devenir trop chère

Dans les années 1950, au lendemain de la guerre civile, lorsque l'espérance de vie se situait en dessous de 45 ans, les dirigeants du Parti communiste chinois (PCC), fraîchement arrivés au pouvoir, avaient jugé raisonnable de fixer relativement tôt l'âge de la retraite. Désormais, alors que l'espérance de vie atteint 72 ans pour les hommes et 77 pour les femmes, l'âge moyen de départ à la retraite de 53 ans semble une hérésie. L'âge de la retraite reste officiellement fixé à 60 ans pour les hommes et certaines femmes peuvent arrêter le travail dès 50 ans.

Fait aggravant : la population active des 16-59 ans est en baisse depuis 2012 à 67 % de la population générale, contre 69,2 % en 2010. En 2015, le ratio d'actifs pour financer chaque retraité est de 3,04 pour un. En 2050, il tombera à 1,3 pour 1, selon les statistiques officielles.

Le plan du gouvernement prévoit une augmentation progressive de l'âge de la retraite de 2 mois par an en 2022, puis de 4 mois par an à partir de l'année suivante. L'objectif serait d'aligner les retraites des femmes sur celles des hommes pour arriver à 65 ans. Pékin prévoirait aussi d'augmenter parallèlement le niveau des cotisations. Pour Yao Yang, « il est aussi indispensable de retarder l'âge de la retraite, afin de maintenir l'approvisionnement en main-d'oeuvre et empêcher qu'elle ne devienne trop chère » . La prospérité du pays est en jeu.

Le Figaro, no. 22019 - Le Figaro, mardi 26 mai 2015, p. 6




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