mardi 26 mai 2015

Valeur du yuan : le FMI donne raison à la Chine face aux Etats-Unis

Le yuan "n'est plus sous-évalué" a estimé mardi le Fonds monétaire international (FMI), contrairement à ce que continuent d'affirmer les Etats-Unis et alors que Pékin cherche à accélérer l'internationalisation de la monnaie chinoise.


Les principaux partenaires de la Chine, Etats-Unis en tête, déplorent depuis deux décennies la sous-évaluation de la devise chinoise, dont la convertibilité reste étroitement contrôlée, et l'avantage afférent pour les exportations du géant asiatique.

"L'appréciation effective et substantielle du renminbi (autre nom du yuan) a ramené son taux de change à un niveau qui n'est plus sous-évalué", a tranché l'institution dans un rapport sur la deuxième économie mondiale.

Alors que "la sous-évaluation du renminbi a été dans le passé un facteur majeur d'importants déséquilibres", ce n'est plus le cas, a poursuivi le FMI, tout en pointant la nécessité de continuer à "ajuster le taux de change à l'évolution des fondamentaux".

En raison de ses gigantesques excédents commerciaux, la Chine a accumulé d'importantes réserves de changes, qui équivalaient fin mars à 3.730 milliards de dollars.

Après avoir stagné durant deux années, jusqu'en mai 2010, autour de 6,82 yuans pour un dollar, le renminbi s'était ensuite graduellement apprécié.

Il avait atteint un sommet à 6,0406 yuans pour un dollar en janvier 2014, mais est retombé à nouveau, glissant à environ 6,20 yuans actuellement.

C'est cette appréciation, pourtant en dents de scie, qu'a saluée le FMI -- tout en appelant Pékin "à accélérer les mesures pour rendre plus flexible la convertibilité du yuan" et à adopter "d'ici à deux ou trois ans un système de changes flottant effectif".

Le renminbi ne peut encore fluctuer qu'au sein d'une étroite fourchette autour d'un niveau de référence fixé par la banque centrale (PBOC). Cette fourchette a certes été élargie l'an dernier mais l'on reste loin d'une complète convertibilité.

Or la libéralisation du marché des changes "est une exigence cruciale pour une économie majeure (...) qui intègre à grands pas les marchés financiers mondiaux", a insisté le FMI.

Pékin se dit désireux d'ouvrir davantage le système de changes, mais affiche sa volonté d'éviter des flux de capitaux non maîtrisés.

- 'Considérablement sous-évalué' -

Il est peu probable de voir les Etats-Unis emboîter de sitôt le pas au FMI.

Mi-avril, le Trésor américain a salué de "réels progrès" dans l'appréciation du renminbi mais estimé que celui-ci demeurait "considérablement sous-évalué".

Comme à l'habitude, il s'est cependant abstenu d'accuser Pékin de manipuler sa monnaie --ce qui autoriserait le Congrès américain d'imposer des sanctions commerciales à la Chine.

Selon le rapport du Trésor, en tenant compte des échanges commerciaux et de l'inflation, le taux de change réel de la monnaie chinoise témoigne d'une appréciation de plus de 10% face au dollar sur les six derniers mois.

Pour Fawad Razaqzada, analyste du courtier Forex.com basé à Londres, les conclusions du FMI pourraient surtout "donner aux autorités chinoises un prétexte pour maintenir à la baisse la valeur du yuan".

Mais, observait-il, "face au dollar, elles n'auront pas besoin d'agir beaucoup, car le billet vert devrait de toute façon s'apprécier" nettement, en prévision du relèvement attendu des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Le revirement du FMI devrait en revanche conforter les ambitions de la Chine pour élargir l'usage de la "monnaie du peuple" hors de ses frontières.

La PBOC a déjà signé des accords d'échanges de devises avec 28 autres banques centrales et a établi des chambres de compensation dans 10 pays, parallèlement à l'allocation de quotas d'investissements directs en yuans.

Surtout, Pékin espère voir le renminbi intégrer "prochainement" le panier de monnaies composant les droits de tirage spéciaux (DTS), l'unité de compte du FMI, actuellement composé de quatre monnaies (dollar, euro, livre et yen).

En janvier, la société financière Swift a annoncé que le yuan avait grimpé au cinquième rang des devises les plus utilisées pour les paiements internationaux. En janvier 2013, le yuan n'occupait que la 13e place de ce classement.

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