lundi 15 juin 2015

Cette nuit en Asie : un soldat nord-coréen réussit une rarissime évasion vers le sud

Les autorités militaires sud-coréennes ont annoncé qu'un homme, âgé d'une vingtaine d'années, avait fait défection ce lundi matin dans la région d'Hwacheon, dans la province du Gangwon.


Pour la première fois depuis 2012, un soldat nord-coréen a réussi à échapper, ce lundi matin, à la surveillance de son commandement et a traversé à pied la bande de démarcation au milieu de la zone démilitarisée (DMZ) pour se livrer à l'armée sud-coréenne. Les autorités militaires sud-coréennes ont annoncé que l'homme, âgé d'une vingtaine d'années, avait fait défection vers 8 heures du matin dans la région d'Hwacheon, dans la province du Gangwon. Aucun coup de feu n'aurait été tiré entre les troupes des deux pays qui se jaugent en permanence le long de la frontière, qui s'impose, malgré son nom, comme la plus militarisée au monde.

Si plus d'un millier de Nord-coréens parviennent à s'échapper chaque année et à rejoindre la Corée du Sud, la quasi-totalité fuit clandestinement par la Chine. Les passages directs par la DMZ sont extrêmement rares. Séoul avait récemment indiqué que l'armée nord-coréenne avait accéléré les travaux de son côté de la zone tampon pour empêcher les défections. Elle aurait renforcé un système de panneaux et aussi déployé plus de mines pour décourager les éventuels candidats à « l'évasion » .

En octobre 2012, une conscrit de 18 ans avait réussi ce passage sans se faire remarquer et avait même dû aller frapper à la porte de baraquements de l'armée sud-coréenne pour se signaler. Il avait alors confié qu'il avait abattu deux compagnons de patrouille avant d'escalader deux lignes de barbelés nord-coréens, dont l'une était électrifiée, et de traverser dans la nuit les quatre kilomètres de no man's land qui séparaient, dans cette zone, les deux lignes ennemies avant de grimper et de basculer par dessus un ultime grillage sud-coréen.

Déboires commerciaux d'Obama : Chine qui rit, Japon qui pleure

En Asie, les grands partenaires commerciaux et politiques des Etats-Unis tentent de dissimuler leur grande déception depuis qu'ils ont appris, vendredi, que le président américain, Barack Obama, allait avoir beaucoup plus de mal que prévu à imposer dans son pays le gigantesque partenariat transpacifique (TPP) que douze capitales négocient depuis des années et qui devait, en théorie, doper la croissance de plusieurs nations de la région. Vendredi, la Chambre des représentants - et surtout les élus démocrates - a rejeté un texte crucial qui aurait ouvert la voie à la création d'une procédure dite accélérée ( « Trade Promotion Authority » ).

Avec ce mécanisme qui permet à l'exécutif américain de faire approuver plus facilement le TPP au Congrès, Washington aurait pu presser le Japon, l'Australie, la Malaisie ou encore Singapour d'accélérer les tractations commerciales afin de créer rapidement cette nouvelle gigantesque zone de libre-échange. Les négociateurs américains auraient notamment pu mettre la pression sur leurs homologues nippons qui refusent, pour l'instant, d'ouvrir certains marchés sensibles pour ne pas braquer leurs lobbies nationaux.

Maintenant que la situation apparaît beaucoup plus complexe aux Etats-Unis, les gouvernements de la région, et particulièrement Tokyo, n'ont plus grand intérêt à « choquer » leurs opinions en annonçant des concessions immédiates sur les dossiers les plus sensibles. Ce week-end, le gouvernement japonais, qui protège certains marchés mais plaide tout de même pour une signature rapide du TPP, a assuré qu'il conservait une certaine dose d'optimisme. « Nous espérons que la Chambre des représentants va travailler pour permettre un passage rapide de la TPA » , a expliqué le ministre de l'Economie, Akira Amari.

En Australie, le ministre du Commerce, Andrew Robb, a noté, lui, que le rejet, vendredi, du TPA était lié à des enjeux de politique interne américaine et estimé que l'exécutif américain aurait bientôt une nouvelle chance de faire passer sa réforme. En attendant un signe positif de Washington, les ministres du Commerce des douze nations engagées dans le TPP ont toute de même préféré repousser leur prochain grand sommet, qui aurait du donner un coup d'accélérateur aux tractations. Aucune nouvelle date n'est pour l'instant communiquée.

Pékin, qui n'est pas associé à cette négociation, n'a pas commenté le revers américain mais il fait probablement des heureux. Les autorités communistes estiment que le TPP a été construit par les Etats-Unis pour accroître leur présence en Asie et diminuer d'autant l'influence chinoise dans la région.

Alibaba accélère dans la vidéo en ligne

Le géant chinois du commerce en ligne, engagé depuis quelques années dans une stratégie de diversification tous azimuts, a annoncé dimanche qu'il allait ouvrir, d'ici à deux mois, un service de vidéo en ligne, sur le modèle de la chaîne américaine HBO ou des services proposés par Netflix. Ce service sera baptisé TBO, pour Tmall Box Office - Tmall est l'un des grands magasins virtuels opéré par Alibaba. Il sera payant à 90%, annonce la société, qui prend là un risque fort, car la vidéo sur internet est déjà un secteur en pleine effervescence, où l'offre gratuite est aujourd'hui abondante. Sur sa trajectoire, Alibaba va devoir affronter tous les grands noms de l'internet chinois, en particulier Baidu et Tencent, mais aussi Sohu et Leshi. Il devra, en outre, trouver la meilleure façon de gérer sa participation actuelle de 16,5% dans Youku Tudou, l'un des leaders de la vidéo en ligne chinois, qui pourrait devenir l'un de ses propres concurrents.

Quoi qu'il en soit, cette annonce démontre l'intention d'Alibaba de devenir, de plus en plus, une société articulée autour du divertissement et des productions culturelles. « Notre mission, la mission d'Alibaba dans sa globalité est de redéfinir les loisirs numériques » , a expliqué Patrick Liu, le responsable des loisirs numériques du groupe. On retrouve un projet du même genre chez Wanda, le numéro un chinois de l'immobilier qui se détourne actuellement de son métier d'origine pour investir dans des concepts articulés autour du divertissement ou du cinéma. Autant de signaux qui démontrent qu'en Chine, la civilisation du loisir apparaît comme la nouvelle frontière.

Le boom de la Bourse chinoise ne fait pas que des heureux

Il y a ceux qui en profitent... et les autres. Pour les entreprises chinoises qui ne peuvent pas se coter en Bourse en ce moment, l'équation financière a tendance à se compliquer. Car la ruée des fonds vers la Bourse a une répercussion immédiate : elle déprime le marché obligataire, qui constitue un autre grand canal de financement pour les sociétés. Ces dernières semaines, d'après les calculs de l'agence Bloomberg, l'équivalent de 2,7 milliards de dollars d'émissions obligataires ont été annulées dans le pays, du fait de mauvaises conditions de marché. Au même moment, 25 sociétés vont se coter en Bourse cette semaine, « aspirant » une somme cumulée estimée aux alentours de 6.000 ou 7.000 milliards de yuans, soit près de 1000 milliards d'euros.

Le phénomène de vases communicants est net : les investisseurs se désintéressent des obligations d'entreprises et se ruent sur le marché actions. D'autant qu'un autre mécanisme vient biaiser le marché : de nombreuses collectivités locales émettent de la dette, avec le soutien du ministère des Finances, et de la banque centrale. Dans ce contexte, les banques achètent majoritairement de la dette de gouvernement local, délaissant d'autant plus la dette d'entreprise. Cette situation pourrait compliquer un peu plus la situation de certaines sociétés chinoises, au moment où la croissance ralentit fortement. Elle n'est probablement pas sans lien avec le fait que des défauts de paiement commencent à apparaître - trois sociétés ont été incapables d'honorer des échéances de remboursement depuis le mois d'avril, un phénomène nouveau en Chine.

Les Echos.fr - Lundi 15 juin 2015
GABRIEL GRESILLON; YANN ROUSSEAU

© 2015 Les Echos.fr. Tous droits réservés.