jeudi 11 juin 2015

Chine: rare audience du président Xi au Panchen lama du Tibet


Le président chinois Xi Jinping a exhorté le Panchen lama, deuxième personnage de la hiérarchie spirituelle tibétaine, à faire preuve de "patriotisme", un appel voilé à garder le maximum de distance avec le dalaï lama, bête noire de Pékin, a rapporté jeudi la presse chinoise.


Reçu pour la première fois en audience mercredi par le président chinois, le Panchen lama --un moine de 25 ans nommé dans des circonstances controversées par Pékin--, lui a remis une "khatag", la longue écharpe blanche, symbole de félicité, en s'inclinant respectueusement devant le chef de l'État, selon les photos disponibles sur le site de la télévision chinoise.

Gyancain Norbu a été désigné 11è Panchen lama en 1995, à l'âge de 5 ans, par les autorités communistes chinoises, en réplique à la nomination par le dalaï lama en exil d'un autre jeune tibétain, Gedhun Choekyi Nyima, choisi selon la procédure traditionnelle de la réincarnation.

Ce dernier a disparu presque immédiatement avec ses proches après sa désignation par le dalaï lama, les organisations de Tibétains en exil affirmant qu'il a été emprisonné.

En recevant pour une rare audience le Panchen lama "officiel", le président chinois lui a demandé de "poursuivre la tradition patriotique du bouddhisme tibétain" et "d'oeuvrer à l'unité du pays", a rapporté l'agence Chine nouvelle.

Pékin, qui compte marquer cette année le 50è anniversaire du rattachement du Tibet à la Chine, dénonce régulièrement le dalaï lama comme un dangereux "séparatiste" inspirant la contestation de la férule chinoise. Le chef spirituel tibétain a fui en exil en Inde après l'échec d'un sanglant soulèvement anti-chinois en 1959.

Le président Xi Jinping a demandé au Panchen lama de "s'engager activement" à "intégrer le bouddhisme tibétain à la société socialiste" et "promouvoir les doctrines bouddhistes positives", selon l'agence officielle chinoise.

"Le Panchen lama a promis qu'il apprendrait de l'exemple de son prédécesseur et sauvegarderait sans relâche l'unité nationale et l'harmonie ethnique", selon Chine nouvelle, qui l'appelle de son nom et titre chinois de "Panchen Lama Bainqen Qoigyijiabu".

Son prédécesseur, le 10è Panchen lama, est mort subitement d'une crise cardiaque en 1989 à l'âge de 50 ans. Après avoir connu la prison, il s'était rallié à Pékin avant de prendre quelques distances.

L'actuel Panchen lama, qui a grandi et suivi des études de bouddhisme principalement à Pékin, est le plus jeune membre de la Conférence politique consultative du peuple chinois, une assemblée sous contrôle du Parti communiste chinois (PCC) et vice-président de l'association bouddhiste de Chine.

Il avait condamné en 2008 les violentes émeutes anti-chinoises de Lhassa.

Selon plusieurs analystes, Pékin serait tenté de lui faire jouer un rôle accru à l'avenir pour concurrencer l'image du dalaï lama, qui jouit toujours d'une vénération massive au Tibet.

Le dalaï lama a émis l'éventualité qu'il soit le dernier de sa lignée et qu'après sa mort, le clergé bouddhiste n'entreprenne pas de recherches pour lui trouver un successeur "réincarné".

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