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lundi 7 novembre 2011

ANALYSE - La rivalité Chine-Etats-Unis au menu des sommets d'Asie

Le Monde - Géo & Politique, lundi 7 novembre 2011, p. PEH7

12-13 et 14-19 NOVEMBRE |SOMMETS DE L'APEC À HAWAÏ (ÉTATS-UNIS) ET DE L'ASEAN À BALI (INDONÉSIE)

Signe de l'importance stratégique de la zone Pacifique, le président américain Barack Obama se rendra en personne aux deux grands sommets asiatiques qui se tiennent à quelques jours d'intervalle à la mi-novembre. " Le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ", rappelait, en 2009, M. Obama, qui est né à Hawaï et a grandi en Indonésie. A cette proximité personnelle s'ajoute une priorité stratégique pour les Etats-Unis, sur fond de rivalité croissante avec la Chine dans la région.

APEC, Asean : qu'est-ce que c'est ? Dans la région Asie-Pacifique, deux cadres de discussions économico-politiques gagnent en importance. Le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), dont le sommet se tient les 12 et 13 novembre à Honolulu, à Hawaï (Etats-Unis), regroupe 21 pays riverains du Pacifique. L'organisation a vu le jour en 1989 sur la base d'une proposition émise à Séoul, en Corée du Sud, par le premier ministre australien de l'époque, Bob Hawke. Il partait du développement des échanges commerciaux entre les nations de cette vaste zone et de l'avancée de l'intégration économique en Europe et en Amérique du Nord. Douze pays ont contribué à la création du Forum. Il représente 54,1 % du commerce mondial et 40 % de la population de la planète.

L'APEC, cadre non contraignant, travaille à la réduction des tarifs douaniers, à la facilitation des échanges, à la coopération sur la santé et, depuis 2001, à la lutte contre le terrorisme. En 1994, ce forum avait adopté, à l'occasion du sommet organisé à Bogor, en Indonésie, une série d'objectifs pour la suppression des taxes douanières à l'horizon 2010. En 2008, la moyenne de ces taxes avait baissé à 6,6 %, contre 16,9 % en 1989.

Deux ans plus tard, au Japon, les pays membres ont formulé la " vision de Yokohama " en faveur d'une plus grande intégration économique et d'une sécurité accrue, qui passent par la concrétisation du projet de zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Pour y parvenir, plusieurs propositions sont sur la table. Les Etats-Unis comptent sur le Partenariat trans-Pacifique (PTP). Lancé en 2005 par le sultanat de Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, ce cadre propose la création d'un espace sans taxe douanière. En 2008, les Etats-Unis ont décidé de négocier pour y adhérer. L'Australie, la Malaisie ou encore le Pérou ont suivi, et le PTP intéresse la Chine, la Corée du Sud et les Philippines. Avec retard, à cause de la catastrophe de Fukushima du 11 mars, le Japon a promis d'engager des négociations.

Deuxième cadre de discussions, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) a vu le jour en 1967 à Bangkok (Thaïlande), en pleine guerre froide, avec pour objectifs de favoriser la croissance, d'encourager la coopération et, à l'époque, de lutter contre le communisme.

Réunie à Bali du 14 au 19 novembre, elle compte aujourd'hui dix membres, contre cinq au départ. Le Timor-Oriental pourrait la rejoindre en 2015. L'adhésion de la Birmanie en 1997 a soulevé des questions sur l'importance des valeurs démocratiques au sein de l'organisation. Au final, l'Asean a, en 2003, adopté la déclaration Bali Concord II, dans laquelle les Etats membres affirment l'importance de la démocratie pour la paix et la stabilité.

L'organisation plaide pour une coopération accrue dans les domaines sociaux, environnementaux, culturels ou encore sécuritaires : des points qui apparaissent dans le projet de Communauté de l'Asean que les pays membres souhaitent créer d'ici à 2015. Dans cette optique, l'Asean a signé des accords de libre-échange avec la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Elle dispose d'un siège d'observateur à l'Assemblée générale de l'ONU.

Son développement en a fait un acteur incontournable du dialogue régional. Avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, elle a formé, après la crise asiatique de 1997, l'Accord de libre-échange est-asiatique (Eafta ou Asean + 3), à l'origine de l'initiative de Chiang Maï (Thaïlande) conclue en 2000 pour limiter les risques de crise financière dans la région. A cette Asean + 3 se sont jointes l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande pour donner naissance au Partenariat économique global pour l'Asie de l'Est (Cepea ou Asean + 6).

L'Asean est aussi au coeur du sommet de l'Asie de l'Est, qui réunit 18 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, et qui se veut un forum d'échange sur le commerce, l'environnement et l'énergie. Depuis 2007, il est organisé dans le prolongement du sommet de l'Asean.

Espaces de dialogue ou de rivalité ? Preuve de l'importance grandissante de la région, sur les plans tant économiques que politiques, ces organisations sont aussi devenues, ces dernières années, des lieux de rivalité, principalement entre la Chine et les Etats-Unis.

En 2009, le président Obama avait affirmé la volonté américaine de ne pas être écarté de l'Asie. " Je souhaite que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l'avenir de cette région car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ", avait-il déclaré, témoignant d'une évolution des priorités de Washington, de l'Atlantique vers le Pacifique.

Or, dans cette zone, l'influence américaine se heurte à celle de la Chine, dont le développement rapide de l'outil militaire - avec notamment son projet de construction de porte-avions - s'accompagne de revendications territoriales plus affirmées. Un incident sérieux a opposé le pays au Japon en septembre 2010, au sujet de la souveraineté sur les îles Senkaku, appelées Diaoyu en Chine.

En mer de Chine méridionale, des heurts ont eu lieu cette année avec les marines vietnamienne et philippine autour des îles Spratly et Paracel. La domination de ces archipels inhabités suscite des convoitises, car ils abriteraient de riches réserves halieutiques et d'importants gisements de pétrole et de gaz. Leur contrôle et l'étendue de la zone économique exclusive chinoise suscitent des interrogations dans cette région, importante route maritime et commerciale.

Ces questions reviennent à chaque rencontre de l'APEC ou de l'Asean. En juillet, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des pays de l'Asean, Pékin a accepté de discuter pour calmer les tensions en mer de Chine méridionale. Mais le dossier est loin d'être clos.

L'activisme chinois est une aubaine pour les Etats-Unis, qui en profitent pour conforter les alliances existantes avec les nations de la région, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Ils se sont également rapprochés du Vietnam, avec lequel ils ont organisé des manoeuvres navales...

Quels sont les enjeux des sommets à venir ? Les questions sécuritaires vont occuper une place non négligeable au sommet de l'Asean, auquel se rendra Barack Obama. Sur les questions territoriales, les participants devraient rappeler leur volonté de garantir la libre navigation en mer de Chine méridionale et le respect des règlements internationaux sur la souveraineté. Ils devraient chercher à faire avancer le dialogue Asean-Chine, qui sera lancé au même moment, avec l'appui des Etats-Unis.

La Chine a certes accepté ces pourparlers mais reste réticente. Soumise en interne à la pression des tendances nationalistes, elle pourrait réaffirmer sa volonté de discuter au cas par cas, avec chacun des pays concernés.

L'Asean pourrait accepter d'être présidée par la Birmanie en 2014. Une demande en ce sens a été déposée par le gouvernement birman, issu des élections de 2010, et qui a commencé en octobre à libérer des prisonniers politiques. Il a reçu l'appui de l'opposante Aung San Suu Kyi qui, libérée après sept ans d'assignation à résidence, a accepté un dialogue avec le régime.

Sur le plan économique, l'Asean devrait poursuivre les discussions sur des zones de libre-échange avec ses partenaires au sein de l'Asean + 3 (une option privilégiée par la Chine), et ceux de l'Asean + 6, ce que préférerait le Japon, qui souhaite contrebalancer la puissance chinoise en intégrant l'Inde.

Le sommet de l'APEC devrait quant à lui se concentrer sur le projet de Partenariat trans-Pacifique (PTP), que les Etats-Unis veulent finaliser. Ce projet est considéré comme une avancée potentielle vers la réalisation de la zone de libre-échange en Asie-Pacifique (FTAAP). Le président Obama, qui a dit en 2010 vouloir multiplier par cinq les exportations américaines, y voit également un bon moyen de soigner son image sur le plan intérieur, à un an de la présidentielle : la majorité républicaine du Congrès pourrait avoir du mal à s'opposer à ce projet. Un succès de Washington sur le PTP serait également une façon de contrer les rivaux chinois.

Mais au sein de l'APEC, le Partenariat trans-Pacifique en tant que base de départ pour la FTAAP ne fait pas l'unanimité. Pour parvenir à cette vaste zone de libre-échange, d'autres idées sont avancées. L'une d'elles propose de partir du cadre de l'Asean.

Philippe Mesmer

© 2011 SA Le Monde. Tous droits réservés.

lundi 15 novembre 2010

L'Apec promet la création d'une gigantesque zone de libre-échange aux contours encore flous

Les Echos, no. 20804 - International, lundi, 15 novembre 2010, p. 11

Réunis à Yokohama, les pays de la zone Asie-Pacifique entendent doper leurs échanges en baissant leurs tarifs douaniers mais les compétitions entre Américains, Chinois ou Japonais pèsent sur ces ambitieux projets.

Si les pourparlers du Forum économique Asie-Pacifique (Apec), qui se tenait ce week-end à Yokohama au Japon, ont été beaucoup moins conflictuels que ceux de jeudi et vendredi, au G20 de Séoul (voir ci-dessus), ils n'ont pas non plus permis aux plus grandes puissances économiques de la planète de dégager un programme concret de rééquilibrage de la croissance mondiale.

Après s'être violemment opposés en Corée du Sud sur leur politique monétaire respective, les Etats-Unis et la Chine ont bien tenté au fil des réunions publiques d'apparaître moins divisés et se sont entendus avec les autres membres de l'Apec - 21 pays de la zone Asie-Pacifique -pour condamner le protectionnisme, relancer, au sein de l'OMC, les négociations sur le cycle de Doha et encore « travailler » à la réalisation d'une zone de libre-échange regroupant tous les marchés de la région. Les délégations n'ont toutefois pas évoqué de calendrier concret pour cet ambitieux projet. Dans les prochains mois, les négociateurs des différents gouvernements espèrent travailler à une extension des deux accords liant déjà plusieurs pays de la région. Ils pourraient ainsi s'appuyer sur les structures de l'Asean + 3 qui regroupe les 10 pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud ainsi que sur le « TPP » (le partenariat trans-Pacifique), une petite zone de libre-échange pour l'instant limitée à Brunei, au Chili, à la Nouvelle-Zélande et à Singapour, mais que les Etats-Unis veulent intégrer, tout comme l'Australie, la Malaisie, le Pérou, le Vietnam ou encore le Japon.

Le Japon tiraillé

S'ils saluent ces initiatives, les experts notaient, hier soir, que la création d'une zone de libre échange Asie-Pacifique qui lierait les trois plus grandes économies de la planète (les Etats-Unis, la Chine et le Japon) avec quelques-uns des pays les plus dynamiques d'Asie et d'Amérique latine allait encore nécessiter de laborieuses négociations. Le Japon, qui reste l'un des principaux acteurs de la zone, a confirmé, hier, qu'il aimerait rejoindre le « TPP » mais n'a pas osé présenter sa candidature officielle. Les industriels du pays militent pour une adhésion de leur pays à ces pactes commerciaux, mais Naoto Kan, le Premier ministre nippon, redoute la colère de ses agriculteurs, qui ne survivent aujourd'hui que grâce à la fermeture du marché domestique aux productions étrangères.

YANN ROUSSEAU

© 2010 Les Echos. Tous droits réservés.


Hu Jintao et Naoto Kan jouent l'apaisement au sommet de l'Apec
Sébastien Falletti

Les disputes territoriales qui opposent le Japon à la Chine et à la Russie ont dominé le sommet entre les 21 dirigeants du forum de coopération économique de l'Asie-Pacifique qui s'est conclu à Yokohama dimanche. Hu Jintao, le président chinois, et Naoto Kan, le premier ministre nippon, se sont engagés à améliorer leurs relations bilatérales très tendues depuis l'arraisonnement d'un navire de pêche par les garde-côtes japonais dans des eaux disputées par les deux pays, en septembre. Pékin a promis d'accélérer le rythme de livraison de terres rares vers l'Archipel qui s'était ralenti depuis l'incident.

Le président russe, Dmitri Medvedev, a également tenté d'amadouer son hôte japonais en lui promettant un approfondissement des échanges économiques, quelques jours après un voyage controversé dans les îles Kouriles, revendiquées par Tokyo. Kan a maintenu ses protestations devant le président russe.

Sur le front économique, les dirigeants de l'Apec ont réaffirmé leur objectif de créer une zone de libre-échange autour du Pacifique, mais sans parvenir à fixer des objectifs contraignants ni un calendrier pour y parvenir. L'Apec représente 50 % du PIB de la planète et près de 45 % des échanges mondiaux.