jeudi 28 mai 2009

L'art chinois réveille les transactions - Judith Benhamou-Huet

Les Echos, no. 20434 - Week-end, vendredi, 29 mai 2009, p. 35

La valeur des arts décoratifs chinois explose. Pour les Français, l'aubaine est d'autant plus grande que l'Hexagone est un des principaux gisements mondiaux pour ces objets anciens.

Petit vase d'époque Qianlong.

Depuis Louis XIV, la France s'intéresse à la Chine. Les experts français ne manquent pas d'anecdotes qui témoignent de découvertes inopinées d'objets chinois précieux. L'expert en ventes publiques Thierry Portier raconte avoir trouvé dans un hôtel particulier de Boulogne-Billancourt une potiche à décors bleu et blanc de pivoines du XIVe siècle. Elle sera vendue le 26 juin dans le cadre de Drouot Estimation avec une évaluation à 50.0000 euros. Elle n'est pas en excellent état. Thierry Portier avait déjà cédé un modèle comparable, en meilleur état de conservation, deux ans plus tôt pour 3,2 millions d'euros. Dans le même esprit, chez Sotheby's, Christian Bouvet raconte comment en visitant un château du Sud-Ouest de la France il a remarqué une flasque chinoise à décors de fleurs des quatre saisons en bleu et blanc qui servait modestement de pied de lampe. Seul un connaisseur pouvait reconnaître qu'elle datait de la période d'invention des porcelaines bicolores en Chine, c'est-à-dire les années 1403-1424, celles-là même qui sont aujourd'hui recherchées par la nouvelle clientèle de l'ancien Empire du Milieu. Estimation : 200.000 euros, pour cet objet de 43 cm de haut. Selon Christian Bouvet, toutes les autres flasques du même modèle - elles sont cinq connues au total - sont aujourd'hui dans des musées. Celle-là a cependant le désavantage d'avoir été raccourcie à son extrémité supérieure.

22 millions d'euros

Le record absolu pour un objet d'art asiatique est d'ailleurs un vase du XIVe siècle à décors bleu et blanc adjugé 22 millions d'euros en 2005. Il semblerait que son propriétaire soit un Occidental. Dans la liste des trésors chinois qui apparaissent sur le marché français, on peut encore citer le 29 avril dernier à Drouot un sceau impérial en jade du XVIIIe siècle, en usage dans le fameux Palais d'Eté sous le règne de Qianlong, qui a été vendu par Thierry Portier 1,6 million d'euros à un Chinois. C'est encore Thierry Portier qui, le 4 juin prochain, présentera à la salle des ventes Rossini, située en face de l'hôtel Drouot, une petite potiche en émail (13 cm de haut) d'époque Qianlong en provenance, elle aussi, du Palais d'Eté. Son décor floral très riche est frappé de la marque impériale si recherchée. C'est le même expert qui propose à Lille sous le marteau de Vregille et Bizouard, le 7 juin, une minuscule coupe (7,8 cm de haut) en porcelaine d'époque Chenghua du XVe siècle. Son rare décor aux couleurs fondues lui donne toute sa valeur. Malgré plusieurs fêlures, elle est estimée 80.000 euros.

Des acheteurs chinois

« Il y a beaucoup de nouveaux acheteurs chinois et il y a encore beaucoup de liquidités disponibles en Chine », estime à Hongkong chez Christie's Pola Antebi, spécialiste des arts décoratifs. « Acheter de l'art chinois ancien, surtout s'il est d'origine impériale, leur semble un investissement sûr. Depuis les années 2000, les Chinois commencent à s'intéresser aux enchères en dehors de la Chine continentale. » En 2008, 60 % des acheteurs de Christie's Hongkong étaient des Chinois continentaux et aujourd'hui pour cette maison de ventes, Hongkong est le troisième site en termes de volume d'affaires, derrière New York et Londres.

Cette montée en force de la consommation de la Chine populaire enrichie amène à regarder une partie de la production ancienne différemment. Pendant longtemps la luxuriante porcelaine du XVIIIesiècle, avec ses décors très chargés et très colorés, était relativement peu demandée. Les exploits techniques des faïenciers de l'époque de Qianlong laissaient indifférents les amateurs occidentaux. Depuis lors, les choses ont bien changé. « Avec le goût des nouvelles fortunes chinoises, depuis le début des années 2000 dans ce domaine, les prix ont augmenté de 200 % », observe Christian Bouvet qui propose par exemple chez Sotheby's à Paris le 11 juin un vase de 18 cm de haut en porcelaine à fond rouge de forme balustre entièrement décoré de fleurs de lotus et de feuilles d'acanthe. Sur sa base, la marque de l'empereur Qianlong. Il a été offert par le contre-amiral Dupuis (19.834-1911) à sa soeur et a été conservé depuis lors dans la famille. Estimation : 25.000 euros. En 2000, il aurait été estimé pour 8.000 euros environ.

Art d'Asie le 11 juin chez Sotheby's. www.sothebys.com. Vente d'art d'Extrême-Orient. Salle Rossini. Art Valorem : www.art-valorem.fr. Prochaines ventes d'art asiatique organisées par Thierry Portier sur www.portier-asianart.com. Art d'Asie le 10 juin chez Christie's. www.christies.com.

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1 commentaires:

Addison a dit…


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