vendredi 29 octobre 2010

Axa trouve un allié pour conquérir le marché chinois

Les Echos, no. 20795 - Finance, vendredi, 29 octobre 2010, p. 28

Pour asseoir son développement en assurance-vie en Chine et « changer d'échelle » sur ce marché difficile mais prometteur, AXA a accepté qu'ICBC prenne le contrôle de son joint-venture local. L'assureur gardera la main sur la gestion quotidienne.

Voilà qui donnera peut-être aux investisseurs du baume au coeur. En annonçant hier son intention de s'associer avec le géant chinois ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), première banque mondiale par la capitalisation boursière, AXA a vraisemblablement marqué plusieurs points.

Moyennant 1,2 milliard de yuans RMB (129 millions d'euros), ICBC va prendre 60 % d'AXA Minmetals, la coentreprise créée en 1999 par AXA (51 % détenus avec AXA APH) et le groupe industriel China Minmetals Corporation (49 %). AXA conservera 27,5 % de l'entité, et Minmetals 12,5 %. Une perte de majorité largement compensée, selon le groupe, par le « changement d'échelle » anticipé. AXA devient en effet le « partenaire privilégié » en assurance-vie d'ICBC, qui compte 16.000 agences en Chine. Et l'assureur français gardera la main sur la gestion quotidienne de la boutique.

Le groupe présidé par Henri de Castries prouve ainsi que ses velléités de développement en Asie ne sont pas lettre morte. Et ce malgré la tournure prise par l'opération de rachat des minoritaires de la filiale en Asie Pacifique AXA APH, contrariée par l'antitrust australien.

Engagements

Le mouvement n'est pas que symbolique : AXA s'est engagé à renforcer la part des pays émergents dans ses résultats, l'objectif étant qu'ils contribuent à hauteur de 15 % d'ici trois à cinq ans, contre moins de 5 % aujourd'hui. Et les chiffres au 30 septembre, publiés hier, prouvent qu'en assurance-vie notamment, ce sont ces pays qui tirent l'activité.

Dans ce contexte, AXA se donne les moyens, à moindre coût, de se renforcer en Chine, marché dont le potentiel de croissance semble proportionnel à la difficulté, pour un assureur étranger, d'y percer. Avec un taux de pénétration de 2,3 % et une prime moyenne de 82 dollars par tête, le marché chinois de l'assurance est encore émergent. Confrontés à la dominance des acteurs locaux (China Life, Ping An...) et à un environnement réglementaire très contraignant, les assureurs étrangers n'y représentent qu'une part de marché faible (4 % environ) et déclinante en assurance-vie. AXA Minmetals, qui a collecté 830 millions de yuans de primes (89 millions d'euros) sur les neuf premiers mois de l'année, représente encore une goutte d'eau dans l'univers AXA (70,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur neuf mois, dont 44 milliards en assurance-vie). Mais, avec ce partenariat, le groupe compte bien se doter d'une sérieuse longueur d'avance sur ses concurrents européens et américains.

GERALDINE VIAL

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Le Figaro, no. 20604 - Le Figaro Économie, vendredi, 29 octobre 2010, p. 21

La plus grande banque chinoise entre au capital d'une filiale de l'assureur français. ICBC distribuera les produits d'assurance-vie d'Axa dans ses 16 000 agences. La réglementation locale limite l'activité des acteurs étrangers.
Anne de Guigné

Axa espère avoir trouvé la voie royale pour percer en Chine. Le groupe français a annoncé hier l'entrée d'ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), la première banque du pays, au capital de la coentreprise spécialisée dans l'assurance-vie qu'il avait fondée avec le groupe métallurgique China Minmetal.

Plus important, ce lien capitalistique s'accompagne d'un accord de distribution. Avec 230 millions de clients et 16 000 agences, ICBC est un partenaire de choix pour toucher un pays où l'assurance-vie devrait croître en moyenne de 12 % par an entre 2010 et 2020, selon les analystes de Swiss Re.

« Le marché chinois est l'un de ceux qui grandit le plus rapidement au monde, confirme Henri de Castries, le PDG d'Axa. L'accord avec ICBC, la première banque du pays, est une opportunité formidable pour nous de changer d'échelle. ICBC a conclu une cinquantaine d'accords de distribution au total, mais la banque n'a noué de lien capitalistique qu'avec nous. Elle est donc fortement intéressée au succès de notre coentreprise. »

ICBC détiendra une participation majoritaire de 60 % de la joint-venture, Axa et Minmetals se partageant le solde. Le directeur général d'AXA-MM sera désigné par AXA, mais le conseil d'administration et le comité de direction seront dirigés par un président exécutif nommé par ICBC.

Présent en Chine depuis 1999, le champion français se contentait jusqu'ici d'une place plus que modeste sur le marché. Avec 56 millions d'euros de primes en vie et 7 millions en dommage, il se situait au seizième rang parmi la cinquantaine d'acteurs étrangers. Tous peinent à gagner des parts de marché sur le sol chinois : en 2009, selon le cabinet Pricewaterhouse Coopers, les acteurs nationaux détenaient encore 95 % de leur marché en assurance-vie et 99 % en dommage. Malgré la longue parenthèse d'économie communiste, ces acteurs s'appuient sur une tradition solide : dans les années 1930, le marché d'assurance chinois était le plus dynamique d'Asie. C'est d'ailleurs là qu'est né à l'époque l'ancêtre de ce qui allait devenir le géant américain du secteur AIG. Le gouvernement a récemment inscrit l'assurance sur la liste des secteurs stratégiques, et un système d'attribution parcimonieux de licences limitant la croissance des acteurs étrangers.

Contourner les freins réglementaires

Grâce à son association avec le puissant ICBC, Axa espère passer outre ces freins réglementaires. Prudent, l'assureur préfère ne communiquer aucun objectif en assurance-vie. Sur le marché du dommage, le groupe réfléchit encore aux moyens de son développement. « Nous avons la volonté de continuer à nous développer en Chine sur ce secteur » affirme Henri de Castries.

L'Asie-Pacifique représentait, en 2009, 11 % des 9,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires d'Axa. Depuis décembre 2009, le groupe tente, pour l'instant sans succès, de se désengager de ses activités en Australie et en Nouvelle-Zélande pour se renforcer en Asie. « Notre association avec ICBC démontre qu'au-delà de ce qui se passe en Australie, nous savons créer des opportunités de développement en Asie et que nous continuerons à le faire », assure le PDG.

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