lundi 22 novembre 2010

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks est recherché pour une affaire de viol

Le Monde - International, samedi, 20 novembre 2010, p. 8

La police criminelle suédoise a transmis vendredi un mandat d'arrêt international contre Julian Assange, le fondateur australien de WikiLeaks, recherché en Suède pour une affaire de viol survenue en août dernier. WikiLeaks est le site qui a révélé de nombreux documents confidentiels de l'armée américaine portant sur les conflits afghans et irakien.

Selon le bureau du procureur, Julian Assange, qui doit répondre de cinq chefs d'inculpation dont celui de viol, ne s'est pas présenté devant la justice pour répondre aux accusations de deux jeunes femmes. « Il doit être interrogé dans le cadre de l'enquête. Nous le rechercherons à l'international, via Interpol », a indiqué Marianne Ny, la procureure chargée de l'affaire.

Le 20 août, le journaliste australien avait été une première fois inculpé par contumace de « viol et d'attentat à la pudeur ». Dès le lendemain, et après que la nouvelle eut fait le tour du monde, une deuxième procureure était revenue sur la décision de sa collègue : il n'était plus soupçonné de viol, mais la justice voulait toujours l'entendre sur la question de harcèlement sexuel.

Julian Assange avait été interrogé par la police le 30 août comme l'avait confirmé son premier avocat. Quelques jours plus tard, le 1er septembre, une troisième procureure avait annoncé que Julian Assange était de nouveau soupçonné de viol.

Pourtant, avant de quitter la Suède le 14 septembre, un peu plus d'un mois après son arrivée, Julian Assange avait demandé par le biais de son avocat, Björn Hurtig, s'il lui était possible de quitter le pays. La procureure n'avait alors pas demandé à l'interroger et avait donné le feu vert à son départ.

Dans un communiqué publié sur Twitter, l'avocat britannique du fondateur de WikiLeaks s'insurge : « Malgré le droit qui est le sien de garder le silence, mon client a proposé à plusieurs reprises d'être interrogé, une première fois en Suède avant qu'il ne parte, et puis au Royaume-Uni, y compris à l'ambassade de Suède, soit en personne, soit au téléphone, soit par vidéoconférence ou par courrier électronique », écrit Mark Stephens, qui parle de « persécution ».

« Préservatif déchiré »

L'avocat note qu'aucune demande écrite n'a été présentée par la justice durant ces trois mois et que, à cause de cela, son client est dans la position où il ne peut se défendre, alors que, sur Internet, une occurrence sur dix associe aujourd'hui le mot « viol » au nom de Julien Assange.

Pour M. Assange, ces accusations sont « fausses et sans fondement ». Selon Me Stephens, « la procureure et la défense reconnaissent qu'il s'agit d'un incident pendant un rapport sexuel consenti au cours duquel le préservatif s'est déchiré. La procureure dit que cela relève du viol, nous disons que ce n'est pas le cas ».

Depuis le début de cette affaire, à la mi-août, le fondateur de WikiLeaks - objet de pressions de la part des autorités américaines pour ne pas mettre en ligne les documents sensibles sur les guerres d'Irak et d'Afghanistan - clame son innocence.

Julian Assange, qui se trouvait jeudi en Grande-Bretagne, pourra faire appel de la décision de la justice.

L'affaire gêne le travail de WikiLeaks, à qui son fondateur tente de conserver une ligne cohérente. Il y a un mois, invité pour parler des documents mis en ligne sur la guerre en Irak, Julian Assange avait quitté un plateau de télévision où une journaliste de CNN insistait pour l'interroger sur les problèmes internes de WikiLeaks et les accusations de viol dont il est l'objet.


PHOTO - Julian Assange, founder of WikiLeaks, which has made public about 500,000 classified U.S. files on the wars in Iraq and Afghanistan, holds a news conference at the Geneva Press Club in Geneva, November 4, 2010, the day before the United Nation's Human Rights Council examines the U.S. human rights record in its universal periodic review programme.

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