lundi 21 février 2011

Déséquilibres mondiaux : les Etats-Unis et la Chine campent sur leurs positions


Les Echos, no. 20874 - International, lundi, 21 février 2011, p. 7

A l'occasion du G20 Finances, un débat a réuni, vendredi, cinq des plus grands banquiers centraux. Les divergences entre la Fed et la Banque populaire de Chine restent vives.

Les grands banquiers centraux étaient réunis vendredi à Paris à l'occasion de la parution de la « Revue de la stabilité financière » de la Banque de France. Le débat organisé avant la clôture du G20 Finances portait sur un sujet sensible : les déséquilibres mondiaux et la stabilité financière. De manière symbolique, Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine et Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine étaient chacun placés à une extrémité de l'assemblée. S'ils ont appelé, comme leurs homologues français, britannique, européen et japonais, à un renforcement de la « coopération » internationale, les deux banquiers centraux se sont aussi livrés à une passe d'armes feutrée.

Ben Bernanke a attaqué le premier en déclarant que « le fait que certains pays maintenaient leurs devises sous-évaluées contribuaient à un système déséquilibré et insoutenable ». Sans nommer la Chine, ni faire référence au yuan, il a ajouté que « les économies ayant des excédents courants devaient laisser leur taux de change mieux refléter leurs fondamentaux ». La charge de Ben Bernanke envers les pays émergents ne s'est pas arrêtée là : conscient des accusations - qu'il a de nouveau récusées -selon lesquelles la politique monétaire américaine est à l'origine de bulles dans les économies en développement, il a souligné que les flux de capitaux étaient guidés par l'espérance légitime de croissance et de rendement dans ces pays. « Ils ont tous les outils à disposition pour faire face, qu'il s'agisse de politique monétaire, budgétaire ou de politique de change », a-t-il poursuivi. Autre argument brandi par le patron de la Fed, celui de la responsabilité des émergents dans la flambée des cours des matières premières. Sa plus importante concession a été de reconnaître les efforts à fournir en matière de politique budgétaire pour les pays en situation de déficit courant.

« Spéculation prédatrice »

Armé d'un franc sourire, le gouverneur de la Banque populaire de Chine a répondu que les ajustements demandés à Pékin exigeaient du temps et que des progrès avaient déjà été réalisés. Dans un rapport accompagnant la « Revue de la stabilité financière », Zhou Xiaochuan souligne notamment que le taux d'épargne diminue depuis 2005 alors que « les politiques économiques nationales se sont largement attachées à augmenter la demande intérieure et à renforcer la consommation ». Le gouverneur relativise aussi les « fautes » des pays d'Asie : « Le niveau élevé du taux d'épargne et l'importance des réserves de changes s'expliquent par des réactions de défense contre une spéculation prédatrice. » Il évoque l'action des « hedge funds », qui ont provoqué des entrées massives de capitaux suivies de retraits brutaux, et regrette que « certains pays » et les organisations internationales n'aient alors pas réagi. « De simples ajustements de taux de change nominal ne peuvent influencer le comportement d'épargne », souligne-t-il encore dans son rapport. Entre les deux superpuissances, les sujets de discorde dominent encore.

ISABELLE COUET

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