mardi 1 février 2011

Resserrement du crédit : Pékin se trompe de cible - John Foley

Le Monde - Contre-enquête France, mercredi, 2 février 2011, p. 18

En durcissant sa politique monétaire, Pékin se trompe de cible. Les banques de petite taille qui ont désormais du mal à se refinancer sont en effet durement touchées par les mesures visant à drainer les liquidités excédentaires. Sans ralentir la production de prêts, cette politique risque de pénaliser les petites sociétés qui ont besoin d'emprunter et de fragiliser les établissements financiers les plus vulnérables.

Plutôt que de relever les taux d'intérêt pour contenir l'inflation alimentée par le crédit, la Banque populaire de Chine a augmenté les réserves obligatoires des banques en proportion des dépôts, une technique que seuls de rares pays utilisent encore. Le 14 janvier, elle a relevé de 0,5 % le ratio de réserves obligatoires au niveau record de 19 % pour les grandes banques, de 17 % pour les autres.

Petits punis

Pour les géants comme ICBC et la Banque de Chine, qui disposent d'un surplus de réserves considérable, cette décision n'aura qu'un effet limité. Mais si les établissements de petite taille veulent continuer à prêter de l'argent, ils devront se refinancer sur le marché interbancaire auprès des grandes banques. Or, il semble que celles-ci y soient peu disposées. Le taux des emprunts de court terme sur le marché interbancaire a en effet été multiplié par quatre depuis le 14 janvier pour atteindre 8 %, ce qui est bien supérieur au taux à un an, qui s'établit à 5,8 %.

Pour autant, l'activité de crédit ne montre pas le moindre signe de ralentissement. Entre le 1er et le 24 janvier, les crédits bancaires ont atteint la somme stupéfiante de 182 milliards de dollars (133 milliards d'euros), soit 15 % du total des prêts consentis en 2010. Or, les prêts sont accordés par les petites banques. Quand les grands établissements financiers ont tendance à conserver une marge de manoeuvre importante par rapport au taux de réserves obligatoires minimum, les petites banques provinciales sont pour la plupart juste à la limite, voire en deçà.

Alors, qui paie l'addition ? Puisque, proportionnellement, les banques les plus modestes prêtent davantage aux petites entreprises privées, le recours forcé à des prêts interbancaires onéreux pénalise le segment de l'économie le plus novateur et qui connaît la croissance la plus rapide. Les grands emprunteurs étatiques - ils jouissent de relations privilégiées avec les établissements financiers les plus importants - continuent eux à profiter de conditions de crédit bon marché.

Une piste pour les banques consisterait à prêter à perte. Mais les plus vulnérables risqueraient de voir leur position se fragiliser encore plus. Le risque majeur est que le marché interbancaire se grippe. La banque centrale a d'ailleurs déjà commencé à réinjecter des liquidités, même si cela va à l'encontre de la politique de resserrement du crédit.

L'autre solution consisterait à punir les banques qui conservent des réserves excessives, mais les grands établissements financiers ne verraient pas cela d'un bon oeil. Finalement, donner un tour de vis n'est pas chose aisée.

John Foley

(Traduction de Béatrice Laroche)

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