jeudi 31 mars 2011

La ruée vers l'or n'est pas terminée - Laurence Boisseau

Les Echos, no. 20901 - Marchés, mercredi, 30 mars 2011, p. 3

L'or continue à évoluer sur des sommets historiques après avoir touché un plus haut en séance à près de 1.448 dollars l'once. Si le début d'année a été assez volatil, les 1.500 dollars l'once ne sont pas inaccessibles. La demande chinoise pourrait continuer à tirer les cours vers le haut.

L'or est un rescapé. En hausse de plus de 400 % depuis une décennie, il a atteint, jeudi dernier un record historique à 1.447,82 dollars l'once. Depuis, s'il a un peu consolidé, le métal jaune se traite seulement 30 dollars au-dessous de son plus haut. Depuis janvier, néanmoins, il a fait l'objet de mouvements erratiques. En début d'année, rares étaient ceux qui étaient prêts à parier à nouveau sur les métaux précieux. En janvier, après une valorisation de 30 %, les opérateurs n'avaient pas hésité à prendre leur profit. Simplement convaincus que l'économie mondiale allait repartir du bon pied, ils avaient délaissé cet actif adulé au profit d'investissements plus risqués (actions, obligations) et en théorie plus rentables. A tel point qu'à la fin janvier, selon les statistiques du régulateur américain, la CFTC, les positions à la vente des spéculateurs étaient si élevées qu'elles avaient renoué avec leur niveau de 2008, au pire moment de la crise financière.

Allers-retours

Coup de théâtre, dès février, avec les problèmes au Moyen-Orient, surtout en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen et à Bahreïn, les investisseurs ont procédé à des allers-retours et repris des positions longues (à l'achat) sur l'or. Après le tremblement de terre et le tsunami au Japon, le métal jaune a retrouvé son statut de valeur-refuge. Car une fois les premiers accès de panique dissipés, les investisseurs ont vite compris que les catastrophes au Japon allaient se traduire dans l'économie locale et sans doute mondiale par de l'inflation et plus spécifiquement par un renchérissement des cours de l'énergie pendant plusieurs années. Dans ces conditions, l'or est redevenu attractif, apte à protéger contre les risques de hausse de prix, au détriment des actions et des obligations. Et ce, alors que la qualité de crédit de certains Etats européens suscitait des doutes sur leur solvabilité.

Once de spiritualité

A 1.420 dollars l'once, même proche de ses plus hauts, la « relique barbare » semble avoir encore beaucoup de potentiel. Les 1.500 dollars pourraient être dépassés cette année. Simplement parce que l'offre n'est pas élastique et que la demande est en constante augmentation. Cette année, l'or pourrait bien être tiré par l'appétit solide et croissant des investisseurs chinois pour le métal jaune. Si ces derniers n'ont pas encore d'ETF Or coté adossés à des stocks physiques d'or (Exchange Traded Fund, fonds cotés en continu) en Chine, en revanche, ils peuvent désormais investir dans la société chinoise Lion Fund Management. Fin 2010, cette dernière a réussi à lever 500 millions de dollars sur les marchés financiers. Son objectif : investir cet argent sur des ETF étrangers adossés au métal jaune.

Ce n'est pas tout. Des discussions ont lieu entre une banque commerciale chinoise et le Conseil mondial de l'or pour émettre des lingots d'or qui ne seraient plus standardisés mais recouverts d'idéogrammes chinois, véhiculant la bonne fortune. Un tel mouvement pourrait bouleverser le marché du métal jaune. En insérant dans l'or une once de spiritualité, les populations des marchés émergents qui raffolent déjà de ce métal pourraient pécher par excès de gourmandise.

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.