mardi 14 juin 2011

ENQUÊTE - La France, une filiale à part - Romain Gueugneau

Les Echos, no. 20952 - L_enquête, mardi 14 juin 2011, p. 11

Première implantation du groupe à l'étranger, la filiale française est également celle qui affiche la meilleure performance derrière la Chine.

Les « IBMers » de l'Hexagone ne cachent pas leur fierté. Depuis deux trimestres maintenant, la filiale française est citée en exemple par le grand patron, Sam Palmisano, lors des présentations de résultats financiers. Et pour cause : la France affiche la plus forte croissance au sein des marchés développés et la meilleure performance du groupe derrière la Chine. Au dernier trimestre 2010, les revenus ont bondi de 17 % et, depuis le début de l'année, la croissance se mesure aussi à deux chiffres. Le numéro un des services informatiques profite de la reprise des investissements technologiques dans les entreprises, notamment tirés par le secteur de la finance et de la distribution, bien présents en France. Il bénéficie surtout d'une certaine légitimité historique et d'une présence marquante sur le territoire.

Créée en 1914, la filiale française fut la première implantation du groupe à l'étranger. Elle compte aujourd'hui 11.000 collaborateurs et pèse environ 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. « IBM et la France ont partie liée. Nous capitalisons sur les forces et les atouts de ce pays pour nous développer », explique Alain Bénichou, le patron de la filiale. Le géant informatique puise depuis longtemps dans le vivier d'ingénieurs et de chercheurs français, particulièrement compétents en mathématiques. Les équipes de recherche sur les logiciels installées dans l'Hexagone sont les plus importantes du groupe, après celles des Etats-Unis, avec environ 700 personnes. L'acquisition de la société française Ilog en 2007 a permis à IBM de considérablement se renforcer dans ce segment de marché.

« Big Blue » a assis sa réputation en France en signant des contrats de grande envergure, notamment dans l'externalisation d'infrastructures informatiques, avec des grandes entreprises comme les Galeries Lafayette, Michelin ou AXA. Ce dernier, signé en 2003 pour environ 1 milliard de dollars, avait permis, à l'époque, d'affirmer un peu plus la stratégie e-business du groupe.

Une certaine autonomie

« IBM a su s'adapter aux spécificités du marché local des services informatiques, alors que les grandes sociétés françaises sont souvent réticentes à confier les clefs de leur informatique à un prestataire externe », explique Matthieu Poujol, analyste chez Pierre Audoin Consultants. En l'occurrence, le groupe n'hésite pas à mettre en place des « coentreprises » avec ses clients, comme avec BNP Paribas et la SNCF par exemple, pour pouvoir finaliser les contrats.

Dans un marché des services informatiques extrêmement compétitif, IBM a su faire sa place malgré la présence d'acteurs nationaux importants, comme Capgemini et Atos Origin qui font partie du Top 10 des SSII mondiales. « Le fait de maîtriser toute la chaîne de valeur dans l'informatique, avec les logiciels et le hardware en plus des services, c'est indéniablement un plus », considère Alain Bénichou. En outre, compte tenu de sa taille et de sa présence historique sur le territoire, IBM a été assimilé au fil des ans comme un acteur quasiment local. La bonne implantation du groupe en région, avec l'installation de cinq directions régionales fortes, y a contribué. Le groupe, connu pour ses grands contrats, travaille également avec un réseau de PME dense (10.000 clientes et 3.000 partenaires).

« IBM France n'est pas une simple filiale, c'est davantage une "business unit", qui jouit d'une certaine autonomie », juge Alain Bénichou. Ce qui ne l'empêche pas d'appliquer de façon fiable la stratégie dictée par le siège d'Armonk.

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