mardi 14 juin 2011

Le pétrole kazakh, cible numéro un des groupes chinois


Les Echos, no. 20952 - Industrie, mardi 14 juin 2011, p. 26

Près de 20 % de la production de pétrole du Kazakhstan est aujourd'hui aux mains des pétroliers chinois. C'est le premier pays visé par les Sinopec, CNPC et autres CIC à l'étranger.

Les compagnies chinoises lorgnent de longue date le Kazakhstan. En 2003, les géants Sinopec et CNPC avaient tenté d'acheter la participation du britannique BG dans le gisement de Kashagan pour 1,2 milliard de dollars. Mais la transaction n'avait pu aboutir, les autres actionnaires, les compagnies occidentales et l'Etat kazakh ayant exercé leur droit de préemption. Depuis, les pétroliers chinois se sont rattrapés. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le Kazakhstan concentre à lui seul près d'un quart des participations pétrolières des groupes chinois à l'étranger, avec un volume de 317.000 barils par jour. C'est le premier pays visé par les Sinopec, CIC et autres CNPC. En avril 2009, CNPC a par exemple acquis une participation de 49 % dans le kazakh MMG, tandis que la banque d'Etat chinoise d'import-export (CEIB) accordait un prêt de 10 milliards de dollars à la compagnie nationale KazMunaigas (KMG). En septembre, le chinois CIC s'est également offert une participation de 11 % dans KMG pour un peu plus de 900 millions de dollars. Aujourd'hui, près de 20 % de la production de pétrole kazakhe est aux mains de l'ex-empire du Milieu, selon l'AIE.

Cet intérêt marqué pour le Kazakhstan résulte de l'existence d'un pipeline de 2.200 kilomètres de long qui permet de relier les côtes de la mer Caspienne à la Chine. D'ici à 2015, cet oléoduc va permettre de transporter environ 6 % des importations de la Chine. Ce qui devrait réduire la dépendance du deuxième consommateur de pétrole au monde vis-à-vis du Moyen-Orient et de l'Afrique (76 % des importations chinoises en 2010). Tous ces barils transitent en effet actuellement par le détroit de Malacca. Une zone sensible, du fait de la densité de son trafic maritime et des risques de piratage. Pour garantir la sécurité des approvisionnements, la zone de la mer Caspienne présente un intérêt évident. Elle contient environ 48 milliards de barils de réserves prouvées, ce qui correspond à 3,5 % des réserves mondiales. La majeur partie de ces ressources se situent au Kazakhstan où les gisements en mer sont restés relativement peu explorés. A terme, il y a donc fort à parier que les pétroliers chinois renforcent leur présence dans la zone. Ils sont arrivés trop tard pour accéder au gisement de Kashagan. Mais si l'un des actionnaires actuels venait à envisager une sortie, il trouverait sans nul doute en Chine une oreille attentive.

EMMANUEL GRASLAND

© 2011 Les Echos. Tous droits réservés.