mercredi 10 août 2011

Engagée dans la lutte contre une inflation toujours élevée, la Chine ne pourra pas participer à la relance


Le Figaro, no. 20846 - Le Figaro Économie, mercredi 10 août 2011, p. 21

« La différence majeure entre la crise de 2008 et celle qui se profile aujourd'hui ? Cette fois-ci, il ne faudra pas compter sur la Chine pour sauver le monde à coup de centaine de milliards de yuans de plan de relance. » Pour ce gérant, la situation de la Chine explique une grande partie de la dégringolade actuelle des Bourses mondiales. Tout le monde craint désormais un sérieux coup de frein du côté de Pékin. Or, un ralentissement de l'économie chinoise pourrait dangereusement hypothéquer la reprise de l'ensemble de la planète.

Ce coup de frein ce profil de jour en jour alors que la pression inflationniste continue de peser sur Pékin et pourrait inciter le gouvernement central à continuer à relever ses taux d'intérêt, prenant le risque de brider sa croissance industrielle.

L'indice des prix à la consommation a progressé de 6,5 % en juillet, en glissement annuel, contre 6,4 % en juin, selon les chiffres du Bureau national des statistiques publiés hier. C'est sa plus forte accélération depuis trois ans. De mois en mois, les tarifs ont augmenté de 0,5 % en juillet contre 0,3 % entre mai et juin.

Entre janvier et juillet, l'inflation a donc attein t 5,5 %. Loin des 4 % initialement fixés comme objectif pour l'ensemble de l'année par les dirigeants chinois. Et toujours au-dessus de l'objectif révisé de 5 %. Le premier ministre Wen Jiabao avait prévenu en juin que ce but resterait la priorité du gouvernement, bien que la tâche soit « difficile ».

Abondance de liquidités

Les chiffres de juillet correspondent à un pic attendu de la hausse des prix, qui devrait s'estomper dans les mois à venir, selon la majorité des analystes. « L'inflation apparaît globalement sous contrôle et, plus encourageant, la modération de l'inflation sous-jacente suggère que la campagne de resserrement monétaire du gouvernement contient la pression sur les prix côté demande », souligne Matthew Circosta, économiste pour Moody's Analytics.

Dans l'immédiat certaines inquiétudes vont donc se dissiper. Mais la nouvelle incertitude sur les marchés mondiaux et les faibles perspectives de croissance en Europe et aux États-Unis créent une pression supplémentaire pour la Chine, qui a les mains liées quant à l'adoption d'un éventuel plan de relance trop susceptible de nourrir l'inflation.

Le parti fait face à une abondance de liquidités dans son économie, principale cause de la hausse des prix. Le dernier plan de relance adopté fin 2008 pour doper l'économie a conduit les collectivités locales à s'endetter à hauteur de 1 160 milliards d'euros, dont 80 % ont été prêtés par les banques chinoises, selon un récent rapport du Bureau national d'audit. Pour l'heure, le parti cherche plutôt à stabiliser son économie qu'à risquer un nouvel emballement.

Ce qui explique aussi la nervosité qui règne chez les hauts dirigeants sur la situation internationale. Les pays concernés par les problèmes de dette et de déficit doivent adopter des politiques « monétaires et budgétaires concrètes et responsables », a averti hier Wen Jiabao. Les choses sont claires : le plus grand créancier de la planète posera désormais ses conditions avant de prêter à tout-va.

Julie Desné

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