jeudi 25 août 2011

Le dynamisme chinois dope les profits des entreprises minières - Éric Albert


La Tribune (France), no. 4793 - Industrie & services, jeudi 25 août 2011, p. 7

Avec 23,6 milliards de dollars, le numéro un mondial, BHP Billiton, a réalisé le plus important bénéfice de l'histoire du secteur minier. La Chine a gonflé les résultats de 11 milliards.

Quatre-vingt milliards de dollars. C'est la somme, gigantesque, que compte dépenser le géant minier australien BHP Billiton d'ici à 2015 pour ses projets d'agrandissement. Et encore ne s'agit-il que de l'enveloppe consacrée à la croissance organique : les acquisitions extérieures - probablement nombreuses - n'y sont pas comptées. Des cibles potentielles sont identifiées dans le cuivre et la potasse notamment.

Le montant des investissement de BHP Billiton traduit l'incroyable croissance que connaissent actuellement les entreprises minières. BHP Billiton a présenté ce mercredi ses résultats annuels 2009-2010, clos fin juin 2011 : avec un bénéfice net en hausse de 86 %, à 23,6 milliards de dollars (16 milliards d'euros), l'entreprise s'offre le meilleur résultat jamais réalisé de l'histoire minière. Le chiffre d'affaires, à 72 milliards de dollars, augmente de 36 %. Soit une fois et demi de plus que le PIB du Costa Rica, par exemple.

BHP Billiton n'est pas une exception. Rio Tinto, son grand rival - lui aussi australien - a annoncé début août un bénéfice d'exploitation en hausse de 27 % au premier semestre, à 14 milliards de dollars. Même chose pour Xstrata, un concurrent suisse, dont le bénéfice net a fait un bond de 29 % au premier semestre.

Et la crise, dans tout ça? Le secteur minier ne semble pas la connaître. Son envolée est presque entièrement tirée par la croissance des pays émergents, Chine en tête. D'après les calculs de BHP, la sidérurgie chinoise à elle seule a gonflé ses bénéfices de 11 milliards de dollars. La compagnie reconnaît bien du bout des lèvres un ralentissement économique mondial, apportant des " incertitudes ". Mais peu lui importe : " les fondamentaux pour le minerai de fer et le charbon restent convaincants, alors que la hausse de l'offre devrait rester limitée. (...) À long terme, nous prévoyons une forte demande pour nos matières premières, soutenue par l'industrialisation et l'urbanisation de la Chine, de l'Inde et des autres économies émergentes. "

Simple bravade auto-proclamée, destinée à rassurer les marchés? Après tout, les cours de Bourse des compagnies minières (toutes cotées à Londres) dégringolent : elles ont perdu entre 20 % et 30 % depuis début juillet. Pourtant, les analystes de HSBC pensent que l'optimisme est fondé. Pour une croissance économique en Chine de 8 % à 9 %, ils calculent une hausse de la demande mondiale de métaux compris entre 4 % et 5,5 %.

En outre, ils notent que les investissements dans de nouvelles mines, qui augmenteront la production, sont limités par l'inflation des coûts, laquelle rend le lancement de nouvelles exploitations de plus en plus coûteuses.

Le bouillonnement de l'industrie minière se traduit logiquement par une course aux acquisitions. BHP Billiton participe activement à ces grandes manoeuvres. Il vient de racheter le producteur américain de gaz de schiste Petrohawk pour 15,1 milliards de dollars.

Nouvelles taxes en vue

Le boom de la sidérurgie chinoise alimente en particulier une ruée sur les producteurs de charbon, indispensable pour alimenter les hauts-fourneaux et transformer le minerai de fer en acier. D'après la presse britannique, une bataille se profile entre ArcelorMittal et Anglo American pour le rachat du groupe australien Macarthur Coal, qui produit une forme de charbon pulvérisé destiné à la sidérurgie.

Tout cela aiguise les appétits, en particulier du gouvernement australien. Face aux bénéfices exceptionnels des compagnies minières, celui-ci envisage d'imposer une nouvelle taxe de 30 %. Les syndicats mènent la lutte. " Les géants miniers traînent des pieds pour payer leur juste part ", accuse Tony Maher, président du syndicat CFMEU (mines et énergie).

(c) 2011 La Tribune. Tous droits réservés.