jeudi 25 août 2011

Soupçons de corruption et charity business en Chine - Brice Pedroletti


Le Monde - International, jeudi 25 août 2011, p. 7

L'oeuvre caritative liée à la Ligue de la jeunesse et à un club privé d'hommes d'affaires, le China-Africa Project Hope (projet espoir Chine-Afrique), a la généreuse ambition de construire 1 000 écoles en Afrique en dix ans.

Lancée en décembre 2010 l'opération aurait déjà rassemblé 31 millions de yuans, mais prévoit de lever un budget de 1,5 milliard de yuans (150 millions d'euros), sous forme de donations.

Si tant est que ses organisateurs survivent à la vague d'accusations et de soupçons dont ils font l'objet depuis quelques jours sur l'Internet et dans les médias chinois. Le China-Africa Project Hope est la seconde oeuvre caritative chinoise à se retrouver, en quelques semaines à peine, sous le feu des critiques, après la Croix-Rouge chinoise, qui jouit d'une situation quasi monopolistique dans le charity business local.

C'est la personnalité de Lu Xingyu, la secrétaire générale du projet, qui a éveillé la curiosité des internautes : la jeune femme de 24 ans leur a semblé jeune pour diriger un projet doté d'un tel budget. Pourquoi, se sont-ils en outre interrogés, sa fondation garde-t-elle 10 % des sommes qu'elle collecte, sous forme de frais de gestion ?

Passe qu'elle soit la fille de Lu Junqing, le milliardaire qui a créé le World Eminent Chinese Business Association (WECBA), ou l'association mondiale des hommes d'affaires chinois éminent, le groupe soit disant non lucratif, qui est identifié comme étant le partenaire de la Ligue de la jeunesse dans le projet des écoles de l'espoir africaine.

Mais voilà, a révélé le quotidien Nanfang Dushi Bao de Canton, connu pour avoir révélé quelques uns des scandales qui ont marqué l'opinion publique chinoise, les activités réelles de la WECBA sont loin de coller avec tout ce qu'elle prétend faire sur son site internet : le quotidien a ainsi publié une double page sur les huit mensonges de l'association.

Celle-ci n'en est d'abord pas une, c'est une entreprise créée à Hongkong. Elle n'a pas le soutien de l'ONU. Et semble facturer très cher à ses riches clients l'accès à ce club d'élite qui leur garantie entre autres, de les prendre en photo aux côtés de politiques.

M. Lu et sa fille ont décidé de faire front : ils tentent de se justifier devant les médias et menacent de poursuivre en justice le Nanfang. Mais la rapidité avec laquelle la presse chinoise et des milliers d'internautes (le China-Africa Project Hope fait partie des sujets les plus discutés sur Weibo, le microblog chinois) ont insufflé le doute sur l'opération et la réalité de sa mission caritative, font boule de neige : toutes sortes de dysfonctionnements du charity business chinois font surface.

La Croix-Rouge chinoise tente de relever la tête après le scandale de Guo Meimei, qui a éclaté en juillet : avec ses photos en petite tenue ou au volant de voitures de luxe, cette pin-up de 20 ans se présentait sur son microblog comme directrice générale d'une association liée à la Croix-Rouge.

Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)

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