lundi 12 septembre 2011

Deloitte pris au piège des scandales comptables chinois


Les Echos, no. 21014 - Entreprises et Marchés, lundi 12 septembre 2011, p. 17

Casse-tête en vue pour le cabinet d'audit Deloitte Touche Tohmatsu. Ancien auditeur d'une firme chinoise cotée à New York dont la comptabilité s'avère avoir été fantaisiste, celui-ci est aujourd'hui sommé par la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine de lui communiquer les documents d'audit établis en Chine... ce qui constituerait une violation des lois chinoises, avec à la clef des sanctions sévères pouvant aller jusqu'au pénal. « Deloitte Chine est pris au milieu d'exigences contradictoires émanant de deux régulateurs gouvernementaux », a déclaré un porte-parole. A la suite de la découverte de manoeuvres potentiellement frauduleuses, Deloitte avait rompu en mai son contrat avec Longtop, une société chinoise de logiciels ayant levé 210 millions de dollars à la Bourse de New York en 2007. Mais l'affaire, depuis, a pris de l'ampleur : toute une série de groupes chinois cotés sur le sol américain sont aujourd'hui dans le collimateur, soupçonnés d'avoir présenté des comptes fantaisistes. La plupart sont parvenus à lever des fonds aux Etats-Unis via une technique simplifiant les procédures.

Les mésaventures du cabinet Deloitte illustrent les difficultés que rencontrent les grands cabinets d'audit en Chine. Tandis qu'Ernst&Young a audité le groupe Sino-Forest, qui semble avoir menti sur les surfaces de forêt qu'il gère, KPMG soupçonne China Forestry, un groupe qu'il auditait, d'avoir également fraudé. La question est de savoir si Pékin va faire preuve de flexibilité en autorisant Deloitte à communiquer ses dossiers à la SEC. Alors que la crédibilité des groupes chinois à l'étranger est mise à rude épreuve, la pression est forte sur les régulateurs chinois pour qu'ils fassent montre de transparence.

Gabriel Grésillon

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