mardi 27 septembre 2011

L'aéronautique française exporte ses formations en Chine

Les Echos, no. 21025 - Compétences, mardi 27 septembre 2011, p. 15

Un institut, sur le modèle des écoles françaises d'ingénieurs, vient d'être inauguré à Tianjin. Un soutien-clé pour les industriels du secteur.

Des carnets de commandes pleins à craquer, des cadences de production revues à la hausse, des perspectives prometteuses dans le monde entier : jamais l'industrie aéronautique n'avait connu période aussi faste. C'est dans ce contexte qu'il faut restituer l'inauguration, il y a dix jours, à Tianjin, près de Pékin, de l'Institut sino-européen d'ingénierie de l'aviation (SIAE). Pour vendre des avions, il faut en effet disposer d'un environnement adapté et de compétences de haut niveau - pour le pilotage, la gestion des aéroports, la navigation, la maintenance, les liaisons air-sol... Autant de profils qui font cruellement défaut en Chine et que vise à former le SIAE. Installé sur le campus de l'université aéronautique de Tianjin (Cauc), l'institut associe 3 écoles françaises : l'Ecole nationale de l'aviation civile (Enac), l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (Isae), issu de la fusion de Sup'aéro et de l'Ensica, et l'Ecole nationale supérieure de mécanique et d'aérotechnique (Ensma) de Poitiers. Il dispose d'un bâtiment flambant neuf de 5 étages et 13.000 m2, aux normes environnementales les plus récentes.

Particularité du SIAE, son cursus est entièrement en français, calqué sur le modèle hexagonal d'école d'ingénieurs : deux années de classes préparatoires et trois de « cycle ingénieur », le tout précédé par une année de formation à la langue française et complété par des stages en entreprise. C'est d'ailleurs la troisième école de ce type dans le pays, après Centrale-Pékin et l'Institut franco-chinois de l'énergie nucléaire (Ifcen), inauguré récemment par François Fillon.

Les industriels impliqués

Lancé en 2007, l'institut accueille 100 élèves par promotion - la première sortira en 2013. La partie française assure 43 % du budget de fonctionnement, la Chine fournissant le reste. Les industriels (EADS, Safran, Thales...) apportent leur soutien, ainsi que la Direction générale de l'aviation civile et le ministère de l'Enseignement supérieur (plus de détails sur le montage financier sur ). Les élèves ne paient que les frais de scolarité chinois - autour de 600 euros par an. La moitié des cours est assurée par des professeurs venus de France. En parallèle, des enseignants chinois viennent se former dans l'Hexagone sur un semestre. Pour les diplômés, les débouchés ne devraient pas manquer, tant chez les industriels locaux (compagnies aériennes, constructeurs...) qu'au sein de firmes françaises présentes en Chine. Pour Safran par exemple, qui doit fournir en moteurs le futur C919 chinois (l'équivalent de l'Airbus A320 Neo), il s'agit d'un enjeu majeur. La partie est plus délicate pour Airbus, qui a installé une usine de montage d'A320 à Tianjin mais voit surgir un concurrent redoutable dans le pays.

« C'est une opération exemplaire, estime pour sa part Thierry Mariani, le ministre des Transports, présent à Tianjin pour l'occasion. Elle procure un soutien important à la filière aéronautique hexagonale et permet de former des cadres chinois francophones et, je l'espère, francophiles. Quant à son coût, il n'est pas énorme, rapporté aux enjeux. » Thierry Mariani plaide d'ailleurs pour une prolongation de l'accord actuel, portant sur la période 2007-2013, pour cinq années supplémentaires.

Vitrine pour les Chinois

En outre, le SIAE pourrait prendre de la carrure. Ses promotions pourraient passer à 150 étudiants. Et deux nouvelles options de troisième année devraient s'ajouter aux deux déjà existantes. « Les Chinois voient dans l'institut une vitrine susceptible de renforcer l'attractivité de l'université de Tianjin », note Michel Martin, ancien directeur de l'école.

L'Enac, en tout cas, compte bien transformer l'essai. « Nous allons faire du SIAE un modèle d'excellence pour la Chine - quitte à proposer certaines formations en version trilingue », indique Marc Houala, le directeur de l'Enac. Dans la foulée, l'école entend mettre sur pied une série de programmes répondant aux besoins de la partie chinoise. L'Enac a ainsi répondu à un appel d'offres européen, toujours avec la Cauc de Tianjin, pour monter deux mastères spécialisés en gestion du trafic (ATM) et aéroports, pour une quarantaine d'étudiants chacun. Avec l'université de Tsinghua, l'une des plus cotées de Chine, l'Enac prévoit aussi de lancer deux autres mastères (transport aérien et management aéroportuaire), ainsi qu'un « executive MBA » dédié à l'aéronautique. Des programmes qui seront financés cette fois par les droits de scolarité.

Ce n'est pas tout. L'Enac possède dans ses cartons une série d'autres projets, plus ou moins aboutis. « Nous avons en Chine un vrai champ d'exploration, souligne Marc Houala. Dans quelques années, nous aurons peut-être autant d'étudiants chinois que de français. » L'Enac pourrait ainsi former des contrôleurs de navigation, sur le modèle européen, et même des pilotes. L'ensemble de ces projets représente environ 4 millions d'euros par an, qui seraient financés par la Cauc et l'UE. L'Enac, qui compte quelque 1.800 élèves, pourrait ainsi accroître sensiblement ses effectifs. Et s'imposer comme un acteur incontournable à l'échelle internationale.

JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI

PHOTO - French Secretary of State for Transport for the Minister of Ecology, Sustainable development, Transport and Housing Thierry Mariani (C) cuts ribbon as Cambodian Deputy Prime Minister Sok An (C-R) looks on during the ceremonial welcome for the inaugural flight Paris to Phnom Penh International Airport on March 31, 2011. Air France resumed flights between Paris and Phnom Penh after 36 years. Air France started flying to Cambodia in 1947 and stopped in 1974.

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